Bilan de KHL 2015/16 (fin) : équipes classées de 1 à 8

Les capacités d'adaptation de Radulov et la déchéance de Kovalchuk sont au menu de cet dernière partie du bilan de KHL, consacrée aux huit meilleures équipes.

 

Metallurg Magnitogorsk (1er) : sur les traces de son père

KOVAR Jan 140509 565En 2006/07, après la démission de Dave King fin septembre, le Metallurg Magnitogorsk avait promu son adjoint Fyodor Kanareikin à sa place et avait aussitôt remporté le titre. Le président Viktor Rashnikov avait peut-être ce souvenir en tête lorsqu'il a démis Mike Keenan de ses fonctions le 17 octobre. L'entraîneur canadien a pâti d'un début de saison moyen, pas aidé par les mauvais buts encaissés sur des lancers bien visibles par son gardien Vassili Koshechkin. Après quatre années d'apprentissage, l'assistant-coach Ilya Vorobiev devait initiamement prendre le relais en fin de saison. La passation a donc eu lieu plus tôt que prévu... et l'histoire s'est répétée neuf ans plus tard !

La mission de Vorobiev était de rendre "Magnitka" moins dépendant de sa première ligne Mozyakin-Kovar-Zaripov qui ne sera pas éternelle. On l'a vu au début des play-offs où Danis Zaripov semblait en dessous de son niveau. Le Metallurg a été malmené dans le derby contre Ekaterinbourg dès le premier tour, mais la deuxième ligne 100% étrangère Oskar Osala - Tomas Filippi - Wojtek Wolski est venue à la rescousse. Le géant finlandais Osala comptait déjà 3 buts et 2 assists quand il s'est blessé malencontreusement au quatrième match (un joueur est retombé sur sa jambe) et il n'est revenu que pour la finale.

Magnitogorsk a donc su diversifier ses ressources offensives. Il disposait aussi en la matière d'un joker de luxe, Aleksandr Syomin, engagé 100 millions de roubles (1,4 millions d'euros) pour une demi-saison après son éviction de Montréal en NHL. Ami du nouvel entraîneur-adjoint Viktor Kozlov et donc mis en confiance, Syomin s'est investi y compris défensivement, même s'il manque désormais de vitesse de jeu. In fine, le joueur décisif a quand même été Sergei Mozyakin, star incontestée de la saison. Sachant patiner dans les espaces pour bénéficier du travail de Jan Kovar, l'ailier russe a marqué le 9e but en prolongation de sa carrière en KHL lors du cinquième match si important de la finale.

Ilya Vorobiev est donc devenu entraîneur champion de Russie, marchant ainsi sur les traces de son père (champion en 1997 avec Yaroslavl). Piotr Vorobiev avait bâti ses succès sur une défense à outrance, son fils a hérité de certaines capacités en la matière pour faire gagner une équipe offensivement talentueuse. Le gardien Koshechkin et la défense, menée par le gros temps de jeu de Chris Lee, ont réussi de solides play-offs. Aleksei Bereglazov en a été la révélation à 21 ans : Magnitogorsk prouve une fois de plus sa double capacité à former des jeunes et à gagner !

 

CSKA Moscou (2e) : Radulov s'adapte à tous

RADULOV Alexander 130505 464Le CSKA fut longtemps le symbole du hockey soviétique, et de ce jeu de passes patiemment construit par un travail commun de lignes qui ne se quittaient jamais. Le style avec lequel il domine la saison régulière depuis deux ans en est presque l'antithèse. L'entraîneur Dmitri Kvartalnov demande à ses joueurs d'envoyer le palet au fond et de mettre la pression sur les défenseurs. Ce type de tâche convient parfaitement au néo-international Ivan Telegin, révélation du championnat du monde et prolongé de 3 ans alors qu'il n'avait mis que 9 points en saison régulière.

Quant aux lignes immuables du CSKA, on peut difficilement s'en éloigner plus. Lors des play-offs, Kvartalnov a utilisé 23 combinaisons différentes (!) de ses deux premières lignes offensives. Beaucoup de possibilités, mais toujours un leader : Aleksandr Radulov. La saison précédente, il jouait le plus souvent avec Stéphane Da Costa et Grigorenko, mais ce dernier est parti à Ufa et le Français a été souvent blessé. Radulov a changé de partenaires toutes les semaines. Et il n'a jamais paru aussi dévoué, agressif mais discipliné. Il a même endossé la responsabilité de l'échec en finale - que personne n'aurait songé à lui attribuer - en assumant son -3 au septième match.

Le seul qui ne bougeait plus dans le système du CSKA, c'est le gardien. Alors qu'on craignait pour Ilya Sorokin qu'il soit bloqué dans son développement et cantonné à un rôle de numéro 3, le jeune portier de 20 ans a pris le dessus sur ses collègues Stanislav Galimov et Viktor Fasth et est devenu le meilleur gardien de la KHL avec d'impressionnantes statistiques à 95% d'arrêts. Le fait d'avoir Fasth ou non sur le banc ajoutait aussi une alternative sur la gestion des étrangers. Le meilleur exemple de cette rotation, c'est Geoff Platt, en tribune au premier match de la finale de Conférence ouest contre le SKA Saint-Pétersbourg, puis revenu encore plus fort avec un doublé au match 2, un but décisif pour débloquer un score encore vierge en troisième prolongation du match 3 (!) et... une expulsion au match 4 - pour un vilain coup de genou au visage de Shipachyov à terre - qui lui a fait manquer la majorité de la finale.

Si le CSKA a donc pris sa revanche sur le SKA, il lui manque toujours la Coupe Gagarine. Il est donc loin du palmarès de son homologue de l'époque soviétique. La finale se sera jouée à peu de choses : aura-t-il encore l'occasion d'en rejouer une ? La NHL va lui prendre trois joueurs : son symbole Radulov, son meilleur défenseur Nikita Zaitsev et - plus étonnamment - Roman Lyubimov. Lors du camp de présaison 2015, ce joueur était placé à l'aile de la cinquième ligne d'entraînement, et on lui a fait comprendre qu'il ne pourrait être titulaire que s'il se reconvertissait au poste de centre. En deux ans, cette polyvalence lui a fait intégrer l'équipe nationale (à l'aile), mais ce joueur plafonnant à 14 points en saison régulière de KHL trouvera-t-il sa place outre-Atlantique ?

 

Salavat Yulaev Ufa (3e) : le jeu spectaculaire résiste à l'épreuve de force

OMARK Linus 160519 1506Igor Zakharkin, l'ancien adjoint de moins en moins discret de Bykov, a enfin pu coudre ses premiers galons d'entraîneur en chef. Après un mois de championnat, il a transformé une équipe d'Ufa mal en point, d'un coup de baguette magique. Plutôt une baguette psychologique, à vrai dire. A contrario de l'autoritarisme russe, Zakharkin est convaincu qu'un coach peut se permettre d'être sociable et même de parler normalement à ses joueurs. Il défend le droit à l'erreur, ce qui a donné confiance à une équipe jusqu'ici mentalement fragile et paralysée par la peur.

La peur, le Salavat s'est chargeé de la mettre sur l'équipe d'en face par divers moyens. Sans palet, les ailiers ont pressé les défenseurs adverses pour réduire leurs solutions. Dès la récupération du palet, le jeu de transition était redoutable de rapidité, avec la participation de quatre joueurs dont un des deux défenseurs. En phase offensive, les hommes de Zakharkin ont utilisé des triangles en mouvement constant qui libérait toujours des angles libres pour le porteur du palet et de bonnes positions de tir. Autant d'atouts qui pouvaient mettre l'adversaire en danger, donc à la faute. Le Salavat pratiquait ainsi le jeu le plus spectaculaire de la ligue.

À chaque réorganisation, ses gagnants et ses perdants. Pendant que le défenseur offensif Kirill Koltsov (vainqueur de la KHL en 2011 avec Bykov et Zakharkin aux commandes) se faisait évincer de l'équipe, la nouvelle première paire d'arrières était constituée de l'international finlandais Sami Lepistö et de l'inattendu Aleksandr Loginov, devenu soudain à 28 ans une clé de voûte du jeu de puissance.

Dans le même temps, le centre suédois Andreas Engqvist a été extirpé de la quatrième ligne où il croupissait, pour compléter parfaitement Omark et Grigorenko sur le premier trio. Forcément, cela implique qu'un autre hockeyeur a dû faire le voyage inverse : Nikolaï Prokhorkin, de premier centre, se retrouvait ailier de la quatrième ligne ! Zakharkin a néanmoins su le maintenir impliqué avec suffisamment de temps de jeu, y compris dans les unités spéciales.

Un vrai collectif s'est donc formé, et il s'est sorti d'une épreuve de force : mené deux fois 3 victoires à 1 par Kazan puis par Omsk, il a remporté chacune de ses séries au septième match. Zakharkin, se plaignant que son équipe était trop académique, a alors fait appel à leur hargne pour être les premiers sur le palet et mettre du trafic devant la cage. Contre l'Avangard, le Salavat Yulaev n'a ouvert le score qu'une seule fois dans la série, et il s'est pourtant qualifié : jamais une équipe au système défensif n'aurait réussi un pareil exploit. 14 matches de play-offs en 28 jours, cela marque un homme ! Surtout quand il faut enchaîner avec une finale de conférence contre Magnitogorsk...

Cette démonstration d'endurance a aussi changé le regard sur le magicien suédois Linus Omark, qui avait la réputation de s'éteindre dans les grands rendez-vous. Il est certes un joueur d'instinct, parfois trop spontané, mais sa passion et sa volonté ne peuvent plus être remises en cause. Malheureusement, Omark a perdu ses deux compagnons de ligne face à Magnitogorsk. Engvist a subi une commotion cérébrale au premier match, remplacé par le vétéran Sergei Soïn qui a amené sa science du jeu. Puis c'est Igor Grigorenko qui s'est blessé : le capitaine a repris le jeu sous infiltrations et a été qualifié de "héros" aux yeux de son entraîneur. L'héroïsme n'a pas suffi à réussir une troisième remontée fantastique, mais Ufa a marqué les esprits.

 

SKA Saint-Pétersbourg (4e) : recrutement tardif et mal équilibré

KOVALCHUK Ilya 150517 1081Le début de saison du SKA était un peu la chronique d'un désastre annoncé. Passer du duo Bykov-Zakharkin à Andrei Nazarov, c'est un peu comme passer d'un professeur d'université très pédagogue à un officier de l'armée : le changement de méthode éducative est un peu trop brutal. D'autant plus quand la matière à enseigner n'était plus la même : la force devenait la priorité, et non plus le mouvement. Le champion s'est donc vite traîné au classement.

En octobre, Nazarov a donc été viré, et Sergei Zubov, déjà adjoint l'an passé, obtenait sa première mission comme entraîneur en chef. L'ancien défenseur offensif des Dallas Stars était l'idole de jeunesse de Vyacheslav Voïnov. Sa présence était donc un argument fort supplémentaire (en plus d'autres arguments sonnants et trébuchants) pour faire venir à Saint-Pétersbourg l'arrière de Chelyabinsk, expulsé du territoire américain pour violences conjugales mais resté très convoité en Russie.

Les renforts que le SKA n'avait pas achetés durant l'été (ce qui rendait aussi la situation impossible pour Nazarov), il les a en effet acquis en cours de saison. Comme le gardien champion Mikko Koskinen était l'ombre de lui-même, il a engagé un entraîneur des gardiens supplémentaire, Jari Kaarela, en plus de son coach personnel Marko Torenius, et de l'ancien gardien Maksim Sokolov qui a alors quitté le banc pour une fonction d'observateur en tribune.

Staff pléthorique, donc, mais aussi attaque densifiée. On sait qu'Artemi Panarin - devenu neuvième marqueur de NHL dès sa première année pour bien se rendre compte de son niveau - n'avait pas été remplacé. C'est un joueur de quatrième ligne, Anton Burdasov, qui avait pris sa place sur le "trio magique" avec Vadim Shipachyov et Evgeni Dadonov. Effet immédiat : Burdasov faisait parler sa puissance pour être le meilleur marqueur du SKA en début de saison. Néanmoins, cette ligne ne récitait plus son hockey comme l'an passé.

On a donc fait venir Nikita Gusev, moins physique mais plus technique, capable de comprendre les combinaisons de Shipachyov et Dadonov. Burdasov, quant à lui, a finalement été échangé à Omsk - avec le centre défensif Khokhryakov - contre Shirokov. L'ancien petit génie des Jokerit, Steve Moses, a aussi été embauché pour reformer un trio étranger (avec Jarno Koskiranta et Joakim Lindström) capable de soulager la première ligne. Gusev, Moses, Shirokov et le jeune Pavel Buchnevich : toutes ces recrues ont pour point commun de jouer à l'aile. Le SKA gardait un déficit au centre, poste où le double champion du monde Sergei Shirokov a été obligé de jouer, alors que c'est fondamentalement un ailier.

Ce fait est important pour expliquer le "cas Kovalchuk" qui a secoué toute la Russie lors des play-offs. Ilya Kovalchuk avait largement fait illusion en saison régulière : plus gros temps de jeu parmi les attaquants (y compris parce qu'il tarde souvent à rejoindre le banc pour les changements...), il avait terminé deuxième marqueur du SKA, essentiellement grâce aux avantages numériques. Mais ses palets bêtement perdus avaient déjà terni son bilan. Son premier match de play-offs contre le Lokomotiv fut une catastrophe : 24 minutes de temps de jeu pour un seul tir cadré... et deux buts encaissés quand il était sur la glace. Il fut écarté une première fois de l'équipe, avant d'avoir sa chance au tour suivant et de perdre définitivement sa place. Le joueur le plus connu de la KHL, capitaine de l'équipe nationale, était devenu un attaquant superflu dans son club, à seulement 32 ans.

Le SKA Saint-Pétersbourg était porté uniquement par sa première ligne Gusev-Shipachyov-Dadonov, qui a battu le Dynamo Moscou pour ainsi dire à elle seule. En deux tours, 16 des 27 buts du SKA avaient été marqués en supériorité numérique. Le schéma de jeu était resté le même qu'avec Panarin : Dadonov dans l'enclave, et ses deux collègues en fond de zone pour des passes transversales redoutables. Le défaut venait plutôt du manque de soutien et de force de frappe des défenseurs. En finale de conférence, le CSKA Moscou a compris d'où (ne) venait (pas) le danger et s'est adapté. Il n'a encaissé qu'un but en infériorité, de la part de la seconde unité spéciale, et a totalement neutralisé le premier trio, maintenu à zéro point sur la série... avant d'éclater de nouveau au championnat du monde (avec Panarin).

 

Avangard Omsk (5e) : querelles familiales

ERAT Martin 150507 239L'Avangard Omsk tenait à cultiver une image de club familial qui prenait un soin particulier de ses joueurs. Cette image ne résiste cependant pas à l'examen du cas Sergei Kalinin : le capitaine du club, dont la terrible blessure avait choqué la Russie lors des derniers play-offs, s'était vu proposer un contrat avec un salaire réduit de moitié. Un manque de gratitute mais aussi de confiance. Kalinin pouvait gagner plus ailleurs : lui qui n'avait jamais quitté son club a fait son trou en NHL chez les New York Rangers. Tout n'était donc pas si merveilleux dans le vestiaire d'Omsk : un autre enfant du pays, le défenseur Nikita Pivtsakin, avait également décidé de partir, et l'Avangard a su en tirer un très bon prix - pas loin du million d'euros - en cédant ses droits au CSKA.

Le début de saison n'a pas non plus été très tranquille. L'entraîneur local Evgeni Kornoukhov devait assurer une atmosphère de confiance, mais il s'est vite rendu compte que ce n'était pas si simple. Il avait refusé en mai les assistants qui lui avaient été proposés (Yakovenko et Panov) pour choisir un staff (Shakhvorotsov et Mukhin) avec lequel il pensait partager une approche commune de l'entraînement et du jeu. En pratique, des dissensions n'ont pas manqué d'apparaître, et les adjoints ont donc tous été virés en octobre pour revenir aux adjoints initialement envisagés par le manager Shalaev. Un peu avant, un signe avant-coureur avait été visible quand Denis Kulyash avait perdu son capitanat au profit de Sobotka.

Vladimir Sobotka était de toute façon l'indiscutable leader des Sibériens dans le jeu, présent dans toutes les situations de jeu et dans les duels. Il était d'autant mieux installé que l'on avait recruté à ses côtés son ami Martin Erat, formé comme lui à Trebic : ce vétéran aux 13 saisons de NHL n'a plus la vitesse de ses jeunes années mais a gardé une bonne intelligence de jeu. L'Avangard est d'ailleurs devenu une équipe "très tchèque" puisque ses meilleurs éléments ont souvent été le gardien Dominik Furch et le défenseur Michal Kempný, qui ont pu percer en équipe nationale grâce à leurs solides premières saisons en KHL.

Malheureusement, Sobotka a une fragilité connue, il se blesse fréquemment. Et comme l'an passé, c'est arrivé au plus mauvais moment, au début des play-offs. L'Avangard n'a jamais réussi à retrouver le bon équilibre sans son centre-clé, et il s'est fait éliminer au deuxième tour par le Salavat Yulaev Ufa.

 

Dynamo Moscou (6e) : le déménagement ne rend pas plus riche

NIKULIN Ilya 130504 331En emménageant dans la VTB-Arena du Parc des légendes, construite pour les championnats du monde, le Dynamo Moscou a matière à entrer dans une nouvelle ère. Même sans remplir sa nouvelle salle, le club de hockey a assemblé plus de 7000 spectateurs et dépassé pour la première fois l'affluence de son homologue, le Dynamo du football. Pour autant, sa situation financière est toujours aussi précaire. Les salaires automnaux n'ont été payés qu'en décembre, grâce à l'aide gracieuse de l'ex-président Arkadi Rotenberg, sans toutefois s'impliquer plus avant puisqu'il est aujourd'hui au conseil d'administration de la KHL.

Ce mois de décembre a d'ailleurs été très mouvementé. Le vice-président Mikhaïl Tyurkin, en conflit de pouvoir avec le directeur général Andrei Safronov, a été promptement retiré de l'organigramme après des déclarations considérées comme déplacées dans la presse. C'est ensuite l'entraîneur Harijs Vitolins qui a été sacrifié, lui qui assistait Znarok lors des deux titres de champion de 2012 et 2013. Le Letton a déclaré ne ressentir aucune honte quant au jeu pratiqué par son équipe, compte tenu des joueurs à l'infirmerie. Il est vrai que le gardien-expert Aleksandr Eryomenko, blessé fin août, n'a commencé sa saison qu'en novembre.

L'ancien coach des juniors Sergei Oreshkin a pris la succession pour la fin de saison. Il faut dire que le Dynamo, double vainqueur de la Coupe Gagarine grâce à un collectif d'expérience, a aujourd'hui été bien rajeuni. C'est pour cela qu'il a tendu la main mi-septembre à Ilya Nikulin - qui avait quitté le Dynamo champion en 2005 dans la "rafle" (sept joueurs) opérée par Kazan pour bâtir sa dynastie. Ancien capitaine de l'équipe de Russie, Nikulin n'y a plus été appelé depuis les JO de Sotchi et était très critiqué depuis deux ans. Il a pu se relancer au Dynamo en se concentrant sur ses tâches défensives : on l'attendait moins dans un rôle de meneur car la première paire Robinson-Hietanen était déjà très au point. Mat Robinson n'est pas qu'un défenseur offensif : il donne beaucoup de mises en échec, gagne ses duels et bloque les tirs. Il est sans aucun doute le meilleur joueur du Dynamo.

Mais si la défense est le point fort du Dynamo, l'attaque n'a toujours pas de leaders. Les joueurs techniques recrutés au fil de la saison (Filatov, Kaigodorov, Petruzalek) ne sont jamais restés très longtemps et posent la question de la cohérence du recrutement. Comme le meilleur marqueur, l'international letton Martins Karsums, s'était blessé début décembre, on sentait bien que l'offensive serait limitée. Le Dynamo a certes mené 2 victoires à 1 contre le SKA Saint-Pétersbourg au deuxième tour des play-offs... mais n'a marqué qu'un but au total lors des trois rencontres suivantes !

 

Sibir Novosibirsk (7e) : le miracle sibérien

SALAK Alexander 140509 474Le miracle continue à Novosibirsk, où le travail de Kirill Fastovsky récolte de plus en plus de louanges. Ancien manager du CSKA Moscou pendant neuf ans à l'époque où ce club n'avait pas encore d'argent, il s'occupe depuis six ans du Sibir et ne cesse de le faire progresser. Depuis deux ans que l'entraîneur biélorusse Andrei Skabelka est en place, les Sibériens se mêlent même au haut du classement.

Forcément, les meilleurs joueurs sont convoités, et c'est un tour de force de les garder avecun budget limité. Le manager s'était battu pour convaincre Dmitri Monya - révélé depuis deux ans avec 23 puis 35 points - de ne pas retourner dans sa ville natale Moscou, mais l'ailier technique n'était plus que l'ombre de lui-même avant même de se blesser. Il a fini la saison en République Tchèque, les transferts étant clos en Russie quand il a été écarté. C'est cependant la seule fausse note d'un recrutement réussi.

Le club a appris en particulier à gérer ses étrangers, forcément déboussolés en pleine Sibérie. Tomas Vincour est arrivé hors de forme et en surpoids, mais a été bien encadré par son compatriote Salak pour se préparer. Il était encore plus important de rassurer les étrangers quand un vice-gouverneur de la région (qui n'est plus en poste à ce jour) a annoncé début janvier qu'on lui avait demandé d'arrêter le financement du sport professionnel.

On annonçait alors que le Sibir allait être dépouillé de ses meilleurs joueurs. Ce n'est pas le cas, puisque la meilleure ligne - 100% russe - sera conservée intégralement. Deux joueurs formés au Traktor Chelyabinsk, l'ailier Sergei Shumakov (vif dans les duels et doté d'un tir redoputable) et le centre Maksim Shalunov (ancien espoir qui s'était un peu perdu), y ont côtoyé le local Stepan Sannikov, invité-surprise aux championnats du monde pour la Russie, où il a été à vrai dire le joueur le plus transparent. Conservés aussi, les gros gabarits de Vitali Menshikov et Maksim Ignatovich, deux défenseurs qui ont même été testés en équipe de Russie. Novosibirsk est le lieu idéal pour que les jeunes joueurs mûrissent et franchissent un palier entre 23 et 25 ans.

Pour la troisième année consécutive, le Sibir a rencontré au niveau des quarts de finale le Metallurg Magnitogorsk. Ils avaient gagné une série chacune, et la "belle" est revenue aux Ouraliens, futurs champions. Le Sibir a mal digéré sa défaite au quatrième match, sur un but en prolongation qu'il estimait entaché d'un surnombre. Le colérique gardien tchèque Alexander Salak - qui venait de prolonger son contrat après avoir annoncé dix jours plus tôt qu'il ne voulait plus jouer en KHL à la suite d'une attente interminable à l'aéroport de Vladivostok - a alors attaqué crosse en avant un juge de ligne, ce qui lui a valu 5 matches de suspension (dont 4 pour commencer la prochaine saison...).

 

Torpedo Nijni Novgorod (8e) : le sens du sacrifice s'impose à tous

DAUGAVINS Kaspars 100508 284Peteris Skudra est un entraîneur au caractère chaud, qui s'emporte souvent dans le feu de l'action, et qui critique individuellement ses joueurs plus qu'il ne le faudrait. Mais on ne peut nier qu'il porte un message sans équivoque et fait travailler tous ses hommes de la même façon.

Aucun préjugé, y compris dans le recrutement. Les joueurs réputés en fin de course (Aleksandr Frolov) ou réputés à problèmes (Nikolai Zherdev), Skudra les prend comme les autres, et leur tient le même discours. Comme tout le monde, à pied d'égalité, ils devront entrer dans le système, lutter physiquement dans les bandes, et se jeter devant les lancers.

Le résultat, c'est quatre lignes très équilibrées dans lesquelles le danger peut venir de partout. L'international letton Kaspars Daugavins n'est pas dépaysé, il a fini meilleur marqueur comme il l'était déjà au Dynamo qui a un profil similaire. En luttant sur chaque palet, le Torpedo a réussi à éliminer les Jokerit dans une magnifique bataille en sept manches, avant de céder avec les honneurs contre la tête de série numéro 1, le CSKA Moscou.

En plus, un jeune joueur formé au club a été élu meilleur espoir de la saison : Artyom Alyayev, un défenseur de seulement 173 cm qui a signé 23 points pour sa première saison complète de KHL à 20 ans.