Belgique - Serbie (Mondial D2A, Jour 2)

Premier match de la seconde journée entre une équipe belge qui a dû attendre les tirs au but pour se débarrasser des Islandais et des Serbes qui ont valeureusement lutté contre les favoris néerlandais avant de s’incliner. Ce match décidera des objectifs des deux équipes. Celle qui gagnera se placera pour la course au podium, celle qui perdra devra avant tout se préoccuper de son maintien dans cette division.

Et il ne fallait vraiment pas arriver en retard pour ce match de 13h. Le chronomètre n’a pas encore affiché la fin de la première minute de jeu que Ben van den Bogaert derrière la cage, trouve Yoren de Smet qui arrive lancé, plein axe et dans le dos des défenseurs, et dont le tir tilte le montant gauche d’Arsenije Ranković (1-0, 00'49"). Auteur du tir au but vainqueur la veille, de Smet semble continuer sur sa lancée. Douche froide pour les Serbest. Qu'à cela ne tienne, ils se révèleront vite les plus actifs, mettant à contribution Tom Prodi, le gardien belge, pour sa première titularisation du Mondial. La première action réellement dangereuse interviendra lorsque Vadim Gyesbreghs, en effectuant un virage dans sa zone défensive, chute et laisse le palet à Pavel Popravka. Ce dernier parvient à faire coucher le gardien mais ne lève pas suffisamment son palet pour le tromper. Le rebond restera injouable, quatre défenseurs rouges venant se jeter en protection de leur gardien.

Il faudra finalement attendre la seconde partie de ce tiers-temps pour voir les Serbes transformer leurs velléités. Cela aurait pu se produire en supériorité numérique lorsque sur un tir de la bleue du Canado-serbe Nikola Bibic, Prodi se troue et manque de peu de détourner le puck dans son propre but.

Ce n'est qu'à cinq minutes de la première sirène que les affaires s'affolent : Prodi effectue un arrêt simple mais est emporté par un attaquant serbe et un de ses propres défenseurs derrière le but ; tout le monde pense que le palet est gelé et que l'arbitre va siffler mais il n'en est rien. Apathiques, les Belges ont un temps de retard lorsque le vétéran Srdjan Ristić récupère le palet et ajuste le défenseur belge qui tentait vainement de remplacer Prodi (1-1, 14'55").

Cette action totalement confuse, dont la validité est contestée par les Diables Rouges, permet néanmoins aux Serbes de recoller au score après validation par le corps arbitral. Et cela n'est pas du tout du goût des Belges qui ne décolèrent pas et perdent beaucoup d'intensité à aller voir l'arbitre à chaque arrêt de jeu et pour à peu près tous les motifs. S'ils finiront par obtenir une petite compensation au travers d'une pénalité généreusement accordée, ce sont bien les Serbes qui sont dans le bon sens du match. À moins de trois minutes de la fin de la période, Popravka gratte un palet derrière le but et sert idéalement Marko Sretović lancé et seul dans le slot (1-2, 18'30"). Complètement sortis de leur match après le cafouillage de l'égalisation, les hommes de Danny Peters rejoignent le vestiaire avec un but de déficit.

L'homme qui a su donner l'avantage aux Serbes en cette fin de tiers, c'est Marko Sretović, régulièrement placé parmi les meilleurs pointeurs de l'équipe nationale et l'un des (trop) rares joueurs serbes à évoluer à l'étranger. Mais avant de s'embarquer pour la Suède, Sretović a été formé au sein du Partizan, l'autre célèbre club omnisports de Belgrade avec l'Étoile Rouge. Ces deux clubs, rivaux au possible, marquent souvent l'identité d'un joueur. Quand on est formé dans un camp, partir pour l'ennemi est considéré comme un crime de lèse-majesté et si gagner le titre, quelque soit le sport, est l'objectif de tout club en début de championnat, remporter le "Derby Éternel" est l'autre grande priorité.

Sretović, lui, c'est l'homme du Partizan (à sa création, c'était le club de l'Armée Populaire yougoslave par opposition à l'Étoile Rouge, représentante du Parti Communiste) et jamais il ne rejoindra l'adversaire. Avec les "noirs et blancs" il remporte le titre en 2006, 2007 et 2008 avant de quitter le championnat serbe pour celui de Slovénie, mais toujours avec le Partizan qui participe désormais au championnat "Slohokej" auquel prennent part des clubs slovènes, serbes, croates et autrichiens. Puis en 2013, c'est l'heure pour lui de tourner la page de 12 années de "partizianisme" (tout juste entrecoupée d'une saison à Vojovodina) et de se tester dans les championnats suédois de 4e ou 5e niveau. Là encore ses talents de buteur seront mis en avant puisqu'il tourne presque à un but de moyenne par match ! Sur la glace, son look le rend aisément identifiable : queue de cheval, manche relevée, il pourrait obtenir aisément un rôle dans un film sur la mafia de Belgrade, mais en attendant, c'est sur la glace qu'il essaye de se faire un nom.

Le tiers médian est toujours dominé par la fougue serbe qui multiplie les lancers mais ces mêmes serbes font également preuve de trop d'indiscipline, hachant ainsi leur période de domination. Quand bien même Filipović lance Sretović en infériorité numérique, celui-ci voit Prodi repousser son lancer grâce à un bon déplacement dans sa cage. La tension belge augmente encore d'un cran lorsque, en situation de supériorité, Paulus réceptionne une passe dans le slot et voit son tir détourné par Ranković au ras de son poteau. Vous me direz qu'il n'y a là rien d'exceptionnel, sauf que l'action se déroule en fait, derrière le but, derrière le plexi du but même, là où est positionné le juge de but. Celui-ci, sur l'action, a actionné la lumière rouge signifiant le but avant de se rétracter dans l'instant même… Mais ce court instant, tout le banc belge l'a vu et hurle (vainement) au but ! Les joueurs sur la glace savent bien que le palet n'est jamais rentré mais le banc continue de s'agiter et dans la confusion, le changement de ligne est hasardeux et entraîne un surnombre des Belges !

Si les Serbes ne profitent pas de cet avantage numérique, malgré quelques solutions de tirs bien armées, les rouges vont eux enfin trouver la faille sur leur troisième supériorité de la période. Après une sortie de zone rapide, Jordan Paulus effectue un tour de cage et tente de glisser le palet le long du poteau mais Ranković ferme bien la porte ; Dewin récupère le rebond et glisse à van den Bogaert qui, dans un angle très fermé, loge le palet en haut du but serbe (2-2, 33'06"). Cette égalisation des Belges aura le mérite de relancer la partie sur de meilleurs rails, la qualité de jeu s'améliorant graduellement jusqu'au buzzer.

La troisième période repart sur les mêmes bases mais c'est d'une nouvelle action confuse que vient le cinquième but. Alors qu'une pénalité différée est en cours contre les Serbes, ceux-ci se déconcentrent totalement, laissant trois joueurs belges totalement seuls juste devant leur but. Lorsqu'Alexandre Bremer se retourne le long de la bande, il a ainsi tout le loisir de servir Jordan Paulus, plein axe, qui feinte le lancer et passe à Ben van den Bogaert, seul lui aussi, à proximité de la cage serbe et dont la petite déviation trompe aisément un Ranković totalement abandonné (3-2, 46'18").

Le jeu s'accélère encore et l'intensité monte d'un cran : Maxime Pellegrims, en contre, est doublement repoussé par Ranković alors que Sretović, dans le slot, voit son tir maîtrisé en deux temps par Prodi. Mais plus la partie avance et plus on sent le KO. Les Serbes ne cessent de se porter à l'offensive mais les contre belges donnent de belles frayeurs aux coachs des Balkans. À deux minutes de la fin, alors que les Serbes s'apprêtent à sortir leur gardien, Marko Brkusanin se rend coupable d'un cinglage et laisse ses coéquipiers finirent la rencontre à court d'un homme. Histoire de retarder l'échéance, Arsenije Ranković se rappelle au bon souvenir de tous malgré ses trois buts encaissés ce soir en réalisant un double arrêt magistral : tout d'abord en détournant une déviation au près de Pellegrims sur un tir initial de Vercammen puis, sur le rebond, en plongeant tel un gardien de football pour repousser la reprise de Bryan Kolodziejczyk ! À l'arrêt de jeu suivant, le coach Kovacević appelle un temps-mort et fait sortir son portier pour une ultime tentative. Las, les Serbes jouent très mal le coup : repoussés dans leur zone défensive, Pavel Popravka tente une relance par la bande mais, mal dosée, elle arrive sur Yoren de Smet qui se contente de passer le palet à Ben van den Bogaert, seul devant le but, qui tue le suspense (4-2, 59'25").

Sur la deuxième partie de la rencontre, l'homme le plus en vue, vous l'aurez remarqué, c'est Ben van den Bogaert qui, en 26'19", s'est offert un triplé, lui qui retrouvait l'équipe nationale sept ans après son premier championnat du monde. Van den Bogaert c'est un physique bien planté et une barbe qui fait penser que les playoffs ne se sont jamais arrêtés pour lui. Né et formé à Anvers, le solide gaillard est bien l'homme d'une région puisqu'entre Anvers et Heist-sur-le-Montagne (joli nom pour une ville du plat pays non ?) il n'a jamais quitté sa région flamande de naissance. C'est souvent le cas pour les joueurs qu'on croise dans les divisions mondiales "inférieures", des joueurs pas forcément professionnels et qui jouent dans leur club de toujours, quelque soit la division, et qui la plupart du temps, ne bouge qu'en raison de mutations professionnelles.

Van den Bogaert, lui, n'aura pas à bouger, du moins pas de ville, mais il suivra ses clubs dans leurs changements de divisions. International U18 (avec au passage le titre de meilleur buteur en D2 en 2007) puis U20, il est propulsé dès ses 20 ans en équipe nationale séniors. Mais ce passage ne sera qu'éphémère puisqu'il faudra donc attendre sept ans pour l'y retrouver. Avec Anvers, il valsera de division en division, de l'élite belge à la nouvellement créée BeNeLiga, tout en subissant une année au second échelon belge (il en profitera pour claquer 73 points en 16 matchs, meilleur pointeur du championnat). Cette première saison en BeNeLiga lui sera très bénéfique : 41 points en 21 rencontres, il finit largement meilleur pointeur de son équipe (dont il est assistant-capitaine) et termine parmi les dix meilleurs buteurs du championnat. Des chiffres qui ont incité fortement le coach belge, le Néerlandais Danny Peters, à l'appeler en équipe nationale, à bon escient puisque van den Bogaert s'offre le premier triplé de ce championnat du monde.

Longtemps malmenés, les Belges ont finalement réussi à inverser la tendance et à profiter de l'indiscipline serbe pour faire payer leurs erreurs à leur adversaire d'un soir. Avec cette seconde victoire, les Diables Rouges peuvent maintenant regarder vers le haut du tableau et pourquoi pas rêver d'une finale le dernier jour contre leur meilleur ennemi, les Pays-Bas. Néanmoins, la route est encore longue et compliquée, mais elle ne le sera pas moins pour les Serbes dont le compteur reste bloqué à zéro point. Mais l'équipe arborant l'aigle à deux têtes a tout de même prouvé qu'elle avait peu ou prou le niveau de ses deux premiers adversaires, ils semblent donc un cran au-dessus des Chinois mais ceux-ci n'ont peut-être pas encore exprimé tout leur potentiel.



Belgique – Serbie 4-2 (1-2, 1-0, 2-0)
Dimanche 10 avril 2016 à 13h00 au Pabellón de Hielo de Jaca. 150 spectateurs.
Arbitrage de Przemyslav Kepa (POL) assisté de Lukas Kacej (SVK) et Rudy Meyer (ESP).
Pénalités : Belgique 10' (6', 2', 2') ; Serbie 12' (4', 6', 2').
Tirs : Belgique 30 (9, 13, 8) ; Serbie 46 (15, 16, 15).

Évolution du score
1-0 à 00'49" : de Smet assisté de Bremer et van den Bogaert
1-1 à 14'55" : Ristić
1-2 à 18'30" : Sretović assisté de Popravka et Vučurević
2-2 à 33'06" : van den Bogaert assisté de Dewin (sup. num.)
3-2 à 46'18" : van den Bogaert assisté de Paulus
4-2 à 59'25" : van den Bogaert assisté de B. Kolodziejczyk et de Smet (sup. num., cage vide)

Belgique

Attaquants :
Ben Vercammen – Bryan Kolodziejczyk (A) – Maxime Pellegrims
Yoren de Smet – Ben van den Bogaert – Alexandre Bremer
Timo Dewin – Boris Kolyasnikov – Yente Franssen
Andy Kolodziejczyk – Brent van Rooy ou Patrick van Noten – Bryan Henry

Défenseurs :
Vadim Gyesbreghs (A) – Dean Thurura
Jordan Paulus (C) – Michael Distate
Emiel Goris

Gardien :
Tom Prodi

Remplaçant : Mike Jansen (G).

Serbie

Attaquants :
Pavel Popravka – Marko Sretović (A) – Nemanja Vučurević
Marko Milovanović (C) – Dimitrije Filipović – Uros Bjelogrlic
Nenad Raković – Srdjan Ristić – Mirko Djumić
Lazar Lestarić – Nikola Kerezović – Petar Novaković
Róbert Szabadoš

Défenseurs :
Nikola Bibic – Ugljesa Novaković
Marko Brkusanin – Stefan Ilić (A)
Pavle Podunavać – Aleksa Luković

Gardien :
Arsenije Ranković [sorti de sa cage de 59'10" à 59'25"]

Remplaçants : Dragan Komazeć, Petar Stepanović (G).