Kazakhstan - Norvège (Qualification JO 2018, groupe F)

Si la patinoire sonnait creux pour France-Italie, elle s'avère logiquement mieux garnie ce soir pour ce Kazakhstan-Norvège. Les sièges vides restent cependant nombreux en ce milieu de semaine. Le pays organisateur se positionne en favori du tournoi, après une préparation marquée par l'efficacité offensive

En face, le Kazakhstan s'appuie généralement sur une formation défensive, habile en contre-attaque. Le bouillant entraîneur Nazarov devra veiller à conserver une équipe disciplinée. On attendait Ryspayev, mais l'attaquant suspendu à vie par la KHL pour les incidents contre le Red Star Kunlun de Damien Fleury n’apparaît finalement pas dans les feuilles de match. Le Kazakhstan ne compte donc que dix-neuf joueurs, contre vingt aux trois autres formations. Il reste donc une place, pour l'un des sept autres joueurs emmené en voyage, Ryspayev compris...

Kolesnik tient bon

IMG 8815 duel

La Norvège entame pied au plancher et campe dans la zone adverse, obtenant rapidement ses premières occasions, dont un tir de Bastiansen en guise d'avertissement pour Kolesnik. Une pénalité kazakh n'arrange pas les choses pour les joueurs de Nazarov. Zuccarello, un genou sur la glace, chauffe ainsi la botte du gardien.
Après ce début en fanfare, la partie s'équilibre. Alexander Shin voit même son centre dévié et il faut une intervention de Haugen pour repousser le danger. Malgré tout, le portier doit procéder à quelques étirements au bout de huit minutes assez tranquilles.
La Norvège repart au combat sous l'impulsion de Rosseli Olsen, très actif autour de la cage. Chaque tir, même hors cadre, suscite les « oooh » d'un public relativement passif par ailleurs. Domination territoriale, physique même, sans pour autant percer le coffre-fort verrouillé par les joueurs d'Asie Centrale... Zuccarello s'y emploie en décalant Espeland, qui cherche Thoresen devant le but. Un joli jeu à une touche de palet, qui ne surprend pas Kolesnik. Puis, Sveum tente sa chance de loin et le rebond, saisi du bout de la crosse, est bloqué avant la ligne. Il y a toujours un pied, une crosse, un corps en opposition. Du coup, le score reste bloqué à 0-0 après vingt minutes dans le camp kazakh.

Scénario catastrophe pour la Norvège

IMG 8827 MiseEchecÀ la reprise, Kushin lance les hostilités d'un tir au cercle mal maîtrisé par Haugen. Pire, Nigel Dawes déborde à droite et pousse Holøs à la faute : deux minutes logiques, vite exploitées. Rymanev file derrière le but et feinte bien son monde en servant en retrait Starchenko. Haugen a mordu en suivant le passeur, et le premier poteau est libre (1-0).
Vexés, les Norvégiens partent à l'abordage. Ødegaard, Rosseli Olsen échouent sur Kolesnik, deux tirs filent hors cadre, et Ken Andre Olimb termine par un nouveau tir côté mitaine : cinq actions en quelques secondes, qui témoignent de l'accélération des joueurs de Petter Thoresen. Son fils Patrick, lancé par Zuccarello sur l'aile gauche, continue le travail de sape avec un lancer ligne de fond capté de la mitaine par le gardien du Barys Astana. Finalement, la Norvège se dit que le but kazakh était bien joli. Et ré-emploie donc la même méthode, Bastiansen filant derrière la cage, et donnant en retrait, entre ses jambes, à Zuccarello. L'attaquant des Rangers exploite le premier poteau déserté par Kolesnik, qui avait suivi Bastiansen (1-1).
IMG 8828 Rosseli IvanovIntenable, le feu follet part en tour de cage et sert Holøs qui reprend de volée. Kolesnik laisse un rebond, chassé par Thoresen et Bastiansen, bien défendus par Dallman. Sur l'engagement, Rymarev file en échappée et se présente seul devant Haugen, sans parvenir à glisser la rondelle entre les jambes. Avertissement sans frais, tout comme le slalom de Pushkaryov dont le tir percute le métal et fait passer un frisson dans les travées... Et l'avertissement ne suffit pas. Une mise au jeu gagnée revient sur Dallman, qui lance un tir flottant mi-hauteur à travers une forêt de joueurs. Le palet est sans doute dévié avant de finir dans la lucarne d'un Haugen médusé (2-1).
Sonnés, les Norvégiens peinent à réagir. Martinsen envoie un tir ligne de fond et trouve le poteau à son tour, dans cet angle très fermé. Une action timide, et un public abasourdi lorsque Holøs est pris de vitesse par Starchenko. Le capitaine kazakh déniche un trou de souris au premier poteau, mal couvert par Haugen (3-1). Le jeu de transition rapide des hommes de Nazarov fait merveille ce soir.
Le public reprend espoir lorsque Dallman fait trébucher Kristiansen dans le coin. À un de plus, les Ours norvégiens s'installent et Zuccarello teste Kolesnik à bout portant, puis de loin, tout comme Holøs. Le portier sacrifie même son masque sur un lancer de Ken Andre Olimb. Le duo Bochenski-Dawes provoque encore des sueurs froides dans la défense, avant que l'ancien Senator d'Ottawa Bochenski ne soit sanctionné. Kolesnik reste dans son match. Il sort un tir de Thoresen et un de Zuccarello, mais n'est guère menacé par la suite, l'attaque norvégienne perdant trop de palets sur des mauvaises passes.

IMG 8830 faceoff

Un final improbable

Deux buts de retard, et une reprise timide de la Norvège, qui tente de prendre le jeu à son compte. Savchenko puni pour deux minutes, l'occasion d'enflammer la partie se présente. Kolesnik signe encore deux arrêts mais s'écroule sur la glace, visiblement blessé. Malgin entre en jeu et remplace son coéquipier, incapable de lever le pied pour monter la petite marche conduisant à son banc...
Ce fait de jeu a bien cassé le rythme de la partie, où seuls les éclairs de Zuccarello montrent le chemin à la Norvège. Le tir de l'ailier des Rangers vient encore menacer Malgin et son poteau. Un métal qui tinte à nouveau de l'autre côté. Pushkaryov s'infiltre plein axe dans le dos de la défense, servi superbement par Shin. Seul devant le gardien, Pushkaryov glisse le disque entre les jambières mais le poteau sauve la Norvège.
IMG 8837 Zuccarello tir1L'agacement se fait sentir. Mathis Olimb, frustré, accroche inutilement un défenseur et prend deux minutes. Sur l'engagement, Tollefsen brise une crosse adverse et concède un trois contre cinq pendant presque deux minutes. Il faut attendre les dernières secondes pour voir du danger, lorsque le centre de Rymarev à travers l'enclave finit dans la mitaine de Haugen.
Une séquence défensive pour remettre la Norvège dans le bon sens ? Pas vraiment ! Les joueurs cherchent trop la décision arbitrale et chauffent la défense, incapables de trouver la clé. Les tirs sont bloqués, les défenseurs n'ont pas de ligne dégagée. Thoresen sort son gardien juste après avoir posé son temps mort. La tactique fonctionne à 1'17 de la fin. Zuccarello reçoit le palet le long de la bande et sert Holøs plein axe. Le tir puissant du défenseur traverse le trafic et s'écrase au fond des filets (3-2). À vingt secondes de la sirène, Thoresen subit une lourde charge le long de la bande et Kuchin prend une pénalité. Dix secondes plus tard, Zuccarello envoie le disque dans l'enclave vers Bastiansen, qui dévie magnifiquement et égalise sous les vivats de la foule, soudain réveillée (3-3). La Norvège s'en sort miraculeusement et arrache la prolongation !

Le public semble rassuré, mais il reste la prolongation à jouer. Les frères Olimb lancent la première banderille, mais Mathis, servi seul devant la cage, patiente trop, finit derrière le but et perd le palet. Le Kazakhstan récupère et démarre en contre par Bochenski, qui écarte vers Dawes à gauche le long de la bande. Le petit ailier renvoie à l'opposée vers Dallman, qui lance immédiatement à la cage où traîne Bochenski seul devant le but (4-3).

La Norvège rate donc son démarrage dans son tournoi pré-olympique. Même si elle sauve miraculeusement un point à l'arrachée, la défaite plombe terriblement leurs chances. Le Kazakhstan, rompu à cet exercice – demandez aux Français – a parfaitement géré sa partie, exploitant par sa vitesse une défense norvégienne finalement peu mobile. Si le jeune défenseur Espeland a plutôt séduit, Nørstebø a paru en difficulté dans les duels et dans son placement. Offensivement, Zuccarello, avec 9 tirs, a mené une première ligne qui a cumulé la moitié des tirs de l'équipe. Les autres trios, en revanche, sont restés assez timides. Du coup, une victoire du Kazakhstan contre la France vendredi leur offrirait presque la première place du tournoi et un billet pour la Corée. Avec ou sans Kolesnik ?

Désignés joueurs du match : Roman Starchenko (Kazakhstan) et Mats Zuccarello (Norvège)

Commentaires d'après-match
Brandon Bochenski (attaquant du Kazakhstan) : « C'est le résultat que nous voulions, même si tout ne s'est pas passé comme nous l'aurions voulu. Nous avons gagné deux points, c'est bien, car si on perd le premier match, on perd quasiment toute chance de gagner le tournoi. Nous avons eu un meilleur gardien ce soir. Dommage que Kolesnik se soit blessé, j'espère qu'il s'en remettra même si ça s'annonce difficile pour demain. On n'a pas le choix, il va falloir bien récupérer, bien se nourrir et bien dormir. »

Anders Bastiansen (attaquant de la Norvège) : « Nous étions la meilleure équipe, mais il faut marquer. C'est dur de perdre ainsi, nous avons eu une occasion de but et ils marquent sur contre-attaque. Le point pris est important pour nous, il peut nous servir en fin de tournoi. La France a une bonne équipe, et elle a une bonne chance de les battre à son tour. Dans ce tournoi, chaque match peut être serré. [...] À mon âge [bientôt 36 ans] on ne peut pas se permettre de se projeter si loin que les prochains Jeux olympiques ou programmer sa retraite. On voit au fur et à mesure comment les choses se présentent, mais pour le moment ça se passe bien pour moi. »

Kazakhstan - Norvège 4-3 après prolongation (0-0, 3-1, 0-2, 1-0)
Jeudi 1er septembre 2016, 20h. Patinoire Jordal Amfi d'Oslo, Norvège. 2714 spectateurs.
Arbitrage de Jozef Kubus (SVK) et Gordon Schukies (ALL) assistés de Masi Puolakka (FIN) et Stanislav Raming (RUS).
Tirs : Kazakhstan 21 (5, 10, 5, 1), Norvège 41 (9, 20, 12, 0)
Pénalités : Kazakhstan 10' (2', 4', 4', 0'), Norvège 6' (0', 2', 4')

Récapitulatif du score :
1-0 à 21'23" : Starchenko assisté de Rymarev (sup. num.)
1-1 à 23'48" : Zuccarello assisté de Bastiansen
2-1 à 31'27" : Dallman assisté de Ivanov
3-1 à 34'26" : Starchenko
3-2 à 58'43" : Holøs assisté de Zuccarello et Thoresen
3-3 à 59'46" : Bastiansen assisté de Zuccarello (att. suppl.)
4-3 à 60'31" : Bochenski assisté de Dawes et Dallman

 
Kazakhstan

Attaquants
Nigel Dawes - Ivan Kuchin (2', -1) - Brandon Bochenski (A, 2')
Roman Starchenko (C, 2', +2) - Maksm Khudyakov (+1) - Yevgeni Rymarev (+1)
Aleksandr Shin (-1) - Nikita Ivanov - Konstantin Pushkaryov
Nursultan Belgibayev - Dmitri Grents - Vladimir Markelov

Défenseurs
Maxim Semyonov (+1) - Kevin Dallman (A, 2', +2)
Roman Savchenko (2', -1) - Vyacheslav Tryasunov (-1)
Aleksandr Lipin - Artemi Lakiza
Madiar Ibraibekov

Gardien :
Vitali Kolesnik puis Dmitri Malgin à 45'46"

Norvège

Attaquants
Mats Zuccarello (A, +2) - Anders Bastiansen (+2) - Patrick Thoresen (A, +2)
Mathis Olimb (2', -1) - Ken Andre Olimb (-1) - Mats Rosseli Olsen
Andreas Martinsen (-1) - Mathias Trettenes (-1) - Martin Røymark (-1)
Tommy Kristiansen - Kristian Forsberg (-1) - Eirik Salsten (-1)
Niklas Roest

Défenseurs
Jonas Holøs (2', -1) - Mattias Nørstebø
Dennis Sveum - Ole-Kristian Tollefsen (C, 2')
Stefan Espeland - Henrik Ødegaard

Gardien :
Lars Haugen

Remplaçant : Henrik Haukeland (G)