Coup de sang, coups de canon et mauvais coups

Pour préparer la coupe du Monde de hockey, le Canada et les États-Unis ont décidé de s'affronter à deux reprises. L'entraîneur américain, le bouillant John Tortorella, y est allé de son petit discours de motivation.

Colin Kaepernick, ce footballeur américain qui a décidé de rester assis durant l'hymne américain pour protester contre les inégalités envers la communauté noire, a semble-t-il inspiré l'ancien dirigeant de Tampa Bay et des Rangers. "Torts" a ainsi appelé au patriotisme : "C'est du hockey, mais c'est aussi une tribune pour représenter notre pays". Conclusion : si l'un de ses joueurs décidait de faire pareil, "il serait sur le banc pour le reste du match." Évidemment, lorsque l'on a un fils engagé dans l'armée et actuellement en opération extérieure, on relativise les choses et les mots "combat" ou "bataille" prennent un autre sens...

Réputé pour son style de jeu agressif et physique, Tortorella a bien fait passer le message. Le premier match amical est donc très loin d'être amical, justement. Le Canada débute très fort et prend une avance de douze tirs à un en douze minutes, mais les Américains tournent le match à la faveur d'un accrochage de TJ Oshie tué et pilonnent ensuite Price, jusqu'à prendre l'avantage aux tirs comme au tableau d'affichage.

À trois minutes de la pause, Ryan Suter expédie un tir de la bleue que son coéquipier au Wild Zach Parise dévie derrière Carey Price entre les cercles (1-0). On entend alors tonner le premier coup de canon à Columbus, une attraction que TJ Oshie a qualifié de "pire chose de la NHL", sauf quand son équipe marque bien sûr...

Une minute plus tard, le feu follet Patrick Kane double la mise ligne de fond et en deux temps (2-0). De retour après dix mois sans jouer, Price affiche quelques signes de rouille. On compte un 18-15 en tirs pour les États-Unis, qui ont fini très fort, avec quelques échauffourées vers la fin, qui envoient Weber, Marchand et Dubinsky en prison...

Le Canada bute longtemps sur un Jonathan Quick très en verve, avant de trouver la faille à mi-match lorsque Patrice Bergeron convertit un rebond d'un tir de Sidney Crosby, qui avait sollicité le gardien dos au but (2-1). Le jeu est extrêmement physique et on repère sans peine le style de jeu prôné par Tortorella. Les mises en échec sont très appuyées - Backes sur son coéquipier Pietrangelo par exemple - et souvent à la limite de la régularité.

Une charge d'Oshie sur Couture à la tête a ainsi échappé à la vigilance du corps arbitral à la mi-match. Ryan Kesler reçoit lui cinq minutes et une méconduite pour une méchante charge sur Shea Weber, qui provoque de nouveaux incidents et donne un cinq-contre-trois aux Canadiens. Il ne donne rien car Quick reste intraitable. Ce défi physique permet aux Américains de reprendre deux buts d'avance lorsque le capitaine Joe Pavelski exploite un rebond juteux d'un tir de Jack Johnson à quatre minutes de la sirène (3-1).

Ben Bishop remplace Quick dans les cages en troisième période, et s'incline sur un slap de Drew Doughty au cercle droit, en puissance (3-2). La défense continue de tenir, se sacrifiant pour bloquer les tirs. McDonagh supplée ainsi Bishop seul sur la ligne face à un Joe Thornton en déséquilibre. La défense punit terriblement les attaquants, aussi. Giroux finit au vestiaire sur une charge de Pavelski, puis Couture est lui aussi touché sur un contact au genou signé Dubinsky. Le score ne change plus jusqu'à la dernière minute, avec un ultime but de Derek Stepan en cage vide (4-2).

Les Américains ont donc parfaitement répondu aux consignes de Tortorella et construit leur identité. Celle d'une équipe physique, intimidante, tenace pour bloquer les tirs, et opportuniste devant la cage. Il faudra cependant gagner en discipline sous peine d'être rapidement puni. Le Canada va devoir trouver d'autres armes pour le match retour à Ottawa, car l'étiquette de favori du double champion olympique et double champion du monde lui colle à la peau.

 

États-Unis - Canada 4-2 (2-0, 1-1, 1-1)
Vendredi 9 septembre 2016, NationWide Arena de Columbus, Ohio. 17991 spectateurs.
Arbitrage de Dan O'Rourke et Kelly Sutherland assistés de Derek Amell et Shane Heyer.
Tirs : États-Unis 25 (17, 6, 2), Canada 43 (15, 18, 10)
Pénalités : États-Unis 21' (4', 17', 0'), Canada 10' (4', 4', 2')

Récapitulatif du score
1-0 à 16'56" : Parise assisté de Suter et Stepan
2-0 à 18'01" : Kane asissté de Pavelski
2-1 à 33'24" : Bergeron assisté de Crosby et Marchand
3-1 à 35'54" : Pavelski assisté de J. Johnson et Kane
3-2 à 45'21" : Doughty assisté de Getzlaf et Muzzin
4-2 à 58'39" : Stepan (cage vide)
 

États-Unis

Attaquants :
Max Pacioretty - Joe Pavelski - Patrick Kane
Zach Parise - Derek Stepan - Blake Wheeler
Justin Abdelkader - Ryan Kesler - TJ Oshie
Kyle Palmieri - David Backes - Brandon Dubinsky

Défenseurs :
Ryan Suter - Dustin Byfuglien
Ryan McDonagh - John Carlson
Jack Johnson - Matt Niskanen

Gardiens :
Jonathan Quick puis Ben Bishop à 40'00"

Réservistes : Erik Johnson (D), James van Riemsdyk (A), Cory Schneider (G)

Canada

Attaquants
Brad Marchand - Sidney Crosby - Patrice Bergeron
John Tavares - Ryan Getzlaf - Tyler Seguin
Logan Couture - Jonathan Toews - Steven Stamkos
Matt Duchene - Claude Giroux - Joe Thornton

Défenseurs :
Marc-Édouard Vlasic - Shea Weber
Jake Muzzin - Drew Doughty
Alex Pietrangelo - Brent Burns

Gardien :
Carey Price

Remplaçant : Braden Holtby (G). Réservistes : Corey Perry (A), Jay Bouwmeester (D) et Corey Crawford (G)