Fiasco à l'américaine

Ce sont des Américains déjà au pied du mur dès le deuxième match de la Coupe du monde qu'accueille le Canada.

Avec seulement trois rencontres de tour préliminaire et deux qualifiés pour les demi-finales, le format de cette Coupe du monde ne laisse que peu de place aux erreurs. Défaits en ouverture par l'équipe Europe (0-3), les États-Unis sont dans l'obligation de gagner pour espérer continuer l'aventure. Mais cette réaction doit se produire face au redouté Canada - facile vainqueur de la Tchéquie 6-0 - dans le "hornets' nest", le nid de frelons du Air Canada Centre, comme le surnomme le coach américain John Tortorella.

ABDELKADER Justin 120505 426Pour le Team USA, c'est donc une rencontre pour la survie, un véritable match 7, un "championship game" comme l'a martelé Tortorella auprès de ses joueurs durant les derniers entraînements. Tortorella qui doit également se justifier auprès des médias pour la titularisation de Justin Abdelkader en première ligne, un travailleur plutôt formaté pour un quatrième trio, propulsé aux côtés de la fusée Patrick Kane. "Torts" compte sur le physique et le fore-checking du joueur de Détroit pour faire la différence, alors que Kyle Palmieri et l'explosif Dustin Byfuglien ne sont plus réservistes mais sont en tenue. La solution sera-t-elle payante et suffisante ? 

Après le succès contre la Tchéquie, Mike Babcock a décidé de conserver exactement le même alignement. Les États-Unis n'ont pas encore marqué dans cette Coupe du monde et font face à un mur. Si l'on se réfère à la première joute de cette compétition et à la demi-finale et la finale des JO de Sotchi, il apparaît que Carey Price conserve une invincibilité encore en cours de 224 minutes 19 secondes. C'est donc un sacré défi qui attend les Américains, le dernier challenge pour certains d'entre eux. Aux Jeux olympiques de Vancouver en 2010, ils étaient neuf parmi cette sélection à battre le Canada au tour préliminaire avant de s'incliner en finale en prolongation face à Sidney Crosby. Si la frilosité de la NHL à libérer ses joueurs pour les JO 2018 devait se confirmer, ce serait pour eux la dernière chance de briller sous l'uniforme américain.

Carey Price est donc devenu imbattable en match international, mais son immunité va disparaître rapidement. Les Américains effectuent une attaque rapide, le palet se retrouve dans les pieds de Vlasic qui est davantage préoccupé par la présence aussi près du but de Ryan McDonagh, le défenseur des Rangers parvient tout de même à mettre le puck au fond des filets (1-0, 04'22"). L'invincibilité du gardien du Canadien de Montréal s'achève à 228 minutes et 41 secondes. Et une minute plus tard, Price doit intervenir face à une reprise de Blake Wheeler, certes peu puissante, après un bon travail derrière la cage de Ryan Kesler.

Les États-Unis démarrent leur match de la meilleure des manières mais concèdent rapidement l'égalisation. Marc-Edouard Vlasic frappe, le palet tape la bande et revient dans la crosse de Matt Duchene, la réaction de Jonathan Quick est trop longue, le portier de Los Angeles laisse un angle trop favorable (1-1, 05'51").

Le Canada est déjà de retour et les États-Unis n'ont pas le temps de s'en remettre qu'ils vont se retrouver davantage en difficulté. Lors de l'engagement qui suit, les Américains perdent la rondelle en zone neutre, Logan Couture s'échappe sur l'aile droite, centre du revers, Quick détourne du bouclier... sur Corey Perry qui, sans faire un geste intentionnel - but qui nécessitera la vidéo - donne l'avantage à son équipe (1-2, 06'05"). On imagine la frustration des Américains : ils encaissent deux buts à 14 secondes d'intervalle et ce deuxième rappelle à s'y méprendre celui refusé à James van Riemsdyk contre le Team Europe trois jours plus tôt.

DUCHENE Matt 160506 074Le début de rencontre est tonitruant et le spectacle se poursuit, au grand dam de Tortorella qui voit son équipe vaciller. À la 8e minute, Brad Marchand s'amuse à dribbler en zone offensive, mettant dans le vent Carlson, c'est toutefois repoussé. Mais quatre minutes plus tard, un changement de ligne perturbe la relance américaine, Pacioretty et Erik Johnson sont à la peine, Brent Burns réussit à contrer, Matt Duchene se retrouve alors seul et peut battre tranquillement Quick après quelques dribbles (1-3, 12'07").

Les Canadiens ont (déjà) une avance confortable et il s'en faut de peu pour que Toews, à l'issue d'une séquence à 4 contre 2, n'en remette une couche. Une belle reprise de Joe Pavelski sauvée par l'épaule de Price et un lancer du revers d'Abdelkader, bien lancé par Ryan Suter, ne permettront pas aux États-Unis de réduire la marque avant la pause. L'objectif du Team USA se complique lourdement...

Surtout que le jeu de puissance américain, qui devait bénéficier - selon Tortorella - des apports de Byfuglien et Palmieri, reste muet, même lorsque Bergeron concède la deuxième pénalité de son équipe après un retard de jeu. Patrice Bergeron échoue justement de peu devant le but avec une déviation. Mais le jeu se poursuit et le Canada parvient à revenir dans le camp adverse. John Tavares réalise alors un mouvement magnifique côté gauche, l'attaquant des Islanders élimine Niskanen et met devant le but, McDonagh, occupé à contenir Bergeron, marque du patin dans ses propres filets (1-4, 28'50"). Les États-Unis sont assommés, même si Palmieri tente de sonner la révolte.

Max Pacioretty se révolte aussi, mais à mauvais escient puisqu'il réalise une mise en échec dangereuse contre la balustrade sur Couture en troisième période, un pur geste de vengeance après une première altercation quelques secondes avant. Un geste stupide, voilà qui ne va pas arranger les relations entre "Torts" et Pacioretty, déjà tendues. Malgré Joe Thornton bien démarqué par Bergeron, des slaps puissants de Doughty et Crosby, les États-Unis se sortent de cette infériorité numérique. À la 47e minute, c'est au tour de Steven Stamkos, tout seul devant le but, d'hériter d'une belle occasion mais Jonathan Quick s'interpose par une superbe parade. Les minutes défilent, le public du Air Canada Centre chante mais TJ Oshie réussit à réduire le score - c'est en fait la palette de Thornton qui dirige le puck dans le but - après une séance de grattage devant Carey Price (2-4, 57'28").

PACIORETTY Max 120505 248Il reste 2 minutes 32 aux États-Unis pour réaliser un exploit. Impossible face au professionnalisme, au talent et à l'application du groupe canadien qui, sans surprise, accède aux demi-finales de la Coupe du monde.

C'en est déjà fini des États-Unis dans cette compétition. La sélection du staff qui a fait l'impasse sur Phil Kessel, Tyler Johnson, Justin Faulk, Cam Fowler, Kyle Okposo ou l'habitué Paul Stastny, le coaching dépassé de Tortorella, ils doivent déjà essuyer une avalanche de critiques alors que leur tournoi n'est même pas fini. Il leur reste un match (pour du beurre) face à la Tchéquie, elle aussi déjà éliminée, mais cela ne réussira pas à atténuer l'immense déception. 

C'est un tout qui a éliminé les États-Unis : le niveau de jeu déployé de manière générale mais aussi le format de cette Coupe du monde. La concurrence est rude, le tournoi est court, les performances étonnantes de l'équipe Europe (sûrement sous-estimée) a limité la marge de manœuvre des Américains, qui ne pouvaient s'en remettre à ses stars de demain que sont Jack Eichel, Johnny Gaudreau, Seth Jones ou Auston Matthews, monopolisés par la sélection Amérique du nord U23. Dommage, un peu de rafraîchissement aurait fait tant de bien, d'autant plus avec la mine de pépites que compte désormais le pays. Le Canada, toujours impeccable, continue lui son parcours, déterminé à faire la loi à domicile. Mercredi, c'est l'équipe Europe qui défiera à son tour les Canadiens pour la finale du groupe.

Commentaires d'après-match

Ryan McDonagh (défenseur des États-Unis) : "C'est décevant. Ce n'est pas vraiment l'issue que nous imaginions, c'est arrivé si vite dans ce tournoi. Nous nous sommes mis à courir dès le début de la compétition et cela a fini par nous mettre dans une situation difficile aujourd'hui face à cette équipe."

Ryan Suter (défenseur des États-Unis) : "J'ai l'impression que nous avons totalement laissé tomber notre pays. Nous nous sommes abandonnés, nous-mêmes. Se faire éliminer après seulement deux matchs, c'est très frustrant."

Marc-Edouard Vlasic (défenseur du Canada) : "Notre objectif était de gagner aujourd'hui. Nous voulions nous qualifier pour les demi-finales. Nous l'avons fait. Maintenant, nous voulons terminer premiers du groupe."


États-Unis - Canada 2-4 (1-3, 0-1, 1-0).
Mardi 20 septembre 2016 à 20h00 au Air Canada Centre. 19106 spectateurs.
Arbitrage de Wes McCauley et Eric Furlatt (CAN) assistés de Shane Heyer et Michel Cormier (CAN).
Pénalités : États-Unis 6' (2', 2', 2'), Canada 6' (2', 2', 2').
Tirs : États-Unis 36 (11, 11, 14), Canada 34 (13, 11, 10).

Évolution du score :
1-0 à 04'22" : McDonagh assisté de Stepan et Kane
1-1 à 05'51" : Duchene assisté de Vlasic et Thornton
1-2 à 06'05" : Perry assisté de Couture et Toews
1-3 à 12'07" : Duchene assisté de Burns
1-4 à 28'50" : Bergeron assisté de Tavares et Pietrangelo
2-4 à 57'28" : Oshie assisté de van Riemsdyk et Pavelski


États-Unis

Attaquants :
Justin Abdelkader (-1, 2') - Derek Stepan - Patrick Kane (A)
James van Riemsdyk - Joe Pavelski (C) - TJ Oshie
Blake Wheeler (-1) - Ryan Kesler (-1) - Zach Parise
Max Pacioretty (-1, 2') - Kyle Palmieri (-1) - David Backes (-1)
<br" />Défenseurs :
Ryan McDonagh - John Carlson (-1)
Matt Niskanen (-1) - Ryan Suter (A) 
Erik Johnson (-1, 2') - Dustin Byfuglien (-1)

Gardien :
Jonathan Quick

Remplaçant : Ben Bishop (G). Réservistes : Cory Schneider (G), Jack Johnson (D), Brandon Dubinsky (A). 

Canada

Attaquants :
Brad Marchand - Sidney Crosby (C, +1) - Patrice Bergeron (+1, 2')
Logan Couture (+1) - Jonathan Toews (A, +1) - Corey Perry (+1, 2')
John Tavares - Ryan Getzlaf (-1) - Steven Stamkos (-1) 
Matt Duchene (+1) - Ryan O'Reilly (+1) - Joe Thornton (+1)

Défenseurs :
Marc-Edouard Vlasic - Shea Weber (A)
Jay Bouwmeester (+1) - Drew Doughty (+1)
Alex Pietrangelo (+1) - Brent Burns (+1)

Gardien :
Carey Price (2')

Remplaçant : Corey Crawford (G). Réservistes : Braden Holtby (G), Jake Muzzin (D), Claude Giroux (A).