Mulhouse - Caen (Division 1, 1re journée)

Cette affiche opposant les Scorpions de Mulhouse aux Drakkars de Caen avait en théorie tout d'une rencontre au sommet. Ne serait-ce que par le palmarès et le classement habituel de ces deux équipes. Et pourtant...

Résumons : les deux formations ont connu une fin de saison dernière semblable, à savoir une sortie dès les quarts de finale de play-offs (dans la douleur pour les Alsaciens, face à l'attentisme victorieux de Neuilly ; au mérite pour les Caennais face à l'ogre angloy, après une saison plus que décevante et une qualification tardive). Elles ont connu une intersaison assez agitée avec pour chacune d'entre elles un très gros remaniement des effectifs. Caen s'est en effet séparé des recrues étrangères relativement décevantes, hormis leur buteur Léveillé parti depuis goûter à la neige briançonnaise, et de cadres "vieillissants" en quête de reconversion (hormis Brice Chauvel qui, lui, prenait sa retraite après 20 ans passés au haut niveau). Mulhouse, de son côté, déclarait, selon les dires, privilégier la stabilisation des bases structurelles du club (en passe de professionnalisation) avant de jouer le haut de classement de son équipe fanion d'ici 2 à 3 ans.

Si on ajoute que les deux clubs avaient eu quelques soucis de qualification avec le CNCSG, pour des lectures d'objectifs pas forcément identiques (quand bien même leur situation administrative et financière est, semble-t-il, loin d'être catastrophique), on pouvait penser que ces deux icônes allaient évoluer cette saison un cran en dessous du niveau de compétitivité auquel on était habitués à les voir. L'issue de la rencontre le laissera penser, surtout en ce qui concerne l'un des protagonistes.

Habituellement, lors d'un match de rentrée, il arrive fréquemment que ça patine vite et fort, et que ça joue physique durant quelques minutes, le temps de libérer tout le stress accumulé durant toute la préparation estivale. Ce n'est pas le cas ici, les acteurs semblent prudents dans leurs déplacements, même si on note une relative domination des locaux, au moins territorialement. Quentin Kello connaît ainsi une première grosse frayeur lors de deux actions successives résultant d'un trafic important devant sa cage (4'50"). Progressivement, les Alsaciens se positionnent de plus en plus haut dans la zone normande et ouvrent le score par Charles Wells qui prend son propre rebond, alors que Kello n'a pu avoir le temps de se relever (1-0 à 7'33"). Caen se retrouve de plus en plus acculé dans sa zone et peine à en sortir proprement. En témoigne cette hésitation lors d'une relance. Bryan Ten Braak y va au culot et récupère le rebond pour aller crucifier le portier caennais (2-0 à 16'50"). Et ce n'est pas cet ultime raid en passe-passe de Jérémy Delbaere qui va les rassurer (19'45"). Mulhouse est patient, ne laisse pas beaucoup de place devant son slot, et exploite les nombreuses imprécisions des visiteurs en remontant très rapidement le palet.

On ne sait pas ce qui s'est dit dans le vestiaire visiteur à la pause. Toujours est-il que les Drakkars remontent sur la glace remontés à bloc, pressent haut leurs hôtes, tout en sortant un hockey nettement plus physique. Ce sont donc eux qui dominent progressivement ce tiers médian, comme en témoignent ces deux essais successifs de Delbaere (21'11" et 21'30"), puis un tir vendangé de David Minarik (23'52") alors qu'il avait fait le plus gros du travail. Mulhouse subit sensiblement la partie, sanctionné de quelques indisciplines des siens, non sans exploiter la moindre faille, notamment lors de ce break manqué alors qu'ils sont en infériorité (28'00").

La partie est donc très agréable à regarder tant les deux équipes se rendent coup pour coup. Et pourtant... les Scorpions sortent d'une longue séquence de pressing caennais et engagent en zone adverse. Un engagement vite gagné et c'est Anton Östman qui frappe en aveugle (3-0 à 29'09"). Cette réalisation, un peu à contre-courant de la partie à ce moment du match, sonne les Caennais qui retombent un peu dans leurs travers initiaux, notamment pour les relances. En témoigne cette patate chaude que Gabriel O'Connor n'arrive pas à sortir proprement et qui arrive dans la crosse de John Dunbar pour le 4-0 (à 30'27"). Le temps mort est aussitôt demandé par Luc Chauvel, et il est bienvenu pour reconcentrer ses joueurs, notamment sa première ligne offensive, jusque là mise à lourde contribution. Ils mettront quelques minutes à retrouver leurs esprits, le temps pour Mulhouse de reprendre (prudemment) les clés du match, pour ne plus les lâcher.

En effet, le troisième tiers baisse singulièrement en intensité, du moins pour les Drakkars, qui retrouvent de grosses difficultés pour sortir de leur zone, ou se trouver sur la glace, et ce même même en supériorité numérique. Leur première vraie occasion se situe dans les cinq dernières minutes, lors d'un échange Miquelot-Palis qui bute sur Jiri Blazek (54'55"), sous la bronca des ultras mulhousiens, qui n'ont toujours pas oublié, ni digéré, la rugosité plus que malsaine du Ccaennais lors des play-downs de Magnus qui avaient opposé les deux équipes en 2013 (« quand c'est rugueux, c'est Palis », disait Jacques Dutronc!). Mulhouse, de son côté, a laissé ses visiteurs s'empêtrer dans leurs relances, et exploite toutes leurs imprécisions avec ses trois, voire quatre, lignes d'attaquants, toutes aussi compétitives pour ce match.

On est en début de saison, donc on évitera de s'enflammer trop rapidement sur les prouesses des uns et les faiblesses des autres.

Mulhouse n'a pas oublié son style prudent, patient, rapide et discipliné. La possibilité de disposer numériquement de quatre lignes offensives est un plus, pour la récupération. Même si la première ligne, finno-nord-américaine, paraît la plus remuante et la plus imaginative, les deux suivantes ont, sur ce match, agréablement surpris par leur compétitivité, et notamment sur l'aspect offensif. La défense n'a par contre pas montré, elle, de réels signes de domination, s'offrant quelques frayeurs lors du deuxième tiers, lorsque les Caennais ont joué plus engagé et physique.

Caen a laissé le même souvenir mitigé que lors de sa venue la saison dernière : imprécisions de placement et de passes, fébrilité en défense, et manque de physique, malgré une excellente seconde période où les Normands ont semblé se rebeller de façon positive et un peu plus concentrée. La première ligne nord-américaine ne peut tout faire à elle toute seule. Sans doute la seconde composée des deux licences bleues associées à Minarik aura besoin d'un peu de temps pour se compléter, il ne lui manque pas grand-chose pour gêner nettement plus les défenses adverses. On pourra cependant remarquer qu'au vu de cette partie, la hiérarchie devrait placer Mulhouse un bon cran devant Caen.

Récompensés à la fin du match : Gabriel O'Connor pour Caen et Jiri Blazek pour Mulhouse

Réactions :

Bryan Ten Braak (Mulhouse) : «  On a démarré sur un bon rythme et malgré le score, ce n'était pas facile contre une équipe de Caen avec des jeunes joueurs qui patinaient beaucoup.... on a été un peu moins agressifs au début du 2e tiers mais on a tout fait pour aider notre gardien à garder sa cage inviolée. On menait 4-0 donc on n'était pas vraiment pressés de marquer. On a surtout essayé de ne pas encaisser de buts »

Luc Chauvel (Caen) : « Le zéro est un peu sévère, on n'a pas su concrétiser nos grosses occasions. Le quatre est logique. On est tombé sur une équipe très bien en place. Ce qui est dommage, c'est qu'on leur a donné les trois premiers buts....Il faut mettre beaucoup plus de présence devant la cage, avoir encore plus envie de marquer... On a trop couru après le palet, perdant de l'énergie en sortant du système. On a déjoué. Ce n'est pas un match à oublier pour autant. Il doit nous servir. Certains joueurs doivent prendre davantage leurs responsabilités. »


Mulhouse – Caeb 4-0 (2-0, 2-0, 0-0)
Samedi 10 septembre 2016 à 18h à la patinoire de l'Illberg. environ 1000 spectateurs
Arbitrage de M. Le Berre assisté de Mme Torribio et M.Collin.
Pénalités : Mulhouse 14' (2', 6', 6') ; Caen 4' (2', 2', 0').
Tirs : Mulhouse 38 (15, 12, 11) ; Caen 24 (6, 15, 3)

Evolution du score :
1-0 à 07'33" : Wells assisté de Dunbar
2-0 à 16'50" : Ten Braak
3-0 à 29'09" : Östman assisté de Jurik et Lindgren
4-0 à 30'27" : Dunbar assisté de Wells


Mulhouse

Attaquants :
John Dunbar - Roppe Nikkila - Charles Wells
Magnus Lindgren - Milan Jurik (A) - Anton Östman
Jeremy Ares - Kenny Martin - Bryan Ten Braak
[Östman] - Adrien Josse - Adrien Gleveau (à partir de 20)

Défenseurs :
Michal Petira - Ruslan Borysenko (A)
Petr Gewiese - Michal Seda
Hugues Cruchandeau (C) - Maxime Suzzarini

Gardien :
Jiri Blazek

Remplaçants : Mickaël Muller (G), Baptiste Goux, Maxime Lutz, Tarik Chipaux.

Caen

Attaquants :
Kevin Untershute - André Ménard (C) - Michael Buonincontri
Jérémy Delbaere - Fabien Colotti - David Minarik
Yoann Robert - Mathieu Joerger (puis Theophile Miquelot à 55') - Alexandre Palis (A)

Défenseurs :
Martin Ropert, Igor Zubov, Gabriel O'Connor (A), Thibaut Colombin en rotation
Camil Durand (jusqu'à 7'), Thomas Dubourg (à partir de 20')

Gardien :
Quentin Kello

Remplaçants : Grégoire Blanc (G), Jean-Yves Barnes, Alexandre Ferey. Absents : Matias Simontaival (blessé), Niko Suoraniemi (non-qualifié).