Lettons rouges de confusion

Le fan de sport se sent vite vieux, sauf s'il suit la carrière de Jagr. À peine le temps de fermer les yeux et la vedette d'hier pend déjà son maillot au clou pour une retraite méritée, sauf si elle s'appelle Jagr. Mais bref.

Et que dire des réputations ! On se souvenait d'un Danemark impressionnant de solidité et d'une Russie flageolante. Cela remonte à si loin, à... une semaine, au moins. Un 10-1 infligé par les Russes aux Danois a changé direction et force du vent. La Russie est redevenue une machine à marquer et le Danemark, un comparse.

Bien entendu, entraîneurs et joueurs n'aiment pas ces étiquettes-express, la qualité d'un collectif d'athlètes se mesure sur le long terme. Il ne tient d'ailleurs qu'à eux de les décoller. Pour Jan Karlsson et ses hommes, ce serait même un impératif. Pas encore assurés du maintien, les hôtes du Mondial 2018 aimeraient éviter de le préparer contre la Corée du Sud...

Problème : en face d'eux, un adversaire retors affronte la même frayeur et n'a, lui non plus, jamais connu la relégation. Or si la Lettonie, c'est d'elle qu'il s'agit, s'incline encore en ce vendredi, elle devra jouer sa survie au couteau contre ce Kazakhstan aussi imprévisible qu'un ciel d'avril. En revanche, si elle l'emporte, la route des quarts lui sera à nouveau ouverte avec une ultime rencontre face à la Norvège. En deux heures, la Lettonie peut balancer d'un extrême à l'autre de l'échelle émotionnelle. Le sport va vite, disions-nous ?

BUKARTS Roberts 110508 243Une preuve supplémentaire nous est apportée par le premier tiers de ce match disputé devant des tribunes à moitié vides et majoritairement lettones. Les dix minutes initiales sont aussi ennuyeuses qu'un film de Bergman et, soudain, le scénario s'emballe. Un power-play suffit aux Danois pour que Nicklas Jensen lance du poignet depuis la bleue. Avec une telle efficacité que, même sur la vidéo, le puck est une tache noire saluée par la statue Merzlikins (0-1 à 11'57"). N'accablons pas le portier letton qui en fera d'autres (teaser).

Secoués, ses partenaires s'attaquent enfin au problème, réchauffent l'ambiance et provoquent trois pénalités de part et d'autre de la première pause. Suffisant pour renverser la tendance : Džerinš se fait justicier depuis le cercle droit (1-1 à 17'45") puis Daugavinš assassine Dahm de face (2-1 à 21'57"). Les deux fois, on retrouve l'excellent Bukarts à l'initiative.

L'avantage est alors amplement mérité. Peu avant le but de Daugavinš, Girgensons n'avait su faire fructifier un travail de Bukarts (encore lui), avec conquête du palet derrière les buts, feinte de velours et passe dans le slot. Le Danemark pourrait piocher un peu. Mais il a l'expérience des moments pénibles, depuis 2003, et bien vu que le gardien adverse a, en cette funeste soirée (pour lui), la consistance du polystyrène. On le frotte un peu et hop ! Alors Mads Bødker, à la demi-heure, prend un lancer. Pas bien puissant, pas bien placé, mais plein d'espoir. Poulsen l'effleure de sa crosse et le palet s'immisce entre les bottes trop écartées de Merzlikins, désemparé (2-2 à 28'28").

BODKER Mads 100516 299Ah, le jour où les Lettons auront résolu leur problème de gardien... et celui du mental, pourrait-on ajouter. Au lieu de reprendre l'œuvre laissée en plan, comme ils en ont les moyens, les joueurs de Beresnevs, manifestement meilleurs, s'infligent une série de handicaps en multipliant les prisons, dont 5'+20' pour Aleksejs Sirokovs et deux minutes à trois contre cinq, dont les Danois ne profitent même pas !

Suite à ce sabordage en règle de part et d'autre, le troisième tiers retombe un peu de rythme, la prolongation également. On n'échange plus guère de coups (seulement deux minutes de prison, pour retard de jeu), seulement quelques occasions. Les meilleures ? Andris Džerinš échoue en un contre un, Sotnieks lance sur le poteau de Dahm à... trois secondes de la fin du dernier tiers, et Bukarts, encore lui, oblige Dahm à être agile du gant. Rideau et les Danois s'en satisfont, à l'abri du danger. Le point supplémentaire des tirs aux buts permettrait en revanche aux Lettons de respirer, mais Dahm les en prive en bloquant deux de leurs essais. En face, Eller et, surtout, Nicklas Jensen (superbe feinte !) font le boulot.

Merzlikins s'en prend le casque à deux mains et ses camarades aussi. Incontestablement plus forts, ils ont été trop indisciplinés et imprécis, alors qu'à la 25e minute, le match leur était promis. Ils devront donc valider leur ticket pour Paris et Cologne contre le Kazakhstan.

Désignés hommes du match : Frederik Storm (Danemark) et Roberts Bukarts (Lettonie).

Réactions d'après-match

Lars Eller (attaquant du Danemark) : "On était tous conscients d'être passés à côté contre la Russie. À la fin, on se sentait honteux d'être sur la glace. Pas aujourd'hui. Certes ce ne fut pas un beau match, mais nous l'avons joué avec cœur et obtenu les deux points dont nous avions absolument besoin. On aurait dû plier le match pendant dans la pénalité majeure mais tant pis, il a fallu enchaîner. Et le but a fini par tomber."

Kaspars Daugavinš (capitaine de la Lettonie) : "La pénalité de match [d'Aleksejs Širokovs] nous a tués. Nous avons perdu notre ressort après cela. Les unités spéciales auront fait la différence."

 

Lettonie - Danemark 2-2 (1-1, 1-1, 0-0, 0-0) / 2-3 aux tirs aux buts
Vendredi 13 mai 2016 à 20h15 au Palais de glace VTB de Moscou. 7788 spectateurs.
Arbitrage de Linus Ohlund (SUE) et Marc Wiegand (SUI) assistés de Fraser McIntyre (USA) et Aleksandr Otmakhov (RUS).
Pénalités : Lettonie 33' (2', 11'+20', 0', 0') ; Danemark 10' (4', 4', 2', 0').
Tirs : Lettonie 32 (8, 10, 11, 3) ; Danemark 35 (12, 11, 10, 2).

Évolution du score :
0-1 à 11'57" : Nicklas Jensen assisté de Madsen et Green (sup. num.)
1-1 à 17'45" : Džerinš assisté de Bukarts et Cibulskis (sup. num.)
2-1 à 21'57" : Daugavinš assisté de Bukarts et Džerinš (sup. num.)
2-2 à 28'28" : Poulsen assisté de Bødker et Christensen

Tirs aux buts :
Lettonie : Džerinš (arrêté), Indrašiš (réussi), Daugavinš (arrêté).
Danemark : Eller (réussi), Ehlers (au-dessus), Nicklas Jensen (réussi).


Lettonie

Attaquants :
Kaspars Daugavinš (C) - Andris Džerinš - Roberts Bukarts
Vitaljs Pavlovs (-1, 2') - Zemgus Girgensons (A) - Ronalds Kenins (-1)
Miks Indrašiš - Aleksejs Širokovs (-1, 5'+20') - Gints Meija (A)
Rodrigo Abols - Maris Bicevskis (2') - Edgars Kulda

Défenseurs :
Guntis Galvinš - Kristaps Sotnieks
Edgars Siksna - Aleksandrs Jerofejevs
Maksims Širokovs (-1, 2') - Ralfs Freibergs (-1, 2')
Oskars Cibulskis

Gardien :
Elvis Merzlikins

Remplaçants : Edgars Masalskis (G), Gunars Skvorcovs (A). En tribune : Janis Kalnins (G), Janis Andersons (D), Mikelis Redlihs (A, blessé).

Danemark

Attaquants :
Nikolaj Ehlers - Lars Eller - Jannik Hansen
Frederik Storm - Morten Madsen (A) - Nicklas Jensen (2')
Patrick Bjorkstrand (2') [puis M. Poulsen à 40'] - Mads Christensen (2') - Morten Green (C, +1)
Morten Poulsen (+1) - Kirill Starkov - Mathias Bau (+1)

Défenseurs :
Daniel Nielsen (A) - Markus Lauridsen
Oliver Lauridsen (2') - Nicholas Jensen
Mads Bødker (+1) - Stefan Lassen
Emil Kristensen (2', +1)

Gardien :
Sebastian Dahm

Remplaçants : Georg Sørensen (G), Mikkel Aagaard (A). En tribune : Simon Nielsen (G, commotion), Jesper B. Jensen (D, commotion), Mathias From (A).