La Finlande élimine la Russie de son mondial

Le mondial 2016 nous gratifie de somptueuses affiches pour les demi-finales. Outre le derby nord-américain, l'hôte russe affronte la Finlande invaincue en huit rencontres.

L'histoire récente entre deux nations dominantes du hockey n'est pas moins passionnée qu'elle ne l'a toujours été pour des raisons politiques depuis des décennies. Mais certaines confrontations récentes ont exacerbé cette rivalité.

Lors de la finale de Minsk en 2014, la Russie s'impose au terme d'un match qualifié de farce par les Finlandais, du fait notamment d'un arbitrage discutable. L'équipe slave, déjà dirigée par Oleg Znarok, ne semblait pourtant pas avoir besoin de l'aide du duo d'arbitres suédois, qui donnèrent une pénalité de match à Leo Komarov. L'un d'eux avait depuis trouvé du travail en officiant en KHL.

P 20160521 181542 400x388La Russie prenait ainsi sa revanche après l'élimination en quart de finale de leurs JO à Sotchi, quelques mois plus tôt par les Finlandais 3-1, ainsi que l'élimination en demi-finale lors du dernier championnat du monde en Russie en 2007 et qui reste gravé dans les mémoires (2-1 en prolongation).

L'entraîneur Kari Jalonen peut compter sur le retour en deuxième ligne d'Alexander Barkov, remis de sa grippe, qui s'est entraîné avec les autres centres pour contrer Pavel Datsyuk, dont la ligne est jusqu'à présent la moins prolifique des quatre mais qui reste redoutable aux mises en jeu.

La Finlande est fébrile dans ses relances et commence la partie sur la défensive. Le problème quand on joue la trappe et qu'on laisse l'adversaire envoyer le palet en fond de patinoire, c'est qu'il ne faut pas perdre les duels ensuite. Or les Russes se montrent plus agressifs, Tomi Sallinen perd sa crosse et Ivan Telegin ressort bien le palet du coin pour Sergei Shirokov qui reprend de volée au centre. Mikko Koskinen repousse la première tentative mais l'avant de SKA prend son rebond (0-1 à 2'52).

Toujours du même coin droit, Telegin ressort à nouveau vainqueur de son duel quelques minutes plus tard et part affronter seul le gardien mais tire complètement au-dessus.

La première réplique ne vient qu'avec Mikael Granlund qui tire de la ligne bleue pour une déviation devant le but d'Atte Ohtamaa qui s'en va dans les airs. La Finlande, un peu amorphe, n'a toujours pas de tir cadré et on est au milieu de la première période.

Vyacheslav Voïnov trouve Alexander Ovechkin devant le but, pour son premier tir qui enthousiasme le public, mais sa position n'est pas idéale, son tir est arrêté. Puis la ligne de Panarin commence à faire parler d'elle, avec un 3 contre 2. Le tir de l'attaquant de Chicago est capté par Koskinen qui s'est vite déplacé, alors que ses défenseurs étaient dépassés. Un autre 3 contre 2 russe, mené cette fois par Pavel Datsyuk, est moins dangereux, son tir étant au-dessus du cadre.

P 20160521 180613 400x225Une faute de Panarin en zone offensive va permettre à la Finlande de se réveiller un peu. Sur le jeu de puissance, un bon tir du capitaine Koivu est bien détourné par Sergei Bobrovski. Puis Le Finlandais dont le père russe a émigré au pays des mille lacs, Alexander Barkov, voit son rebond taper le poteau, puis le dos du portier qui parvient à geler le puck in extremis.

Chaque équipe tue une pénalité concédée en zone offensive. Grâce à l'excellent travail défensif de Antti Pihlström qui forecheck bien, la défense finlandaise paraît plus sereine face aux fins techniciens russes.

En deuxième période, la Finlande se remet à faire davantage le jeu, mais laisse partir en échappée Ovechkin. Avec sa vitesse il se présente seul face au gardien, mais ne parvient pas à lever suffisamment son tir au-dessus de la botte du gardien.

Marchenko fauche Leo Komarov et écope de deux minutes. Le jeu de puissance ne s'installe pas vraiment. Mais sur une incursion de Granlund le long de la bande, Sebastian Aho entre les cercles reprend la passe du joueur de Minnesota et tire le long du poteau. Bobrovski tend bien la mitaine mais il est battu (1-1 à  25'34").

Le Finlandais né en Estonie, Leo Komarov, fait tomber Roman Lyubimov pour récupérer – maladroitement - le palet en zone neutre et il doit purger sa peine de deux minutes. Au tour du jeu de puissance russe de s'installer. Mais alors que la pénalité se termine, Komarov franchit les portes de la prison et part en échappée. Voinov revient très vite et l'a bien gêné pour l'empêcher de prendre un tir. Le gardien gagne son duel facilement.

La Finlande reprend des couleurs, son jeu est plus offensif, mais Ovechkin part en contre et joue cette fois-ci de manière plus altruiste une belle passe qui force Koskinen a un arrêt de grande classe. La Russie cherche beaucoup le tir du capitaine de Washington… mais les Finlandais le savent bien et placent toujours un homme sur lui. Avec plus ou moins de succès. Pihlström est envoyé au cachot pour avoir commis un cinglage sur Ovechkin au moment où celui-ci tirait.

OHTAMAA Atte 140510 286Ses qualités manquent sur le penalty killing, lui l'expert en la matière, mais les Russes font trop tourner le palet et ne tirent pas assez. Ils cherchent la combinaison idéale et s'embourbent dans leur travers. D'autant que les Lions se jettent sur tous les palets, à l'image d'Atte Ohtamaa qui bloque deux tirs de suite. Ce qui lui vaut une petite poche de glace sur la banc pour atténuer la douleur.

De retour à cinq contre cinq, Patrik Laine attire trois joueurs sur lui en s'approchant de la cage, tout le monde croyant qu'il allait mettre à exécution ses qualités de sniper. Mais le champion de Finlande avec Tappara Tampere trouve plutôt une passe au deuxième poteau pour Jussi Jokinen abandonné devant une cage ouverte (2-1 à 35'50").

La Russie est un peu sonnée. Ovechkin mène une attaque mais se fait chiper le palet par Lindell au moment de tirer, ce qui a le don de l'agacer. Sur le deux contre un qui s'ensuit, le gardien bloque le tir de Jokinen mais Ovechkin envoit Lindell contre la cage d'une charge vengeresse. Obstruction. La supériorité commence à peine que Aho inscrit son doublé. Roman Lyubimov ne suit pas d'assez près le jeune avant d'Oulu sur un centre de Koskiranta (3-1 à 38'57").

En une période, la Finlande a inversé la vapeur et retrouvé son jeu et la Russie doit repartir à l'attaque en troisième période contre une équipe extrêmement dure à jouer lorsqu'elle mène au score. Les Finlandais sont bien regroupés et ne laissent pas beaucoup de bons tirs aux slaves. La ligne Mannerheim est infranchissable. Même en infériorité numérique, elle ne laisse des tirs que lointains et les arrières aident bien Koskinen à écarter le danger sur les rebonds. 

Marchenko est puni une deuxième fois dans le match. Autant de minutes de perdues pour la Russie pour recoller au score et ne pas se faire éliminer comme lors de la précédente édition du mondial en Russie, par le même adversaire finlandais.

Juuso Hietanen leur donne une chance en commettant une crosse haute à 4 minutes de la fin. Oleg Znarok prend la décision de déjà sortir son gardien pour jouer à 6 contre 4. Le palet tourne en zone offensive, Datsyuk associé à Ovechkin en power-play prend un bon tir, mais la Finlande se dégage sans précipitation. Le gardien revient sur une mise en jeu en zone neutre pour une quinzaine de secondes avant de revenir sur le banc définitivement. La Russie finit les trois dernières minutes à six joueurs de champ mais se montre incapable de marquer.

La Finlande, solide, se qualifie pour la finale et la Russie quitte son tournoi à domicile avec une offensive en panne. La ligne de Shipachyov, si bonne jusqu'à présent a été muette cet après-midi. Ovechkin n'a eu aucun espace pour s'exprimer.

Quel que soit l'adversaire de demain, la Finlande partira favorite. Elle a battu les deux en phase de groupe et montre une maîtrise incroyable. Lors de son dernier titre en 2011, la Finlande avait déjà gagné contre la Russie en demi-finale. Mais en finale, l'adversaire était suédois, le seul pays contre lequel les Finlandais parviennent à se transcender.

Désignés joueurs du match : Sebastian Aho (Finlande) et Pavel Datsyuk (Russie)

Joueurs du tournoi pour la Finlande : Mikko Koskinen, Patrik Laine et Mikael Granlund.

Joueurs du tournoi pour la Russie : Sergei Bobrovski, Vadim Shipachyov et Vyacheslav Voinov.

Commentaires d'après-match :

Kari Jalonen (entraîneur de la Finlande) : "Nous avons eu, non pas un mauvais départ mais un départ très fort des Russes. Ils ont marqué très vite. Mais nous n'avons pas perdu notre concentration. Mikko Koskinen a été très bon. Notre penalty-killing a bloqué beaucoup de tirs. Cela nous a permis de garder une énergie positive dans l'équipe, c'était la clef à mon avis."

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Oleg Znarok (entraîneur de la Russie) : Nous n'avons eu un mauvais départ. On a eu bcp d'occasions. Notre offense etait bonne, mais  nous n'avons pas mis au fond. Contre de telles équipes, il faut marquer sur nos occasions. Je ne remets pas en cause le jeu de puissance. Nous avons eu beaucoup de tirs. À propos d'Ovechkin, je pense qu'il a bien joué mais l'adversaire a fermé son angle de tir favori.

P 20160521 184425 400x400Esa Lindell (défenseur de la Finlande) : "C'est un sentiment très agréable évidemment. Je m'attendais à plus de la part de la Russie. Ils ont pas mal commencé. Ils ont marqué rapidement. Dans les 10 premières minutes, nous n'avons pas joué au rythme soutenu avec lequel nous avons joué le reste de la partie. Après la première période nous avons commencé à jouer comme nous avons joué durant tout le tournoi. Notre gardien a été bon. Il a fait tous les premiers arrêts et il ne nous restait plus qu'à nettoyer devant le but. Il ne reste plus qu'un match. Nos deux rencontres contre les États-Unis et le Canada ont été dures, alors il nous faudra jouer aussi bien qu'aujourd'hui. Je me sens bien. Je suis très excité pour demain."

Topi Jaakola (défenseur de la Finlande) : "Quand vous menez de deux buts, c'est souvent comme ça que ça se passe ; vous jouez plus défensif. Mais ça a été une des forces de cette équipe durant le tournoi. Nous jouons bien en zone défensive. Nous restons calmes. Mais évidemment ça aide quand on peut aussi installer le jeu avec cinq joueurs en attaque. Je ne veux pas choisir d'adversaire pour la finale, l'un ou l'autre, ça ne m'affectera pas. Nous nous concentrons sur notre jeu et notre force est de rester fidèle à notre plan de jeu, quelque soit l'adversaire."

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Finlande – Russie 3-1 (0-1, 3-0, 0-0)
Samedi 21 mai 2016, 16h15 au Palais de glace VTB de Moscou. 12215 spectateurs.
Arbitrage de Martin Frano (TCH) et Jozef Kubus (SVK) assistés de Fraser McIntyre (USA) et Judson Ritter (USA).
Tirs : Finlande 16 (4, 10, 2) ; Russie 29 (10, 6, 13).
Pénalités : Finlande 10 (2, 4, 4)  ; Russie 8 (2, 4, 2).

Récapitulatif du score
0-1 à 2'52" : Shirokov assisté de Telegin et Marchenko
1-1 à 25'34" : Aho assisté de Granlund et Lindell
2-1 à 35'50" : Jokinen assisté de Laine
3-1 à 38'57" : Aho assisté de Koskiranta et Koivu (sup. num.)

Finlande

Attaquants :
Mikael Granlund - Mikko Koivu (C) - Leo Komarov (2')
Patrik Laine (+1, 2') - Alexander Barkov (+1, 2') - Jussi Jokinen (A, +1)
Mika Pyörälä - Jarno Koskiranta - Sebastian Aho
Antti Pihlström (-1, 2') - Tomi Sallinen (-1) - Mikko Rantanen (-1)

Défenseurs :
Topi Jaakola (A, -1) - Juuso Hietanen (-1, 2')
Ville Pokka (+1) - Esa Lindell (+1)
Atte Ohtamaa - Tommi Kivistö

Gardien :br />Mikko Koskinen

Remplaçants : Juuse Saros (G), Jani Lajunen, Teemu Pulkkinen. Réservistes : Niklas Bäckström (G), Anssi Salmela (blessé au dos), Lasse Kukkonen (membre inférieur)

Russie

Attaquants :
Aleksandr Ovechkin (2') - Evgeni Kuznetsov (+1) - Sergei Shirokov (+1)
Sergei Mozyakin (A) - Pavel Datsyuk (C) - Stepan Sannikov
Artemi Panarin (2') - Vadim Shipachyov (A) - Evgeni Dadonov
Ivan Telegin - Sergei Kalinin (-1) - Roman Lyubimov (-1)

Défenseurs :
Aleksei Emelin - Vyacheslav Voïnov
Anton Belov (-1) - Maksim Chudinov
Aleksei Marchenko (+1, 4') - Nikita Zaitsev (+1)
Dmitri Orlov

Gardien :
Sergei Bobrovski

Remplaçants : Ilya Sorokin (G), Sergei Plotnikov. En réserve : Igor Shestyorkin (G), Viktor Antipin (D), Aleksandr Burmistrov (A).

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