Norvège - France (Qualification JO 2018, groupe F)

À soixante minutes des Jeux olympiques... C'est le moment tant attendu par les deux équipes, la "finale" espérée. La menace du Kazakhstan écartée, Norvégiens et Français se retrouvent au Jordal Amfi, patinoire du tournoi olympique de 1952 dont c'est le dernier grand moment avant le passage des bulldozers cet été. Les vainqueurs défileront en Corée du Sud. Les Bleus attendent ça depuis quatorze ans, et c'est sur cette glace aux tâches jaunâtres que se joue leur destin. Leurs hôtes ont participé pour leur part aux deux derniers JO.

Enfin, la salle est pleine, et des gens s'assoient jusque dans les escaliers, même s'il reste des sièges vides du côté des tribunes officielles. Après trois minutes, Pierre-Édouard Bellemare est pénalisé pour une charge contre la bande. Florian Chakiachvili contre opportunément une bonne passe et Perret part prudemment en contre-attaque. L'infériorité s'interrompt après trente secondes car Tommy Kristiansen est sanctionné à son tour. Les mises en échec sont dures et le début de match est déjà éprouvant physiquement.

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Les premières amabilités sont échangées (notamment par Sacha Treille et son nouvel ami Tollefsen). Le spécialiste des écrans Tommy Kristiansen retourne encore en prison pour une obstruction sur le gardien. Teddy Da Costa est sanctionné à son tour pour un cinglage. Les Français sont vigilants pour serrer de près les frères Olimb, qui se cherchent l'un l'autre en bonne position à 4 contre 4, puis tuent le restant de pénalité avec un Cristobal Huet solide devant Patrick Thoresen. Au moment où les équipes reviennent au complet, Mats Zuccarello reçoit le palet tout seul à la ligne bleue, mais la lenteur inhabituelle de son contrôle sauve la France.

Après quelques minutes équilibrées sans occasion franche, Eirik Salsten est pénalisé pour une crosse haute en zone offensive. C'est le premier jeu de puissance complet pour la France, qui reste cantonnée dans les bandes et est souvent contrée. Lars Haugen bloque les deux tirs côté gauche de Stéphane Da Costa et de Damien Fleury. La France domine la fin de période. Floran Douay sert Stéphane Da Costa seul devant la cage, qui n'arrive pas à conclure à l'avant-dernière minute. La sirène libère les deux équipes sous les applaudissements de la salle après ce premier tiers très serré et tendu.

Les Bleus sont parfaitement au rendez-vous dans ce match, mais il leur reste à concrétiser. Ils y parviennent sur leur première occasion de la deuxième période. Dans le cercle droit, Yorick Treille feinte suffisamment pour que Lars Haugen se mette en papillon et laisse un angle de tir parfaitement exploité dans la lucarne proche (0-1). Les Français sont présents dans les duels, solidaires défensivement. Ils jouent bien l'homme et privent d'espaces les techniciens norvégiens.

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La première erreur française est sévèrement punie. Un jeu trop compliqué de Kévin Hecquefeuille au passage de sa ligne bleue provoque un 2 contre 1 norvégien. Florian Chakiachvili se couche idéalement pour empêcher la passe, mais son dégagement est intercepté dans la foulée par Thoresen. Même si sa ligne de passe est toujours coupée, Mats Zuccarello ne rate pas la seconde chance qui lui est alors offerte. Il feinte Huet et s'ouvre le filet (1-1).

Le bal des pénalités reprend avec Ken André Olimb et une minute plus tard Teddy Da Costa pour un coup de poing. Son frère Stéphane Da Costa prend dix minutes de méconduite pour protestation. La France s'apprête à souffrir. Des combinaisons initiées par Zuccarello à la déviation de Thoresen sur lancer de la bleue de Holøs, les Norvégiens sont déjà très dangereux à 4 contre 4... Ils marquent à une seconde de la fin de la pénalité quand un palet envoyé de la ligne bleue ricoche sur le patin de Thoresen puis... le casque de Raux ? Non, l'appel à la vidéo montre que c'est la crosse haute de Thoresen qui a entré le palet ! Immense soupir de soulagement dans le camp tricolore.

Les frayeurs ne sont pas terminées quand ce diable de Zuccarello vient prendre le palet à Huet derrière la cage et parvient à remettre en retrait. Le palet traverse l'enclave. Décidément partout, Zuccarello s'en empare quelques secondes plus tard pour une contre-attaque bloquée par Manavian. Le lutin percute Huet de plein fouet. Lorsque Janil part cirer le banc des punitions pour une charge dans le dos, c'est encore l'infatigable Zuccarello qui est à la manoeuvre pour conduire le jeu de puissance avec son intelligence de jeu. Le capitaine-courage Laurent Meunier se sacrifie devant un lancer et la France tue la pénalité.

Les Bleus reviennent enfin en zone norvégienne et le gardien Lars Haugen fait trébucher Teddy Da Costa dans l'enclave. En supériorité numérique, Teddy parvient à glisser subtilement le palet à Antonin Manavian seul devant la cage, mais le plus célèbre barbu du hockey français n'a pas les mains pour conclure. De retour à cinq, la Norvège repart à l'attaque. D'abord bloqué par un bon retour de Lampérier, Ken André Olimb pointe de nouveau le bout de son nez... bientôt atteint par le bâton de Janil. Pendant l'infériorité, Bastiansen s'effondre : le ralenti prouve qu'il a été lui aussi touché au visage par la crosse de Meunier, mais cela a échappé aux arbitres. On en reste à une simple infériorité. On y aura remarqué la ténacité de Damien Raux, qui n'est pas plus grand que les défenseurs italiens mais qui, lui, essaie de déloger Martinsen et sacrifie son corps à la cause.

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La France s'en est bien sortie sur cette fin de deuxième période, comme souvent difficile. Il lui faut maintenant retrouver son rythme initial lors du troisième tiers-temps. Mais la Norvège attaque fort. Mathis Olimb reprend dans le cercle gauche la passe en retrait de Mats Rosseli Olsen : transversale. Le tir du même endroit de Martin Røymark est ensuite paré de la mitaine par Cristobal Huet.

Après sa longue pénitence pour n'avoir pas su tenir sa langue, Stéphane Da Costa est de retour pour dynamiser l'attaque française par ses passes judicieuses. Il trouve sur la même présence une belle transversale vers Manavian et une déviation de Bellemare, mais Haugen s'impose à chaque fois. Le premier trio tient en tout cas pleinement son rôle de leadership dans l'attaque française dans ce tournoi.

La prémière pénalité de la troisième période est sifflée à exactement huit minutes de la fin quand Teddy Da Costa accroche Andreas Martinsen près de la cage de Huet. Une pénalité parfaitement tuée : Claireaux et Fleury dégagent le palet, puis Bellemare contre Mathis Olimb au passage de la bleue. Les Bleus font preuve de toute leur abnégation en cette fin de rencontre. La jambe de Besch vient contrer le tir de Zuccarello seul devant la cage. Les séquences en zone défensive se prolongent et Douay est pénalisé pour un cinglage sur une crosse adverse dans un duel dans la bande. La France lutte, lutte, mais à neuf secondes de la fin de la pénalité, Andreas Martinsen prend un rebond dans le slot alors que Manavian s'est couché au sol et que Huet a le poids de Yorick Treille - poussé par Nørstebø - à quatre pattes sur son dos. Le seul joueur debout, en fait, c'est Mattias Nørstebø, jeune défenseur norvégien attiré par la cage adverse, qui finit donc par envoyer le palet au fond (2-1, photos en 3 séquences).

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Il ne reste guère plus de deux minutes et il faudrait un miracle pour les Bleus, qu'on n'a plus vus à l'offensive depuis longtemps. Cristobal Huet sort pour faire rentrer un sixième homme à la dernière minute. Un tir sans angle provoque un engagement et permet à Dave Henderson d'appeler un temps mort à 25 secondes de la fin. Six attaquants français sont sur la glace, mais la Norvège parvient à dégager le palet sur la mise au jeu. Un dégagement interdit de la France s'ensuit et le public prépare ses applaudissements crescendo jusqu'à l'ovation attendue à la sirène finale.

Les plus forts ont gagné, sans doute. La Norvège au complet, à laquelle il ne manquait guère que Bonsaksen, est une sacrée équipe. Mats Zuccarello, pas toujours tranchant en équipe nationale, a réussi son meilleur tournoi international. Quand cette formation sait allier l'intensité physique maximale aux qualités techniques et à la malice de ses joueurs-phares, elle est redoutable. Sa qualification sur un but de raccroc, grâce à un impact collectif sur la cage, en est le meilleur symbole.

Mais que c'est frustrant pour la France de perdre si tard dans le match, sur une faute de leur seul joueur débutant - le malheureux Floran Douay - qui n'avait pris aucune pénalité de tout le tournoi. Que c'est cruel, surtout, de se dire que des joueurs comme Besch, Raux, Fleury, Hecquefeuille et Pierre-Édouard Bellemare ne joueront sans doute jamais les Jeux olympiques, eux qui auront 36/37 ans en 2022.

Désignés joueurs du match : Cristobal Huet pour la France et Lars Haugen pour la Norvège.

Commentaires d'après-match

Antonin Manavian (défenseur de la France) : "On a été moins disciplinés que jeudi, ça nous a fait mal. C'était un gros match, on s'y attendait. Nous sommes tous très déçus, ça se joue à rien et pour certains c'était la dernière chance d'aller aux Jeux..."

Cristobal Huet (gardien de la France) : "Déçu, on perd un match si proche des JO... À deux minutes près, c'est cruel. C'était un bon match, face à une très bonne équipe, il n'a pas fallu grand chose. On a très bien joué à quatre, mais on a sans doute manqué de jus après. En face, c'est une très bonne équipe, talentueuse, et on a montré qu'on n'était pas loin. On s'était préparé à un combat physique, et on a montré beaucoup de caractère. Dommage que ça ne se concrétise pas. Il faut regarder l'avenir de manière positive, il y a des guerriers dans cete équipe. Le deuxième but ? C'est un tir de la bleue qui arrive sur moi, j'essaie de le bloquer et c'est le troisième tir qui rentre."

Luc Tardif (président de la FFHG) : "Un beau match de hockey. Rien à dire en ce qui concerne l'abnégation et l'énergie de l'équipe. Mais ça se joue à deux minutes de la fin... Quelques pénalités, mais c'est en voulant bien faire. La difficulté, c'est que la qualification, ce n'est que tous les quatre ans. C'est le sport, malheureusement, il faut l'accepter. On va digérer ça, se tourner vers le nouvel objectif du championnat du monde à domicile. Je suis content du niveau. Autant aux derniers Mondiaux j'étais inquiet, autant je suis rassuré. Là, il y a eu une bonne préparation, de la concentration. On a eu de bonnes confirmations, comme Chakiachvili qui a pris les choses en main et remplacé dignement Auvitu qui était notre tour de contrôle derrière. La qualification olympique est très difficile, et il n'y a qu'en étant dans le top-8 mondial qu'on serait tranquilles ! La nouvelle SaxoPrint Ligue Magnus à 44 matchs est une étape, on a vu que c'était difficile pour les jeunes d'enchaîner sept matchs au Mondial. Il y aura des effets à moyen terme. Le prochain Mondial permettra aussi de préparer l'avenir. On doit toujours avoir un pas d'avance."

Dave Henderson (entraîneur de la France) : "Déception énorme. On a travaillé pendant ces années et l'aboutissement était ce dernier match. On est un peu sorti de notre plan au deuxième tiers, on a perdu notre focus. On prend trop de punitions, c'est sûr. Ce cinglage de Douay, qui a été très performant tout le tournoi, ce n'est pas une punition de fainéantise, c'est dans l'intention de récupérer le palet. Ça a mailloché devant la cage, on n'arrive pas à se dégager, et ils marquent ce deuxième but. On manque peut-être un peu de réussite, mais on a joué des Norvégiens habiles, physiques aussi. Les batailles ont été féroces durant tout le match. J'ai dit merci aux joueurs et je leur ai souhaité bonne chance pour leur saison en club. Tout ce que je leur ai demandé, ils l'ont fait. Il n'y en a pas un qui n'ait pas donné toutes ses possibilités."

 

Norvège - France 2-1 (0-0, 1-1, 1-0)
Dimanche 4 septembre 2016 à 15h00 au Jordal Amfi d'Oslo. 4277 spectateurs.
Arbitrage de Stephen Reneau (USA) et Maksim Sidorenko (BLR) assistés de Masi Puolakka (FIN) et Stanislav Raming (RUS).
Pénalités : Norvège 10' (6', 4', 0') ; France 24' (4', 6'+10', 4').
Tirs : Norvège 22 (6, 11, 5) ; France 21 (6, 10, 5).

Évolution du score :
0-1 à 21'49" : Y. Treille assisté de Meunier
1-1 à 26'59" : Zuccarello assisté de Thoresen
2-1 à 57'31" : Nørstebø assisté de Martinsen (sup. num.)


Norvège

Attaquants :
Mats Zuccarello (A, +1) - Anders Bastiansen (+1) - Patrick Thoresen (A, +1)
Ken Andre Olimb (2') - Mathis Olimb - Mats Rosseli Olsen
Andreas Martinsen (-1) - Mathias Trettenes - Martin Røymark (-1)
Tommy Kristiansen (4') - Kristian Forsberg - Eirik Salsten (2')
Niklas Roest (-1)

Défenseurs :
Jonas Holøs (+1) - Mattias Nørstebø (+1)
Dennis Sveum (-1) - Ole-Kristian Tollefsen (C, -1)
Stefan Espeland - Henrik Ødegaard

Gardien :
Lars Haugen (2')

Remplaçants : Henrik Haukeland (G), Christian Kaasastul (D). En réserve : Steffen Søberg (G).

France

Attaquants :
Sacha Treille (-1) - Pierre-Édouard Bellemare (A, 2') - Stéphane Da Costa (10')
Damien Fleury (-1) - Maxime Lacroix (-1) - Teddy Da Costa (-1, 6')
Floran Douay (+1, 2') - Laurent Meunier (C, +1) - Yorick Treille (A, +1)
Brian Henderson - Loïc Lampérier - Valentin Claireaux
Jordann Perret

Défenseurs :
Florian Chakiachvili (-1) - Antonin Manavian
Nicolas Besch - Kévin Hecquefeuille (A)
Damien Raux (+1) - Jonathan Janil (+1, 4')

Gardien :
Cristobal Huet [sorti de 59'23" à 59'49"]

Remplaçants : Ronan Quemener (G), Grégory Béron. En réserve : Florian Hardy (G).