Russie - États-Unis (Mondiaux 2016, médaille de bronze)

Le match pour la médaille de bronze est souvent un défi pour la motivation des joueurs. L'équipe qui s'impose est celle qui a les ressources mentales pour rebondir après un échec si près du but en demi-finale. Mais pour la Russie, organisatrice de la manifestation et qui avait lancé une grande campagne marketing autour de la Machine Rouge (Krasnaya Mashina, en référence au surnom donné à l'équipe soviétique), cette médaille de bronze devant son public ferait office de lot de consolation indispensable.

L'occasion aussi pour quelques grands noms de la sélection de finir sur une bonne note. En dehors du gardien Sergei Bobrovski, digne de son rang, on pense notamment à Alexandr Ovechkin, dont la venue en cours de tournoi avec Kuznetsov était très (trop) attendue, où Pavel Datsyuk, auteur d'un tournoi correct mais dont la ligne n'a jamais vraiment réussi à exploser.

Pour ce faire, Oleg Znarok modifie ses lignes. Mais modifier encore ses lignes pour le 10e match du tournoi, n'est-ce pas déjà un aveu d'échec quant à sa capacité à amalgamer les super talents russes cette année, exercice ô combien périlleux.

Quasiment pas de changement en revanche du côté des États-Unis, mis à part Hinostroza mis au repos. Les jeunes Américains, passés tout proche d'une belle surprise la veille contre les Canadiens, compensent partiellement leur déception avec l'idée d'affronter l'hôte russe dans une belle ambiance. La partie ne s'annonce donc pas forcément comme une bataille furieuse, peut-être plutôt simplement une guerre froide.

Kyle Connor inaugure les hostilités : il fait un bon tour de cage mais ne semble pas décidé à passer à son capitaine stationné devant la cage en position de marquer. Telegin lui répond, très en verve sur sa quatrième ligne, et promu depuis sur celle de Datsyuk et Mozyakin. Il pivote devant le gardien et se procure une belle occasion pour la Russie.

DATSYUK Pavel 120520 434La situation se décante rapidement. Vyacheslav Voïnov tire un missile de la ligne bleue. Keith Kinkaid était masqué par son défenseur Brady Skjei qui s'occupait de Shirokov devant la cage (1-0 à  6'23").

Vadim Shipachyov est sanctionné d'une crosse haute sur Wideman. Les États-Unis installent leur jeu en zone offensive mais ils laissent Kalinin et Plotnikov partir en échappée en deux contre un. Nick Foligno bien revenu lève la crosse du tireur.

Steve Santini retient illégalement Telegin et c'est à son tour de rejoindre le banc de la prison. Le jeu de puissance russe est plus efficace que la veille. Sur une passe de Datsyuk, Mozyakin prend son temps pour ajuster un tir puissant du cercle gauche. Kinkaid, pas spécialement masqué, est battu par un tir puissant et idéalement ajusté en lucarne juste sous la barre transversale (2-0 à 13'41").

Les Américains repartent à l'attaque mais Schroeder - lancé - se fait mal aux adducteurs sur une charge à la hanche spectaculaire de Dimitri Orlov. Le même Orlov qui place un puissant slap de la ligne bleue arrêté de la grille du casque par le gardien de New Jersey.

Chudinov commet une charge dangereuse et en retard sur Compher juste devant le banc américain. Il s'en sort avec deux minutes pour obstruction. Le power-play américain termine la première période sans réussir à trouver les clefs de la cage de Bobrovski.

Aucune des deux équipes n'a réellement dominé, mais les Russes ont concrétisé deux occasions. De retour pour la deuxième période, Telegin continue de mettre son dynamisme au service de l'équipe, mais il contrôle mal son enthousiasme sur une échappée et charge violemment le gardien. Deux minutes pour le dégriser. Sur la supéiorité numérique américaine, Larkin commet un cinglage derrière le but sur Yemelin.

BELOV Anton 130504 302La Russie devient plus incisive. Bien que disposant de deux buts d'avance, elle veut ravir son public et prend l'ascendant sur la partie. Après plusieurs bonnes occasions, Mozyakin fait une longue transversale en zone offensive pour Datsyuk qui centre pour Telegin, complètement oublié dans le dos des défenseurs. Le coéquipier de Da Costa au CSKA a la cage ouverte (3-0 à 29'36").

La défense américaine n'est pas aussi organisée que la défense finlandaise de la veille. Sur une grossière erreur de placement et de changement de Wideman et McCabe, Shipachyov envoie Panarin en deux contre un. Il peut temporiser devant le gardien le temps que Wideman tente de se replacer, passe à Dadonov au deuxième à bout portant devant une cage ouverte. Wideman en casse sa crosse de rage sur le but (4-0 à 32'49").

Marchenko commet juste après une faute sur Compher. Aussitôt le jeu de puissance installé, Vatrano parvient à ouvrir la marque pour les Américains d'un tir le long du poteau et leur laisser un maigre espoir (4-1 à 34'29"). Espoir de courte durée car Panarin exploite un palet envoyé de la bleue sur le poteau de Kinkaid par Anton Belov. Il contrôle le puck du patin et le pousse dans la cage vide. Brady Skjei est coupable sur son marquage (5-1 à 35'22).

Les Américains n'ont plus le choix, ils doivent tout miser sur l'attaque en troisième période pour espérer rapidement recoller au score. Mais ils s'exposent à un contre de Shipachyov et Dadonov, la passe levée du premier pour le deuxième est trop dure à exploiter et Mike Condon, rentré à la pause à la place de Kinkaid, s'en sort bien.

OVECHKIN Alexander 120520 392Frank Vatrano réalise un joli numéro. Il sort le palet du coin pour David Warsofsky à la bleue qui s'avance plein axe, feinte le tir et fait se coucher deux joueurs russes, et repasse à Vatrano décalé. L'attaquant des Boston Bruins bat Bobrovski pour la deuxième fois de la soirée (5-2 à 43'42").

Les États-Unis continuent de pousser laissant la machine rouge se contenter de contre-attaques dangereuses. Mais petit à petit la Russie reprend l'emprise du jeu. La ligne de Datsyuk connait enfin la réussite qu'on attendait d'elle depuis le début du Mondial. Il sert à nouveau un caviar pour Mozyakin qui fait parler ses qualités de tireur (6-2 à 53'13").

L'arbitre reproche à Larkin d'envoyer le palet hors de la glace et l'envoit une deuxième fois en prison ce soir pour ce retard de jeu. Les Américains tuent la pénalité, mais de retour à cinq, ils commettent un surnombre. La supériorité va cette fois payer et la Russie alourdit le score en power-play par l'inévitable ligne Shipachyov-Dadonov-Panarin (7-2 à 59'53").

Le public exulte. La Sbornaïa l'a régalé. La médaille de bronze fait visiblement plaisir aux joueurs et la partie a permis à certains (mais pas à tous, hein Monsieur Ovechkin) de se racheter, certes un peu tard dans le tournoi. Les États-Unis finissent à une honorable quatrième place avec une bande jeunes joueurs prometteurs qu'on ne s'attendait pas forcément capables de hisser leur jeu d'équipe à ce point.

Désignés joueurs du match : Sergei Bobrovski pour la Russie et Franck Vatrano pour les États-Unis.

Commentaires d'après-match :

Oleg Znarok (entraîneur de la Russie) : "Le jeu a été intéressant. Je n'ai pas beaucoup à dire. Nous sommes simplement contents de gagner la médaille de bronze. Je ne pense pas que nos changements de ligne sur le power-play aient eu une grande importance. Nous nous étions déjà procuré des occasions en supériorité, simplement elles n'allaient pas au fond."

John Hynes (entraîneur des États-Unis) : "Nous nous sommes améliorés au fil du tournoi, pour finalement devenir une vraie équipe à la fin. Nous sommes devenus meilleurs que ce à quoi beaucoup s'attendaient. Nous avons joué un jeu avec beaucoup d'émotions hier soir. Il y avait assez peu de temps de récupération par rapport à l'autre équipe qui avait un véritable avantage comparatif de ce fait."


Russie - États-Unis 7-2 (2-0, 3-1, 2-1)
Dimanche 22 mai 2016 à 16h15 au Palais de glace VTB de Moscou. 12043 spectateurs.
Arbitrage de Tobias Bjork (SUE) et Martin Frano (TCH) assistés de Miroslav Lhotsky (TCH) et Henrik Pihlblad (SUE).
Pénalités : Russie 10' (4', 6', 0'), États-Unis 8' (2', 2', 4').
Tirs : Russie (10, 7, 12), États-Unis (9, 13, 8).

Évolution du score :
1-0 à 06'23" : Voïnov assisté de Kalinin et Shirokov
2-0 à 13'41" : Mozyakin assisté de Datsyuk et Orlov (sup. num.)
3-0 à 29'36" : Telegin assisté de Datsyuk et Mozyakin
4-0 à 32'49" : Dadonov assisté de Panarin et Shipachyov
4-1 à 34'29" : Vatrano assisté de Warsofsky et Nelson (sup. num.)
5-1 à 35'22" : Panarin assisté de Belov et Chudinov
5-2 à 43'42" : Vatrano assisté de Warsofsky
6-2 à 53'13" : Mozyakin assisté de Datsyuk
7-2 à 59'53" : Shipachyov assisté de Dadonov et Panarin (sup. num.)
 

Russie

Attaquants :
Aleksandr Ovechkin - Evgeni Kuznetsov - Roman Lyubimov
Sergei Mozyakin (A, +1) - Pavel Datsyuk (C, +1) - Ivan Telegin (2', +1)
Artemi Panarin (+2) - Vadim Shipachyov (A, 2', +2) - Evgeni Dadonov (+2)
Sergei Plotnikov (+1) - Sergei Kalinin (2', +1) - Sergei Shirokov (+1)

Défenseurs :
Aleksei Emelin (+2) - Vyacheslav Voïnov (+1)
Anton Belov (+1) - Maksim Chudinov (2', +2)
Aleksei Marchenko (2', +1) - Nikita Zaitsev (+1)
Dmitri Orlov

Gardien :
Sergei Bobrovski

Remplaçants : Ilya Sorokin (G), Aleksandr Burmistrov (A). En réserve : Igor Shestyorkin (G), Viktor Antipin (D), Stepan Sannikov (A).

États-Unis

Attaquants :
Jordan Schroeder (-2) - Auston Matthews (-1) - Nick Foligno (A, -3)
Frank Vatrano (+1) - Brock Nelson - Hudson Fasching
Dylan Larkin (-2, 4') - JT Compher (-1) - Tyler Motte (-1)
Patrick Maroon (-1) - Matt Hendricks (C, -1) - Miles Wood (-1)
Kyle Connor

Défenseurs :
Chris Wideman (-1) - Noah Hanifin (-2)
Connor Murphy (A, -1) - Jake McCabe (-3)
Brady Skjei (-2) - David Warsofsky (+1)
Steve Santini (2')

Gardien :
Keith Kinkaid puis Mike Condon à 40'00"

Réservistes : Vincent Hinostroza (A), Thatcher Demko (G).