Serbie – Pays-Bas (Mondial D2A, Jour 1)

Pour le second match de la journée, la Serbie affronte les Pays-Bas, dans un match déjà test pour les favoris bataves.

Relégués de l’échelon supérieur la saison passée alors qu’ils évoluaient à domicile, les Néerlandais n’ont d’autres ambitions que de remonter immédiatement à un échelon plus conforme à leur niveau et à leur histoire. Mais, car il y a un mais, la tâche va s’annoncer plus ardue. En effet, cette saison, un des clubs phares du championnat néerlandais, les Tilburg Trappers, a choisi de ne pas participer à la nouvellement créée BeNeLiga (qui regroupe les clubs belges et néerlandais) mais plutôt de rejoindre l’Oberliga, le troisième niveau allemand, jugé plus compétitif par le club du Brabant-Septentrional. Or les playoffs de l’Oberliga sont encore en cours au moment où la compétition débute, et Tilburg s'est qualifié en finale.

Sur le roster original, et très élargi, des Pays-Bas, on comptait pas moins de 47 joueurs, mais sur ce nombre-là, 17 jouent à Tilburg et manque donc à l’appel. Cela devrait donc compliquer la tâche des hommes de Chris Eimers. Ils pourront néanmoins compter sur l’Amiénois Kevin Bruijsten ainsi que sur d’autres renforts d’Oberliga dont les clubs sont d’ores et déjà éliminés comme Raphaël Joly ou Julian van Lijden.

Pour les Serbes, la problématique n’est pas la même. L’équipe qui se présente ce soir à Jaca est sensiblement la même que celle qui avait décroché le bronze la saison passée à Reykjavik. L’objectif est donc de réitérer cette performance, le tout avec un binôme d’entraîneurs largement rajeuni. Marko Kovacević, trente ans au compteur, jouait encore pour cette même Serbie aux Championnats du monde 2014 avant de devenir assistant-coach la saison passée puis de prendre les rênes de l’équipe cet hiver. Son adjoint est Nemanja Janković, 28 ans, qui a coaché les moins de 20 ans serbes plus tôt dans la saison avec une médaille de bronze au final, et qui continue à jouer en ligue serbe et a même participé au tournoi de qualification olympique deux mois plus tôt ! Autant dire que les deux coachs ne brillent pas par leur expérience mais comptent bien démontrer tout leur potentiel dans cette compétition.

L’entame de match est à sens unique et les Néerlandais n’ont pas l’intention de traîner en route pour prendre les devants. Pour les aider dans leur tâche, les Serbes vont rejoindre à quatre reprises le banc des pénalités, dont une fois, pendant une minute et quarante secondes, en double infériorité. Et pourtant, ce tapis rouge déroulé sous les patins des Pays-Bas ne leur permet pas d’ouvrir le score. À cela deux raisons majeures : d’un côté le manque de préparation, car les Néerlandais ont dû attendre le dernier moment pour composer leur équipe (attendant une éventuelle élimination de Tilburg), et de l’autre côté un certain Arsenije Ranković, gardien de profession.

Si ce bonhomme affiche un joli 1m89 sous la toise, c’est surtout par ses réflexes qu’il se fait remarquer. Les unités spéciales néerlandaises auront beau arroser de tous les côtés, de près comme de loin, rien n’y fera, Ranković repoussera tout.

Formé à l’Étoile Rouge de Belgrade, ce si célèbre club omnisports de la capitale serbe, Ranković y a fait toute ses classes jusqu’à tenter une première percée à l’étranger cette saison, en s’engageant auprès du club de Tukums, en élite lettone. Las, l’équipe n’est pas au mieux financièrement et l’effectif est très limité. Les scores s’en ressentent dépassant plusieurs fois les dix buts encaissés. Ranković a beau multiplier les parades, il ne parvient pas à gagner un match en étant quasiment laissé seul sur chaque action, et lorsqu’il atteint son meilleur hockey, cela ne permet pas à son équipe de battre l’équipe de jeune de Riga (défaite 3-2).

La première expérience à l’étranger semble prendre la forme d’un long chemin de croix, mais elle se finit de manière définitive après à peine six matchs puisque Tukums sera contraint de fermer boutique, les caisses restant désespérément vides. Sans club, Ranković retourne à l’Étoile Rouge avant de s’envoler pour Jaca pour contrecarrer les plans pourtant bien huilés de la sélection batave. Il aura vraiment été l’homme de cette première période, multipliant les parades, notamment à 3 contre 5 en effectuant un arrêt avec la jambière dans les airs, suivi, peu après, d’une parade volontaire du casque. Au final, la pause est atteinte sur un score nul et vierge.

La seconde période reprend sur des bases encore plus élevées. Les Néerlandais appuient encore plus leurs charges et veulent en finir avec ce gardien serbe qui ne cesse de les frustrer. Il ne leur faudra que trois minutes pour y parvenir. Placé derrière la cage, le jeune Guus van Nes se décale et passe au poteau opposé à Max Hermens dont la reprise passe au-dessus de Ranković (0-1, 23'09").

La machine néerlandaise semble lancée et fait mal aux Serbes. Ces derniers aussi n'ont eu droit qu'à une préparation tronquée puisque le seul match de préparation prévue, contre le club slovène de Celje, a finalement été annulé. Et si les systèmes sont peu rodés en ce début de compétition, le physique est lui largement à l'avantage des Néerlandais qui comptent quatre joueurs toisant au-delà du mètre quatre-vingt-dix et sept joueurs au-delà des quatre-vingt-dix kilos.

À ce jeu-là, les Serbes sont vite mis sous l'éteignoir. Mais Ranković continue son travail dans les buts et punit par deux fois Mike Verschuren : une première fois au loin avec une mitaine impeccable puis avec autorité en plongeant dans les jambes de l'attaquant… C'est finalement en contre que les Oranges vont doubler la mise : Stefan Ilić est contré à la neutre, Max Hermens s'infiltre dans la défense et, du revers, rend la politesse à Guus van Nes qui, à son tour, loge le palet au-dessus de l'épaule du portier serbe (0-2, 26'59").

Les Néerlandais ne semblent pas vouloir s'arrêter là et le jeu serbe est désormais complètement apathique. Il en faut de peu pour que Jurryt Smid n'aggrave la marque mais Ranković ferme suffisamment ses jambières pour stopper la rondelle. Finalement, c'est d'un joueur bien connu en France que viendra la mise à mort de la bête serbe : Raphaël Joly s'offre un festival dans la zone offensive, remet à la bleue à Erik Tummers qui, sur un pas, feinte le lancer pour trouver l'Amiénois Kevin Bruijsten, isolé près du poteau qui conclut dans une cage grande ouverte (0-3, 31'38"). C'en est ainsi fait des derniers rêves serbes, les Pays-Bas ont désormais un ascendant total sur la partie et on voit mal ce qui pourrait les empêcher de continuer leur marche en avant.

Et bien c'est le trop connu "relâchement-quand-on-a-beaucoup-d'avance" qui va frapper la sélection batave. Il reste pourtant moins de cinq minutes à jouer dans ce tiers médian et les efforts serbes continuent de rester vains. Mais, car là aussi il y a un mais, l'impensable va pourtant se produire. Mise en jeu à la neutre gagnée par les Serbes, Mirko Djumić s'infiltre par la droite, sert Srdjan Ristić qui donne dans le slot à Nenad Raković qui glisse le palet entre les jambes d'Idzenga, le portier néerlandais (1-3, 36'17"). Dans la foulée, Marko Sretović, le meilleur pointeur serbe du dernier championnat du monde, manque l'occasion de recoller au score en poussant trop son palet alors qu'Idzenga était battu.

La déferlante serbe est brutalement stoppée lorsque Tom Marx, en contre, est accroché par derrière… Mais son tir de pénalité est astucieusement repoussé par Ranković, et les Serbes restent dans la partie. Ils y reviennent même lorsque Pavel Popravka réceptionne une passe à la neutre, s'infiltre par la gauche, s'appuie sur son défenseur pour en éviter le retour, repique, tire et récupère son propre rebond pour l'envoyer au fond des filets (2-3, 38'26"). Les Serbes continuent de pousser sur la fin de la période mais la tulipe, tel le roseau, plie mais ne rompt pas.

Les deux supériorités serbes durant la première partie de l'ultime période ne donneront rien. Ce n'est pas faute d'essayer, mais le problème de l'absence de préparation se fait encore plus cruellement ressentir lors des unités spéciales qui demandent de réels automatismes. C'est finalement en égalité numérique que les Serbes vont se montrer les plus dangereux. Collé à la bande de droite, le lancer de Nemanja Vučurević va faire résonner l'arrête des montants néerlandais ; Lazar Lestarić sera bien à la réception d'un rebond initié par une action personnelle de Marko Milovanović mais Idzenga ferme la porte ; enfin, Nenad Raković puis Mirko Djumić échoueront au plus près… Il faut dire que la défensive néerlandaise est habilement dirigée par le géant Erik Tummers.

Ce solide gaillard d'1m92 et 91 kilos a été formé dans le Limbourg et a connu toutes les sélections de jeunes des Lions, des U16 à l'équipe première. À 18 ans, il tentera une percée dans le junior suédois avec les Lakers de Växjö, mais sans succès il rentrera au pays. Il ne le quittera d'ailleurs plus jamais, hormis pour participer, bien sûr, aux championnats du monde. Devenu un pilier de la sélection (plus de 60 capes) comme du championnat national, il se distingue avant tour par son calme, aussi bien dans son jeu défensif que dans ses relances. Son tempérament calme transpire sur la glace et il est la véritable tour de contrôle du dispositif défensif néerlandais. Dur à passer en un-contre-un, ses grands segments ratissant tout sur son passage, il est aussi d'un apport non-négligeable en attaque par ses passes précises ou son lancer puissant en supériorité numérique. Sa sérénité défensive dans ce match contre les Serbes lui permet de dégager un grand nombre de situations délicates et d'éviter à son gardien d'avoir à trop souvent s'employer.

Il reste à peine plus de deux minutes à jouer lorsque le coach Kovacević appelle son temps-mort et moins d'une minute lorsque Ranković parvient à s'extraire de sa cage pour engager un surnombre. Les dernière secondes s'égrainent et se déroulent dans la zone offensive serbe. Mais ces derniers ne parviennent pas à armer la moindre solution de tir et sans tir, pas de but. Appliqués et sérieux, les Bataves tiennent bon et arrachent aux forceps une première victoire qui aurait dû être plus large sans un relâchement coupable en fin de seconde période.

Désignés joueurs du match : Arsenije Ranković pour la Serbie et Max Hermens pour les Pays-Bas.



Serbie – Pays-Bas 2-3 (0-0, 2-3, 0-0)
Samedi 9 avril 2016 à 16h30 au Pabellón de Hielo de Jaca. 850 spectateurs.
Arbitrage de Yury Oskirko (RUS) assisté de Sergio Biec (ESP) et Emil Yletyinen (SUE).
Pénalités : Serbie 10' (8', 2', 0'), Pays-Bas 6' (0', 4', 2')
Tirs : Serbie 31 (9, 15, 7), Pays-Bas 41 (17, 15, 9).

Évolution du score
0-1 à 23'09" : Hermens assisté de van Nes
0-2 à 26'59" : van Nes assisté de Hermens
0-3 à 31'38" : Bruijsten assisté de Tummers et Joly
1-3 à 36'17" : Raković assisté de Ristić et Djumić
2-3 à 38'26" : Popravka assisté de Vučurević et Luković


Serbie

Attaquants :
Pavel Popravka – Marko Sretović (A) – Nemanja Vučurević
Marko Milovanović (C) – Dimitrije Filipović – Uros Bjelogrlic
Lazar Lestarić – Nikola Kerezović – Petar Novaković
Nenad Raković – Srdjan Ristić – Mirko Djumić
Róbert Szabadoš

Défenseurs :
Nikola Bibic – Ugljesa Novaković
Marko Brkusanin – Stefan Ilić (A)
Pavle Podunavać – Aleksa Luković
Dragan Komazeć

Gardien :
Arsenije Ranković [sorti de sa cage à 59'03"]

Remplaçant : Petar Stepanović (G).

Pays-Bas

Attaquants :
Tom Marx – Raphael Joly (A) – Kevin Bruijsten (C)
Ronald Wurm – Alan van Bentem – Julian van Lijden
Joey Oosterveld – Jeffrey Melissant – Mike Verschuren
Guus van Nes – Max Hermens – Jasper Kick

Défenseurs :
Erik Tummers (A) – Boet van Jestel
Jurryt Smid – Mark Hoekstra
Niels van der Vossen – Guido Vols

Gardien :
Sjoerd Idzenga

Remplaçant : Ruud Leeuwesteijn (G).