Chine - Espagne (Mondial D2A, Jour 1)

Il est 20 heures lorsque le dernier match de cette première journée doit débuter. Et là, il faut l'avouer, pour l'humble écrivain de ces lignes, la journée commence à être franchement longue.

Il s'agit de ne pas piquer du nez tout de suite quand même ! Surtout que l'hôte de ces championnats du monde fait ses débuts ce soir. Si le match est programmé à 20 heures, c'est parce qu'il s'agit justement d'un match international. D'ordinaire, les matchs à Jaca sont programmés à 21h30, heure plus classique pour une Espagne qui vit bien plus tard que l'Hexagone. Du coup, il est aisément explicable que lors de l'entrée des deux équipes, accompagnées d'enfants de club local, il n'y ait guère de monde pour orner les tribunes du "Pabellón de Hielo". Car, oui, l'Espagnol est en retard et il va manquer l'entrée des équipes ainsi que celles des autres délégations, représentées chacune par deux enfants portant maillot et drapeau des pays participants. Mais, oui, l'Espagnol est pas con car il va manquer le défilé des discours interminables (surtout quand on comprend un mot sur deux) des autorités locales et sportives. Et là, il faut l'avouer, pour l'humble écrivain de ces lignes, la succession de discours inauguraux sonnent comme une série de parpaings qui vous heurtent la nuque en vous intimant l'ordre de perdre connaissance. Mais non, je tiens bon et après une vingtaine de minutes de festivités, on peut enfin donner le coup d'envoi de ce match.

Et lorsque la "pastilla" est jetée sur la glace par l'arbitre, la sélection menée par Luciano Basile se rue à l'attaque. Pendant de longues minutes, les Chinois semblent ne pas être rentrés dans le match et subissent continuellement la pression d'une équipe ibérique qui utilise ses quatre blocs. Il n'y a pas photo. Les Espagnols produisent du jeu, effectuent des sorties de zone travaillées, alors que les Chinois n'opèrent que des contre-attaques et, le plus souvent, à deux joueurs uniquement, histoire de ne pas trop se découvrir.

C'est justement sur une tentative de contre que le défenseur Tianyi Guan se fait chiper le palet par Pablo Muñoz. Celui-ci prend de la vitesse dans sa zone défensive, traverse la neutre sans rencontrer la moindre adversité puis passe entre deux joueurs chinois totalement amorphes avant de battre au ras le portier Shengrong Xia qui tenait pourtant la baraque jusque-là (0-1, 08'39").

Déjà dans le dur, les joueurs de l'Empire du milieu sont sanctionnés une première fois, à peine une minute plus tard. À partir de là, les Chinois ne sont plus sur le reculoir, ils sont carrément acculés dans leur zone. Et si le score n'évolue pas plus vite, c'est que Shengrong Xia sauve tout ce qu'il peut. Ce gardien, bien qu'évoluant dans le championnat chinois et non dans la plus relevée Ligue Asiatique, reste un dernier rempart de choix. Seul joueur de ce championnat à atteindre le quintal sur la balance, il se distingue autant par son style que son comportement. Côté style, il porte sa mitaine "à l'envers" c’est-à-dire que le panier de celle-ci est orienté vers l'arrière, et toujours en appui sur sa hanche gauche. Assez peu orthodoxe donc, surtout que, niveau comportement, le joueur est bourré de tocs. À chaque arrêt de jeu, il sort de sa zone pour effectuer de petits sautillements pour remettre son plastron en place. Dès qu'il relève son casque pour boire, on peut se rendre compte que ces battements d'yeux sont plus proches du stroboscope que la moyenne.

Shengrong Xia est présent dans l'effectif des Dragons depuis maintenant quatre championnats du monde. Mais il s'agit de sa première en tant que titulaire. Formé à Harbin, capitale de la Mandchourie, au nord de la Chine, il ne quittera sa ville natale que pour une saison avec les China Dragon, en Ligue Asiatique. Doublure du Nippon Daisuke Sakai, il ne jouera que quatre bouts de rencontres, compilant des moyennes de 12,8 buts encaissés et 82,6% d'arrêts. Jugeant ses performances insuffisantes, Shengrong Xia fera ses valises pour retourner à Harbin. Mais membres de toutes les sélections de jeunes en Chine, il continuera à être sélectionné avec l'équipe nationale. Et si à la fin de la première période, les Chinois ne tirent de l'arrière que d'un but, c'est bien grâce aux performances de leur gardien qui utilise tout l'arsenal du portier pour rejeter les offensives ibériques.

La seconde période est encore plus à sens unique. La pression offensive des Espagnols est encore montée d'un cran, et ce pressing leur permet de récupérer le palet de plus en plus haut. Cependant, si les hommes de Basile ont la main mise sur le jeu, ils pêchent dans la finition. Ils recherchent le plus souvent la passe parfaite ou la position parfaite mais ne la trouvent que trop rarement. Ils se rabattent donc le plus souvent sur des tirs de loin que Shengrong Xia capte ou repousse au loin.

Les Chinois, eux, sont bien inoffensifs. Même lorsqu'ils sont en supériorité numérique, ils ne parviennent pas à s'installer durablement en zone offensive. Finalement, leurs meilleures actions sont des actions avortées : Tianxiang Xia réceptionne un palet dans le slot mais met trop de temps à déclencher son tir et lorsque Tianyu Hu et Zhengyu Li partent en deux-contre-un, la dernière passe est coupée par un Ignacio Vicente qui se jette bien. "Nacho" Vicente, c'est l'homme qui joue avec un bout de tape rose collé sur le patin droit. Il le porte en hommage à une de ses proches décédée quelques mois plus tôt d'un cancer, image qui prend donc tout son sens. C'est ce même Vicente qui va lancer Juan Brabo dont le tir va être cafouillé par le portier chinois, laissant croire au public à un but qui n'existe finalement pas, le palet s'arrêtant avant la ligne. La seconde période se termine donc sur un score inchangé et sur un bien maigre avantage pour les Ibériques dont on voit mal pour autant, comment ils pourraient être rattrapés par des Chinois bien timorés.

La présumée ultime période de ce match est une copie des deux premières : l'Espagne presse haut, n'est pas efficace,mais profite de l'inexistence des Chinois pour maitriser la partie. Pourtant les tentatives espagnoles se multiplient et le plus actif de tous est encore Pablo Muñoz, l'auteur du premier but. S'il manque de peu le doublé sur une astucieuse déviation devant le but, l'enfant du pays est celui qui cause le plus de soucis au gardien chinois.

Mais s'il est né et a été formé à Jaca dès ses 4 ans, Pablo Muñoz n'évolue plus dans la cité aragonaise. À tout juste 18 ans, le jeune Pablo, qui vient de remporter avec Jaca deux titres de champion d'Espagne, s'engage avec le FC Barcelone, club omnisports s'il en est. Il lui faudra attendre quatre saisons pour soulever de nouveau le trophée ibérique, tout en restant un des meilleurs buteurs espagnols. Par la suite, il fera un petit détour par le troisième grand club espagnol, le CG Puigcerdà avec lequel il verra son club formateur être sacré sans lui. Néanmoins, ses performances individuelles restent au niveau puisqu'il maintient sa position parmi les trois meilleurs pointeurs espagnols du championnat. De retour au "Barça", qu'il n'a toujours pas quitté, avec lequel il ne gagne toujours pas le championnat mais bien une "Copa del Rey" (l'équivalent de la Coupe de France) en 2015 face à Jaca. Buteur patenté, il continue d'être présent dans la sélection depuis ses débuts en 2006 (or sa blessure de 2015) et dont il est un des rares survivants de l'épopée de 2011 en Division I, la seule à ce jour pour l'équipe ibérique.

Malgré son omniprésence ce soir, ce n'est pas Pablo Muñoz qui inscrira le second but, pas plus que le feu follet Patrick Fuentes mais le défenseur Adrian Ubieto. Profitant d'une supériorité numérique, les hommes en "amarillo" gagnent l'engagement – situé sur la gauche - par Patrick Fuentes qui passe à son ailier gauche Gaston Gonzalez qui effectue une diagonale arrière sur Alfonso Garcia qui remet, toujours sans contrôle depuis le départ de l'action, à Ubieto dont le lancer passe entre les jambières d'un Shengrong Xia qui se méfiait surtout d'une éventuelle déviation d'Ignacio Solorzano, placé devant lui (0-2, 56'37"). Un but sur lequel quatre joueurs touchent le palet et où le cinquième est placé devant le but, voilà qui réjouit un Luciano Basile qui voit enfin son équipe prendre solidement les devants.

Il ne peut plus trop avoir de danger tant les Chinois sont à la peine physiquement. Plus le tiers avance et plus le banc est raccourci. On a même l'impression que certains joueurs y vont tout en étant déjà hors d'usage, comme Xijun Cui qui lorsqu'il effectue une présence reste littéralement planté à la ligne bleue offensive et, tant qu'à faire, pas trop loin du banc chinois, histoire d'y retourner plus vite. De toute façon, quand bien même il prendrait aux Dragons l'idée de tenter le tout pour le tout – comme ils le font en sortant leur gardien à trois minutes de la fin - Ander Alcaine veille au grain dans la cage et le pressing espagnol fait le reste, obligeant le portier à rerentrer sur une mise en jeu et à ne plus jamais en sortir.

Le score final reflète mal la physionomie du match mais l'Espagne a souvent été trop maladroite ou trop hésitante devant le but pour tuer le match plus tôt. En face, les Chinois ont fait preuve de courage et d'une étonnante solidité autour de leur but, mais sans jeu offensif, ils n'ont pu qu'attendre une erreur ibérique qui n'est jamais venue. Ce coup-ci, le roseau chinois n'a pas plié, il a juste pris un coup de bambou.

Désignés joueurs du match : Tianyu Hu pour la Chine et Pablo Muñoz pour l'Espagne.



Chine – Espagne 0-2 (0-1, 0-0, 0-1)
Samedi 9 avril 2016 à 20h00 au Pabellón de Hielo de Jaca. 1500 spectateurs.
Arbitrage d'Eduard Ibatulin (KAZ) assisté de Lukas Kacej (SVQ) et Viktor Zinchenko (BLR).
Pénalités : Chine 12' (6', 0', 6'), Espagne 8' (2', 2', 4')
Tirs : Chine 15 (6, 5, 4), Espagne 34 (10, 15, 9).

Évolution du score
0-1 à 08'39" : P.Muñoz
0-2 à 56'37" : Ubieto assisté d'A.Garcia et G.Gonzalez (sup. num.)


Chine

Attaquants :
Hao Zhang (A) – Chongwei Wang (C) – Zhengyu Li
Ling Chen (A) – Zesen Zhang – Tianxiang Xia
Ziyang Zhu – Peng Ji – Cheng Zhang
Hang Li – Jiachang Bao ou Hengnan Lu – Xijun Cui

Défenseurs :
Jiaqi Zhang – Qing Liu
Mingxi Yang – Tianyu Hu
Chao Wen – Tianyi Guang
Jiasiteng Wu

Gardien :
Shengrong Xia [sorti de sa cage de 57'16" à 57'36"]

Remplaçant : Zehao Sun (G).

Espagne

Attaquants :
Juan Muñoz – Alejandro Carbonell – Pablo Muñoz (A)
Pablo Pantoja – Carlos Quevedo – Pablo Puyuelo (C)
Gastón González – Patrick Fuentes – Ignacio Solorzano
Juan Gordo – Pol González – Javier García-Arias
Adrián Betrán

Défenseurs :
Guillermo Betrán (A) – Juan Brabo
Adrian Ubieto – Alejandro Hernández
Jorge Bea – Alfonso García
Ignacio Vicente

Gardien :
Ander Alcaine

Remplaçant : Ignacio García (G).