Bilan de la KHL 2015/16 (II) : les brutes et les romantiques

Des managers en prison ou qui se comportent comme des matons, des entraîneurs romantiques ou adeptes d'un folklore plus brutal, on trouve vraiment de tout en KHL. Et plus particulièrement dans cette deuxième partie du bilan de la saison, consacrée aux équipes classées de la 17e à la 22e place.

 

Barys Astana (17e) : l'homme providentiel ?

KAIGORODOV Alexei 110512 349Initialement, l'objectif du Barys Astana était de devenir enfin moins dépendant de sa ligne nord-américaine. C'est pourquoi le club du Kazakhstan avait recruté Aleksei Kaigorodov, l'imprévisible artiste qui avait éliminé le Canada aux Mondiaux 2011 en dribblant deux joueurs en infériorité. Censé centrer la deuxième ligne, Kaigorodov a gâché son temps de jeu avec le pire bilan de la KHL (4 assistances en 22 matches et fiche de -15). Son jeu tout en finesse a semblé déplacé et incompris de ses coéquipiers besogneux.

Kaigorodov a été envoyé au Dynamo Moscou dès le retour d'Andrei Nazarov sur le banc, fin octobre. Le Barys ne s'était jamais consolé du départ de cet entraîneur charismatique vers le riche SKA Saint-Pétersbourg. La décision de virer le coach fraîchement nommé - Yerlan Segimbaev - en septembre n'avait abouti qu'à une solution temporaire : capitaine du Kazakhstan aux JO 1998, Evgeni Koreshkov était devenu entraîneur principal par intérim. Comme tout le monde pressentait que les jours de Nazarov à Saint-Pétersbourg étaient comptés, les dirigeants d'Astana attendaient simplement qu'il soit mis à la porte pour le ré-engager aussi sec.

Nazarov est donc revenu, et son "folklore" avec lui, y compris les provocations et agressions douteuses de son gros bras Damir Ryspaev, envoyé à la bagarre dès son deuxième match. L'ancien et nouvel entraîneur était aussi la garantie d'une confiance totale dans la ligne nord-américaine Bochenski-Boyd-Dawes.

Si le Barys est devenu redoutable chez lui, ce n'est pas seulement à cause de l'emménagement dans la nouvelle Barys Arena de 12000 places (qui a sonné creux car le public n'a pas crû). C'est aussi parce que Nazarov, à domicile, utilise à fond le privilège du dernier changement et n'hésite pas à recourir au coaching malin pour faire surgir sa ligne aux moments-clés.

Cela n'aura pas suffi. Nazarov n'a pas réussi à ramener Astana en play-offs, pas plus qu'il n'a pu maintenir le Kazakhstan dans l'élite mondiale malgré l'apport - là encore - de cette même ligne nord-américaine naturalisée sous les couleurs du pays d'Asie Centrale. Malgré ce double échec, Nazarov reste incontournable et a été prolongé dans les deux postes. Comme quoi, en Russie comme au Kazakhstan, montrer les muscles, tenir un discours viril et se positionner en homme providentiel sont les clés pour marquer les esprits, quels que soient les bilans comptables.

 

Dynamo Minsk (18e) : le Président et le prisonnier

GOROSHKO Oleg 120506 334La saison du Dynamo Minsk avait commencé dans un contexte délicat avec l'arrestation et l'emprisonnement de Vladimir Berezhkov, ancien rédacteur en chef du quotidien sportif Pressbol et directeur général du club. Tous les joueurs de l'équipe ont finalement signé une lettre au Président de la République du Bélarus, Aleksandr Lukashenko, pour que - sans remettre en cause le cours évidemment impartial de la justice - il fasse preuve d'un peu de "charité humaine" (pas sa qualité la plus connue). Poursuivi pour abus de pouvoir et abus de biens sociaux, Berezhkov est resté en détention provisoire pendant toute la saison sportive et n'a été libéré que début avril.

L'absence de Berezhkov, qui inspirait confiance aux membres du club, a laissé une ambiance pesante dans le vestiaire. La gestion du Dynamo Minsk était retournée dans l'opacité. En octobre, alors que l'infirmerie était pleine (Linglet, Kulakov, Goroshko, Vesce), le préparateur physique Barry Brennan fut mis à la porte, puis l'entraîneur slovaque Lubomir Pokovic annonça son départ pour "motif extrasportif" ne lui permettant pas de continuer à travailler. L'ex-international Andrei Kovalev est alors devenu entraîneur, d'abord par intérim. C'est à partir du moment où on lui a retiré l'étiquette d'intérimaire, en décembre, que les résultats se sont dégradés...

La vraie raison de ce déclin n'est sans doute pas le changement de titre de Kovalev, mais plus sûrement la blessure de Nick Bailen, la veille de son 26e anniversaire. Le défenseur américain, qui devait être le nouveau naturalisé de la sélection nationale du Bélarus, était la clé de voûte de l'équipe avec 31 points en 40 rencontres. Le meilleur marqueur du club, l'attaquant Matt Ellison, a bien tenté de tenir lui-même le rôle important de Bailen en jeu de puissance, mais il n'avait guère de marge pour du temps de jeu supplémentaire.

Le Dynamo Minsk a manqué les play-offs, et le Bélarus a raté son championnat du monde. Du changement a donc été demandé, sous l'oeil vigilant et la moustache ferme du Président : le Dynamo devra en particulier rapatrier les meilleurs joueurs du pays (qui comptent désormais comme étrangers ailleurs en KHL).

 

Traktor Chelyabinsk (19e) : du sous-entraînement au sur-entraînement

TraktorLa saison passée, Andrei Nikolishin avait sauvé la saison du Traktor pour ses débuts comme entraîneur. Il avait alors remplacé à l'automne Karri Kivi, accusé de ne pas comprendre la mentalité russe. Ce Finlandais avait confié des programmes de préparation physique aux joueurs sans les fliquer en permanence. Naïveté d'occidental : ceux-ci n'avaient donc pas travaillé. Nikolishin ne risquait pas de commettre la même erreur. Au camp de présaison en Italie, il a imposé jusqu'à deux entraînements sur glace et deux séances de préparation physique hors glace par jour. Les joueurs ont souffert, et ils l'ont fait savoir.

Dès le mois de septembre, après un début de saison raté, les supporters du Traktor ont demandé la démission de Nikolishin en se référant à l'évidente fatigue des joueurs victimes de surcharge d'entraînement. Les dirigeants ont laissé à Nikolishin un peu de temps pour se refaire, mais en novembre, il était mis à la porte pour de bon. Son message ne passait tout simplement plus auprès des joueurs.

Certains ont semblé tout de même bénéficier de son système de jeu. Semyon Kokuev, habituel travailleur de quatrième ligne, s'est ainsi mué en quatrième marqueur de l'équipe, en plus d'être le joueur qui donnait le plus de mises en échec. Les joueurs techniques en revanche, les Chistov ou Yakutsenia formés dans la tradition russe, n'étaient pas dans leur élément quand on leur demandait d'envoyer le palet en fin de zone. Le point commun est que les uns et les autres ont fini par être perdus pour le club. Le capitaine de la saison précédente Stanislav Chistov avait perdu son efficacité (10 points en 36 parties). L'enfant du pays a quitté en décembre son club, avec lequel il fut le premier à passer la barre des 500 matches en KHL. Quant à la révélation Kokuev, ses envies de départ le conduiront au Dynamo Moscou.

Hormis la bonne tenue de la doublure Vassili Demchenko (21 ans) qui a bien pallié la blessure du gardien tchèque Pavel Francouz, la saison du Traktor a donc apporté peu de satisfactions. Le principal jalon est le travail du nouvel entraîneur Anouar Gatiyatulin : ayant appris le hockey à chelyabinsk, il a mis en place le jeu qui plaît aux supporters. Cela a fonctionné... épisodiquement. Le Traktor n'a raté la qualification en play-offs qu'à deux journées de la fin, et le jeune Gatiyatulin a obtenu un contrat de deux ans. C'est surtout une ligne offensive d'impact qui semble manquer à Chelyabinsk, malgré la qualité de l'école locale.

 

Medvescak Zagreb (20e) : plus avare de chèques que de Tchèques

KVAPIL Marek 100509 236Le Medvescak Zagreb a été interdit de recrutement en novembre par la KHL pour n'avoir toujours pas fini de payer les salaires de la saison précédente à une quinzaine de joueurs, pour un total de plus de 700 000 euros. La ligue, censée n'accepter aucun club avec des retards de paiement (promesse jamais tenue), a réagi bien tard puisque l'affaire avait été révélée publiquement dès le mois de juillet par l'ancien gardien Mark Dekanich (double passeport dont on devait faire le titulaire de l'équipe de Croatie...). Le responsable de la communication du Medvescak avait alors osé déclarer qu'il était normal que Dekanich n'ait pas été pleinement payé puisqu'il n'avait pas été aussi performant qu'il l'espérait... Au final, les joueurs n'ont pas obtenu mieux que le compromis qui leur avait été proposé au départ : un long échéancier de paiement.

Pendant ce temps-là, le club-phare de Croatie avait pu commencer la nouvelle saison comme si de rien n'était. Il est même bien parti, premier de Conférence ouest après cinq journées et toujours bien placé dans le top-8 avant une première série de revers en novembre.

L'équipe de Zagreb a donc su gérer sa transition d'une équipe purement nord-américaine vers un effectif plus international. Il a bien été emmené par sa première ligne tchèque où le pur centre Tomas Mertl servait à la fois le talent technique de Marek Kvapil et le gabarit puissant de Radek Smolenak.

Le Medvescak a cependant conservé une dimension physique, maintenue par chacun des entraîneurs canadiens successifs. Il faut dire que celui de cette saison - Gordie Dwyer - était un ancien enforcer aux 44 bagarres en NHL (à la sulfureuse époque de Bob Probert & co). Ce hockey rugueux fonctionne mieux sur la petite glace de Zagreb. Mais le calendrier de la KHL est souvent déséquilibré, et le dernier match à domicile a eu lieu... à la mi-janvier ! Les Croates ont terminé par 7 rencontres en déplacement, et c'est au cours de cette longue tournée qu'ils ont vite perdu leurs dernières chances d'atteindre les play-offs.

 

Spartak Moscou (21e) : les romantiques modernes

SpartakLa résurrection du Spartak Moscou après une nouvelle année blanche était d'abord un défi de popularité. Même si ses affluences ont été artificiellement gonflées - au point que la KHL a enquêté sur ces chiffres manifestement pipés - il est indéniable que l'ancien "club du peuple" a (re)trouvé son public. Cela n'avait rien d'évident en emménageant dans la terra incognita de Loujniki, l'ancien domaine du Dynamo. Les dirigeants du Spartak ont su profiter des coursives plus spacieuses pour installer des animations pour petits et grands, ce qui n'était pas possible dans l'antre historique et vétuste de Sokolniki.

Ce club de tradition aura donc donné des leçons de marketing à tous ses homologues de la capitale ! Pour autant, il n'a pas oublié son histoire. Il a obtenu de la ligue de pouvoir organiser 5 rencontres dans le vieux Sokolniki, dont une le 22 décembre - date anniversaire des débuts du championnat soviétique - jouée avec un maillot "rétro".

Le Spartak n'a pas utilisé que l'ancienne patinoire du Dynamo, il a aussi récupéré à mi-septembre Konstantin Glazachev dont le club ne voulait plus. Le trentenaire a pris place en première ligne avec le Tchèque Lukas Radil et le centre peu connu Aleksandr Mereskin. Malgré tout, l'équipe manquait un peu de talent pour donner corps au hockey "romantique" promis par l'entraîneur Herman Titov. Le joueur le plus doué a sans douté été le petit défenseur canadien Chay Genoway, mais son apport offensif n'a pas toujours compensé ses erreurs défensives.

Le point faible qui a empêché le Spartak de s'approcher des play-offs, c'est tout de même principalement la performance de ses gardiens. On attendait beaucoup mieux d'Atte Engren et d'Evgeni Ivannikov, au vu de leurs saisons précédentes en KHL.

 

Dinamo Riga (22e) : le manager infantilisant

INDRASIS Miks 130208 341Le calendrier opposé à celui du Medvescak, c'est celui du Dinamo Riga. Le club letton était dernier de conférence ouest à mi-saison en moyenne de points marqués par match, mais 20 des 29 rencontres restantes (et 11 des 14 dernières) étaient programmées à domicile. Il avait donc les moyens de faire une saison crescendo.

Impatient d'assister au redressement espéré, le manager Normunds Sejejs a publiquement critiqué ses leaders. En décembre, il s'est défait de deux joueurs étrangers, le déclinant attaquant finlandais Ville Leino mais aussi le défenseur tchèque Tomas Kundratek... qui a ensuite connu une bonne fin de saison au Slovan Bratislava puis pour ses débuts en championnat du monde. Surtout, il a "rétrogradé" son meilleur marqueur Miks Indrasis pendant deux jours dans l'équipe-ferme de Liepaja, sans qu'il n'y joue le moindre match. Une mesure qui ressemblait plus à une punition publique qu'à un vrai choix de gestion.

Comme si cela ne suffisait pas, Sejejs - qui était aussi assistant-coach - a décidé début janvier de se séparer de l'entraîneur Kari Heikkilä et de le remplacer lui-même. Il a expliqué que le système du Finlandais convenait mieux à des joueurs plus expérimentés. Il faut dire que Sejejs est plus infantilisant, par exemple en évoquant le retour au cantonnement dans une "basa" comme  l'époque soviétique.

Ce sentiment de défiance a semblé rejaillir négativement sur la performance de certains joueurs. Le défenseur Steven Siego est devenu méconnaissable en fin de saison. Après s'être vu retirer le capitanat (au profit de Sotnieks) en cours de championnat, Lauris Darzins n'a quant à lui mis qu'un seul but à ses 24 derniers matches, tout en restant deuxième pointeur de son équipe. Il demeure un des tout meilleurs joueurs lettons, et il y avait de quoi s'étonner de l'annonce de la fin de son contrat. En fait, il s'agissait d'une stratégie de Sejejs - appliquée également au cas Andris Dzerins - pour le resigner un peu plus tard à un salaire inférieur...