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Russie - Suisse (Mondiaux 2016, groupe A)

La Suisse est quatrième de son groupe mais elle a peu de chances d'aller en quart de finale avec seulement 7 points. Elle doit encore affronter les trois grandes puissances historiques européennes.

OVECHKIN Alexander 150516 936Premier gros morceau, la Russie, qui vient de mettre 10 buts au Danemark avant même de recevoir le renfort d'Aleksandr Ovechkin et d'Evgeni Kuznetsov. Faute de véritable ailier droit, c'est le centre de quatrième ligne Aleksandr Burmistrov qui a été placé à leurs côtés. C'est ce trio qui commence le match. Ovechkin marque son territoire par une grosse mise en échec dans le coin sur Julian Walker dès sa deuxième présence.

Mais c'est la quatrième ligne russe, la seule à garder théoriquement un rôle travailleur et défensif au vu des stars sur les trois autres trios, qui ouvre le score à la surprise générale. Roman Lyubimov intercepte une passe aveugle de Julian Walker, Ivan Telegin reçoit le palet et prend de vitesse en zone neutre les deux défenseurs suisses les plus lents (la paire Weber-Marti). L'attaquant du CSKA marque en deux temps, en tombant patins en avant dans le gardien (1-0). Le coach suisse Patrick Fischer est furieux mais le but est validé, la vidéo ne pouvant pas être utilisée dans ces circonstances.

Dans une ambiance assourdissante, le défenseur suisse Félicien Du Bois, lui aussi à la peine face à la vitesse des attaquants, prend deux pénalités de suite en faisant trébucher Sannikov et Telegin. Comment intégrer les nouveaux arrivants dans le meilleur jeu de puissance du tournoi ? Mozyakin a été séparé de Datsyuk et placé à la ligne bleue (avec Voïnov) derrière le trio Panarin-Shipachyov-Dadonov. Les deux joueurs des Capitals sont donc alignés avec Datsyuk, dont bien sûr Ovechkin à la bleue (avec Belov). Le jeune Lyubimov garde sa place devant la cage. Pour l'instant, ces nouvelles unités spéciales font peu effet, et un faire trébucher involontaire de Mozyakin remet les deux équipes à 4 contre 4.

Passée la nervosité initiale, la Suisse est finalement bien dans son match. Elle tient tête à la Russie et s'installe plusieurs fois en zone offensive. Cela n'en rend néanmoins les contre-attaques russes que plus dangereuses. Vadim Shipachyov sert ainsi Artemi Panarin seul au second poteau, mais Reto Berra repousse de la botte gauche.

Un vilain coup d'épaule de Shipachyov à la tête de Walker est sanctionné. Pendant l'arrêt de jeu, Bobrovski est allé jusqu'à son banc pour se faire donner en mains propres une nouvelle gourde. Les arbitres l'obligent par conséquent à sortir, et le jeune gardien Ilya Sorokin doit donc entrer, froid, pendant que son équipe est en infériorité ! Kalinin puis Burmistrov font un gros travail pour récupérer et écarter les palets, mais Sorokin doit quand même arrêter un tir de Blum dévié par Hollenstein. La pénalité est tuée et Bobrovski réintègre tranquillement sa cage.

BLUM Eric 150509 720On joue depuis 34 secondes en deuxième période et Morris Trachsler, tombé dans son enclave, reste agrippé à la crosse de Kuznetsov : deux minutes de pénalité. La Suisse, qui avait très mal commencé le tournoi en infériorité numérique, démontre ses progrès dans ce domaine de prédilection avec un bloc bien regroupé. Mais une fois la pénalité finie, Niederreiter perd le palet et Telegin laisse encore sur place la défense suisse (Blum et Du Bois ce coup-ci) avant de buter - mais pas littéralement cette fois... - sur Berra qui s'est couché sur le flanc.

Après avoir souffert dans sa zone, la Suisse parvient à souffler à équilibrer le jeu... mais est une fois de plus prise de vitesse. Evgeni Kuznetsov déborde Weber puis Marti, tire dans le bras de Berra et prend son propre rebond, dans les airs, alors qu'il est passé derrière la cage. Un but qui surprend tout le monde et qui nécessite de consulter la vidéo pour comprendre ce coup de génie (2-0).

Poussée par son public, la Russie est déchaînée. Une crosse haute de Marti oblige encore Berra à quelques exploits face au tir d'Ovechkin et au rebond de Lyubimov. Quand le gardien suisse perd ses bons appuis à force de bombardements, Schäppi vient à sa rescousse en contrant de la jambe un lancer de la bleue de Mozyakin.

La Suisse s'ajuste au tempo du match et accélère à son tour. Marc Wieser passe derrière la cage et remet à Samuel Walser dont la reprise instantanée oblige Bobrovski à un arrêt difficile. L'intensité monte... et Niederreiter aussi, soulevé dans les airs par une charge à la hanche de Dmitri Orlov, le troisième renfort venu de Washington. Dino Wieser, en retard au repli, accroche ce même Orlov et la Nati doit terminer la deuxième période en infériorité.

Au retour sur la glace, les hommes de Patrick Fischer sont bien décidés à tout donner pour refaire leur retard. Ils infligent un labeur plus soutenu à Bobrovski, mais cette bonne séquence est cassée par une faute de Hollenstein en zone offensive. Robin Grossmann donne ensuite un cross-check dans le dos de Datsyuk, envoyé tête la première dans la bande. Le défenseur helvète prend évidemment 2'+10' et la Russie a une minute et demie de double supériorité. Les Suisses, notamment Félicien Du Bois ou encore Noah Schneeberger qui se couche deux fois devant le palet, abattent un travail remarquable à 3 contre 5. Reto Berra fait le reste, mais fait bouger sa cage à force de se déplacer sur les décalages russes qui auraient fini par aboutir à un but. L'infériorité se prolonge donc encore plus longtemps, mais Berra a toujours la mitaine chaude.

BERRA Reto 150502 008La Suisse a survécu à cette longue séquence de désavantage, mais y a concédé beaucoup de forces. Au retour à cinq contre cinq, la quatrième ligne russe donne le coup de grâce. Roman Lyubimov s'amuse de Yannick Weber, fait le tour du but et sert à l'opposée Ivan Telegin qui a une cage ouverte pour devenir un peu plus encore le héros du jour (3-0).

C'est paradoxal, mais plus la Nati est menée au score, mieux elle joue ! En infériorité numérique (et avant que les Suisses ne sortent Berra pour jouer à 6 contre 4), Bobrovski se montre très rassurant en s'interposant devant Moser, décalé par Blum, et sur un lancer puissant de Du Bois avec écran de Moser. À cinq minutes de la fin, il bloque aussi de l'épaule un tir de Schäppi sur passe de derrière la cage d'Ambühl qui a encore des jambes de feu.

Après cette domination stérile de la Suisse, les Russes ajoutent un quatrième but dès qu'ils retournent en zone offensive. Sergei Shirokov, treizième attaquant aligné à la place de Burmistrov sur la ligne d'Ovechkin, lève le palet dans l'angle ouvert en profitant d'une obstruction non sifflée de Shirokov sur Geering (4-0).

À l'avant-dernière minute, un but vient toutefois récompenser la persévérance de Simon Moser, présent seul face au but au rebond d'un tir de Weber (4-1). Mais le dernier mot revient à Sergei Mozyakin, tranquillement servi à 2 contre 1 par Datsyuk pour un tir parfait en lucarne (5-1).

La force de la Suisse réside dans son patinage, mais aujourd'hui - outre un manque de réalisme sur lequel il n'est plus nécessaire de revenir - c'est bien la lenteur de ses défenseurs qui a été mise en évidence. L'arrière de NHL Yannick Weber a une fois de plus montré ses limites sur grande glace, et l'autre défenseur romand Félicien du Bois commence peut-être à sentir le poids des ans. À 32 ans, il est le doyen de la Nati avec le capitaine Ambühl (qui a toujours son même coup de patin énergique en revanche). Le blessé - a priori pas trop grave - Raphael Diaz - aura manqué dans ce match car le remplaçant Christian Marti a lui aussi été handicapé par son patinage pour son premier match de championnat du monde. Pour autant, la Suisse n'a pas à rougir de sa prestation face aux "stars" russes... et aux anonymes qui ont éclipsé les stars comme la fusée Telegin !

Désignés joueurs du match : Ivan Telegin pour la Russie et Reto Berra pour la Suisse.

Commentaires d'après-match

Ivan Telegin (attaquant de la Russie) : "Le plus important est la victoire. Dommage de n'avoir pas donné de blanchissage à Bobrovski, la prochaine fois nous ne devrons pas être si complaisants à la fin. Aujourd'hui, nous avons appliqués les consignes sans faille. Nous avons parfois eu plus de réussite, en convertissant nos contre-attaques. Il y a eu beaucoup de duels, et nous avons mieux joué que nos adversaires dans ce domaine. J'ai joué presque toute la saison sur la même ligne que Lyubimov au CSKA, nous nous connaissons très bien et c'était facile de jouer avec lui."

 

Russie - Suisse 5-1 (1-0, 1-0, 3-1)
Samedi 14 mai 2016 à 16h15 au Palais de glace VTB de Moscou. 11222 spectateurs.
Arbitrage d'Antonin Jerabek (TCH) et Aleksi Rantala (FIN) assistés de Fraser McIntyre (USA) et Peter Sefcik (SVK).
Pénalités : Russie 6' (4', 0', 2') ; Suisse 26' (4', 6', 6'+10').
Tirs : Russie 38 (16, 11, 11) ; Suisse 35 (12, 9, 14).

Évolution du score :
1-0 à 05'13" : Telegin assisté de Lyubimov
2-0 à 28'40" : Kuznetsov assisté d'Ovechkin
3-0 à 48'50" : Telegin assisté de Lyubimov
4-0 à 55'20" : Shirokov assisté de Zaïtsev
4-1 à 58'44" : Moser assisté de Weber et Niederreiter
5-1 à 59'43" : Mozyakin assisté de Datsyuk et Sannikov


Russie

Attaquants :
Aleksandr Ovechkin (+2) - Evgeni Kuznetsov (+2) - Aleksandr Burmistrov (+1)
Sergei Mozyakin (A, +1, 2') - Pavel Datsyuk (C, +1) - Stepan Sannikov (+1)
Artemi Panarin (-1) - Vadim Shipachyov (A, -1, 2') - Evgeni Dadonov (-1)
Roman Lyubimov (+2) - Sergei Kalinin (+2) - Ivan Telegin (+2)
Sergei Shirokov (+1)

Défenseurs :
Aleksei Emelin (-1) - Vyacheslav Voïnov (-1)
Viktor Antipin (+1, 2') - Dmitri Orlov
Aleksei Marchenko (+4) - Nikita Zaitsev (+3)
Anton Belov (+2)

Gardien :
Sergei Bobrovski

Remplaçant : Ilya Sorokin (G). En réserve : Igor Shestyorkin (G), Maksim Chudinov (D), Sergei Plotnikov (A).

Suisse

Attaquants :
Nino Niederreiter (-1) - Morris Trachsler (-2, 2') - Simon Moser (A, -1)
Gregory Hofmann - Reto Schäppi - Sven Andrighetto
Denis Hollenstein (-2, 2') - Samuel Walser (-1) - Andres Ambühl (C, -2)
Dino Wieser (-1, 2') - Julian Walker (-1) - Marc Wieser (-1)

Défenseurs :
Patrick Geering (-1) - Félicien du Bois (A, -1, 4')
Noah Schneeberger (-1) - Eric Blum
Yannick Weber (-2) - Christian Marti (-3, 2')
Robin Grossmann (2'+10')

Gardien :
Reto Berra

Remplaçants : Robert Mayer (G), Gaëtan Haas. En tribune : Sandro Zurkirchen (G), Raphaël Diaz (D, épaule), Lino Martschini (A).