Pays-Bas - Islande (Mondial D2A, Jour 3)

Mardi, midi. Un jour de repos s'est écoulé depuis la dernière journée de ce championnat. Une journée mise à profit par toutes les équipes pour se reposer un peu mais surtout travailler encore les automatismes qui ont fait défaut durant ces deux premières journées.

Car si le niveau de jeu de cette compétition reste moyen c'est principalement dû au manque de préparation des équipes. Et chaque entraînement, et chaque journée de "repos" est une opportunité pour travailler encore et encore. Et si ces premières journées ont permis de dégager certaines tendances sur les favoris à la montée et sur les équipes en danger, tout reste encore jouable. Et en ce mardi midi, nous ne sommes guère nombreux à être présents pour l'ouverture de la journée : la poignée de supporters bataves en plein centre de la tribune, les deux supportrices islandaises sur un côté de la tribune et moi de l'autre. Tout ça pour un total d'une centaine de supporters selon la feuille de match, un poil moins selon la police comme on dit… Trois fois moins quoi… Bref, y'a de la place.

Les Néerlandais aimeraient enfin gagner un match sans trembler, sans se faire remonter comme contre les Serbes et sans tirer de l'arrière comme contre les Espagnols. Pour cela, les Islandais, combatifs et solidaires mais trop inoffensifs, semblent un adversaire idéal. Même si je ne parle pas un traitre mot de néerlandais, on comprend nettement que le coach Chris Eimers n'a pas l'intention de faire trainer les choses et motive ses troupes. Pourtant, frayeur dans les premières secondes lorsque Andri Mikaelsson adresse un premier lancer que ne peut contrôler Idzenga et que Sigurdarson reprend, contraignant le portier orange à un bel arrêt mitaine. Deux tirs en 15", voilà qu'on s'imagine les Islandais capables de surprendre des Néerlandais peut-être mal réveillés (oui, je sais, à midi ça serait abusé mais bon…). Que nenni ! En fait, ce sera la meilleure, et de loin, occasion des Faucons durant cette première période. Passée cette alerte, les Bataves enclenchent la machine et organise un sitting en bonne et due forme dans la zone défensive adverse. Rentré en cours de match lors de la seconde journée, Dennis Hedström est de nouveau entre les montants aujourd'hui et il a fort à faire. Si les défenseurs bleus sont toujours aussi vaillants, ils ne peuvent que défendre, défendre, défendre… Et à force de défendre, c'est bien connu, on finit par se mettre à la faute. Que nenni ! C'est bien un Néerlandais qui sera le premier puni, Kick allant au cachot pour un traditionnel "Faire-trébucher" dans ce qui est sans doute, un championnat du monde du "Tripping" tellement il en est sifflé ! Supériorité numérique islandaise donc, avec l'espoir pour les insulaires d'enfin se montrer à l'offensive. Que nenni ! Le long de la bande, Oosterveld glisse à Raphaël Joly qui part en solo et nettoie la lucarne de Hedström (1-0, 07'21"). Sur la mise en jeu, toujours en situation d'avantage numérique pour les Faucons, Kevin Bruijsten s'empare du palet, fait le tour de la cage pour servir Raphaël Joly qui manque par deux fois de doubler l'avance des siens. Il ne faudra pas attendre longtemps pour que le break soit fait, en contre Jasper Kick sert Max Hermens, le benjamin de l'équipe, qui s'en va nettoyer l'autre lucarne d'Hedström, histoire que le ménage soit complet (2-0, 08'47"). Les Néerlandais ont réalisé l'entame de match souhaitée, ils peuvent maintenant dérouler à loisir. Les Islandais sont complètement acculés dans leur zone ; par moment les défenseurs sont tellement nombreux devant leur but qu'on peine à voir le gardien, et je n'ose imaginer ce qui lui peut voir. Mais l'essentiel est là, la baraque ne prend pas l'eau de toute part et la casse est limitée à deux buts au moment de rejoindre le vestiaire.

Avec 23 lancers hollandais contre 9, les Oranges ont eu la mainmise sur la première période, mais pour enfoncer le clou, il va falloir réitérer la même performance dans le tiers médian. Comme lors de l'entame de match, ce sont les Islandais qui se portent les premiers à l'attaque : Andri Mikaelsson se charge de remporter la mise en jeu pour que Sigurdsson alerte Idzenga mais ce dernier stoppe le palet sans accroc. Les Islandais ont beau se démener, ils n'y arrivent pas. La base du jeu, les sorties de zone, ne sont pas du tout au point et ils se font constamment contrer dans la neutre. Pendant ce temps, le pauvre Pålsson, chuteur notoire, améliore son score perso avec deux beaux gadins.  Mais lorsqu'ils y arrivent enfin, cela permet au défenseur Andri Helgason de s'offrir un slalom au milieu de la défense orange mais aussi de voir son tir, pourtant puissant, être sans danger puisqu'en plein dans le buffet d'Idzenga. Les quelques indisciplines néerlandaises ne suffisent même plus à créer le danger et lorsque les Islandais en commettent c'est Fort Alamo devant le but d'Hedström. Pourtant, sur le banc comme sur la glace, l'aboyeur Magnusson tente tout pour renverser le cours du match : il harangue ses coéquipiers sur le banc et quand il est sur la glace, il joue en vieux roublard : voyant que son équipe prend l'eau il profitera de son unique présence sur la glace du tiers pour aller chercher des noises en se frottant à Smid. Sait-on jamais, cela aurait pu être l'étincelle qui changera le cours du match mais non, rien n'y fait et si les Islandais n'ont toujours que deux buts de retard au buzzer, ils ont encore dû subir 19 tirs dans la période. Et la première ligne néerlandaise n'y est pas pour rien. Chris Eimers l'a d'ailleurs remaniée durant la journée de repos, faisant monter le centre Jeffrey Melissant à la place de Marx, permettant  ainsi à Raphaël Joly de retrouver sa place de prédilection, à l'aile.

Car Raphaël Joly est un élément majeur du "dispositif Eimers". Joly, c'est un cas désormais à part dans le landerneau du hockey néerlandais car il est l'unique joueur de l'équipe à posséder la nationalité canadienne. Et ça n'est pas innocent pour une nation comme les Pays-Bas qui a longtemps compté sur les "Canados" pour performer sur la scène internationale. Par exemple, lors de leur dernière –et unique– participation aux Jeux Olympiques, en 1980, sur les 20 joueurs de l'équipe, 10 étaient des Canadiens naturalisés et encore fallait-il y ajouter un Américain et un Tchèque naturalisés eux-aussi. Mais depuis quelques années, la sélection néerlandaise tente de faire la part belle aux joueurs formés dans leur pays. Et donc Raphaël Joly est un peu un mélange des genres : né à Amsterdam, il s'est très vite tourné vers le Canada et le Junior AAA. Dès sa seconde saison, il atteint la barre des 50 points puis 92 points en 2008 (avec une place dans le Top20) et enfin 93 points en 2009 (plus 24 en séries éliminatoires) pour terminer à la 7è place des pointeurs de la ligue. De ceux qui le précèdent au classement, certains ont été vus en France comme Sébastien Savoie (à Reims), Vincent Beaulieu (La Roche) ou Maxime Couturier (Bordeaux puis Avignon). Mais Joly persistera une année supplémentaire au Canada, intégrant la rugueuse LNAH, ligue semi-pro québécoise. Après cet intermède, c'est le grand départ pour les Pays-Bas ! Et pour commencer, l'ailier gauche signe trois saisons pleines avec 205 points en 113 matchs. Mais il se signale aussi par ses poings : 330' de pénalités durant ces trois saisons. Mais cela est occulté par ses performances de joueur et le nouveau sélectionneur néerlandais Barry Smith (vu à Amiens donc) l'appelle pour le championnat du monde 2013. Puis il fera en 2014 une dernière saison aux Pays-Bas avec 101 points au compteur, 16 de plus que son premier poursuivant ! Auréolé de ce titre de meilleur pointeur, il part tenter l'aventure –qui tournera court– en Suède puis –plus durablement– en Allemagne, au troisième niveau, où il joue encore aujourd'hui. Raphaël Joly c'est un joueur doté d'une aisance technique rare et d'un shoot assez précis. Mais sa nonchalance permanente sur la glace ne plaide pas pour lui. Pourtant, il sait faire les efforts quand il faut, alors sans doute n'en fait-il pas assez, mais ce joueur reste d'un calibre élevé, surtout dans ce championnat.

Malgré donc les coups de boutoirs assénés par les trios offensifs néerlandais, la dernière période débute toujours avec une avance limitée à deux buts pour les Bataves. De quoi laisser encore quelques espoirs aux Faucons islandais. Et c'est vrai que les Islandais reviennent avec d'autres intentions dans ce troisième tiers. Leur jeu semble enfin prendre forme et ils commencent à gêner les Néerlandais qui se mettent plus souvent à la faute. Björn Sigurdarson enverra son revers dans le plastron du gardien mais le ton est donné. Mais le chronomètre défile et le score n'évolue pas. Les Néerlandais ne parviennent toujours pas à se mettre définitivement à l'abri malgré l'offrande faite à Melissant qui manque une cage rendue grande ouverte par le mauvais déplacement d'Hedström. La mi-tiers est passée, la tension monte d'un cran, surtout quand la quatrième ligne nordique revient sur la glace. Magnusson envoie un petit revers flippé entre les jambes d'Idzenga mais celui parvient à suffisamment freiner la course du puck pour empêcher le but. Bien entendu, Magnusson feindra de ne pas s'arrêter et les défenseurs néerlandais perdront un peu d'influx nerveux à titiller le grognard islandais. Dans cette fin de match où les Islandais poussent et les Hollandais contrent, on pourra quand même sourire (même si lui, ça doit franchement pas le faire rigoler) en voyant Pålsson rajouter une unité à son "compteur chutes"… A cinq minutes de la fin, on commence à distribuer les baffes et pour ne rien arranger à l'ambiance, Magnusson n'hésite plus à conspuer les joueurs néerlandais depuis son banc… Ambiance, ambiance !

Il ne reste plus que 90 secondes à jouer quand Magnus Blårand rappelle au banc son gardien Hedström pour jouer son va-tout. Quelques secondes plus tard, il appelle son temps-mort et prépare sa "hero-line" pour les ultimes secondes. Il aligne ainsi Sigurdsson, Sigurdarson et Leifsson en attaque, Alengård en demi et la paire Pålsson-Helgason derrière. Les schémas de jeu sont assez prévisibles avec un Sigurdarson performant au mise en jeu, un Alengård distributeur hors-pair pour les deux buteurs et enfin Pålsson, qui connait bien son compère Helgason qu'il est chargé d'alimenter en bons palets. Et c'est peut-être de ce dernier que viendra la lumière islandaise. Âgé de seulement 20 ans, Helgason a sans doute le lancer le plus puissant des lignes arrières islandaises. Formé à Björnin, un des clubs de Reykjavik, Helgason passera ses premières saisons chez les séniors (où il a débuté à 15 ans) entre les équipes de Björnin et de Hunar. Deux équipes par saison pendant trois ans ? Kezako ? En fait, pendant quelques années, le championnat islandais n'était doté que de trois équipes. Mais chacune avait plus de 30 joueurs à disposition chacune. Il fut ainsi décidé de créer des équipes-fermes ou des équipes-réserves dans chaque club pour permettre d'avoir une compétition à six équipes. Et au sein de chaque club, tous les joueurs pouvaient passer d'une équipe à une autre. Une solution pas simple et pas banale mais qui permettait d'avoir un championnat plus dense avec 16 matchs par équipe mais bien plus pour chaque joueur. Le potentiel du jeune Helgason était bien présent avec un bon placement, de bonnes mains mais peu de physique et un shoot quasi-anémique. Qu'à cela ne tienne, en 2014, Helgason s'envole pour le Canada où il s'inscrit dans la " Greater Metro Hockey League", une ligue junior indépendante ontarienne. Si le niveau n'y est pas exceptionnel, si Helgason ne brille pas de mille feux, il apprend le métier et peut vivre sa passion à fond. C'est là-bas qu'il développe enfin son lancer et qu'il apprend à jouer plus physique. Après cette année d'apprentissage, il rentre au pays et ce coup-ci, il va faire mouche ! Alors qu'il n'avait inscrit jusque-là que six buts en soixante-treize matchs, voilà qu'il en claque dix en une saison de vingt-quatre matchs ! Voilà qui lui donne désormais un tout autre rôle au sein de la sélection islandaise dont celui d'être l'artificier de la ligne bleue.

Le jeu s'apprête à reprendre et tout le monde est en place. Magnusson est sur le banc, sage. Il est le seul à être debout, mangeant littéralement le tape de sa crosse. Mais les plans islandais sont contrariés d'entrée. Sigurdarson perd la mise en jeu et les Faucons patinent après le palet. Ils ne parviennent finalement à le récupérer qu'après une erreur de relance néerlandaise qui finit en dégagement interdit. Ce coup-ci c'est Sigurdsson qui se colle à la mise en jeu mais la perd également. Contre la bande, les Islandais sont intraitables et récupèrent la rondelle pour servir Helgason à mi-distance mais très excentré, dont le lancer passe devant le but sans inquiéter le portier. Pålsson récupère le palet et passe à Alengård derrière le but qui, d'une astucieuse passe dans le dos, sert Sigurdsson dont le lancer est repoussé et retombe dans la palette d'Helgason qui, d'assez près, voit son lancer flirter avec la lucarne d'Idzenga. Les Néerlandais sont les plus prompts à récupérer le palet, Tummers lance Joly en deux-contre-un. Joly fixe Pålsson avant de servir Bruijsten qui trouve le fond du filet malgré la glissade désespérée (et volontaire cette fois) de Pålsson (3-0, 59'37").

Une fois de plus, les Bataves ont du mal à venir à bout de leur adversaire. Pourtant avec une avance de deux buts après 9' de jeu, ils avaient les moyens de dérouler… Mais les Islandais sont des vaillants, des courageux, des durs au mal et ils n'ont jamais cessé de se défendre avec leurs armes. Alors bien sûr, avec 25 tirs contre 53 ils avaient peu de chance de l'emporter, ils ont néanmoins réussi à faire douter un peu les favoris. Mais passé la performance, le résultat brut est lui, peu intéressant. Une défaite en prolongation, une victoire, cela devrait suffire pour le maintien, mais celui-ci n'est pas encore acquis. Tant qu'au rêve de médaille, il devient de plus en plus délicat. Les Pays-Bas, eux, continuent leur chemin, certes parsemé d'embuches, mais pour le moment, ils tiennent le bon bout.

Élus joueurs du match : Jurrit Smyd pour les Pays-Bas et Andri Helgason pour l'Islande.

Pays-Bas – Islande 3-0 (2-0, 0-0, 1-0)
Mardi 12 avril à 12h00 au Pabellón de Hielo de Jaca. 102 spectateurs.
Arbitrage de Yuriy Oskirko (RUS) assisté de Attila Nagy (HON) et Viktor Zinchenko (BLR).
Pénalités : Pays-Bas 18' (4', 6', 8'), Islande 14' (2', 8', 4').
Tirs : Pays-Bas 53 (23, 19, 11), Islande 25 (9, 9, 7).

Évolution du score :
1-0 à 07'21" : Joly assisté Tummers et Oosterveld (sup. num.)
2-0 à 08'47" : Hermens assisté Kick
3-0 à 59'37" : Bruijsten assisté Joly et Tummers (cage vide)

Pays-Bas

Attaquants :
Raphael Joly (A) – Jeffrey Melissant – Kevin Bruijsten (C)
Ronald Wurm – Alan van Bentem – Jasper Kick
Joey Oosterveld – Tom Marx – Julian van Lijden
Guus van Nes – Max Hermens – Mike Verschuren

Défenseurs :
Erik Tummers (A) – Boet van Gestel
Jurryt Smid – Mark Hoekstra
Niels van der Vossen – Guido Vols

Gardien :
Sjoerd Idzenga

Remplaçant : Ruud Leeuwesteijn (G).

Islande

Attaquants :
Andri Mikaelsson – Björn Sigurdarson – Rob Sigurdsson (A)
Robin Hedström – Emil Alengård (A) – Johann Leifsson
Hafthor Sigrunarson – Ulfar Andresson – Falur Gudnason
Jonas Breki Magnusson – Bjarki Johannesson – Hjalti Johannsson

Défenseurs :
Ingvar Jonsson (C) – Ingthor Arnason
Robert Pålsson – Andri Helgason
Orri Blondal – Ingolfur Eliasson
Bergur Einarsson

Gardien :
Dennis Hedström (sorti de 58'30" à 59'37")

 Remplaçant : Snorri Sigurbergsson (G).