35 minutes n'ont pas suffi

Quatrièmes de la poule, les Bleus affrontent le cinquième, les États-Unis. Une équipe qu'ils n'ont battue qu'une seule fois aux Championnats du monde (en 1999) et qui reste sur cinq victoires contre la France, souvent avec plus de deux buts d'écart.

La mission s'annonce compliquée compte tenu des absences en défense. Teddy Trabichet est rentré pour recevoir un plâtre à la main, et Florian Chakiachvili est touché à l'épaule et forfait pour le reste du tournoi. Teddy Da Costa, malade, doit renoncer au match. Du coup, Eliot Berthon entre en jeu et la France a donc utilisé ses 25 places disponibles : Antoine Roussel ne viendra pas, ce qui n'aurait eu guère de sens pour un match ou deux, de toute façon.

Il faudra donc faire avec les joueurs présents et suivre le plan de jeu annoncé : tenir le 0-0 le plus longtemps possible pour faire sortir les Américains de leur système et mieux les contrer...

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Mission défense réussie

Les États-Unis prennent rapidement le jeu à leur compte et tentent plusieurs tirs excentrés sur Florian Hardy. Le portier aux jambières jaunes reste concentré et, s'il laisse quelques rebonds, réagit bien. Le défi physique attendu a bien lieu, avec un Patrick Maroon imposant dans les duels.

Etats Unis France 160512 414 1Après cinq minutes, la France remonte d'un cran et profite d'un rythme peu élevé. Malheureusement, Benjamin Dieude-Fauvel accroche un attaquant et concède deux minutes. La France ne cède aucun terrain ni aucun tir, obtenant même un lancer excentré de Perret en contre-attaque.

De retour au complet, la France accélère. Auvitu démarre plein axe et slalome toute la défense avant de tenter un revers. Accroché, il provoque deux minutes d'Hinostroza et le jeu de puissance s'installe, poussé par la vingtaine de supporters bleus, bien plus audibles dans ce match au vu de la faible affluence...

Le premier bloc n'arrive à rien, le second est bien plus dangereux, avec notamment deux tirs bien placés de Beron. Du coup, après douze minutes, les États-Unis n'ont pas vraiment imposé leur jeu. Le faux-rythme avantage plutôt la France, qui gère bien son match. Tout juste Hardy doit-il rester vigilant sur une déviation de Miles Wood de près.

Les arbitres sanctionnent ensuite Berthon pour un accrochage en défense. Les arrières bleus restent bien placés, vigilants devant le grand gabarit de Maroon dans l'enclave et montant sur le slap d'Hanifin. Hardy doit juste sortir la botte sur le tir croisé de Connor, servi au deuxième poteau. La pénalité est tuée, et Raux bataille avec Hinostroza sur un changement de ligne un peu lent : l'Américain encaisse sa deuxième pénalité du jour. Condon réalise son meilleur arrêt sur une entrée en zone de Desrosiers. Le portier de Montréal bloque son tir de l'aile dévié en cours de route et Lampérier chasse le rebond. Le deuxième bloc se montre tout aussi dangereux, avec un tir de Bertrand, un rebond de Lampérier, un deuixème... Condon est au sol et la cage a bougé.

Le tiers se termine sur ce 0-0 bien géré par la France. Les États-Unis ont beaucoup lancé de l'extérieur et la défense a bien bataillé dans l'enclave face aux gros gabarits américains.

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Un début brillant, une triste fin

Si la première ligne américaine joue plus haut et gêne la relance française, celle-ci, une fois lancée, porte le danger dans le camp adverse. Condon échappe au pire sur une déviation de Sacha Treille - centre de Bellemare - puis dégage un tir de Meunier, un lancer de la bleue et un tir de Ritz. Bertrand enchaine avec un tour de cage : le disque ne sort plus de la zone pendant trois ou quatre présences de suite.

But Etats Unis 160512 284Les États-Unis desserrent l'étau et profitent d'un palet qui traîne. Matthews, seul au cercle, tire au-dessus. Sur un changement de ligne français, Hendricks gêne Raux et les arbitres ont tout vu. Le jeu s'installe encore et Bertrand lance une belle volée de l'aile.

La France domine ce deuxième tiers, joue vers l'avant et tente des tirs, à l'image d'un lancer de Lampérier de l'aile. Les joueurs de Dave Henderson, bien placés, volent des palets et obtiennent encore une belle situation de Sacha Treille. À l'opposée, Hardy chauffe la mitaine sur une reprise de Warsofsky. Le jeu s'équilibre.

Les États-Unis cherchent des remises de derrière le but, mais elles n'arrivent nulle part. Il faut un cafouillage à la ligne bleue défensive pour mettre en difficulté la défense française. Matthews s'infiltre et son tir trouve Hardy sur sa route. Mais Auvitu est sanctionné pour retard de jeu sur l'action : il a été poussé et la cage est dessoclée - après le match, le chairman lui-même reconnaît l'erreur arbitrale... Pire, Meunier brise sa crosse sur cette infériorité : les États-Unis n'ont plus de mal à s'installer et un tir de Foligno offre un rebond à Wideman, esseulé au deuxième poteau, pour une cage ouverte (1-0).

Berthon réplique d'entrée avec un bon tir du cercle gauche. Mais Matthews enchaîne sur la présence suivante. Il conserve le palet tout autour de la défense et décale Connor Murphy. L'arrière d'Arizona s'avance au cercle et trouve la lucarne, en exploitant un très bel écran devant Hardy (2-0).

La France a pris un coup sur la tête et un surnombre dans la foulée n'arrange pas ses affaires. La pénalité est tuée, mais Hardy concède un mauvais but sur un tir de Compher au cercle à six secondes de la pause (3-0). À l'origine, Motte, son coéquipier à l'université du Michigan, avait gagné un duel dans le coin, secondé par Hendricks. La France a sans doute joué sa meilleure séquence du Mondial sur le premier quart d'heure, et se fait punir en fin de tiers.

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Une montagne trop rude à remonter

Etats Unis France 160512 486 1Et cela ne s'arrange pas à la reprise. Skjei reçoit le palet à la bleue sans opposition sur une passe de Larkin. Il y a foule devant la cage et Hardy, masqué, ne peut rien faire (4-0). Le palet a peut-être été dévié par la cuisse de Meunier devant la cage.

Les États-Unis déroulent, avec des mouvements rapides, des passes-abandon... Hardy sort la mitaine et, chargé par Hinostroza, obtient une pénalité de l'Américain, sa troisième du jour. Le jeu de puissance français se montre trop statique et n'obtient aucun tir. Au retour à cinq contre cinq, Matthews récupère un palet au cercle et Hardy s'interpose.

La France reprend petit à petit des couleurs et, à dix minutes de la fin, Vatrano est sanctionné pour obstruction. Malgré des essais d'Auvitu, Fleury et Desrosiers, cela ne donne rien. Nouvelle chance sur une faute de Larkin : pas mieux. La France a mieux fini, mais ne réussit pas à réduire le score.

Désignés joueurs du match : Loïc Lampérier (France) et Mike Condon (États-Unis)

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Commentaires d'après match :

Loïc Lampérier (attaquant de la France) : "Un match physiquement dur face à une très bonne équipe. Nous avons bien tenu trente minutes, après nous avons commis deux ou trois erreurs. Du coup, on subit dans notre zone, et ça finit par payer pour eux. Nous avons tous donné notre maximum avec un bon jeu défensif et des occasions dans la première partie du match. C'est sûr que si on marque sur une supériorité dans ces moments-là, cela nous aurait donné un surplus d'énergie. Mais en face, ils ont bien joué en infériorité. Nous n'avons certes pas été réalistes, mais c'était très compliqué face à cette équipe-là. C'est une équipe solide physiquement mais nous avons fait du bon travail pour contrôler les crosses, ils marquent sur des tirs masqués. Nous ne voulions rien leur donner. Joueur du match, c'est anecdotique à 4-0, mais ça fait plaisir oui."

Julien Desrosiers (attaquant de la France) : "Si on avait pu en garder un ou deux du match de la Hongrie ! Nous avons eu des bonnes chances, mais des mauvaises pénalités nous coûtent un ou deux buts. Après, c'est difficile de revenir, ils ont bien verrouillé leur défense et nous avons eu peu de chances après. Le plan de jeu était de rester à 0-0 le plus possible pour les frustrer et les forcer à jouer individuellement. Mais ils ont été très patients et ont su profiter de leurs occasions. Nous avons nous manqué d'efficacité devant la cage. Le jeu de puissance est en difficulté depuis le début du tournoi. Nous le travaillons à l'entraînement et nous allons sûrement le travailler plus. Les Américains nous ont bien étudiés à la vidéo et travaillé sur nos sorties de zone et ils ont fait du bon boulot pour nous gêner. À 1-0, on y croyait encore mais après le deuxième c'était plus dur. Ils n'ont jamais paniqué et ne nous ont pas donné grand chose."

Yohann Auvitu (défenseur de la France) : "On a toujours quelques regrets. On a tenu 35 minutes, et notre but était de tenir le plus possible. À la mi-match, ils ont appuyé, avec des contacts plus lourds, des palets plus costauds. Nous payons nos erreurs cash, avec trois buts en cinq minutes. Après, c'est difficile de revenir. On apprend, toujours. On ne doit plus faire ces erreurs, avancer pour progresser. Dave Henderson a insisté à la pause, et je suis d'accord avec lui, qu'on pouvait revenir. Que si eux en avaient mis trois en cinq minutes, nous pouvions en mettre trois en vingt. Nous étions toujours impliqué, nous ne baissons pas les bras même si c'est les États-Unis. C'est une question de mental. La Finlande ? C'est une grosse équipe, en confiance, qui marque beaucoup. Ce soir c'était un peu l'appetizer... On va essayer de gratter des points bonus. On en est capables, on l'a déjà fait. Il faut se donner les moyens."

Pierre-Édouard Bellemare (attaquant de la France) : "J'avais dit avant le match que les États-Unis était l'une des rares équipes qui ne nous prenait pas au sérieux. Ce soir, pour une fois, ils l'ont fait, on les a vu back-checker... Leur travail a payé, et du coup c'est plus difficile contre ces grosses équipes. Le problème, c'est que nous n'avons pas mis nos power-plays et ils ont pris le momentum. On ne réussit pas à mettre le but du 2-1 et après, à 3-0, c'est très difficile. Je n'ai pas ressenti sur le banc que quiconque avait baissé les bras. Après 35 minutes, ils ont patiné plus, joué moins statique, et à ce niveau, un coup de patin en plus, cela leur permet de faire des jeux, de tourner autour de notre défense. Derrière, un marquage un peu lâche, une relance manquée et ça paie. C'est un tournoi où tout est possible. Il reste trois matchs, on doit réussir à faire sur soixante minutes ce qu'on a fait sur trente-cinq. Il va falloir être chiant (sic), être frustrant, refaire cette tactique pour leur faire perdre patience. Les emmerder, désolé du terme, et gratter un but en jeu de puissance ou peu importe comment ! [La défense] Nous avons un groupe solide, mais évidemment il y a des blessés. Auvitu a un gros temps de jeu, mais les autres font un boulot incroyable. Ils n'ont jamais laissé un un-contre-un au gardien. Les buts, ce ne sont pas des erreurs de défenseurs, mais des erreurs des avants. Les Américains ont beaucoup tourné mais ils n'ont pas eu tant d'occasions.

Dave Henderson (entraineur de la France) : "Pendant le premier tiers et une bonne partie du deuxième, nous avons joué de la façon voulue. Nous avons bien protégé le but, laissé les tirs sur les extérieurs. La pénalité pour retard de jeu nous a coûté un but et après, nous avons eu du mal à sortir le palet de notre zone et cela nous a coûté trois buts. Je suis content de la première partie, mais après, les États-Unis ont commencé à accélérer.
La tactique, c'était le 0-0 et les frustrer ?
Oui, on a joué comme préconisé. Palet dégagé, palet dans la zone offensive. Florian jouait bien dans le but. Nous ne faisions rien de spectaculaire, mais cela marchait plutôt bien, nous n'étions pas en danger. On ne les laissait pas entrer au milieu, les tirs étaient excentrés, des tirs d'angle, on les prenait bien dans le slot... Puis, il y a eu ce retard de jeu, un accident, pas la faute de Yohann. Nous prenons trois buts alors que nous avons le palet et que nous ne le sortons pas de la zone. On ne doit pas faire de jeu offensif dans ces conditions. Après le troisième, c'est dur de remonter. Les erreurs nous forcent à ouvrir le jeu et nous n'avons pas trop l'équipe pour contre ces grosses équipes.
Quel bilan offensivement ?
Leur gardien a fait des bons arrêts sur des occasions nettes. Il y a eu des erreurs, du déchet, des passes juste devant le joueur... Cela fait la différence, et les Américains nous ont mis la pression.
La différence a-t-elle été plutôt physique ou technique ?
Physiquement, on a bien répondu, on a l'habitude de ces combats aux mondiaux. Cela ne nous a pas empêché de continuer à travailler. Cela pèse dans les jambes, oui.
La décision de lancer Florian Hardy plutôt que Cristobal Huet ?
Cristo avait joué les trois premiers et il fallait le reposer. Florian est capable d faire de bons matchs contre les gros aussi, il a été correct ce soir. Il est bousculé sur un but (le deuxième, ndlr) mais il a fait pas mal d'arrêts, il nous a tenu le 0-0. le but en supériorité a fait mal mais je suis satisfait de son match.
Avec les blessures en défense, un rappel ?
Non, nous avons utilisé nos 25 places.
0/6 en jeu de puissance, la clé du match ?
Il faut réussir ces jeux pour gagner, trouver des meilleures solutions. Les entrées et sorties de zone ont été contrôlées mais nous n'avons pas mis assez de monde vers la cage. Cette année, nous n'avons marqué aucun but de ce type, un rebond gratté... Les Américains ont fait ce qu'on a pas réussi : tirer de loin, mettre du trafic. Il faut faire la tortue contre les top-6, pour bien récupérer et contrer. On l'a fait aux premiers et deuxième tiers."

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John Hynes (entraineur des États-Unis) : "Nous nous attendions à un match très compétitif. Il fallait se montrer tenace en zone offensive car la France bataille toujours dur. Nous avons fini par être récompensés de notre persévérance. Nous avons du travailler dur pour cette victoire. [Que faut-il améliorer par la suite ?] La disicpline, six pénalités c'est trop. Nous réglerons cela avec l'équipe. Les équipes spéciales ont fait pencher la balance aujourd'hui. Nous avons encore deux places dans l'effectif que nous compléterons avec des joueurs éliminés des playoffs NHL. Les deux jours de repos nous ont fait du bien, cela nous a permis de souder l'équipe et de recharger, de réfléchir ensemble à l'identité de l'équipe. Saint-Pétersbourg est une ville magnifique, chargée d'histoire et de tradition. Nous avons beaucoup apprécié la visite, cette ville sur l'eau et ses petits chemins... C'est un endroit formidable."

JT Compher (attaquant des États-Unis) : "Mon premier but en équipe nationale sénior, ça fait du bien de contribuer. Avec mes coéquipiers d'université [Motte, Connor], nous sommes tous les trois très excités de représenter notre pays à ce niveau. Hendricks nous apprend beaucoup et nous progressons. C'est ma première expérience professionnelle, cela nous permet de travailler des choses collectivement. Matthews ? Il vit cette pression médiatique comme un professionnel, c'est un joueur très fort."

 

États-Unis - France 4-0 (0-0, 3-0, 1-0)
Jeudi 12 mai 2016, 16h15. Yubileyny arena de Saint-Pétersbourg. 4287 spectateurs.
Arbitrage de Stefan Fonselius (FIN) et Daniel Piechaczek (ALL) assistés de Nicolas Fluri (SUI) et Gleb Lazarev (RUS).
Tirs : États-Unis 31 (13, 10, 8), France 19 (9, 8, 2)
Pénalités : États-Unis 12' (4', 2', 6'), France 8' (4', 4', 0')

Récapitulatif du score
1-0 à 34'23" : Wideman assisté de Foligno et Larkin (sup. num.)
2-0 à 36'30" : Murphy assisté de Matthews et Vatrano
3-0 à 39'55" : Compher assisté de Hendricks et Motte
4-0 à 41'19" : Skjei assisté de Larkin

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États-Unis

Attaquants :
Patrick Maroon (+1) - Dylan Larkin (+1, 2')- Nick Foligno (+1)
Frank Vatrano (+1, 2') - Auston Matthews (+1) - Jordan Schroeder (+1)
Miles Wood (+1) - Vincent Hinostroza (6') - Hudson Fasching
Matt Hendricks (C, +1, 2') - JT Compher (+1) - Tyler Motte (+1)
Kyle Connor

Défenseurs :
Chris Wideman - Noah Hanifin (+1)
Connor Murphy (A, +2) - Brady Skjei
Steven Santini - David Warsofsky (+1)
Jake McCabe (+1)

Gardien :
Mike Condon

Remplaçant : Keith Kinkaid (G). Réservistes : Thatcher Demko (G), Brock Nelson (en instance d'arrivée)

France

Attaquants :
Sacha Treille (-1) - Pierre-Édouard Bellemare (A, -1) - Damien Fleury (A, -1)
Yorick Treille (A, -2) - Laurent Meunier (C, -1) - Jordann Perret (-1)
Eliot Berthon (2') - Loïc Lampérier - Charles Bertrand
Nicolas Ritz (-1) - Valentin Claireaux - Julien Desrosiers (-1)
Tim Bozon

Défenseurs :
Yohann Auvitu (-1, 2') - Maxime Moisand (-1)
Grégory Béron (-2) - Benjamin Dieudé-Fauvel (-2, 2')
Jonathan Janil - Damien Raux (+1)

Gardien :
Florian Hardy

Remplaçant : Ronan Quemener (G).

Réserviste : Cristobal Huet (G). Blessés : Teddy Trabichet (D), Florian Chakiachvili (D). Malade : Teddy Da Costa

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