La France n'avait plus de jambes

La Biélorussie n'a plus le choix : un point suffirait à bonheur pour reléguer la Hongrie. Une défaite en revanche signerait une catastrophe nationale...

La France n'a plus grand chose à jouer, hormis le ranking IIHF. Reste à finir en beauté pour récompenser les gros efforts entrevus face à la Finlande ou au Canada. Ceci dit, la Biélorussie compte deux jours de repos et la fraîcheur n'est guère en faveur des Bleus.

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Huet tient le fort

Ils partent très fort, ces joueurs de Dave Lewis. Huet doit sortir trois arrêts d'entrée : même pas quarante secondes et le but français est assiégé ! Dieudé-Fauvel prend deux minutes sur le dernier assaut en tour de cage, ce qui n'arrange pas les affaires françaises. Le bon placement des Bleus limite les dégâts avec un seul tir cadré et Raux aide bien à effacer cette infériorité. Malgré tout, le jeu reste cantonné à la zone française et Huet s'affaire !

Belarus France 160517 462Il faut bien cinq minutes aux joueurs de Dave Henderson pour reprendre un peu d'air. Le premier tir revient à Teddy Da Costa à la septième minute.

Malgré tout, aucune franche occasion. C'est même Andrei Kostitsyn qui frôle l'ouverture du score, manquant de mystifier Huet au poteau. Le palet vient taper l'arrière de sa botte et sort... Drozd percute dans l'axe et le gardien de Lausanne fait encore le boulot, tout comme sur Kitarov à l'aile. Meunier, battu dans le coin, doit accrocher son vis à vis. La pénalité est bien gérée par la défense. De retour à cinq contre cinq, Tim Bozon sort de la zone et termine au sol. Demkov n'échappe pas à la punition et le jeu de puissance français entre en jeu. L'équipe spéciale combine bien à une touche et Yorick Treille trouve Sacha entre les cercles : Koval stoppe le tir. Plusieurs autres essais plus ou moins cadrés suivent, avec presque deux minutes entières en zone offensive. Lampérier, puis Janil enchaînent.

De l'autre côté, Huet sort la mitaine sur un tir de Lisovets du point d'appui et reste dans son match. À une minute de la pause, le duo Béron - Dieude-Fauvel se trouve encore en difficulté et l'arrière évoluant aux Etats-Unis sort pour faire trébucher devant la cage. Sous pression à la dernière seconde, la France évite le but car un joueur biélorusse était dans l'enclave - de toute façon, le disque avait franchi la ligne après le coup de sifflet. Coup de chaud, et retour au vestiaire à 0-0...

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Deux contres qui font mal

But Belarus 160517 641La France entame en infériorité et cela ne s'arrange pas puisque Meunier fait trébucher en entrée de zone. 46 secondes de double avantage ! Les tirs ne sont pas trop cadrés et Dieude-Fauvel revient. À 32 secondes de la fin de la deuxième pénalité, Huet vole Andrei Kostitsyn de la mitaine et Stepanov percute le gardien : il prend deux minutes.

À quatre contre quatre, la Biélorussie pousse et Béron sort péniblement après un contact près de la cage. Huet, intraitable, avait tout stoppé. Le jeu de puissance s'installe mais ne tente pas assez sa chance. Le seul vrai tir revient à Da Costa à une seconde de la fin de la punition de Stepanov. À cinq contre cinq, Lampérier dévie hors cadre un tir de Raux.

Une action française finit mal. Gotovets lance Linglet sur le côté, qui prend Béron sur ses appuis. Il déborde et centre fort devant la cage. Auvitu est allongé sur la glace pour contrer la passe vers le deuxième poteau et il dévie le disque sur la botte de Huet. Stas a suivi et ouvre le score (1-0).

But Platt 160517 762Cela ne s'arrange pas avec un accrochage de Sacha Treille en défense. L'avantage numérique ne donne rien et, à dix secondes de la fin, Kovyrshin sèche Moisand dans le dos : deux minutes. Il n'y a rien à signaler, mais cela remet un peu la France dans le coup. Une nouvelle bonne présence pousse Gotovets à la faute sur Lampérier et l'équipe spéciale revient en jeu.

Le palet circule bien mais les tirs manquent de tranchant. Dans les dernières secondes, Béron et Desrosiers bénéficient de contres favorables et cela crée un deux-contre-un. Fleury, à la réception, vendange complètement et tire au-dessus !

Dès que la France attaque, elle met la défense en difficulté. Dépassés par les changements de direction des Bleus, les Biélorusses concèdent des fautes. Sergei Kostitsyn fait sauter le bâton des mains de Sacha Treille : deux minutes. Le jeu français affiche encore des insuffisances criantes, avec très peu de tirs et de monde devant la cage. Lampérier obtient malgré tout une bonne chance sur un palet trainant dans l'enclave.

Bien installés à la fin de la prison, les Français se font punir en contre. Un tir bloqué offrent une attaque en surnombre et Linglet lance Platt, dont le tir piège Huet en hauteur (2-0). Cela sent le roussi et une équipe démobilisée...

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Plus d'énergie

La reprise débute mal puisque Janil commet un cinglage. La pénalité est bien tuée, mais la France reste à côté de ses patins. Nouvelle erreur derrière le but de Béron, et Stas finit en hauteur le travail du duo Platt-Linglet (3-0).

Belarus France 160517 465La Biélorussie a fait le plus dur et y est presque. Reste à bien défendre, ce qu'elle s'efforce de faire. Les dix minutes suivantes offrent donc une possession stérile à la France, cantonnée dans les bandes sans se créer de position de tir - tout en s'exposant aux contres. Démonstration, avec un Pavlovich tout proche de saler l'addition...

Et sur le but de Koval ? Quelques actions sporadiques, comme ce tir de près de Bertrand, servi par Da Costa. Puis, à six minutes, une partie de billard et une grosse confusion devant la cage suite à un tir de Bellemare, durant laquelle huit joueurs finissent emmêlés sur le palet...

Les minutes défilent et les Français restent coincés le long des bandes dans des jeux stériles. Une pénalité de Linglet à quatre minutes de la fin va-t-elle débloquer le compteur ? Non, car encore une fois, le jeu manque d'audace et de soutien devant la cage. La Biélorussie tient sans peine jusqu'au bout et arrache son maintien, relégant la Hongrie.

Défaite 3-0 : la France est blanchie pour la troisième fois en sept matchs, témoignant d'un criant problème offensif, notamment en supériorité numérique. Clairement, la fatigue a joué. La France restait sur un match la veille, la Biélorussie avait eu deux jours de repos pour préparer son commando maintien. Malgré tout, cet ultime match laisse un goût d'inachevé et plombe un peu un tournoi où les Bleus avaient montré beaucoup de combativité.

Désignés joueurs du match : Yohann Auvitu (France) et Andrei Stas (Biélorussie)

Commentaires d'après-match :

Dave Lewis (entraîneur de la Biélorussie) : "Bravo à la France pour ses efforts après avoir joué la veille. Nous le savions et le but était d'utiliser cela pour débuter très fort. Ils ont réussi à survivre à ce premier tiers et sont revenus très forts en deuxième. Nous avons alors capitalisé sur nos occasions. Mais respects à eux car ils avaient clairement un effectif diminué avec beaucoup d'absents."

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Yorick Treille (attaquant de la France) : "On a pas été capables de marquer sur nos occasions. Si on marque en premier, ça change évidemment le match, mais le problème était le même contre la Slovaquie, une équipe à notre portée. Nous sommes déçus. Mais on a tout donné, du moins tout ce qu'on avait ce soir. Septième match en onze jours, comme tout le monde, mais après, la Biélorussie a eu deux jours de repos. C'est comme ça, c'est le privilège d'un meilleur classement IIHF que nous. Nous n'avons pas su concrétiser nos jeux de puissance. Finalement, sur ces cinq défaites, on ne marque que deux buts et on est blanchis trois fois, forcément ça devient difficile de gagner à ce niveau-là. Mais on se doit de concrétiser ces chances. Là, on prend deux contres, avec notre troisième attaquant piégé bas dans la zone."

Yohann Auvitu (défenseur de la France) : "Ils ont été forts et méritent la victoire. Ils avaient plus faim, étaient plus solides et jouaient leur survie. Globalement dans ce tournoi le bilan n'est pas positif. On compte cinq points, ce n'est pas assez et 7e ce n'est pas satisfaisant. On ne marque pas de buts, on en prend beaucoup... Avec la nouvelle formule, gagner juste le match contre le promu ne suffit pas, car on n'est pas à l'abri qu'il accroche une autre équipe. Il faut faire attention, car l'an dernier on se maintient ric-rac, et cette année, ça aurait été pareil sans l'organisation de 2017. Cela peut vite basculer. Notre jeu offensif n'a pas été excellent, notre jeu défensif non plus. Trois buts pris par match, c'est bien trop ! On a montré de bonnes choses contre la Finlande et le Canada, mais il faut le refaire contre les soi-disant moins forts. Le crédit est à donner à la Biélorussie, qui a très bien joué. Peut-être qu'il faudra compenser nos faiblesses par un jeu en contre et d'autres vertus."

Pierre-Édouard Bellemare (attaquant de la France) : "Je suis déçu. On arrive à nos limites sur sept matchs. Ils jouaient le maintien, ils ont tout donné. Nous, je ne suis pas sûr qu'on a tout donné mais il y avait de la fatigue, plutôt qu'un problème de concentration. Peut-être faut-il jouer différemment. On reste une petite nation de hockey, on apprend de ces tournois. Ici, on finit 7e, on aurait peut-être pu finir 6e, mais quand je lis qu'on visait les quarts, il aurait fallu un miracle. On a beaucoup concentré les discussions sur nos absents en défense, et ça m'énerve un peu. On a un groupe qui est là et qui jouait. L'important, c'est de rester dans le groupe A pour que nos jeunes continuent à progresser. On a progressé, on l'a vu en battant l'Allemagne qui a fini en quarts. Mais septième, cela ne suffit pas."

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Dave Henderson (entraîneur de la France) : "La Biélorussie est arrivée très fort, comme prévu et nous n'avons pas réussi à tenir le palet pendant dix minutes. Nous n'avions pas les jambes comme dans les trois matchs précédents et eux, avaient la fraîcheur avec deux jours de repos. On ne pouvait pas lutter, et une fois à 2-0...
Nous n'avons pas atteint l'objectif souhaité, c'est une déception. Il y a un bilan à faire et des décisions à prendre.
Quels leçons à tirer pour 2017 ?
Nous avons perdu un défenseur [Dieude-Fauvel] qui s'est blessé hier contre le Canada, qui a essayé au premier tiers mais ne pouvait pas tenir sa crosse. Nous devons avoir plus de joueurs en préparation pour pouvoir limiter ces problèmes de blessures, car nous finissons à cinq défenseurs ce soir.
Il n'y avait pas les jambes ce soir ?
Ils nous ont pris à la gorge d'entrée, comme prévu, et nous ont cantonné dans notre zone. Nous avions des difficultés à récupérer le palet, ils étaient tout de suite dessus et nous n'avons pas trouvé la solution. Puis, nous avons commencé à avoir des occasions, mais on ne peut pas gagner quand on ne marque pas. Et cela fait trois matchs sans but.
Comment expliquer cette inefficacité offensive, notamment en jeu de puissance ?
Un ensemble de choses. On aligne des joueurs habiles, qui ont un rôle en supériorité. Mais on veut le jeu parfait, on contrôle et on attend l'occasion en or, le one-timer. Cela n'a pas réussi cette année. Dans ces cas, il faut mettre du trafic devant la cage. Quand le jeu en finesse ne marche pas, il faut aller à la cage, chercher les rebonds, les déviations.
Jordann Perret n'a pas joué aujourd'hui. Blessé ?
Il est rincé. C'est son premier Mondial, je suis très satisfait, il a bien joué. Mais c'est un jeune joueur qui a joué neuf matchs de préparation et six ici, il n'avait pas de jambes et cela l'aurait desservi ce soir, ou risqué une blessure.
Hier, l'entente entre Teddy et Tim a bien marché, je l'ai reconduite ce soir et j'ai ajouté Charles qui avait de bonnes jambes. Ils ont eu quelques bonnes occasions. Pour Desrosiers, il a eu du mal à finir le match hier, je l'ai un peu utilisé aujourd'hui avec son talent offensif. Meunier et Yorick ont été économisés hier pour jouer aujourd'hui et ils avaient même plus de jambes qu'espéré. Il y avait de tout façon un manque de fraîcheur, on joue à cinq défenseurs depuis le début du tournoi. Du coup, il y a un pas de retard dans le coin, une usure mentale, un manque de lucidité. Mais les joueurs ont été valeureux.
Le choix d'aligner Berthon en première ligne ?
Il avait de la vivacité hier, il a été bon et trouvé quelques bonnes passes. Comme le trio n'avait pas eu le succès espéré, j'ai tenté Berthon en me disant qu'il trouverait des ouvertures pour Bellemare et Fleury. Mais cela n'a pas marché.
Les mises au jeu ont été un souci récurrent cette année...
Pas que cette année, mais on tourne d'habitude à 48 ou 50%, cela dépend des adversaires. Cette année, on a été en dessous, en jouant des équipes très fortes dans ce domaine comme les États-Unis, le Canada. La Finlande un peu moins, mais la Biélorussie a été forte aussi aujourd'hui.
Luc Tardif évoquait une remise en cause à tous les niveaux, qu'en pensez-vous ?
Oui, quand on a des résultats comme ça, le coach, les joueurs, le staff doivent réfléchir. C'est un groupe qui gagne et un groupe qui perd. Il y a des choses à revoir et remettre en place. On fera le bilan avec Luc et le staff pour trouver des solutions et améliorer ce qui n'allait pas. Neuf matchs de préparation, cela a donné des blessures, des petits bobos qui se soignent, reviennent... On doit avoir plus de joueurs en préparation. Mais nous en reparlerons à tête reposée.
Il y a eu trois ou quatre années qui roulaient bien, là plus trop. Il faut repartir, comme toutes les grandes équipes en tirent les leçons. J'ai confiance."

Luc Tardif (président de la FFHG) : "Il faut tout remettre à plat, du président au joueur. Avoir une démarche plus professionnelle à tous les étages, y compris le président. On vient de faire un cycle de 10 ans, et là, c'est service minimum. Si on veut passer un cap, il ne faut pas de petits changements - mais attention, il ne faut pas accabler l'entraîneur ! Est-ce que ces blessés, c'est juste pas de chance ? Est-ce qu'on a fait une trop grande préparation ? Il faut tout réétudier. Le président que je suis va placer des objectifs plus ambitieux. On doit récompenser la fidélité des joueurs, mais il ne faut pas que les joueurs se servent de l'équipe de France, il faut qu'ils servent l'équipe de France. Il y a un équilibre à trouver. Il ne faut pas accabler les joueurs. Il y a un problème offensif, mais Cristobal ne va pas nous marquer des buts ! Il suffit de regarder le nombre de buts marqués pour voir qu'il y a un souci. On a fait dix ans à se hisser, à se maintenir, à atteindre les quarts... Maintenant, il faut être plus ambitieux à tous les étages, tout le monde. Tout doit être plus minutieux. Cela passe par une amélioration individuelle, de tout le monde, on doit se regarder et ne pas se contenter du service minimum."

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Biélorussie - France 3-0 (0-0, 2-0, 1-0)
Mardi 17 mai 2016, 16h15. Yubileiny arena de Saint-Pétersbourg. 4895 spectateurs.
Arbitrage de Martin Frano (TCH) et Linus Ohlund (SUE) assistés de Roman Kaderli (SUI) et Andreas Malmqvist (SUE)
Tirs : Biélorussie 32 (15, 9, 8), France 21 (7, 12, 2)
Pénalités : Biélorussie 12' (2', 8', 2'), France 12' (6', 4', 2')

Récapitulatif du score
1-0 à 25'12" : Stas assisté de Linglet Gotovets
2-0 à 38'23" : Platt asissté de Linglet et Gotovets
3-0 à 44'59" : Stas assisté de Linglet et Platt
 

Biélorussie

Attaquants
Andrei Stepanov - Sergei Kostitsyn - Aleksandr Pavlovich
Charles Linglet (2', +3) - Andrei Stas (C, +3) - Geoff Platt (+3)
Andrei Kostitsyn (A) - Yevgeni Kovyrshin (2') - Artur Gavrus
Sergei Drozd - Aleksandr Kitarov - Artyom Demkov (2')
Nikita Komarov

Défenseurs
Kirill Gotovets (2', +2) - Roman Dyukov (+1)
Oleg Yevenko (+1) - Yevgeni Lisovets (+1)
Ilya Shinkevich - Kristian Khenkel
Nikita Ustinenko (+1)

Gardien :
Vitali Koval

Remplaçant : Kevin Lalande (G). Réservistes : Dmitri Milchakov (G), Dmitri Korobov (D), Aleksei Kalyuzhny (A)

France

Attaquants :
Eliot Berthon - Pierre-Edouard Bellemare (A) - Damien Fleury (A)
Yorick Treille (A, -2) - Laurent Meunier (C, 4') - Sasha Treille (2', -1)
Charles Bertrand (-2) - Teddy Da Costa (-2) - Tim Bozon (-2)
Loïc Lampérier - Nicolas Ritz (-1) - Valentin Claireaux - Julien Desrosiers (-1)
Julien Desrosiers

Défenseurs :
Yohann Auvitu (-3) - Maxime Moisand (-1)
Grégory Béron (-2) - Benjamin Dieudé-Fauvel (4')
Jonathan Janil (2') - Damien Raux

Gardien :
Cristobal Huet

Remplaçants : Florian Hardy (G), Jordann Perret. Réserviste : Ronan Quemener (G). Blessés : Teddy Trabichet (D), Florian Chakiachvili (D).