Les États-Unis trop décontractés

Après douze ans d'absence, la coupe du Monde de hockey reprend les chemins des patinoires.

Pour ce nouveau format, la NHL et Gary Bettman ont donc inventé cette "Team Europe" avec les meilleurs des "petits pays", déjà surnommée "Team Frankenstein". Lorsque l'on ne joue pas pour son drapeau national, quelle motivation ? Celle de bien faire, assurément. Il n'y aura en tout cas pas d'hymne pour cette équipe avant le match. Pour la communication entre les joueurs, l'anglais s'est imposé, tous les joueurs évoluant en NHL.

En face, les États-Unis veulent enfin valider les progrès de leur système de formation par un titre. Bâtie pour se confronter au Canada, l'équipe de John Tortorella s'est inspirée de l'équipe du titre 1996, celle des Chris Chelios, Brett Hull et Mike Richter.

Première surprise : Thomas Greiss n'est pas en tenue. Jaroslav Halak a été choisi pour débuter le match, et son remplaçant est le jeune espoir de Washington Philipp Grubauer. Luca Sbisa et Mikkel Bødker sont les autres joueurs écartés. En face, Jonathan Quick démarre, Kyle Palmieri et Dustin Byfuglien assistent au match depuis les tribunes.

L'Europe opportuniste

Le début de partie se révèle très lent, ce qui est plutôt à l'avantage des Européens, et pas vraiment physique. Hésitants et manquants d'intensité, les États-Unis se font piéger à la cinquième minute. Ryan McDonagh s'avance mal en zone offensive et perd le palet, forcé par Marian Gaborik, qui envoie le disque vers Zuccarello à l'opposée. Le Norvégien trouve Frans Nielsen le long de la bande, qui déborde à droite, avant de centrer fort devant la cage où se trouve... Marian Gaborik, avec un pas d'avance sur son défenseur. Le Slovaque trompe son coéquipier de club Jonathan Quick ras glace (1-0). Résonne immédiatement "Seven Nation Army", même si Team Europe compte huit pays...

La réaction américaine ne tarde pas avec un bon tir de Blake Wheeler en entrée de cercle. Mais cela reste poussif, car les joueurs de Ralph Krueger se montrent habiles en conservation de palet dans les duels. Ils obtiennent ainsi une nouvelle chance de Tomas Tatar de près. Les Américains ne sont pas dedans, peinant à approcher du but. Un tir de Patrick Kane constitue la semi-occasion la plus dangereuse en neuf minutes...

Une situation qui favorise les contres, bien menés par l'Europe. Kopitar provoque un accrocher de Ryan Kesler sur le repli, assez sévère. Nielsen se heurte à Quick d'entrée, pour l'unique tir des deux minutes d'avantage. Le jeu collectif des bleus se met en valeur avec un échec-avant de Rieder, qui permet de récupérer le palet et de décaler à l'opposée Josi pour une nouvelle situation intéressante. À cinq minutes de la pause, une défense approximative permet encore à Mats Zuccarello de démarrer et trouver Frans Nielsen en deux-contre-un. Le Danois perd son duel devant Quick, en deux temps. La vitesse est européenne, ce qui n'était pas attendu.

Les minutes défilent à l'avantage des Européens, bien en place, appliqués, face à des Américains empruntés. Solides dans les duels, les hommes de Krueger virent en tête à la pause. Et les observateurs s'interrogent sur les choix de Tortorella, avec un Kane limité à quatre minutes quarante-cinq... et une équipe américaine anémique (six tirs).

Bellemare enfonce le clou

Les États-Unis vont-ils retrouver un peu d'allant et d'intensité ? Pas tout de suite, en tout cas. Encore une fois, une sortie de zone propre mène les Européens en surnombre dans la neutre et permet à Gaborik se s'approcher seul au cercle. Quick repousse son tir. Une minute plus tard, Patrick Kane en fait trop et perd le palet en entrée de zone, et la défense ne le couvre pas. Draisaitl démarre donc seul avec Niederreiter, sans aucun défenseur en vue. Les deux hommes se font des politesses pour éliminer Quick et l'Allemand finit le travail (2-0). Les stars américaines (McDonagh, Kane) sont responsables de deux grosses erreurs qui coûtent cher...

Kesler fait alors trébucher Bellemare. L'occasion d'enfoncer le clou pour Team Europe, ou plutôt de se refaire la santé pour les États-Unis, qui ne concèdent aucun tir. La possession devient américaine, avec une formation européenne plus attentiste, qui verrouille la neutre. Le jeu est poussé vers l'extérieur et les États-Unis laissent encore trop d'espaces aux contres européens. Une lourde charge sur Zuccarello apparaît comme le seul exemple du jeu physique annoncé.

La meilleure chance survient à la mi-période. Kane vole le palet à Bellemare et le deux-contre-un se termine par un arrêt difficile d'Halak sur Kesler. Une action qui lance une bonne phase américaine de la ligne Parise-Pavelski, qui parvient enfin à tenir le palet en zone d'attaque pendant une longue séquence. Un surnombre européen est appelé dans la foulée.

Les Américains installent alors leur jeu et tentent les tirs par Oshie, Pavelski, Carlson. La deuxième vague arrive et Suter lance à la cage à travers la foule. Dans la confusion, le palet termine au fond des filets, après avoir rebondi sur la poitrine de James van Riemsdyk puis la tête de Stepan. La vidéo estime qu'il s'agit d'une "redirection intentionnelle avec une partie du corps" et le but est donc refusé, à la grande colère du public.

L'action a le mérite de toucher les États-Unis dans leur orgueil. Enfin, un temps de pression offensive ! Wheeler et Pavelski accélèrent et se créent une bonne situation, qui pousse Ehrhoff à la faute. Les blancs cherchent les volées de Pavelski, avec Kane en meneur de jeu. La pénalité est tuée et les Européens poussent le palet en zone offensive. Il revient sur Jannik Hansen en tête de cercle, qui lance. Pierre-Édouard Bellemare traîne sur le côté du but et dévie le palet astucieusement (3-0). Neuf tirs, trois buts, efficacité maximale. Et un boulevard après deux périodes pour l'équipe placée à la dernière position du tournoi par tous les observateurs...

Halak intraitable

Tortorella maintient malgré tout sa confiance à Jonathan Quick pour ce troisième tiers, où l'on attend la réaction de ses coéquipiers. On l'attend encore, puisqu'après une minute, une nouvelle attaque rapide dans la neutre lance un trois-contre-deux et Zuccarello menace le portier des Kings d'un nouveau lancer. Une minute plus tard, Dubinsky commet une crosse haute sur le géant Chara et reçoit une double pénalité : quatre minutes de supériorité pour l'Europe.

Le jeu de puissance tarde à s'installer, et ce n'est que dans la dernière minute d'avantage que Tatar obtient une chance en or près de la cage. Quick a suivi le mouvement et vole le Slovaque du bout de la plaque. Son compatriote Halak n'est pas en reste et s'impose sur une rare occasion américaine, un lancer venu de la bleue, avec un rebond, puis sur un tour de cage de Carlson.

Le jeu s'accélère petit à petit. Les Américains parviennent enfin à mettre du trafic dans l'enclave et Parise provoque une pénalité d'Ehrhoff. Un tir de la bleue de Carlson crée du mouvement devant la cage, où bataille Parise. Enfin, les États-Unis montrent un peu de hargne ! Halak répond présent et multiplie les arrêts. Parise et Pavelski échouent successivement à bout portant. La deuxième vague tente à son tour et Pacioretty lance deux volées puissantes, sans succès. La pénalité est tuée, mais une nouvelle appelée. Le jeu de puissance américain se heurte encore à un Halak intraitable et Gaborik revient en jeu sans dommage. Les Européens résistent dans les duels, même s'ils reculent de plus en plus. Le temps joue en leur faveur, et ils parviennent à offrir à leur gardien un blanchissage de 35 arrêts.

Victoire inattendue des Européens, à l'issue d'une prestation de qualité. Bien placés collectivement, les hommes de Ralph Krueger ont parfaitement exploité les erreurs adverses et n'ont pas laissé grand chose aux Américains. Halak a fait le reste.

On peut s'étonner du manque d'engagement des États-Unis, équipe pourtant bâtie pour user physiquement l'adversaire. Le match n'a pas été très rugueux, et les points forts des joueurs de Tortorella ont alors disparu. L'entraîneur est déjà fortement critiqué pour ses choix tactiques dans ce match. Le but était de construire une équipe capable de battre le Canada ? Il le faudra, sous peine d'être éliminé rapidement...

 

Europe - États-Unis 3-0 (1-0, 2-0, 0-0)
Samedi 17 septembre 2016, 15h30. Air Canada Center de Toronto, Canada. 18959 spectateurs.
Arbitrage de Gord Dwyer et Kelly Sutherland (CAN) assistés de Shane Heyer et Derek Amell (CAN).
Tirs : Europe 17 (5, 5, 7), États-Unis 35 (6, 12, 17)
Pénalités : Europe 4' (0', 2', 2'), États-Unis 8' (2', 2', 4')

Récapitulatif du score
1-0 à 04'19" : Gaborik assisté de Nielsen et Zuccarello
2-0 à 24'02" : Draisaitl assisté de Niederreiter et Rieder
3-0 à 38'32" : Bellemare assisté de Hansen et Ehrhoff

Europe

Attaquants
Tomas Tatar - Anze Kopitar (C) - Marian Hossa
Marian Gaborik (2', +1) - Frans Nielsen (+1) - Mats Zuccarello (+1)
Nino Niederreiter (+1) - Leon Draisaitl (+1) - Tobias Rieder (+1)
Thomas Vanek - Pierre-Edouard Bellemare (+1) - Jannik Hansen (+1)

Défenseurs
Roman Josi (+3) - Dennis Seidenberg (+2)
Christian Ehrhoff (4', +2) - Mark Streit (A)
Zdeno Chara (A) - Andrej Sekera

Gardien :
Jaroslav Halak

Remplaçant : Philipp Grubauer (G). Réservistes : Thomas Greiss (G), Luca Sbisa (D), Mikkel Bødker (A)

États-Unis

Attaquants
Zach Parise - Joe Pavelski (C) - Blake Wheeler
James van Riemsdyk (-2) - Derek Stepan (-2) - Patrick Kane (A, -2)
Max Pacioretty - Ryan Kesler (4', -1) - TJ Oshie
Justin Abdelkader (-1) - Brandon Dubinsky (4', -1) - David Backes

Défenseurs
Ryan McDonagh (-1) - Matt Niskanen (-1)
Ryan Suter (A, -2) - John Carlson (-1)
Erik Johnson (-1) - Jack Johnson.

Gardien :
Jonathan Quick

Remplaçant : Ben Bishop (G). Réservistes : Cory Schneider (G), Dustin Byfuglien (D), Kyle Palmieri (A).