Islande - Chine (Mondial D2A, Jour 2)

Second match de la seconde journée avec deux équipes revanchardes sur la glace.

L'Islande n'est pas passée loin de la victoire face aux Belges mais a dû céder aux tirs au but, alors qu'en 2015, contre ces même Diables Rouges, elle s'était imposée 3-0. Cette défaite initiale est un frein, mais pas encore insurmontable, à l'espoir de médaille que les insulaires aimeraient accrocher à leur cou. De leur côté, les Chinois n'ont pas été particulièrement brillants face à l'Espagne (défaits 2-0), mais vu la résistance affichée face aux locaux, il leur est permis d'espérer un bon résultat aujourd'hui.

Mais dès l'entame de la partie, ce sont les Islandais qui mettent la pression dans le camp chinois. Ces derniers n'ont que trop rarement l'occasion de porter le palet au-delà de la ligne médiane et Shengrong Xia est fortement mis à contribution. Il ne faudra qu'un peu plus de trois minutes aux Faucons pour ouvrir le score : Helgason, de sa zone défensive, envoie une longue diagonale à Alengård qui déborde et trouve joliment Johann Leifsson, seul dans l'axe, qui ajuste de près le portier chinois (1-0, 03'28").

Cette première unité au compteur ne fait pas baisser la pression qu'exercent les Islandais sur le camp chinois. Et même si Mingxi Yang a le temps d'alerter Snorri Sigurbergsson (qui s'y reprendra à deux fois pour capter le puck), ce sont les Islandais qui continuent à imposer leur rythme. Mais il faut attendre la seconde période pour voir Ulfar Andresson, placé derrière le but, opérer un grand virage pour se retrouver à mi-distance et déclencher un lancer rapide qui trompe le gardien chinois, bien masqué par Falur Gudnason (2-0, 12'27").

Là où les Espagnols avaient mis 56' pour faire le break la veille, les Islandais n'auront mis que 12' pour y parvenir et ainsi s'offrir logiquement une suite plus tranquille. Sauf que la logique et le sport, ça fait souvent deux, voire même trois… Ou pour être exact, dans le cas présent, ça fait huit, comme le nombre de secondes nécessaires aux Chinois pour revenir dans la partie. Ils seront bien aidés en cela par Sigurbergsson qui sur un lancer peu puissant et très excentré de Tianxiang Xia est très mal collé à son poteau et laisse rentrer le palet (2-1, 12'35").

Pour le moment, il ne s'agit que d'une péripétie et les Islandais repartent à l'assaut du but des blancs. Et si Andri Mikaelsson rate par trois fois l'occasion de redonner un avantage plus net aux Faucons, c'est Johann Leifsson qui va y parvenir, s'offrant un doublé sur un lancer à mi-hauteur qui trompe un Shengrong Xia peu inspiré (3-1, 17'41"). Autre acteur de la partie peu inspiré, le portier islandais Sigurbergsson qui, mal placé, laisse un trou suffisamment important à sa droite pour que Ziyang Zhu y glisse le palet (3-2, 19'40"). Alors qu'ils ont eu la quasi-totale maîtrise du jeu pendant cette période, les Islandais ne rejoignent le vestiaire qu'avec une petite unité d'avance.

Au retour des vestiaires, ça n'est finalement qu'une demi-surprise que de voir Dennis Hedström prendre la place de Sigurbergsson dans les buts islandais. Auteur d'un trop faible 66,7% d'arrêts en première période, le coach suédois Magnus Blårand ne pouvait que procéder au changement. Né en Islande de parents suédois, Dennis Hedström est sans doute le joueur islandais le plus connu en hexagone. Et encore, connu faut le dire vite, puisqu'on parle là d'un passage de six mois en Essonne, chez les Peaux-Rouges d'Évry. Avant cela, après avoir débuté sa formation en Islande, il partira se perfectionner dans sa seconde patrie, aux Vaxjö Lakers avec lesquels il évoluera en juniors et aura même l'occasion d'être couché sur la feuille de match avec l'équipe première en Allsvenskan. Bloqué dans son club, il se retrouvera titulaire dans un autre club suédois mais au cinquième échelon local.

Une tentative en Islande, une tentative au second échelon, et voilà le premier Islandais à débarquer en France. À l'été 2012, Évry s'associe avec le rival de Viry et l'entente essonnienne ambitionne de jouer les premiers rôles en D2. Voulant s'assurer d'une concurrence dans les buts, le coach Sébastien Roujon enrôle Dennis aux côtés de Julien Roullier. Mais très vite, les résultats ne seront pas à la hauteur des attentes, et si les deux portiers alternent dans les buts, c'est Roullier qui va finalement prendre le dessus sur le portier islandais. Au final, Hedström n'aura foulé les glaces françaises qu'à cinq reprises pour une seule victoire, acquise 3-1 aux dépends de Compiègne. Fin février, avant même la fin de la saison régulière, Hedström rentre en Suède, n'ayant plus joué depuis plusieurs rencontres. Depuis lors, il alterne les passages entre le quatrième et le cinquième niveau suédois tout en étant le portier de l'équipe nationale. Mais depuis quelques temps, un portier plus jeune et qui joue lui aussi en Suède, Snorri Sigurbergsson, joue lui aussi la carte de la concurrence.

Il ne fallait pas arriver en retard de douze secondes à la reprise. C'est le temps qu'il a fallu aux Islandais pour reprendre leurs deux buts d'avance. Sigurdarson gagne la mise en jeu, passe à Rob Sigurdsson qui lance au but, Xia laisse échapper un rebond que reprend victorieusement Björn Sigurdarson (4-2, 20'12"). Ce but inscrit dans les premières secondes devrait être le coup fatal pour les Chinois, qui tentent de répliquer aussitôt en testant le nouvel entrant, mais le lancer de Ling Chen est facilement capté de la mitaine par Hedström. Mieux encore pour les joueurs du Grand-Nord, sur leur première supériorité du tiers, Robin Hedström file vers le but et, du revers, trompe un Shengrong Xia qui a laissé des millimètres de trop, libres (5-2, 24'03").

Trois buts d'avance, les Islandais ont désormais une marge suffisante et cinq buts encaissés, c'est de trop pour le banc chinois qui sort Shengrong Xia pour laisser entrer Zehao Sun. C'est la première apparition en Mondial sénior pour le jeune Sun, 20 ans, dont le physique diffère totalement de son coéquipier puisqu'il affiche tout juste 40 kilos de moins sur la balance, autant dire que le style n'est pas non plus le même. Au final, les quatre gardiens auront foulé la glace alors qu'on en est pas encore à la mi-match !

Et de ces modifications "portuaires", ce sont les Chinois qui vont en profiter le mieux. Sur un palet mal dégagé par la défense nordique, Cheng Zhang opère un lancer instantané de la bleue qui trompe un Hedström potentiellement gêné par le trafic dans sa zone (5-3, 28'00"). Ce but redonne des ailes aux Asiatiques. Alors que leurs unités spéciales étaient totalement transparentes depuis le début du mondial, voilà que, comme par magie, ils se créent des occasions dangereuses en supériorité numérique par Tianxiang Xia, de près ou Mingxi Yang, de loin. Le momentum est désormais passé dans le camp des Chinois qui concrétisent leurs velléités offensives. Auteur d'un bon match de bonne facture jusque-là (surtout si on le compare avec celui de la veille), Robert Pålsson manque sa passe latéral à l'entrée de sa propre zone offensive ; Cheng Zhang intercepte, s'avance et loge le palet sous la barre transversale de Dennis Hedström (5-4, 35'32"). Une nouvelle fois incapables de tenir le score, les Islandais se retrouvent avec un petit but d'avance. Pire encore, quelques secondes après le but, ils se retrouvent à court d'un homme, mais Peng Ji (qui n'était pas monté sur la glace de la période) voit son tir contré au dernier moment et passer de peu au-dessus du but.

Les Chinois, dont les lignes ont déjà été largement remaniées à l'issue de la première rencontre, restent donc plus que jamais dans le coup. Et parmi les éléments les plus en vue dans cette rencontre, on trouve l'ailier Ziyang Zhu, jeune joueur qui, à 20 ans, participe déjà à son troisième championnat du monde chez les séniors. Originaire du Nord de la Chine populaire comme bon nombre de ses coéquipiers, il se distingue par son aisance dans le patinage car, là aussi, comme beaucoup de hockeyeurs chinois il a commencé très jeune par le patinage de vitesse, discipline de pointe dans son pays.

Dès l'âge de dix ans, il se fait remarquer lors d'un tournoi international à Ottawa. C'est la première fois que des équipes chinoises (Harbin, club de Ziyang et Qiqihar, autre place forte du hockey chinois) participaient à ce tournoi et le petit Ziyang et sa crosse en bois se fait remarquer par sa vitesse de déplacement et son sens du but. Il ne cessera jamais de s'adonner à sa passion intégrant depuis le réputé "Harbin Institute of Physical Education" où il se spécialise bien sûr dans l'enseignement du hockey sur glace. Double champion du monde de D3 en U18 et U20, il participe la saison passée au titre de D2B des séniors en marquant 4 points dont 3 buts et se retrouve logiquement dans le groupe pour Jaca. Placé sur la troisième ligne, celle des "gamins", il inscrit ce soir son premier but de la compétition. Un joueur à suivre donc pour la Chine qui va s'ouvrir prochainement à la puissante KHL (NDLR : la franchise chinoise de KHL a annoncé depuis qu'elle ferait appel à 40% de joueurs chinois dans son effectif).

Du coup, l'enjeu est nettement remonté d'un cran lorsque démarre la troisième période. Plus que la médaille un temps espérée, les Islandais en viennent à s'inquiéter pour leur maintien. La tension monte aussi d'un cran, et si les Chinois sont peu adeptes de la mise en échec, c'est peut-être parce qu'ils ne maîtrisent pas bien cet art-là : Xijun Cui charge ainsi dans le dos et contre la bande Alengård, offrant ainsi deux minutes de supériorité stérile aux Islandais. Puis ce sera au tour de Johann Leifsson, auteur d'un doublé, de rejoindre le banc des pénalités pour un cinglage évident. Ainsi à court d'un homme, les Faucons vont profiter d'une belle interception de Pålsson à la neutre qui lance Emil Alengård qui, à la suite d'un joli "move", glisse la rondelle derrière la ligne de but (6-4, 44'08"). Pour le buteur, c'est la joie de redonner un peu d'air aux siens, mais pour le passeur, la joie n'est pas moindre d'enfin rééquilibrer la balance après tous ses malheurs depuis deux jours.

Dès lors, le jeu devient plus haché, les pénalités s'enchaînent, un coup à toi, un coup à moi. Six minutes seront distribuées de chaque côté et la plus malvenue interviendra contre les Chinois, à 2'18" de la fin, au moment où ils commençaient à réfléchir à la sortie de leur gardien. Au lieu de cela, ils se retrouvent en infériorité. Une situation idéale pour les Islandais afin de tuer définitivement le suspens. Sigurdarson passe à Sigurdsson derrière le but qui lui remet aussitôt dans le slot et légèrement excentré côté droit : ding-dong, transversale-poteau rentrant, la messe est dite (7-4, 58'34"). Ce coup-ci, les Bleus peuvent vraiment souffler et laisser le compteur égrener les dernières secondes jusqu'à leur première victoire dans cette compétition.

Dominants dans le jeu, les Islandais auront à chaque fois été victimes de relâchements coupables qui auront permis à des Dragons pourtant timorés d'espérer accrocher un résultat favorable. De ce match vient peut-être de se décider le nom du relégué, mais nous ne sommes sans doute pas au bout de nos surprises.



Islande – Chine 7-4 (3-2, 2-2, 2-0)
Dimanche 10 avril 2016 à 16h30 au Pabellón de Hielo de Jaca. 250 spectateurs.
Arbitrage de Yuriy Oskirko (RUS) assisté de Sergio Biec (ESP) et Daniel Hynek (TCH).
Pénalités : Islande 14' (2', 4', 8'), Chine 14' (4', 2', 8').
Tirs : Islande 47 (15, 14, 18), Chine 21 (6, 7, 8).

Évolution du score
1-0 à 03'28" : Leifsson assisté d'Alengård et Helgason
2-0 à 12'27" : Andresson assisté de Gudnason et Sigrunarson
2-1 à 12'35" : T. Xia assisté de Chen
3-1 à 17'41" : Leifsson
3-2 à 19'40" : Zhu assisté de C. Zhang et Yang
4-2 à 20'12" : Sigurdarson assisté de Sigurdsson et Jonsson
5-2 à 24'03" : R. Hedström assisté de Helgason et Jonsson (sup. num.)
5-3 à 28'00" : Yang
5-4 à 35'32" : C. Zhang
6-4 à 44'08" : Alengård assisté de Pålsson (inf. num.)
7-4 à 58'34" : Sigurdarson assisté de Sigurdsson (sup. num.)


Islande

Attaquants :
Andri Mikaelsson – Björn Sigurdarson – Rob Sigurdsson (A)
Robin Hedström – Emil Alengård (A) – Johann Leifsson
Hafthor Sigrunarson – Ulfar Andresson – Falur Gudnason
Jonas Breki Magnusson – Bjarki Johannesson – Hjalti Johannsson

Défenseurs :
Ingvar Jonsson (C) – Ingthor Arnason
Robert Pålsson – Andri Helgason
Orri Blondal – Ingolfur Eliasson
Bergur Einarsson

Gardien :
Snorri Sigurbergsson puis Dennis Hedström à 20'00"

Chine

Attaquants :
Xijun Cui – Chongwei Wang (C) – Hao Zhang (A)
Ling Chen (A) – Peng Ji puis Jiachang Bao à 20'00" – Tianxiang Xia
Ziyang Zhu – Zesen Zhang – Cheng Zhang
Hengnan Lu – Jiachang Bao puis Peng Ji à 20'00" – Hang Li

Défenseurs :
Qing Liu – Zhengyu Li
Mingxi Yang – Tianyu Hu
Jiaqi Zhang – Chao Wen
Jiasiteng Wu – Tianyi Guang

Gardien :
Shengrong Xia puis Zehao Sun à 24'03"