Canada-Russie, c'est toujours spécial

Après la double confrontation (une victoire et une défaite) avec les États-Unis, le Canada termine sa préparation pour la Coupe du monde qui commence ce week-end. Il affronte la Russie, un adversaire pris moins au sérieux dans cette configuration du fait de ses échecs olympiques répétés.

Officiellement équipe visiteuse, le Canada "reçoit"... à Pittsburgh, sur le sol américain (!), manière de mettre en scène "à domicile" son capitaine Sidney Crosby, l'idole locale, ovationnée. Sa rivalité avec Aleksandr Ovechkin (hué au cours du match) a été scénarisée depuis des années par la NHL, et est mise en forme sous d'autres couleurs ce soir. Une personnification à outrance qui peut agacer dans un sport collectif comme le hockey sur glace. Crosby face à Malkin sur la mise au jeu, c'est déjà plus intrigant pour les fans des Penguins de Pittsburgh. Le match ne saurait cependant se résumer à cette clé de lecture. Notons que Datsyuk a été placé au centre d'Ovechkin... ce qui renvoie Kuznetsov comme ailier de quatrième ligne.

OREILLY Ryan 160519 1233Un dernier forfait a affecté l'équipe canadienne : Tyler Seguin, dont la cheville n'a pu guérir complètement, a été remplacé par Ryan O'Reilly. Comme à chaque fois que le Canada procède à une substitution, on peine à voir le moindre affaiblissement ! Il y gagne même sans doute sur le plan défensif, voire aussi en complémentarité avec la reconstitution du solide duo O'Reilly-Giroux au Mondial 2015... où le troisième homme était Seguin. Cette complémentarité, Seguin l'avait perdue depuis que "son" ailier à Dallas, Jamie Benn, avait dû renoncer après une opération cet été.

Ceux qui s'attendaient à ce que la Russie soit étouffée sous le rythme seront déçus. Après deux minutes de flottement, c'est elle qui domine le début de match. Pendant que le Canada purge une pénalité pour surnombre, elle signe quatre tirs, dont une occasion majeure d'Ovechkin. Il reçoit une passe parfaite au second poteau de Nikita Kucherov, mais son tir est repoussé par le haut de la botte puis la plaque de Carey Price.

En matière de finesse, le Canada n'a toutefois rien à envier à ses adversaires : magnifique passe du revers de Crosby et belle finition du revers de Patrice Bergeron dans le haut du filet pour l'ouverture du score (1-0). Le Canada s'empare totalement de la possession après ce but, et la ligne de Crosby avec les deux joueurs des Bruins de Boston est enthousiasmante à chaque présence. Elle provoque la première faute russe, quand Shipachyov accroche Marchand. Le powerplay canadien, qui a déjà mis trois buts dans les filets américains, est moins convaincant.

Le Canada garde le contrôle du jeu mais Stamkos commet une faute en zone offensive en retenant Kulyomin. Cette supériorité numérique est bien moins bonne que la précédente pour la Russie, qui perd même un palet dans sa zone face à Bergeron. Il faut que Bobrovsky soit vigilant pour sauver son camp.

La deuxième période commence avec une domination territoriale des Russes, mais sans efficacité, avec un jeu de puissance devenu franchement indigent. Il y a juste une passe de derrière la cage de Shipachyov pour Zaitsev, qui tire sur le poteau. Quinze secondes plus tard, Malkin perd le palet et Ryan Getzlaf s'échappe en infériorité, mais ses deux tirs successifs butent sur Bobrovsky... et le poteau.

Stamkos subit une crosse haute de Kuznetsov, mais ne parvient pas à concrétiser lui-même la pénalité, car sa reprise est repoussée de la plaque par Bobrovsky. Le scénario du deuxième tiers ressemble finalement au premier : initialement dominé, le Canada prend peu à peu la maîtrise de la rondelle et se crée les meilleures occasions. Il en reste toutefois à une avance minimale.

MALKIN Yevgeni 150516 634Le principal défaut du Canada dans ce match est l'accumulation des pénalités inutiles : faute vengeresse de Stamkos juste avant la pause, surnombre... Même si le powerplay russe est faible, il ne faut pas jouer avec le feu. Evgeni Kuznetsov joue avec la bande en entrée de zone et Vlasic l'accroche au passage : 5 contre 3 pendant neuf secondes. C'est suffisant pour que Malkin gagne l'engagement face à Bergeron et que Panarin décale Ovechkin dans sa position préférentielle dans le cercle gauche (1-1).

Le trio du SKA Saint-Pétersbourg 2015 (dont Panarin a dit qu'ils se sentaient honteux de leur match précédent à Prague) ne se gêne pas pour pratiquer ses combinaisons de passes, mais commence à s'adapter avec une direction plus appuyée vers la cage. En attaque rapide, Shipachyov n'hésite pas ainsi à venir mettre la confusion dans le slot sur un tir en pivot d'Evgeni Dadonov. Le rebond ressort alors vers Panarin qui donne l'avantage aux Russes (1-2).

Le Canada est franchement vexé et augmente la pression pour égaliser. Le tir à distance de John Tavares entre grâce au bon écran de Corey Perry qui gêne le gardien (2-2). À quatre minutes de la fin, Bergeron sert Marchand en position décisive, mais Bobrovsky est patient et fait l'arrêt de la mitaine.

La Russie commence mieux la prolongation à 3 contre 3 : Zaitsev tente immédiatement un tour de cage, et Tarasenko force Price à un bel arrêt de la botte droite. Le Canada réagit, et pendant un changement de ligne, Brent Burns envoie en échappée Ryan Getzlaf qui fusille Bobrovsky entre les jambières.

C'est un match un peu paradoxal pour les Russes. La prestation globale est encourageante : cette équipe est capable de rivaliser, et même les joueurs sans passé sur grande glace - comme le défenseur Nikita Zaitsev - semblent capables de s'adapter. Ovechkin a enfin marqu, et Bobrovsky est en grande forme (45 arrêts). Dans le détail, néanmoins, le casse-tête des lignes n'est pas résolu. La première ligne du soir (Kulyomin-Malkin-Tarasenko) reste assez décevante, et Datsyuk n'a rien fait de magique aux côtés d'Ovechkin. La Russie peut donc envier le Canada, qui sait, lui, qu'il peut compter sur un premier trio très intéressant avec Marchand-Crosby-Bergeron.

Étoiles du match : *** Ryan Getzlaf (CAN) [en tant que buteur en prolongation], ** Brad Marchand (CAN), * Artemi Panarin (RUS).

Commentaires d'après-match

Sidney Crosby (attaquant du Canada) : Être reçu comme ça, jouer pour le Team Canada ici à Pittsburgh, c'est spécial. Je sais que c'est un match amical, mais Canada-Russie, c'est une grande rivalité. Avoir ce soutien signifie beaucoup. Maintenant nous devons nous préparer pour le tournoi."

Aleksandr Ovechkin (attaquant de la Russie) : "Le décalage horaire est toujours le plus difficile entre le troisième et le sixième jour, et aujourd'hui, c'était le troisième. On se sentait un peu assoupi avant le match. Mais je pense que ce match nous servira psychologiquement. Nous devions savoir où nous en étions, et nous en avons eu l'opportunité. Nous devons mieux jouer, même si nous avons eu de très bonnes occasions. La qualité de la glace n'était pas très bonne. Le palet sautait, même quand on pensait le calmer, il se mettait sur la tranche. À 5 contre 3, le plus important est de gagner la mise au jeu. Malkin l'a fait, et nous a mis à deux contre un avec Panarin. Belle passe !"

 

Russie - Canada 2-3 après prolongation (0-1, 0-0, 2-1, 0-1)
Mercredi 13 septembre 2016 à 19h45 Consol Energy Center de Pittsburgh (USA). 12332 spectateurs.
Arbitrage de Dan O'Halloran et Gord Dwyer (CAN) assistés de Derek Amell et Jonny Murray (CAN).
Pénalités : Russie 8' (2', 4', 2', 0'), Canada 14' (4', 6', 4', 0').
Tirs : Russie 26 (5, 10, 8, 3), Canada 48 (14, 15, 15, 4).

Évolution du score :
0-1 à 08'49" : Bergeron assisté de Crosby et Burns
1-1 à 43'40" : Ovechkin assisté de Panarin et Malkin (sup. num.)
2-1 à 47'25" : Panarin assisté de Dadonov et Shipachyov
2-2 à 53'58" : Tavares assisté de Doughty
2-3 à 63'29" : Getzlaf assisté de Burns
 

Russie

Attaquants :
Aleksandr Ovechkin (-1) - Pavel Datsyuk (-1) - Nikita Kucherov (-1, 2')
Nikolaï Kulyomin (-1) - Evgeni Malkin (-1, 2') - Vladimir Tarasenko (-1)
Artemi Panarin (+1) - Vadim Shipachyov (+1, 2') - Evgeni Dadonov (+1)
Ivan Telegin (-1) - Artyom Anisimov (-1) - Evgeni Kuznetsov (2')

Défenseurs :
Evgeni Orlov (-1) - Nikita Zaitsev (-1)
Andrei Markov (+1) - Aleksei Emelin
Dmitry Kulikov (-2) - Aleksei Marchenko (-1)

Gardien :
Sergei Bobrovski

Remplaçant : Semyon Varlamov (G). En réserve : Andrei Vasilievsky (G), Nikita Nesterov (D), Vladislav Namestnikov (A).

Canada (4' pour surnombre)

Attaquants :
Brad Marchand (+1) - Sidney Crosby (+1) - Patrice Bergeron (+1)
Logan Couture (2') - Jonathan Toews - Steven Stamkos (4')
John Tavares (+1) - Ryan Getzlaf (+1) - Corey Perry
Claude Giroux - Ryan O'Reilly - Joe Thornton

Défenseurs :
Jay Bouwmeester (+2) - Drew Doughty (+2, 2')
Marc-Edouard Vlasic (-1, 2') - Shea Weber (-1)
Alex Pietrangelo - Brent Burns (+1)

Gardien :
Carey Price

Remplaçant : Corey Crawford (G). Réservistes : Braden Holtby (G), Jake Muzzin (D), Matt Duchene (A, légère blessure à l'entraînement).