Bilan de KHL 2016 (III) : équipes classées de 9 à 16

Troisième volet du bilan de la saison KHL, ses faits saillants et ses histoires marquantes.

 

Lokomotiv Yaroslavl (9e) : la défense ne fait pas tout

KONTIOLA Petri 140510 296On disait que le Lokomotiv n'avait pas de buteur, mais pendant longtemps, il n'en a même pas eu besoin. Le plus près de ce profil, c'était Jonas Enlund, qui tournait à 17 buts de moyenne depuis quatre ans à Novosibirsk : le Finlandais a été recalé en tribune comme étranger surnuméraire (car le gardien du Kazakhstan, Vitali Kolesnik, était désormais comptabilisé comme étranger), avant de partir pour Saint-Pétersbourg... où il a eu le malheur de se blesser dès son premier match après avoir fait bonne impression.

Sa faiblesse offensive n'a pas empêché le Lokomotiv Yaroslavl de se porter très tôt en tête de la KHL, par une série de 13 victoires en octobre, grâce à une défense de fer. L'entraîneur Aleksei Kudashov fait redescendre ses ailiers très bas dans la zone défensive et empêche tous les tirs en bonne position. Plus qu'à Kolesnik, qui mise sur sa taille, ce système a surtout convenu à Aleksei Murygin. Ce gardien peu spectaculaire, qui bâtit sa réussite sur sa lecture du jeu et son anticipation, a battu tous les records de la KHL dans ce système confortable : une série d'invincibilité de 266 minutes dès le mois de septembre, 13 blanchissages et une incroyable moyenne de 1,13 buts encaissés par match !

Néanmoins, il a manqué deux points au Lokomotiv Yaroslavl pour devancer le CSKA Moscou à la première place de la saison régulière. Deux points qui changent tout : le Loko s'est retrouvé au premier tour contre un SKA Saint-Pétersbourg remis de son début de saison raté. En plus, il devait jouer ces play-offs sans Petri Kontiola, le centre de sa première ligne, de loin la plus efficace avec les ailiers russes Daniil Apalkov et Yegor Averin. Après leur victoire en prolongation au premier match, les joueurs de Yaroslavl ont montré leurs limites offensives. Leur jeu en supériorité numérique, que l'on savait médiocre (19e), les a plombés avec 1 but en 17 occasions. La défense ne suffit pas toujours à gagner les championnats : le Lokomotiv a été éliminé tristement, sans inscrire le moindre but lors de leurs trois dernières rencontres face au SKA.

 

Jokerit Helsinki (10e) : les adieux du professeur

REGIN Peter 100516 521Les Jokerit suivent la récente tradition de l'équipe nationale finlandaise : les changements d'entraîneur s'y prévoient un an à l'avance ! Le contraste est encore plus saisissant avec les clubs russes et leurs dirigeants à l'humeur fluctuante. On savait donc que ce serait la saison d'adieu du "professeur" Erkka Westerlund, avant qu'il ne laisse la main la saison prochaine à un autre ancien sélectionneur national, celui qui a conduit la Finlande au titre de champion du monde 2011 : Jukka Jalonen.

Théoricien auteur d'une centaine d'articles scientifiques sur le hockey finlandais, Westerlund a encore démontré son adaptabilité tactique supérieure à ses collègues russes. Son système se base sur un contrôle de la zone défensive pour ne laisser que des tirs du périmètre, et sur des changements de position constants en zone offensive pour désarçonner les défenses adverses. Le fait d'affronter les Jokerit toute l'année est-il un bon entraînement pour que les hockeyeurs russes apprennent à battre les Finlandais, leur bête noire en équipe nationale ? Apparemment, cela n'a toujours pas suffi...

Le mérite en est sans doute partagé entre Westerlund et le manager Jari Kurri, qui choisit scrupuleusement les joueurs : les Jokerit n'ont pas souffert du départ de leurs vedettes de la saison précédente. Le Danois Philip Larsen a succédé à Gunderson dans le rôle du patron de la défense qui distribue les longues relances. Brandon Kozun a chaussé les patins de Moses, celui du petit ailier au tir précis, avec sans doute plus encore de subtilité technique. La seule erreur de casting a finalement été Mathis Olimb, si brillant en équipe de Norvège, et finalement prêté à Kloten en fin de saison. C'est donc l'ailier finlandais Juhamatti Aaltonen qui a pris sa place en première ligne aux côtés de Kozun et du meneur de jeu danois Peter Regin.

La malchance des Jokerit, vainqueurs de leur division, c'est d'être tombés au premier tour des play-offs sur un adversaire pas si russe dans le style : le Torpedo Nijni Novgorod est encore plus physique qu'eux et n'a rien à leur envier en matière de combativité dans les duels. Les Finlandais ont payé leur tribut aux blessures (Larsen, Ohtamaa, Jormakka, Kapanen) au cours d'une série tendue et intense, qu'ils ont perdue au sixième match.

 

HK Sotchi (11e) : résurrections dans la ville-fantôme

KOSTITSYN Andrei 110505 023Deux ans après les Jeux olympiques, la girouette KHL a les regards braqués vers l'est et a déjà oublié la "conquête du Sud" voulue il y a quelques années. Parce que c'est un fait acquis ? Pas vraiment. Le club de VHL créé à Krasnodar a déjà disparu, et la patinoire olympique du HK Sotchi a le taux de remplissage le plus faible de la ligue (43%). Il faut dire que la station balnéaire de la Mer Noire a parfois des allures de ville-fantôme, surtout l'ancien village olympique. La pérennité du club peut poser question quand les salaires des hockeyeurs sont systématiquement versés avec quelques mois de retard.

Malgré ce contexte difficile, Sotchi, qui n'intéresse plus guère les médias, constitue sans doute la plus belle surprise de cette saison de KHL. L'entraîneur Vyacheslav Butsaev s'est fait une spécialité de réhabiliter les joueurs en disgrâce ailleurs, en prouvant qu'il savait mieux les utiliser : Andrei Kostitsyn, écarté de Nijni Novgorod fin septembre, en est le dernier exemple en date, finissant deuxième marqueur de sa nouvelle équipe derrière le technicien suédois André Pettersson.

La révélation de la saison, c'est surtout Ziyat Paigin : envoyé à Sotchi en octobre par Kazan où il jouait à peine sur la quatrième paire défensive, ce jeune arrière de 1m97 a été immédiatement aligné en powerplay, où son lancer dévastateur a fait des ravages. Auteur de 27 points en 37 parties, le vice-champion du monde junior 2015 a été convoqué en équipe nationale en février.

Le déchaînement offensif de Sotchi dans la seconde moitié de saison régulière lui a donné la quatrième place de toute la KHL... qui était aussi la quatrième place de la Conférence Ouest très relevée. Le premier tour n'avait donc rien d'évident, et cet effectif aux joueurs expérimentés est tombé sur un rare adversaire qui avait encore plus de métier : le Dynamo Moscou. L'équipe de la Mer Noire s'est donc fait balayer en quatre manches.

 

Ak Bars Kazan (12e) : la chute de la maison tatare ?

MOLLER Oscar 150509 898Est-ce une fin de règne pour Ak Bars Kazan ? Les Tatars ont tout simplement connu leur plus mauvaise saison depuis la chute de l'URSS. Ils se sont moyennement placés en cinquième position de la Conférence Est, sans l'avantage de la glace mais avec l'adversaire le plus motivant qui soit : le grand rival, le Salavat Yulaev Ufa, représentant de l'autre république musulmane, les voisins du Bashkortostan. En plus, c'était une confrontation directe entre les deux philosophies opposées des deux derniers sélectionneurs russes, Zinetula Bilyaletdinov pour Kazan et Igor Zakharkin (l'ex-adjoint de Bykov) pour Ufa.

La culture de la passe et de la construction du jeu a d'abord fait pencher la balance en défaveur de Kazan. Même les deux meneurs offensifs habituels, Oscar Möller et Justin Azevedo, semblaient étonnamment incapables de prendre l'initiative. Mené trois victoires à une, Ak Bars est revenu grâce à Vladimir Tkachyov, auteur du but décisif au match 5 à l'extérieur puis d'un triplé au match 6 (remporté sur le score incroyable de 8-0 !). Natif d'Ukraine mais formé à Kazan, le centre Tkachyov est enfin prêt à 22 ans à endosser des responsabilités supérieures.

La panthère blanche semblait donc avoir retrouvé son mordant. Au match décisif, Dmitri Arkhipov, qui avait commencé les play-offs sur le banc avant d'intégrer la quatrième ligne au match 3 et d'y marquer un but, ouvrait le score après 38 secondes sur la glace adverse. Mais 27 secondes plus tard, Enver Lisin - que Kazan n'avait pas su mettre en avant et garder quand il était junior - égalisait pour l'équipe locale. Battus 3-2, les Tatars subissaient leur seconde élimination au premier tour en trlois ans (avec une finale dans l'intervalle).

Le départ des cadres expérimentés n'a clairement pas été digéré : il faudra qu'une nouvelle génération arrive à maturité.

 

Admiral Vladivostok (13e) : à bon port malgré les tempêtes

BARTULIS Oskars 130208 301La saison de l'Admiral Vladivostok en KHL ne s'annonçait pas sous les meilleurs auspices. En octobre, après une sixième défaite consécutive, un lourd 3-8 à domicile contre le Torpedo, le nouvel entraîneur biélorusse Aleksandr Andrievsky avait déjà remis sa démission. Ses dirigeants ont eu l'intelligence de ne pas accepter. Ce n'était pas la faute du coach si cette équipe avait perdu ses meilleurs joueurs vers Khabarovsk à l'intersaison.

Le club n'était pas dans une situation financière réjouissante et n'avait d'ailleurs toujours pas versé toutes les primes contractuellement dues la saison précédente. Pour cela, la KHL l'a interdit de recrutement le 1er novembre. Il était indispensable pour l'Admiral que cette sanction soit levée afin d'aligner la recrue de NHL David Booth, déjà arrivée sur place ! Cet ailier américain devait remplacer avantageusement Pascal Pelletier, le meilleur marqueur du Medvescak qui n'avait pas apporté le travail escompté (0+4 et -9 en 16 parties) et venait d'être écarté. Il a fallu trois semaines pour que l'Admiral règle ses dettes et soit de nouveau autorisé à signer un contrat. Pour y parvenir, il a été nécessaire de se défaire du plus gros salaire du club Niclas Bergfors, "échangé" à Khabarovsk contre un défenseur remplaçant.

L'Admiral a donc passé l'hiver avec comme deux meilleurs marqueurs deux joueurs "à bas coût", récupérés en division inférieure (VHL) ces deux dernières années : Konstantin Makarov et Artyom Podshendyalov. Alors même que tous ses meilleurs joueurs ont été envoyés chez le voisin Khabarovsk, Vladivostok est resté malgré tout le meilleur club d'Extrême-Orient (en attendant la nouvelle concurrence du future équipe chinoise de KHL ?).

En fait, là où d'autres investissent en attaque ou dans les cages, la réussite de l'Admiral doit beaucoup à sa première paire de défenseurs, sélectionnée au All-Star Game : Jonathon Blum, le petit défenseur américain, et le capitaine Oskars Bartulis, l'international letton qui a mis plus de points qu'au cumul de ses trois saisons précédentes en KHL. Ces deux joueurs ont été alignés plus de 25 minutes par match et ont parfaitement tenu leur rôle. C'est sur eux que les dirigeants comptent investir pour continuer à figurer en play-offs.

 

Avtomobilist Ekaterinburg (14e) : l'entraîneur devenu intouchable

KOUKAL Petr 150507 326L'Avtomobilist abordait la saison avec seulement dix joueurs ayant au moins une saison complète de KHL à son actif. Cette équipe inexpérimentée est pourtant partie fort, à l'instar d'Anatoli Golyshev : ce prodige originaire de Perm avait excellé en pré-saison, mais avait vu son début de championnat retardé de deux semaines par une blessure. Il a repris place en première ligne, bénéficiant de l'expérience du centre tchèque Petr Koukal.

La technique et le patinage de Golyshev lui permettent de déborder les défenseurs et de compenser son petit gabarit (172 cm) et en ont fait le meilleur marqueur de l'équipe à seulement 20 ans. S'il veut une preuve que la taille ne fait pas tout, il peut prendre exemple sur son capitaine Aleksei Simakov (167 cm) qui a fait une belle carrière.

Cette jeune équipe avait-elle le métier suffisant pour gérer un long championnat ? Plus l'hiver venait, et plus les résultats se retournaient. L'avance prise en début de saison fondait à vue d'oeil. L'Avtomobilist encaissait mal la fatigue du voyage en Suisse à Noël pour la Coupe Spengler. La qualification était soudain remise en cause, et l'entraîneur Andrei Razin était même suspendu par le président du club Aleksei Bobrov pendant un match. Une décision incompréhensible : ce match a été perdu à domicile contre le faible Severstal (qui n'avait plus gagné dans le temps réglementaire depuis 16 rencontres) !

Razin n'en est revenu que plus conforté à son poste. L'Avtomobilist a alors remporté 10 de ses 12 dernières parties. Il n'a perdu dans cette phase que contre le Metallurg Magnitogorsk, ce qui a donné lieu à la fameuse saillie verbale de Razin contre "l'arbitre gay". L'adversaire au premier tour des play-offs est justement le rival ouralien Magnitka. Ekaterinbourg l'a poussé dans ses retranchements en égalisant à deux manches partout grâce à 2 buts et 1 assist du défenseur Aleksei Vassilievski (frère du gardien de Tampa Bay) puis en menant encore deux tiers-temps au match 6 avant de s'incliner, non sans un dernier "merci" plein de venin de Razin aux arbitres.

Quels qu'aient été ses emportements en conférence de presse, Razin s'est rendu intouchable dès sa première année à ce niveau. Il a fait progresser tous ses joueurs, non seulement le talent Golyshev mais aussi ceux que personne s'attendait. À 24 ans, le centre Aleksandr Torchenyuk n'avait jamais joué en KHL et a fini à 27 points. Le gardien Igor Ustinskov a supplanté l'international tchèque Jakub Kovar comme numéro 1 en fin de saison. Quant à Nikita Tryamkin, ce grand défenseur de deux mètres s'est vu doter d'un temps de glace important en play-offs, et sitôt l'Avtomobilist éliminé... il est parti chez les Vancouver Canucks, pour finir la saison comme titulaire en NHL.

 

Slovan Bratislava (15e) : Riha s'installe

VISNOVSKY Lubomir 050502 484Le Slovan Bratislava a tout lieu d'être satisfait de son bilan quand on sait que son avenir en KHL paraissait incertain et qu'il a fait partie des clubs interdits de recrutement au 1er novembre pour non-paiement des salaires antérieurs. Le club slovaque a en effet atteint les play-offs grâce à une belle résurgence en fin de saison de sa deuxième ligne Ziga Jeglic - Rok Ticar - Andrej Stastny. Face au CSKA Moscou, il n'avait aucune chance et s'est fait logiquement éliminer en quatre manches sèches.

Le seul regret du Slovan Bratislava est que la KHL ait commencé dès le mois d'août quand les Slovaques sont encore en vacances : les tribunes clairsemées des premières rencontres l'ont fait tomber à la onzième place des affluences européennes, alors qu'il tenait à son classement dans le top-10.

Le retour de l'entraîneur Milos Riha a été réussite : il a obtenu de bons résultats, il a bien travaillé avec les jeunes, et comme souvent ce coach émotionnel a été adoré du public. Lors de ses deux précédents passages au club, il avait immédiatement obtenu le titre de champion de Slovaquie et était reparti aussitôt après. Cette fois il s'est installé dans la durée et a resigné pour deux ans.

Le challenge ne sera toujours pas simple. Même si le Slovan a fait tous les efforts pour garder au moins son premier gardien Barry Brust, il ne peut toujours pas concurrencer les salaires de KHL. Ses trois meilleurs marqueurs vont donc tous partir à la concurrence : le meneur offensif Lukas Kaspar, auteur d'une grande saison qui l'a ramené en équipe nationale tchèque, le défenseur offensif Cam Barker et le centre slovène Rok Ticar. De plus, le champion du monde 2002 Lubomir Visnovsky, qui aura peu joué pour son grand retour en raison de problèmes chroniques de dos, prend sa retraite et tiendra son jubilé en août.

 

Neftekhimik Nijnekamsk (16e) : Krikunov tire sa révérence

RYASENSKI Yevgeni 120520 377Ancien entraîneur national du Bélarus, de la Russie et du Kazakhstan, Vladimir Krikunov a mis un terme à sa carrière à 65 ans sur ce que l'on peut qualifier de dernier succès. On lui fera la grâce de lui accorder qu'il a ramené le Neftekhimik en play-offs (comme à ses trois passages précédents), même si en pratique, il a été démis de son poste en janvier - pour devenir vice-président du club - alors que l'équipe était neuvième, 2 points en dessous de la barre de qualification. C'est son adjoint Evgeni Popikhin qui a pris la suite et terminé le travail.

Krikunov a amélioré le jeu défensif. La troisième saison en KHL du gardien Aleksandr Sudnitsin - dont le style de jeu hybride combine lecture du jeu et réflexes - a été la meilleure. Le Lokomotiv s'en est aperçu et s'est adjugé ses futurs services. En revanche, le défenseur le plus connu, l'ex-international Evgeni Ryasenski, a été présomptueux en voulant partir au cours de l'automne dernier. Il a annoncé qu'il quittait le club, a beaucoup négocié... et est revenu un mois plus tard parce qu'il n'a pas trouvé d'autre employeur.

Malheureusement, l'attaque n'a pas connu le même succès. Le capitaine Maksim Rybin menait largement la KHL en septembre au nombre de mises en échec, mais il a ensuite décliné à 35 ans et s'est blessé en fin de saison. Le meneur offensif habituel, Yegor Milovzorov, a donné l'impression de s'endormir sur ses lauriers, ou plutôt sur son nouveau contrat de 3 ans signé pendant l'été. Envoyé en équipe-ferme pour réfléchir début décembre, il n'a pas fait mieux et était bien en dessous de son niveau passé.

Le meilleur marqueur - trop seul - aura été Mikhail Zhukov (formé en Suède om son père s'était installé à la chute de l'URSS) : il a inscrit 36 points alors que son record était à 23. Mais quand un joueur réussit à Nijnekamsk, il finit toujours par bifurquer vers le "grand frère" tatar, Kazan : Zhukov connaît bien puisqu'il y avait été deux fois champion dans ses jeunes années, avec un rôle limité en quatrième ligne.