Le retrait de Brest gâche la fête

Normalement, cette journée aurait dû pour la FFHG être marquée d'une pierre blanche supplémentaire pour le développement du championnat, l'annonce d'un partenariat avec la société d'impression en ligne Saxoprint pour accoler son nom à celui de la Ligue Magnus pendant deux ans.

Albatros de BrestSeulement, un courrier reçu ce même jour de la part du club de Brest a gâché la fête : celui-ci a en effet annoncé se retirer de la Ligue Magnus et demander son intégration dans un autre championnat, en l'occurrence la division 1.

Comment la FFHG réagira-t-elle à cette annonce si tardive ? Sur le fond, tout le monde se doute que Lyon est tout prêt à prendre la moindre place qui se libère. La nouvelle ne bouleverse donc pas le championnat dans le cas d'espèce, mais elle a pris tout le monde de court.

En effet, Brest est passé en SASP en avril, a engagé le processus pour être prêt pour la Ligue professionnelle, et renonce soudain près du but, alors que le processus de repêchage de Nice vient de se clore.

Difficile de ne pas faire le rapprochement avec le fait que Briec Bounoure est redevenu président de la SASP : il avait déjà pratiqué ce genre d'auto-rétrogradation à l'époque, mais c'était pour se retrouver dans un championnat pour lequel son équipe était surdimensionnée et dominait les autres. D'où les questions : les Albatros ont-ils des problèmes financiers imprévus et imprévisibles ? Ou alors est-ce une volonté de choisir sa division ?

On n'est plus à l'époque de la FFSG et des formules qui changeaient tout le temps : les championnats ont trouvé leur structure, et une dérogation pourrait fragiliser toute l'organisation, en plus de la décrédibiliser.

Comment pourrait réagir la FFHG ? Un club qui se retire ainsi n'a normalement aucun droit, et pourrait être envoyé en D3 avec interdiction de monter. Cela signifierait néanmoins prendre la responsabilité indirecte de mettre au chômage des joueurs sous contrat, alors que Brest pourrait les garder en D1 (même s'ils n'ont pas signé pour ça). On espère qu'on n'en arrivera pas là.

Dans la forme, la situation est différente des épisodes brestois du début du siècle. Pas de déclaration tonitruante, mais une demande formulée de manière diplomatique. Une intégration en D1 serait plus logique pour tout le monde. Mais alors que les procédures ont été strictement appliquées dans le cas du retrait du HCMAG et de sa fusion au sein de Chamonix, quelle base réglementaire utiliser ?

Sur le fond, pour ne pas créer un dangereux précédent, des sanctions (conditionnant l'acceptation exceptionnelle du dossier en D1) seront-elles appliquées contre le club brestois ? Si oui, lesquelles ? Une simple amende ? L'interdiction de participer aux play-offs ? Les sportifs, les entraîneurs n'aiment pas ce genre de choses, et préfèrent voir toutes les équipes engagées sur un pied d'égalité.

La clé de l'énigme, ce sont les relégués de Division 1 et les candidats malheureux à la montée de D2 en D1 qui l'ont. Dans le dernier cas similaire de retrait d'un membre de la Magnus (Villard-de-Lans), le club avait atterri dans la première division avec une place disponible, la Division 2...

Une épine dans le pied de la FFHG, car la situation n'est pas si simple à dénouer. Un été tranquille ? Raté, malheureusement. À vrai dire, on aurait préféré que la fédération puisse se concentrer sur l'organisation des championnats du monde 2017 plutôt que sur ces situations qui nous paraissent issues d'une machine à remonter le temps (et nul ne dira "c'était mieux avant")...

 

PS : le club de Brest a réagi à son tour en déclarant avoir "pris connaissance avec surprise du communiqué publié par la FFHG, d'où il ressort que les Albatros auraient d'ores et déjà renoncé à jouer en ligue Magnus" et en expliquant que son courrient évoquait simplement "la difficulté de s'engager financièrement en ligue Magnus au vu des nouvelles contraintes de calendrier" et demandait des aménagements.

Vu la façon dont la FFHG a interprété le courrier, c'est qu'elle jugeait apparemment ces aménagements impossibles, sans doute contradictoires avec le projet annoncé. Il semble que, derrière ces communiqués lapidaires, une négociation par rapport de force - très à la mode en ce moment en France - se soit engagée. Pas sûr cependant que Brest puisse avoir gain de cause dans la mesure où Lyon serait tout prêt à prendre sa place... En mettant le sujet à l'ordre du jour du Bureau Directeur de ce vendredi, la fédération a renvoyé la pression à l'envoyeur.

À moins que ce soit la tierce partie en copie des courriers - la Mairie de Brest - qui ait la clé : elle n'a accepté de débloquer qu'un créneau le dimanche soir au lieu de l'après-midi (horaire d'usage pour le "calendrier à l'allemande"), et un créneau du vendredi un peu précoce pour que les spectateurs aient le temps de venir (18h40). La FFHG semble cependant peu encline à jouer les intermédiaires entre le club et la Mairie de Brest.

 

PPS : ce vendredi 2 juin, la FFHG a publié le courrier, où effectivement chacun peut constater que Brest ne demande pas des aménagements mais liste des difficultés et demande à être placé dans une autre division. La raison est la perte de recettes liées aux horaires de match, résultant dans le risque de "présenter une équipe insuffisamment compétitive (et fausser ainsi le championnat)" [sic]. On ne voit pas en quoi le championnat serait faussé, moins en tout cas que par des remaniements d'intersaison ; si Brest (qui n'était pas le favori de la future Ligue Magnus) termine dernier, ce ne sera pas la fin du monde, et il faut bien un dernier ; les Albatros viennent d'ailleurs de réussir une bien meilleure saison que ce que leur budget laissait entrevoir.

La rédaction du courrier et le démenti brestois (reculade pas vraiment confirmée à la lecture du courrier) semblent confirmer notre dernière hypothèse selon laquelle la ligne la plus importante du courrier est "Copie : François Cuillandre, Maire de Brest". Tout réside dans les négociations de créneaux avec la Mairie, mais le courrier à la fédération n'était peut-être pas le moyen le plus habile.

Sur le fond, rappelons qu'en Allemagne, le rythme vendredi-dimanche est appliqué jusqu'en quatrième division pour des clubs parfaitement amateurs, et qui n'ont pas deux glaces. Le problème réside plutôt dans la "conduite du changement" (annoncé depuis plusieurs années), sachant que le créneau libéré du samedi soir est également très rentable pour les séances publiques. Cette problématique est loin de ne concerner que Brest, qui n'est pas celui qui part de la meilleure situation au niveau des affluences.

Les matches en semaine n'étant certainement pas plus attractifs pour le public (le courrier de Brest le mentionne d'ailleurs), il n'y a cependant guère d'autres solutions pour atteindre l'objectif d'augmentation du nombre de matchs. Un objectif que l'on savait compliqué, mais souhaité pour l'équipe de France et pour l'attractivité du championnat, qui ne fait ainsi que s'aligner sur la pratique de tous les autres championnats de niveau égal ou inférieur.