La Russie en démonstration de force

L'attente aura payé. Cette équipe russe avec des places laissées vides était clairement bâtie dans l'espoir de recevoir des renforts de NHL.

C'est pour cela que les joueurs talentueux mais peu défensifs avaient été écartés, à l'instar d'un Yakupov qui vient de faire savoir qu'il n'était pas blessé et que c'était une fausse excuse de Znarok pour ne pas le sélectionner (ce que ce dernier conteste). Les Capitals de Washington ont donc été éliminés. Les arrivées d'Aleksandr Ovechkin, Evgeni Kuznetsov et le défenseur Evgeni Orlov ont été annoncées très vite et donnent à la Russie le visage attendu d'un favori.

Pour autant, le plan russe ne s'est pas totalement passé comme prévu. Le problème, c'est ce "X" à l'aile droite de la première ligne (avec Mozyakin et Datsyuk), ce "X" qui a été comblé par des doubles présences au dernier match. Ce "X", bien entendu, ce devait être Aleksandr Radulov. Mais une IRM passée mardi l'a confirmé, il ne sera pas rétabli et il ne faudra plus compter sur lui. La Russie se trouve du coup en manque d'ailiers droits. Rappelons qu'Ovechkin est ailier gauche et que Kuznetsov s'est établi au centre en NHL... Nikolaï Kulyomin, autre possibilité évidente, est blessé à la cheville.

Il fallait bien trouver une solution. Znarok pouvait soit choisir un autre renfort de NHL (Nichushkin), soit inscrire un des réservistes sur place. C'est le choix qu'il a fait en activant Stepan Sannikov, qui est sans lui faire injure un parfait inconnu sans aucun passé dans les équipes nationales. Un profil-type de Znarok, orienté vers le collectif. Lyubimov n'a pas plus de références et il ne se débrouille pas si mal depuis le début du championnat. Voilà donc le septième marqueur du Sibir Novosibirsk et 135e marqueur de KHL - Sannikov - sur la première ligne de l'équipe de Russie !

ELLER Lars 100516 376En attendant les joueurs de Washington, la Sbornaïa doit se roder contre le Danemark. Dès le début du match, Evgeni Dadonov ouvre le bal avec une passe transversale pour le défenseur Aleksei Marchenko monté au niveau du second poteau (1-0, 02'38").

Les Danois concèdent ensuite deux pénalités pour retard de jeu : Markus Lauridsen - qui remplace Jesper B. Jensen commotionné par une charge d'Ambühl contre la Suisse - dégage le palet beaucoup trop haut et Morten Green reste couché sur le palet à l'engagement. En jeu de puissance, les hockeyeurs russes multiplient les passes et oublient de lancer. Ils donnent parfois le sentiment de jouer pour la galerie.

En même temps, on voit mal ce qui pourrait lui faire peur : les Danois sont inoffensifs et se mettent même à perdre deux palets dès l'entrée de la zone neutre. La première fois, Panarin, seul face au but, laisse échapper la rondelle... La seconde fois, la Russie reste installée jusqu'à ce que Markus Lauridsen fasse obstruction sur Burmistrov. En supériorité, Shipachyov et Panarin reprennent leur position préférentielle, comme s'ils ne s'étaient jamais quitté quand le second nommé est parti en NHL. Ils s'échangent à loisir le palet derrière la cage... permettant à Maksim Chudinov de s'avancer à mi-distance et d'armer son palet ravageur (2-0, 12'45"). Dès l'engagement, la Russie se réinstalle en zone offensive et le tir de Nikita Zaitsev est parfaitement placé à mi-hauteur côté plaque (3-0, 13'06"). Les Danois, à ce moment, n'ont toujours pas tiré une seule fois à la cage !

L'exhibition se poursuit, essentiellement dans la zone danoise. 19 tirs à 2 : tel est le bilan éloquent de ces vingt premières minutes qui n'appellent guère d'autres commentaires.

Quand le Danemark s'installe pour la première fois en zone offensive et connaît un petit temps fort, il se fait pénaliser pour surnombre et retourne défendre. Mais juste avant la mi-match, les Danois inscrivent un but inattendu : le tir lointain de Jannik Hansen est dévié par une crossse russe (3-1).

La réaction locale est immédiate. Shipachyov attaque la cage et se fait accrocher par Kristensen. Sergei Mozyakin, servi de derrière la cage par Pavel Datsyuk, convertit l'avantage numérique d'un tir croisé du haut du cercle droit. Le sniper du Metallurg Magnitogorsk frappe encore quelques minutes plus tard en plaçant dans le haut du filet un palet donné du revers par l'inévitable Datsyuk. L'émulation fonctionne puisque Sergei Shirokov l'imite en piquant vers la cage pour marquer en lucarne... dix secondes plus tard. 6-1 : il ne fallait pas réveiller l'ours russe !

MOZYAKIN Sergei 150516 763En contre-attaque, c'est encore plus redoutable. Laisser l'ancienne ligne du SKA Saint-Pétersbourg (Panarin-Shipachyov-Dadonov) à 3 contre 1, c'est un peu comme préparer le tableau noir : tic-tac-toe, sans le moindre crissement de craie et avec un 20 sur 20 pour l'exécution.

Les trois mêmes hommes remettent ça en début de troisième période pour un jeu très horizontal : Artemi Panarin dans l'axe au départ de l'action, Evgeni Dadonov à droite pour la passe transversale, Vadim Shipachyov à gauche pour le but en angle. Rien ne semble plus arrêter le trio retrouvé : une longue passe de Dadonov lance Panarin qui relaie vers Shipachyov seul face au gardien (9-1). Une ola fait le tour de la patinoire moscovite.

Que peut faire le Danemark sinon essayer de sauver l'honneur ? Mads Christensen se bat au rebond en avantage numérique. Nikolaj Ehlers tente de trouver un trou de souris entre Sergei Bobrovski et son poteau par un tir en angle. Sollicité plus en quelques minutes que pendant tout le reste du match, Bobrovski est remplacé par le jeune Sorokin qui fait ses débuts en championnat du mondde. Le gardien danois Simon Nielsen, lui, reste "sacrifié" jusqu'au bout pour reposer le titulaire Dahm, qui ne doit guère avoir envie d'entrer dans la fosse aux ours.

Les plantigrades n'ont pas encore donné leur dernier coup de patte. Lars Eller part en prison, et en vingt secondes, Artemi Panarin met toute sa puissance pour reprendre de volée dans le cercle gauche la passe de Shipachyov (10-1). Histoire de se donner un peu plus confiance, les hommes de Znarok se sortent même d'une quarantaine de secondes de double infériorité au cours de laquelle la ligne NHL du Danemark s'essaie à son tour à un mouvement collectif "russe". Le tir d'Ehlers est cependant détourné.

Neuf buts d'écart dans un match de championnat du monde : depuis six ans, une seule équipe y était arrivée : le Canada, dont deux fois l'an passé. La Russie, qui avait subi sa loi en finale, espère encore prendre sa revanche. Le Danemark, lui subit sa pire défaite depuis sa montée dans l'élite (c'était jusqu'ici un 9-1 contre... les Russes).

La ligne Dadonov-Shipachyov-Panarin a été stratosphérique, au moins aussi forte que l'an passé, et plane sur le Mondial en prenant les trois premières places du classement des marqueurs. La seule question est de savoir si elle pourra réussir de telles performances jusqu'à la fin. Le duo du buteur Mozyakin et du passeur Datsyuk est une évidence au moins en jeu installé, même si aucun ailier droit n'arrive à suivre leurs pensées. Reste maintenant à intégrer Ovechkin et Kuznetsov pour former une attaque encore plus redoutable et homogène.

Désignés joueurs du match : Vadim Shipachyov pour la Russie et Nicklas Jensen pour le Danemark.

Commentaires d'après-match

Evgeni Dadonov (attaquant de la Russie) : "C'était agréable de marquer autant de buts, mais il ne faut pas prendre ce résultat trop au sérieux. On ne peut pas dire que tout a fonctionné, il y a toujours des détails qui peuvent être améliorés. Bien sûr que nous attendons impatiemment les joueurs de Washington. Les connaissant, ils vont nous aider. Il ne faut pas parler de compétition, nous sommes tous rassemblés ici pour gagner le championnat du monde. Peu importe qui marque ou défend, nous faisons tous cause commune."

 

Russie - Danemark 10-1 (3-0, 4-1, 3-0)
Jeudi 12 mai 2016 à 20h15 au Palais de glace VTB de Moscou. 11022 spectateurs.
Arbitrage de Martin Frano (TCH) et Linus Öhlund (SUE) assistés de Vit Lederer (TCH) et Henrik Pihlblad (SUE).
Pénalités : Russie 6' (0', 0', 6') ; Danemark 16' (6', 6', 4').
Tirs : Russie 41 (19, 13, 9) ; Danemark 17 (2, 6, 9).

Évolution du score :
1-0 à 02'38" : Marchenko assisté de Dadonov et Zaïtsev
2-0 à 12'45" : Chudinov assisté de Shipachyov et Panarin (sup. num.)
3-0 à 13'06" : Zaïtsev assisté de Burmistrov
3-1 à 29'56" : Hansen assisté d'Ehlers et Eller
4-1 à 30'43" : Mozyakin assisté de Datsyuk et Lyubimov (sup. num.)
5-1 à 33'42" : Mozyakin assisté de Datsyuk et Belov
6-1 à 33'52" : Shirokov assisté de Voïnov
7-1 à 37'37" : Dadonov assisté de Shipachyov et Panarin
8-1 à 41'50" : Shipachyov assisté de Dadonov et Panarin (sup. num.)
9-1 à 44'38" : Shipachyov assisté de Panarin et Dadonov
10-1 à 55'31" : Panarin assisté de Voïnov et Shipachyov (sup. num.)


Russie

Attaquants :
Sergei Mozyakin (A, +1) - Pavel Datsyuk (C, +1) - Stepan Sannikov (+1)
Artemi Panarin (+2) - Vadim Shipachyov (A, +2) - Evgeni Dadonov (+2)
Roman Lyubimov - Sergei Kalinin - Ivan Telegin
Sergei Shirokov (+2) - Aleksandr Burmistrov (+2) - Sergei Plotnikov (+2, 2')

Défenseurs :
Aleksei Emelin - Vyacheslav Voïnov (+1)
Anton Belov (+1) - Maksim Chudinov (+2)
Aleksei Marchenko (+1) - Nikita Zaitsev (+2)
Viktor Antipin (+3, 4')

Gardien :
Sergei Bobrovski (10/11) puis à 46'40" Ilya Sorokin (6/6).

En réserve : Igor Shestyorkin (G).

Danemark (2' pour surnombre)

Attaquants :
Nikolaj Ehlers - Lars Eller (+1, 2') - Jannik Hansen (2')
Frederik Storm (-2) - Morten Madsen (A, -2) - Nicklas Jensen (-2)
Patrick Bjorkstrand (-2) - Morten Green (C, -2, 2') - Mads Christensen (-2)
Morten Poulsen (-1) - Kirill Starkov (-2) - Mathias Bau (-1)
puis Mikkel Aagaard à 40'00"

Défenseurs :
Markus Lauridsen (-2, 4') - Nicholas Jensen (-3)
Mads Bødker (-1) - Stefan Lassen
Daniel Nielsen (A, -2) - Oliver Lauridsen (-2)
Emil Kristensen (2')

Gardien :
Simon Nielsen

Remplaçant : Sebastian Dahm (G). En réserve : Georg Sorensen (G), Mathias From (A), Jesper B. Jensen (D, commotion).