Bilan de la KHL 2015/16 (I)

Ce premier volet du bilan de KHL couvre ce qu'il y a de plus exotique avant l'arrivée supposée des Chinois, la fin des entraîneurs étrangers et les problématiques des clubs de bas de tableau.

 

Yugra Khanty-Mansiysk (23e) : la filière des entraîneurs

YugraUn nouvel entraîneur a fait des débuts intéressants en KHL dans une relative discrétion : Pavel Ezovskikh a pris les commandes du Yugra Khanty-Mansiysk après quatre années à s'occuper de l'équipe junior. Avec un effectif sans joueur étranger, il ne fallait pas attendre de miracles. Simplement un travail de fond, avec comme résultat une équipe volontaire et concentrée sur son sujet.

Ezovskikh est un représentant de l'école de hockey de Chelyabinsk, ex-alier gauche d'un fameux trio entièrement constitué de futurs entraîneurs de renom (voir biographie de Bykov) ! Et il a mise en valeur cette école en construisant son équipe autour des rejets du Traktor Chelyabinsk : le valeureux combattant Konstantin Panov, toujours efficace à 35 ans, y a été formé, tout comme les deux gardiens Georgi Gelashvili et Vladislav Fokin. Ce dernier a réussi à 29 ans la meilleure saison de sa carrière.

Pour autant, le Yugra n'avait guère de prétentions, surtout après avoir cédé sa jeune star Nikita Gusev au SKA dès la fin octobre. Curieusement, sa moyenne de points a augmenté en passant dans un grand club, ce qui est extrêmement rare mais s'explique par la qualité de ses coéquipiers (Shipachyov et Dadonov). À Khanty-Mansiysk, l'environnement est moins propice à faire exploser les compteurs, mais en l'absence de Gusev, Igor Bortnikov a su tripler sa production pour devenir leader de l'équipe.

 

Vityaz Chekhov (24e) : les buts ne s'importent pas

VityazSi le Vityaz n'a encore jamais atteint les play-offs, ses dirigeants ne désespèrent pas et continuent d'avoir l'ambition de s'y qualifier. C'est difficile dans une Conférence Ouest désormais très relevée. Le seul qui a maintenu l'espoir pendant une bonne partie du championnat, c'est le gardien finlandais Harri Säteri. Après une première saison correcte sans plus, il a été remarquable : il a frisé les 93% d'arrêts en étant le deuxième gardien le plus bombardé de KHL (derrière Salak).

Un gardien peut "voler" un match, et Säteri l'a d'ailleurs fait dans la moitié des victoires du club. Mais il ne peut pas "dérober" une qualification en play-offs à lui seul. Le Vityaz n'avait ni la défense, ni l'impact offensif. La recrue-vedette Olli Palola, deux fois meilleur buteur du championnat finlandais, a été un fiasco complet. C'est le genre de joueur efficace dans une organisation offensive rodée et bien spécifique (comme avec Tappara), pas un magicien quand il est livré à lui-même. Le bilan de Palola, avec 1 but et 4 assists en 27 matchs, a été à des années-lumière de rentabiliser son gros contrat.

Le meilleur marqueur de l'équipe a encore été Maksim Afinogenov, mais de peu. Le contrat du vétéran de 36 ans, un des plus rémunérateurs de KHL, s'achève. Le Vityaz l'a prolongé de deux ans à des conditions plus modestes. L'enjeu sera d'utiliser cette marge de manoeuvre pour corréler un système collectif et des hommes pertinents pour l'appliquer.

 

Amur Khabarovsk (25e) : avant-goût des problèmes des clubs chinois

AmurSi le meilleur buteur de la Liiga finlandaise s'est totalement planté, le meilleur gardien de Liiga a réussi son entrée en KHL : Juha Metsola a été le joueur le plus fiable de l'Amur Khabarovsk. Décidément, on peut faire confiance à l'inépuisable école finlandaise des gardiens. Metsola compense son petit gabarit par sa bonne lecture du jeu, ses réflexes et son agressivité. Sa doublure Aleksandr Pechursky a également été solide.

Il est cependant toujours aussi difficile de faire venir des joueurs en Extrême-Orient, et les velleités de la KHL de créer des équipes en Chine risquent de se confronter au même problème, en pire avec la barrière linguistique et culturelle. L'exemple de Kaspars Daugavins, placé en "ballottage" par le Dynamo en début de saison et réclamé alors par l'Amur, le prouve : le Letton n'a jamais voulu partir si loin, pour motifs familiaux. Il a fallu "l'échanger" contre deux défenseurs n'ayant pas le niveau de la KHL. Les échanges forcés à la mode NHL ne fonctionnent pas sur un continent plus vaste et plus disparate, car les joueurs ne les acceptent pas.

C'est pourquoi il faut mieux engager des joueurs qui étaient déjà "baignés" par le Mer du Japon à Vladivostok et qui ne craignent pas les longues distances : les jumeaux Ushenin sont ainsi devenus les meneurs offensifs de l'équipe.

Le reste de l'équipe n'a néanmoins jamais trouvé de stabilité dans ses performances. Engagé début décembre, deux semaines seulement après avoir été viré du Traktor, Andrei Nikolishin ne s'est donc pas non plus imposé pour cette deuxième étape de sa jeune carrière d'entraîneur.

 

Lada Togliatti (26e) : saison déjà foutue en septembre

LadaLa saison du Lada Togliatti était déjà ruinée en septembre. Une série noire de dix défaites consécutives l'a précipité en bas de tableau sans espoir de remonter en play-offs. Les blessures pour deux mois de deux centres, le capitaine Andrei Nikitenko au pied et Igor Magogin au haut du corps, se sont ajoutées à ce désastreux bilan de septembre.

Après les départs du duo Petrov-Chernikov vers Omsk à l'intersaison, les joueurs restants ont sans doute trop tardé à prendre leurs responsabilités. Le compteur de Georgi Belousov est ainsi bloqué à zéro pendant 11 parties, avant qu'il ne s'éveille soudain pour marquer 11 points pendant les 8 suivantes. Cet ailier technique a fini la saison à 25 points, total que personne d'autre n'a dépassé. Le Lada a la plus faible attaque de KHL, et c'est aussi l'équipe qui a le moins lancé au but, et de loin.

Si l'équipe a pu paraître compétitive, c'est donc principalement grâce à l'éternel Edgars Masalskis. Le gardien letton a connu de blesses semaines à l'automne et continue de prouver qu'il ne veut pas être envoyé à la retraite.

 

Severstal Cherepovets (27e) : le scalp du dernier des Mohicans

SeverstalIl y a quelques années, les clubs de KHL se précipitaient vers les entraîneurs étrangers, d'abord tchèques, puis finlandais et nord-américains. En cette période de repli sur soi de la Russie, la tendance s'est totalement inversée. Démis de ses fonctions le 29 octobre 2015, le Tchèque Václav Sýkora a ainsi été le dernier étranger à entraîner un club russe d'élite.

Si les étrangers n'ont plus la cote, c'est aussi parce que la génération de joueurs des années post-soviétiques a commencé sa reconversion. Arrivé comme adjoint pendant l'été, Dmitri Yushkevich a ainsi rapidement succédé à Sýkora. Une tâche compliquée dans une équipe de bas de tableau qui s'est un peu plus dépeuplée en décembre : le Severstal a laissé le gardien Jakub Stepanek (sous les 90%) partir à Berne, dont il a participé à la résurrection, et surtout il a vendu le meilleur espoir local, Pavel Buchnevich, au riche SKA.

Le Severstal a ainsi "rentabilisé" Buchnevich, jugé impossible à retenir car son destin était de tenter sa chance en NHL chez les Rangers. Mais il n'a pas procédé à une liquidation totale. Dmitri Kagirlitsky avait un contrat de deux ans, et le club a donc conservé son meilleur marqueur, joueur essentiel par son patinage, son intelligence de jeu et son bon tir.

 

Metallurg Nokuznetsk (28e) : la ligne où tout le monde s'épanouit

NovokuznetskD'habitude, les équipes de bas de tableau de KHL vendaient tous leurs meilleurs joueurs aux grands clubs dès le milieu de championnat, dès lors qu'elles n'étaient plus en course pour les play-offs. Ce fut moins le cas cette année. Il ne faut pas forcément y voir une volonté de stabilité et de raisonnement à long terme : c'est peut-être surtout parce que les acheteurs ont moins d'argent !

Le Metallurg Novokuznetsk a fait notablement exception. Le début de saison en fanfare de sa première ligne n'est pas passé inaperçu, et elle aura donc tenu sous cette forme pendant trois mois à peine ! Le centre américain Ryan Stoa a été alors envoyé à Nijnekamsk, où il a été utilisé comme ailier : c'était son poste en NHL et AHL, mais ce fut beaucoup moins concluant. Trois semaines plus tard, la révélation Maksim Kazakov est retourné dans sa ville natale Omsk avec un contrat jusqu'en 2017... mais encore très peu de temps de jeu.

Ce qui est incroyable est que ces deux départs n'ont en rien affecté la première ligne. Le troisième homme Kirill Kaprizov, malgré la pause pendant le championnat du monde junior (médaille d'argent), a quand même fini meilleur marqueur à 18 ans seulement. Plus étonnant encore, l'ailier arrivé à la place de Kazakov, Kirill Lebedev, a établi des statistiques similaires (16 points en 24 matchs et +7) alors qu'il a 24 ans, n'avait presque jamais été considéré comme un espoir. Le premier trio de Novokuznetsk est décidément le lieu idéal pour se développer.

Que ce trio permette autant de s'épanouir, c'est certainement grâce à la compétence du duo défensif Cade Fairchild - Roman Manukhov, car en Russie on raisonne par ligne de cinq joueurs. Finir avec des fiches positives chez le dernier de KHL est tout de même remarquable. Pour une lanterne rouge désargentée, le Metallurg a pratiqué un bon hockey, avec du mouvement, mais il lui manque peut-être un gardien numéro 1.