Une bonne journée pour Cologne-Paris 2017 ?

Pour que les championnats du monde 2017 soient une réussite, il faudra que les patinoires soient bien remplies y compris dans les rencontres ne concernant pas les pays organisateurs. Ce qui n'est pas vraiment le cas de ce Mondial en Russie, loin de rééditer l'ambiance de Prague et Ostrava l'an dernier.

Un atout important est de disposer de pays - y compris et surtout en bas de tableau - qui drainent leur lot de supporters enthousiastes. La victoire historique de la Hongrie, qui lui donne une chance de maintien, peut ainsi être une excellente nouvelle pour l'organisation 2017 quand on voit la fidélité exemplaire de ses fans. Le Bélarus est certes soutenu en nombre à Saint-Pétersbourg, mais c'est plus compliqué pour son public de voyager en Europe, ce qui nécessite un visa.

Un autre pays réputé pour ses supporters est la Lettonie. Le Kazakhstan, beaucoup moins... Or, ces deux équipes figurent aux deux dernières places du groupe A et jouent un match décisif pour la relégation ce soir. Pour qui penchent les organisateurs 2017. Un indice pour vous à la maison : c'est un pays qui n'a pas naturalisé une ligne complète de Nord-Américains... Selon le résultat de ce match, la journée peut donc devenir très bonne - ou non - pour le remplissage potentiel de Bercy...

KOLESNIK Vitali 120505 001Cette rencontre est capitale pour les deux pays. Forcément, les deux blessés les plus légers - dont le capitaine Starchenko - font leur retour dans le camp du Kazakhstan. On ne sent pas cet enjeu dans le rythme faible du début de rencontre entre deux adversaires paraissant fébriles. À la cinquième minute, Guntis Galvins se fait trop facilement éliminer à la ligne bleue par Nikita Ivanov en essayant de contrer le palet. Le centre bleu et blanc part ainsi seul face au gardien Elvis Merzlikins - encore préféré à Masalskis pour ce match-clé - et le bat à mi-hauteur côté plaque.

C'est un match typique entre deux équipes de l'Est, avec peu d'intensité, très loin de Russie-Suisse précédent. Le Kazakhstan mène 1-0, le score parfait pour gérer en plongeant le public dans un profond sommeil. On a presque l'impression d'un mauvais scénario écrit d'avance contre les Lettons, qui ont pourtant failli égaliser sur un but-casquette. Un tir a priori anodin de Roberts Bukarts depuis le côté gauche s'est infiltré entre les bottes de Kolesnik... qui l'a rattrapé avec le gant en s'asseyant dans ses cages.

Le talon d'Achille du Kazakhstan, c'est son indiscipline chronique. Lipin fait trébucher Daugaviņš et Solaryov fait trébucher Meija, à chaque fois dans le coin de la zone. En infériorité, on sent l'influence nazarovienne de sacrifice car les joueurs du Kazakhstan se jettent systématiquement devant les lancers. Gints Meija est en bonne position dans le slot, mais Kolesnik fait l'arrêt de la mitaine.

En deuxième période, la ligne nord-américaine du Kazakhstan porte tout de suite le jeu en zone offensive... mais Brandon Bochenski semble avoir adopté les mauvaises habitudes de son nouveau pays en y faisant trébucher inutilement Daugaviņš. La Lettonie avait le cinquième meilleur powerplay de ce Mondial, et on peine à comprendre pourquoi en la voyant gâcher ces avantages numériques les uns après les autres. Une quatrième pénalité (de Solaryov) est tuée. Pas de trafic, pas de tirs, et surtout pas de mouvement.

Quand Aleksejs Širokovs retient la crosse de Shin, le Kazakhstan se montre beaucoup plus décidé à exploiter cette opportunité. Elvis Merzļikins, qui pouvait s'endormir avec 3 tirs en 29 minutes, réalise deux arrêts importants dont un grand écart devant Nigel Dawes : ça réveille ! Les fautes bêtes ont changé de camp puisque Ralfs Freibergs referme le gant sur un palet aérien pour se le poser. Cette pénalité est tuée plus facilement.

La Lettonie paraît bien mal en point. Soudain, Roman Savchenko dégage dans le plexiglas, et le palet revient de manière incroyable dans l'axe du but sur Kaspars Daugaviņš, qui ne se pose pas de questions et tire en pleine lucarne (1-1). Un signe du destin ? En tout cas, une chance à ne pas gâcher en laissant Dawes partir à 2 contre 1... Galviņš se rattrape de son erreur de début de match en contrant le tir de l'ex-Canadien, qui s'envole.

INDRASIS Miks 130208 341L'égalisation ne change pas l'état d'esprit dans lequel se joue la troisième période : c'est encore la Lettonie qui fait le jeu, et elle paraît même plus active, comme libérée et soulagée d'un poids. Le Kazakhstan attend les contre-attaques, mais les joue avec plus de vitesse et détermination. Daugaviņš soigne une longue passe à destination d'Andris Džeriņš, qui file entre les défenseurs mais échoue face à Kolesnik.

Les Lettons accentuent leur effort et Beresnevs a réduit son banc à trois lignes (ce que Nazarov a fait depuis longtemps) en utilisant Māris Bičevskis à la place du jeune Abols. Ce sont justement les troisièmes lignes qui sont envoyées sur la glace à cinq minutes de la fin lors d'une mise en jeu en zone kazakhe (obtenue par l'effort du duo Girgensons-Ķēniņš). Miks Indrasis bataille derrière la cage dans un duel avec Korabeinikov, et Māris Bičevskis va y chercher le palet pour un tour de cage gagnant sans la moindre opposition du reste de la défense (1-2).

Le Kazakhstan est-il capable de réagir à un sort contraire ? On n'en a pas l'impression. Andrei Nazarov se frotte le menton, rajuste sa cravate, et semble inquiet. Indrasis emmène le palet qui retombe devant lui, déborde côté gauche alors que les joueurs adverses étaient encore en train de regarder en l'air, et centre pour Bičevskis qui est seul devant le but... mais laisse échapper le palet.

Le suspense demeure donc dans la dernière minute. Nazarov demande son temps mort, sort son gardien et envoie la ligne nord-américaine sauver leur patrie d'adoption. Mais les Lettons restent plus saignants dans les duels et préservent une victoire méritée.

Les fans en grenat se déplaceront donc l'an prochain à Cologne ou à Paris. La Lettonie se maintient et elle a encore une chance d'aller en quart de finale... si le Kazakhstan lui vient en aide en accrochant le Danemark mieux placé. Hypothèse osée car le Kazakhstan est définitivement relégué après cette défaite. Les joueurs de Nazarov étaient volontaires quand il s'agissait de protéger le score, mais beaucoup moins confiants quand il fallait forcer leur destin. Ont-ils été assommés mentalement par les buts encaissés. Ou étaient-ils tout bêtement fatigués physiquement, d'autant que Nazarov a joué à trois lignes dès le deuxième tiers-temps ?

Désignés joueurs du match : Vitali Kolesnik pour le Kazakhstan et Māris Bičevskis pour la Lettonie.

 

Kazakhstan - Lettonie 1-2 (1-0, 0-1, 0-1)
Samedi 14 mai 2016 à 20h15 au Palais de glace VTB de Moscou. 7305 spectateurs.
Arbitrage de Tobias Björk (SUE) et Martin Frano (TCH) assistés de Nicolas Chartrand-Piché (CAN) et Vit Lederer (TCH).
Pénalités : Kazakhstan 10' (4', 4', 2'), Lettonie 4' (0', 4', 0').
Tirs : Kazakhstan 20 (3, 6, 11), Lettonie 38 (12, 12, 14).

Évolution du score :
1-0 à 04'37" : Ivanov
1-1 à 35'14" : Daugaviņš
1-2 à 54'49" : Bičevskis assisté d'Indrašis et Cibuļskis


Kazakhstan

Attaquants :
Nigel Dawes (A) - Dustin Boyd - Brandon Bochenski (A, +1, 2')
Roman Starchenko (C) - Nikita Ivanov - Evgeni Rymarev (-1)
Aleksandr Shin (-1) - Ilya Solaryov (-1, 4') - Konstantin Pushkaryov (-1)
Vladimir Markelov - Dmitri Grents - Vadim Krasnoslobodtsev

Défenseurs :
Maksim Semyonov (-1) - Vyacheslav Tryasunov
Roman Savchenko (-1) - Aleksandr Lipin (4')
Andrei Korabeinikov - Artemi Lakiza
Daniar Kairov

Gardien :
Vitali Kolesnik [sorti de 19'57" à 20'00"]

Remplaçants : Pavel Poluetkov (G), Mikhail Panshin. En tribune : Dmitri Malgin (G), Ilya Lobanov (D), Maksim Khudyakov (A, blessé).

Lettonie

Attaquants :
Ronalds Ķēniņš (+1) - Zemgus Girgensons (A) - Aleksejs Širokovs (2')
Kaspars Daugaviņš (C, +1) - Andris Džeriņš (+1) - Roberts Bukarts (+1)
Rodrigo Ābols - Gints Meija (A) - Miks Indrašis (+1)
Gunārs Skvorcovs (-1) - Māris Bičevskis - Vitālijs Pavlovs (-1)

Défenseurs
Kristaps Sotnieks (-1) - Guntis Galviņš (-1)
Oskars Cibuļskis (+2) - Aleksandrs Jerofejevs (+1)
Ralfs Freibergs (+1, 2') - Maksims Širokovs
Edgars Siksna

Gardien
Elvis Merzļikins [sorti de 59'03" à 60'00"]

Remplaçants : Edgars Masaļskis (G), Edgars Kulda. En tribunes : Jānis Andersons, Mikelis Rēdlihs (blessé).