Russie - Suède (Coupe du monde 2016, groupe B)

Il y a de vrais contrastes dans cette première confrontation du groupe B de la Coupe du monde. Face à une Russie dont les superstars sont désormais sur la pente descendante, la Suède est donnée favorite avec ses générations de plus en plus talentueuses.

Si les Russes ont le talent offensif, les Suédois, eux, regorgent de défenseurs-vedettes. Mais cette équipe scandinave - avec un nouvel entraîneur Rikard Gronborg aux commandes - a-t-elle assez de repères ? Ces joueurs se sont surtout illustrés ces dernières années par leurs désistements à répétition. Le maillot frappé des trois couronnes a-t-il encore la même valeur pour cette jeune génération scandinave ? Le patriotisme retrouvé est au contraire la vertu cardinale mise en avant de nos jours par la Russie.

MARKSTROM Jacob 160519 922Le dernier match de préparation perdu 6-2 contre la "Team Europe" induit quelques doutes dans le camp suédois. Cela n'aurait évidemment pas remis en cause le "roi" Henrik Lundqvist... sauf qu'il est tombé malade ! C'est donc Jakob Markström qui débute dans la cage scandinave. La Russie a maintenu l'alignement qui a poussé le Canada en prolongation.

La Russie attaque la première, mais les Suédois utilisent très vite leurs atouts : ils mettent une forte pression dans les balustrades et finissent toutes leurs mises en échec. Les rouges sont gênés dans sa construction du jeu. Sur une infiltration de Vladimir Tarasenko, il prend un coup de crosse dans le bras de la part d'Anton Strålman, qui prend la première pénalité. Gênés par le pressing de Hagelin et consorts, les Russes n'arrivent pas plus à déployer leur jeu avec l'avantage d'un homme.

La Russie est bloquée en zone neutre, et même souvent dans ses relances. Pour autant, en phase défensive, elle n'accorde aucune bonne position aux Suédois et contre les tirs. Reste à voir l'influence d'une pénalité, en l'occurrence pour un palet dégagé par-dessus les balustrades par Dmitri Orlov. Il met du temps à aller en prison car il faut lui mettre du coton dans le nez, touché par une crosse haute de Backlund qui a échappé aux arbitres. Pas besoin de hurler au complot occidental tout de suite : la boîte russe, plus regroupée et moins active que son homologue, passe également son premier test sans encombres.

Les deux équipes se neutralisent donc dans cette première période. Les batailles pour le palet sont féroces et répétées, mais le jeu quitte rarement les bandes. Les occasions franches sont rares, et le principal moment d'émotion est un coup du sort : Andrei Markov, seul devant son gardien, brise sa crosse en deux au moment de relancer ! Le palet arrive en cadeau-surprise pour Mikael Backlund qui peut donc tirer seul face à Bobrovsky... qui repousse du coude droit.

ANISIMOV Artyom 150517 1001La Suède prédomine encore en deuxième période par sa capacité à perturber les lancements de jeu adverses, mais elle attend encore son moment décisif pour en profiter. Celui-ci semble arriver quand Aleksei Emelin perd sa crosse. Victor Hedman voit l'ouverture ainsi procurée et envoie en échappée Patric Hörnqvist, que le défenseur russe aux mains nues ne peut contrarier. Bobrovsky réussit sa deuxième parade majeure, du gant.

On atteint donc la mi-match à 0-0 et on se demande ce qui va faire basculer cette partie. Tout bonnement, une pénalité, contre Vadim Shipachyov qui a accroché Daniel Sedin. Il faut quatre secondes pour l'ouverture du score. Niklas Bäckström remporte la mise au jeu et Gabriel Landeskog reprend magnifiquement de volée la passe d'Erik Karlsson, pendant que Patric Hörnqvist fait écran de son corps devant la cage (1-0). Deux minutes plus tard, le centre du revers de Carl Hagelin trouve Victor Hedman avancé au milieu du slot sans opposition de la paire défensive Markov-Emelin ni du trio d'Anisimov (2-0).

Une séquence de 4 contre 4, si elle est inaugurée par les frères Sedin, permet enfin aux Russes de créer du danger. Alors que Markström a effectué son déplacement latéral, Vladimir Tarasenko passe de derrière la cage au premier poteau pour Nikolaï Kulyomin, dont le tir heurte la crosse de Strålman avant d'être capté. Une pénalité de Niklas Bäckström n'apporte rien à une Russie maladroite, et c'est même la Suède qui part à 2 contre 1 : Zaïtsev intercepte tout de même la passe de Backlund pour Hagelin.

LANDESKOG Gabriel 130518 002Il faudrait une vraie transformation de la Russie au troisième tiers-temps pour remporter ce match. Cela n'en prend guère le chemin. Le capitaine Aleksandr Ovechkin, très présent physiquement depuis le début de la partie, prend une pénalité stupide pour cinglage après être venu provoquer devant le banc suédois. Même si c'est sans conséquence, c'est un autre type de réaction qu'on attendrait de lui.

Rien à faire pour des Russes qui n'arrivent toujours pas à enchaîner des passes et qui perdent beaucoup trop de palets. Znarok sort son gardien en fin de match. Pour la forme ? Son équipe marque enfin sur une action simple : lancer balayé d'Ovechkin à la ligne bleue, masqué par Kulyomin (2-1). À trente-trois secondes de la fin, n'est-ce pas trop tard. La Russie s'installe à nouveau. Datsyuk gagne l'engagement à dix secondes de la fin. Markström repousse en l'air un lancer axial, et Ovechkin rabat le palet du gant... But !? La rondelle a-t-elle touché ensuite une crosse ? L'arbitre invalide le but, mais les Russes sont convaincus et célèbrent l'égalisation. La décision du juge vidéo fera l'effet d'une douche froide.

La victoire suédoise est logique, malgré cette dernière minute folle. Aucun joueur russe - hormis Bobrovsky et dans une moindre mesure Ovechkin - n'a réussi à exprimer son meilleur hockey ce soir. Les combinaisons de passes ont été rarissimes, et même certains jeux faciles ont été ratés. Contrairement au Canada qui n'avait peut-être pas tout dévoilé, la Suède a su trouver la recette parfaite pour neutraliser cette équipe privée de possession durable et rendue inoffensive. Les prédictions funestes des Nord-Américains risquent de se concrétiser tristement pour cette Russie, déjà dos au mur après le premier match.

Étoiles du match : *** Victor Hedman (SUE), ** Jacob Markström (SUE), * Gabriel Landeskog (SUE).

 

Suède - Russie 2-1 (0-0, 2-0, 0-1)
Dimanche 18 septembre 2016 à 15h00 au Air Canada Centre de Toronto. 18966 spectateurs.
Arbitrage de Wes McCauley et Dan O'Rourke (CAN) assistés de Brian Murphy et Jonny Murray (CAN).
Pénalités : Suède 6' (2', 4', 0'), Russie 8' (2', 4', 2').
Tirs : Suède 29 (10, 10, 9), Russie 28 (8, 11, 9).

Évolution du score :
1-0 à 30'41" : Landeskog assisté de Karlsson et Bäckström (sup.num.)
2-0 à 32'52" : Hedman assisté de Hagelin
2-1 à 59'27" : Ovechkin assisté de Malkin


Suède

Attaquants :
Daniel Sedin (A) - Henrik Sedin (C, +1) - Loui Eriksson
Filip Forsberg - Nicklas Bäckström (2') - Patric Hörnqvist
Gabriel Landeskog (-1) - Mikael Backlund - Carl Söderberg (-1, 2')
Carl Hagelin (+1) - Marcus Krüger (-1) - Jakob Silfverberg (+1)

Défenseurs :
Victor Hedman (+1) - Anton Strålman (+1, 2')
Oliver Ekman-Larsson - Niklas Hjalmarsson (-1)
Mattias Ekholm (-1) - Erik Karlsson (A)

Gardien :
Jacob Markström

Remplaçant : Jhonas Enroth (G). En tribune : Henrik Lundqvist (G, malade), Hampus Lindholm, Patrik Berglund

Russie

Attaquants :
Aleksandr Ovechkin (C, +1, 4') - Pavel Datsyuk (A, +1) - Nikita Kucherov
Nikolaï Kulyomin (+1) - Evgeni Malkin (A, +1) - Vladimir Tarasenko (+1)
Ivan Telegin (-1) - Artyom Anisimov (-1) - Evgeni Kuznetsov (-1)
Artemi Panarin - Vadim Shipachyov (2') - Evgeni Dadonov

Défenseurs :
Evgeni Orlov (2') - Nikita Zaitsev
Andrei Markov - Aleksei Emelin (-1)
Dmitry Kulikov - Aleksei Marchenko

Gardien :
Sergei Bobrovsky [sorti à 58'37"]

Remplaçant : Semyon Varlamov (G). En réserve : Andrei Vasilievsky (G), Nikita Nesterov (D), Vladislav Namestnikov (A).