Russie - Allemagne (Mondiaux 2016, quart de finale)

L'Allemagne a réussi un championnat solide, mais fait face à une montagne : une Russie étincelante de talent au point d'humilier les Suédois pendant quarante minutes mardi.

Une victoire serait un miracle. Et il faudrait l'obtenir en découvrant une patinoire de Moscou chauffée à blanc, et avec une équipe décimée par les blessures. Felix Schütz, le centre de sa meilleure ligne, est forfait à son tour. Les Allemands n'ont plus que onze attaquants à disposition ! Le buteur Patrick Reimer remplace Schütz sur le trio de Gogulla et Hager.

Attendre serait suicidaire, tant les Russes ont de qualité avec le palet. Alors, les Allemands abordent le défi avec courage. Après trois minutes de souffrance dans leur zone, ils se saisissent de la première occasion pour renverser le jeu et se montrent agressifs. Patrick Hager est seul face à la cage ouverte sur passe en retrait de Gogulla, mais il tire dans la botte de Bobrovsky. Même s'ils n'ont plus le palet, les hommes de Sturm forecheckent à deux dans la continuité de l'action. Aleksei Marchenko - meilleur défenseur russe en phase de poules avec une fiche de +10 - relance mal contre la bande et "offre" le palet à Patrick Reimer, qui bat Bobrovsky côté mitaine (0-1).

REIMER Patrick 110511 398L'Allemagne a l'intelligence de ne pas changer de tactique après le but. Elle attaque avec la même ferveur et forechecke avec la même agressivité. Tant que les Russes sont privés de palet, ils ne sont pas dangereux. Il faut néanmoins se méfier de la moindre récupération. Le rapide Ivan Telegin décolle son patin au-dessus de la ligne bleue et est sanctionné pour hors-jeu alors qu'il filait seul au but...

Menée aux tirs après douze minutes, la Russie met plus de pression en fin de période, essentiellement par des tirs de défenseurs. Il faut attendre une pénalité pour obstruction de Seidenberg pour voir se développer le jeu russe avec la traditionnelle passe transversale pour Evgeni Dadonov. Le déplacement en grand écart ne fait pas peur à Thomas Greiss qui le ponctue d'une magnifique parade du bras gauche. Il sert ensuite de dernier rempart devant Shipachyov qui a dribblé toute la défense. Dans les dernières secondes, un centre rebondit sur le genou de Draisaitl et ricoche sur le poteau : cela aurait même pu faire 0-2...

Thomas Greiss est parti pour être le héros du soir, mais il commet une erreur du jugement en début de deuxième période. Après un tir de la bleue de Belov, il arrête le rebond d'Evgeni Dadonov puis tente le poke-check et se met à suivre le mouvement du joueur russe qui part en fond de zone. On n'est pas en Amérique du nord, c'est ce qu'il ne faut pas faire avec ces joueurs-là : Dadonov remet en retrait à Shipachyov qui a la cage grande ouverte (1-1).

C'est une toute autre Russie qui est revenue des vestiaires. Une Russie aussi dominatrice que face à la Suède, et au sein de laquelle une ligne - toujours la même - survole son sujet. Vadim Shipachyov centre pour la déviation devant la cage de Dadonov (2-1). Chaque présence sur la glace de l'ancien trio du SKA Saint-Pétersbourg met le feu dans la zone allemande.

Dépassé par la vitesse russe et impuissant sur le deuxième but, Denis Reul fait trébucher Mozyakin. Le jeu de puissance russe cherche les reprises de ses droitiers dans le cercle gauche : si Mozyakin rate son lancer, celui d'Aleksandr Ovechkin (qui n'est plus aligné en défense en jeu de puissance !) oblige Greiss à un nouvel exploit, de la plaque.

OVECHKIN Alexander 120520 370Mais c'est à 5 contre 5 que la Russie se détache. L'inévitable Shipachyov récupère le palet dans sa zone, fonce en contre-attaque et convertit un une-deux parfait avec Ivan Telegin (3-1). Shipachyov en est à 16 points en 8 rencontres et est sur les bases du divin Malkin de 2012 (19 points) ! Une pénalité de Burmistrov en fin de tiers permet aux Allemands de remettre la pression sur la cage russe, qu'ils ne voyaient plus que de loin.

La Russie éteint définitivement les espoirs allemands dès le début du troisième tiers-temps. Evgeni Kuznetsov - qui fête ses 24 ans aujourd'hui - effectue une passe-abandon en croisant avec Aleksandr Ovechkin, qui inscrit son premier but dans ce Mondial (4-1). Invisible contre la Suède, Ovechkin semble pleinement entré dans son tournoi. Il réussit encore à dribbler Boyle pour tester Greiss qui ferme bien les jambières.

Si la ligne d'Ovechkin veut bien apporter son écot, il n'y aura plus qu'à réanimer la ligne de Datsyuk, un ton en dessous des autres, pour que la Russie ait une attaque équilibrée. Les présences de Burmistrov à la place de Sannikov en fin de match, alors que Znarok testaient d'autres combinaisons, ont été plutôt positives de ce point de vue.

Désignés joueurs du match : Aleksandr Ovechkin pour la Russie et Thomas Greiss pour l'Allemagne.

Commentaires d'après-match

Oleg Znarok (entraîneur de la Russie) : "Oui, c'était même une bonne chose d'être menés. Nous avons dû montrer que nous savions comment jouer. Je ne suis pas vraiment satisfait du jeu défensif. La ligne de Shipachyov est bonne offensivement, mais pas très bonne défensivement, car maintenant nous allons affronter une équipe contre laquelle il faut agir avec rigueur. La Finlande est l'équipe la plus forte que nous aurons eu à jouer dans ce tournoi. Il n'y a pas de secret particulier, nous les trouvons constamment sur notre chemin et leur système ne date pas d'hier."

Pavel Datsyuk (attaquant de la Russie) : "Nous voulions marquer, mais nous avons pris une contre-attaque. Après la pause, nous avons remis les choses au point et établi une discipline. Il n'y a pas que Shipachyov qui joue de manière excellente, toute sa ligne opère efficacement. Franchement, je n'ai pas encore vu la Finlande, nous ne nous sommes y pas encore préparés. Nous faisons match après match."

Marco Sturm (entraîneur de l'Allemagne) : "Même si ce n'était peut-être pas notre meilleur match, je suis très fier de mon équipe. Nous avons vécu deux formidables semaines à Saint-Pétersbourg où nous avons continuellement progressé. Cette fois nous sommes tombés sur un adversaire qui a une grande qualité dans ses quatre lignes et sort le palet très rapidement de sa zone. Nous avons essayé de les contenir, c'était très difficile. Nous avons mal commencé la deuxième période et nous nous sommes trop reposés sur notre gardien après une grande première période. La meilleure équipe a gagné."

 

Russie - Allemagne 4-1 (0-1, 2-0, 2-0)
Jeudi 19 mai 2016 à 20h15 au Palais de glace VTB de Moscou. 12199 spectateurs.
Arbitrage de Tobias Björk (SUE) et Aleksi Rantala (FIN) assistés de Miroslav Lhotsky (TCH) et Fraser McIntyre (USA).
Pénalités : Russie 2' (0', 2', 0') ; Allemagne 4' (2', 2', 0').
Tirs : Russie 37 (13, 16, 8) ; Allemagne 20 (6, 9, 5).

Évolution du score :
0-1 à 04'45" : Reimer
1-1 à 20'40" : Shipachyov assisté de Dadonov et Belov
2-1 à 27'17" : Dadonov assisté de Shipachyov
3-1 à 34'14" : Shipachyov assisté de Telegin
4-1 à 42'45" : Ovechkin assisté de Kuznetsov et Lyubimov


Russie

Attaquants :
Aleksandr Ovechkin (+1) - Evgeni Kuznetsov (+1) - Sergei Shirokov
Sergei Mozyakin (A) - Pavel Datsyuk (C) - Stepan Sannikov
Artemi Panarin (+1) - Vadim Shipachyov (A, +2) - Evgeni Dadonov (+2)
Ivan Telegin (+1) - Sergei Kalinin - Roman Lyubimov (+1)
Aleksandr Burmistrov (2')

Défenseurs :
Aleksei Emelin (+2) - Vyacheslav Voïnov (+2)
Anton Belov (+1) - Maksim Chudinov (+1)
Aleksei Marchenko - Nikita Zaitsev (+1)
Dmitri Orlov (-1)

Gardien :
Sergei Bobrovski

Remplaçant : Ilya Sorokin (G). En réserve : Igor Shestyorkin (G), Viktor Antipin (D), Sergei Plotnikov (A).

Allemagne

Attaquants :
Marcus Kink (A, -1) - Marcel Goc (C, -1) - Yannic Seidenberg (-1, 2')
Philip Gogulla (-1) - Patrick Hager - Patrick Reimer
Brooks Macek (-1) - Leon Draisaitl (-1) - Marcel Noebels (+1)
Jerome Flaake (-1) - Dominik Kahun (-2)

Défenseurs :
Korbinian Holzer (-1) - Christian Ehrhoff (A, -2)
Denis Reul (-1, 2') - Moritz Müller (-3)
Daryl Boyle - Sinan Akdag
Constantin Braun

Gardien :
Thomas Greiss

Remplaçant : Timo Pielmeier (G). En réserve : Felix Brückmann (G). Blessés : Felix Schütz (jambe), Torsten Ankert (déchirure tendineuse à l'aine), Tobias Rieder (genou), Gerrit Fauser (épaule).