La Suisse danse au bord du gouffre

Battue deux fois sans avoir rencontré les favoris, et même si elle a grappillé un point à chaque fois, la Suisse semble en fâcheuse posture. Elle ne peut pas se permettre de perdre encore face au Danemark (qui rêve déjà d'un quart de finale en succès).

Comment les Suisses ont-ils pu se mettre dans cette situation ? Bien sûr, il y a cette sempiternelle inefficacité offensive. Un pourcentage de 6% aux tirs n'est malheureusement plus une surprise. En revanche, se retrouver dernière en infériorité numérique n'est pas vraiment normal pour la Nati.

Ce nouveau nuage noir fait vite son apparition quand un surnombre est sifflée contre les Suisses. L'art de la déviation est maîtrisé à la perfection dans ce championnat du monde, et Frederik Storm le prouve à son tour en redirigeant dans l'enclave le tir de la ligne bleue de Daniel Nielsen (0-1).

WALKER Julian 150503 612Plus inquiétant encore, même quand son équipe est en infériorité, Storm met le feu dans l'enclave avec trois tirs consécutifs sur Reto Berra qui fait office de machine à rebonds ! Denis Hollenstein met un genou sur la glace pour bloquer le tir, mais l'action a annulé la supériorité en envoyant Du Bois en prison.

Les Danois ont quant à eux un défaut depuis le début de la compétition : leur indiscipline. Nicklas Jensen retient la crosse de Schäppi et offre aux Suisses quelques secondes de 5 contre 3... gâchées par la présence de Niederreiter dans la zone du gardien. Au total, la première période se termine par 16 tirs à 8... et un score de 0-2. Avec Marc Wieser en prison pour cinglage, Nikolaj Ehlers a utilisé l'écran de Diaz pour placer un splendide tir croisé en pleine lucarne. Une leçon d'efficacité en jeu de puissance.

La Suisse, parfois contrée dans ses premières passes, peine à construire le jeu et applique une domination toujours vaine en deuxième période. Hormis un revers de Nino Niederreiter, elle ne se crée pas de tir d'excellence. Pire, une inattention de Moser à la ligne bleue laisse Lars Eller partir en contre en s'appuyant sur Jannik Hansen et se retrouver tout seul dans le slot où le joueur de Montréal tire... juste à côté. Cela aurait pu être le coup de grâce.

Alors que son équipe a déjà été sanctionnée pour un surnombre, Julian Walker semble vouloir gagner le concours de la pénalité la plus stupide : devancé dans un duel pour le palet, il donne un coup de poing à son adversaire. Le Danemark peut ainsi jouer 40 secondes à 5 contre 3. Félicien Du Bois reste alors au sol après avoir pris dans le visage la crosse de... son collègue Simon Moser ! On joue donc en pratique à 5 contre 2, et la Suisse peut remercier les arbitres qui ont bien voulu arrêter le jeu ! On ne donne pas cher de la peau de la Nati si l'action avait continué, alors que Du Bois s'était relevé...

La troisième période s'ouvre par un choc. Jesper B. Jensen est chargé contre la bande - de côté - par Andres Ambühl alors qu'il dégage le palet. Sa tête heurte le plexi et il reste inconscient sur la glace pendant quelque temps. Le service médical prend toutes les précautions avant de l'évacuer sur civière. Les arbitres n'infligent aucune pénalité à Ambühl pour une charge qui ne paraissait ni méchante ni illicite malgré ses conséquences dramatiques.

BLUM Eric 150503 635Les minutes défilent dans une patinoire refroidie, notamment par la vision de l'évacuation de Jensen. Yannick Weber, toujours un des joueurs suisses les plus critiqués, s'avance dans le slot pour recevoir une passe de Moser et déflorer les filets de Dahm, masqué par l'écran de Niederreiter (1-2, 49'42").

Le match s'en trouve complètement relancé, mais Samuel Walser ne trouve rien de mieux que de faire trébucher Nicklas Jensen en zone neutre, une faute totalement inutile. Vers la fin de la pénalité, ce même Nicklas Jensen lance une attaque rapide à 3 contre 1, mais Reto Berra bloque son tir puis le rebond.

Il reste ensuite sept minutes, face à un Danemark forcément recroquevillé en défense. La Suisse doit faire le jeu, installée, et persévérer jusqu'à ce que la réussite lui sourie enfin. Cela arrive quand Simon Moser dévie un tir de Raphael Diaz et que le palet se glisse entre la botte et le bras de Dahm pour rentrer (2-2, 57'58").

Le Danemark paraît content de ce point et attendre la prolongation. Les Suisses, eux, continuent sur leur lancée pendant le temps supplémentaire. Le gardien danois Sebastian Dahm détourne du bout de la jambière la tentative de Denis Hollenstein, envoyé en contre par une longue passe, mais il est pris de court par le superbe tir sur engagement d'Eric Blum, encore un joueur qui se rachète après un début de tournoi compliqué (3-2, 64'08").

Au bord du précipice, la Suisse a réussi à éviter la plongée. Tout est encore possible pour elle - le meilleur comme le pire - et le match de demain contre la Lettonie ressemble à un quitte ou double. Quant au Danemark, dans l'esprit, il ressemble encore à une équipe qui joue le maintien : très conservateur et prudent, il voulait protéger le score mais a un peu "cherché" ce qui lui est arrivé.

Désignés joueurs du match : Raphael Diaz pour la Suisse et Mads Christensen pour le Danemark.

 

Suisse - Danemark 3-2 après prolongation (0-2, 0-0, 2-0, 1-0)
Mardi 10 mai 2016 à 16h15 au Palais de glace VTB de Moscou. 5962 spectateurs.
Arbitrage d'Antonin Jerabek (TCH) et Konstantin Olenin (RUS) assistés de Nicolas Chartrand-Piché (CAN) et Aleksandr Otmakhov (RUS).
Pénalités : Suisse 16' (6', 8', 2', 0') ; Danemark 12' (6', 6', 0', 0').
Tirs : Suisse 42 (16, 9, 14, 3) ; Danemark 28 (8, 9, 11, 0).

Évolution du score :
0-1 à 07'08" : Storm assisté de D. Nielsen et N. Jensen (sup. num.)
0-2 à 18'54" : Ehlers assisté d'Eller et Hansen (sup. num.)
1-2 à 49'42" : Weber assisté de Moser et Niederreiter
2-2 à 57'58" : Niederreiter assisté de Moser et Diaz
3-2 à 64'08" : Blum assisté d'Ambühl


Suisse (4' pour surnombre)

Attaquants :
Denis Hollenstein - Samuel Walser (2') - Andres Ambühl (C, +1)
Nino Niederreiter (+3) - Gregory Hofmann (+1) - Simon Moser (A, +2, 2')
Marc Wieser (2') - Reto Schäppi - Sven Andrighetto (2')
Dino Wieser - Morris Trachsler (+1) - Julian Walker (2')
Lino Martschini

Défenseurs :
Patrick Geering - Félicien du Bois (2')
Raphaël Diaz (A, +2) - Eric Blum (+2)
Yannick Weber (+1) - Noah Schneeberger (+1)
Robin Grossmann

Gardien :
Reto Berra [remplacé par Robert Mayer entre 40'07" et 40'29"]

En tribune : Sandro Zurkirchen (G), Gaëtan Haas (A).

Danemark (2' pour surnombre)

Attaquants :
Nikolaj Ehlers (-2, 2') - Lars Eller (-1) - Jannik Hansen (-1)
Frederik Storm (-1) - Morten Madsen (A, -1) - Nicklas Jensen (-1)
Patrick Bjorkstrand (2') - Morten Green (C, -1) - Mads Christensen (-1)
Morten Poulsen - Kirill Starkov - Mathias Bau

Défenseurs :
Jesper B. Jensen (A, 2') - Nicholas Jensen (-1, 2')
Mads Bødker (-2) - Stefan Lassen
Daniel Nielsen (-1) - Oliver Lauridsen (-1, 2')

Gardien :
Sebastian Dahm

Remplaçants : Simon Nielsen (G), Markus Lauridsen (D), Emil Kristensen (D). En tribunes : Georg Sorensen (G), Mathias From (A), Mikkel Aagaard (A).