Les États-Unis en pleine déconfiture

Le premier tour de cette Coupe du monde s'achève donc sur un match sans enjeu, et ce n'était pas prévu.

 

Les États-Unis sont en crise. La défaite contre le Canada et l'élimination qui en a découlé a provoqué une véritable onde de choc. La presse s'en est donnée à cœur joie pour critiquer les choix de USA Hockey, à commencer par la nomination de John Tortorella sur le banc de l’entraîneur, mais aussi ses cinq (!) entraîneurs-adjoints, la politique du manager général Dean Lombardi, le style de jeu souhaité, les joueurs sélectionnés pour cela, et bien d'autres...

Même Phil Kessel, non sélectionné, y est allé d'une petite pique sur les réseaux sociaux : "En promenant mon chien, il me semblait que j'avais quelque chose d'important à faire ce soir, mais je ne sais plus quoi..." Ironie, quand tu nous tiens !

La non-sélection de Kessel, mais aussi de Tyler Johnson, Kyle Okposo ou encore Kevin Shattenkirk, constitue autant de pierres dans le jardin du staff. Son traitement des joueurs intrigue également. Brandon Dubinsky, sélectionné pour sa capacité à agacer Crosby, n'a pas été aligné contre le Canada, mais revient en jeu face aux Tchèques... Dustin Byfuglien, parmi les premiers noms annoncés, et censé améliorer le jeu de puissance, a été écarté au premier match, rappelé au deuxième où il a commis une lourde erreur qui a coûté un but, et reste sur la glace pour le troisième. Dans les cages, Jonathan Quick, décevant, a gardé la confiance permanente du staff. On lui épargne ce troisième match au profit de Ben Bishop, alors que Cory Schneider, aux statistiques d'une constance rare en carrière (plus de 92% d'arrêts) n'est que sur le banc.

Bâtie avec l'obsession de battre le Canada, cette sélection américaine a oublié de jouer contre l'Europe, et cherche à finir en beauté.

Les Tchèques n'ont pas ces mêmes doutes. On ne les attendait pas vraiment dans ce tournoi. Logiquement écrasés par les Canadiens, ils ont bien figuré contre l'Europe, et peuvent remonter au classement en cas de succès.

BISHOP Ben 130504 002Malheureusement pour les Américains, ils encaissent le premier but du match pour la troisième fois de suite. Sur une pénalité différée, Zbynek Michálek, servi au point d'appui, trompe Bishop, profitant d'un bon écran de Martin Hanzal devant le gardien (0-1).

Le gardien Petr Mrázek, sous pression, s'agace. Une première pénalité sur Ryan Kesler n'avait rien donné, mais le côté abrasif des attaquants adverses finit par payer. Le portier s'en prend à son coéquipier de Detroit Abdelkader et concède encore deux minutes. Kane mène le jeu, relayé par Parise ligne de fond, et Pavelski finit le travail au cercle opposé (1-1).

Si les États-Unis ont dominé le premier tiers, le deuxième se révèle bien plus équilibré. Milan Michálek se montre un peu chanceux en étant crédité du deuxième but de son équipe, lorsque Ryan Suter ne parvient pas à dégager le palet et marque contre son camp (1-2). Il est vrai qu'il y avait foule dans la zone de Bishop et que la situation était plus que confuse... Les Américains échouent à revenir en supériorité dans la foulée.

Dix minutes plus tard, Byfuglien réalise un joli mouvement. Il déborde à gauche, stoppe brutalement pour effacer son défenseur. Sa passe à travers l'enclave est parfaite et Abdelkader reprend sans contrôle (2-2).

MICHALEK Milan 110513 029La rencontre bascule alors en 39 secondes. Šustr lance au but, avancé ligne de fond après un travail de Voráček déniche un trou de souris entre le poteau et son coéquipier de Tampa Bay Bishop (2-3). Puis, Milan Michálek reprend de volée une passe de Hemský en débordement, en pleine lucarne (2-4). Les défenseurs l'avaient complètement laissé seul, Carlson et McDonagh suivant Polák vers la cage...

Sonnés, les Américains peinent à revenir. Cory Schneider entre en jeu pour cette fin de match, après la prestation médiocre de Bishop (16/20). Une pénalité de Parise en début de troisième tiers leur est curieusement favorable. Wheeler lance un contre, et McDonagh surgit pour devancer Voráček au rebond (3-4). C'est le premier but en infériorité du tournoi.

Cette réduction du score lance une grosse domination américaine pour finir le match. Kane frôle l'égalisation en tour de cage, mais Mrázek se déplace à toute vitesse, bloquant le disque sur la ligne. Même un avantage numérique en fin de tiers et la sortie de Schneider ne permettent pas de tromper Mrázek, excellent ce soir.


Trois matchs, trois défaites : séisme pour USA Hockey, pendant que ses plus jeunes joueurs ont brillé pour la sélection U23. La relève est là, mais ce fiasco suffira-t-il pour changer le staff et le style de jeu ? Quant à Gary Bettman, il doit se taper la tête contre les murs. Ce résultat n'aidera pas les audiences du tournoi aux Etats-Unis...

Trois étoiles du match : *Milan Michálek, **Dustin Byfuglien, ***Aleš Hemský

Commentaires d'après-match :
John Tortorella (entraîneur des États-Unis) : "Personne dans l'équipe, du staff aux joueurs, n'est content de ce qui s'est passé ici. Mais j'ai trouvé que les joueurs s'étaient mieux rassemblés, et c'est ce que nous voulions. Avec tout ce qu'il y a autour, et à la fédération, nous voulions juste jouer pour nous. Nous échouons de peu ce soir, mais certains joueurs ont beaucoup donné. Nous n'avons juste pas trouvé le chemin de la victoire."

Milan Michálek (attaquant de la République Tchèque) : "Je pense que c'est la première fois que mon frère et moi marquons dans le même match. C'est spécial de le faire dans ce tournoi, avec nos parents en tribune. C'est toujours quelque chose de représenter notre pays, et de jouer ensemble."

Vaclav Prospal (entraîneur-adjoint de la République Tchèque) : "Cette victoire a beaucoup d'importance pour le hockey tchèque, car cela montre à tout le monde que nous savons jouer. Même si nous n'avons pas forcément la profondeur de banc dans l'équipe ou en NHL que nous avions l'habitude d'avoir, nous pouvons encore offrir de gros efforts comme ce soir. Ce qu'il faut retenir de ce match, c'est la passion et le cœur avec lesquels nous avons joué."


États-Unis - République Tchèque 3-4 (1-1, 1-3, 1-0)
Jeudi 22 septembre 2016, 20h00. Air Canada Center de Toronto, Canada. 11987 spectateurs.
Arbitrage de Gord Dwyer et Chris Lee (CAN) assistés de Michel Cormier et Steve Miller (CAN).
Tirs : États-Unis 39 (11, 15, 13), République Tchèque 27 (6, 14, 7)
Pénalités : États-Unis 6' (2', 0', 4'), République Tchèque 8' (4', 2', 2')

Récapitulatif du score
0-1 à 12'44" : Z. Michálek assisté de Palát et Hanzal
1-1 à 14'28" : Pavelski assisté de Parise et Kane (sup. num.)
1-2 à 26'03" : M. Michálek
2-2 à 34'13" : Abdelkader assisté de Byfuglien et Suter
2-3 à 46'50" : Šustr assisté de Voráček et Frolík
2-4 à 37'29" : M. Michálek assisté de Hemský et Polák
3-4 à 42'22" : McDonagh assisté de Wheeler et Dubinsky (inf. num.)
 

États-Unis

Attaquants :
Zach Parise (4', -2) - Joe Pavelski (C, -1) - Blake Wheeler (+1)
James van Riemsdyk (-2) - Derek Stepan (-2) - Patrick Kane (A, -2)
Max Pacioretty - Ryan Kesler (-1) - TJ Oshie (-2)
Justin Abdelkader (+1) - Brandon Dubinsky (+2) - Kyle Palmieri (+1)

Défenseurs :
Ryan McDonagh (-1) - Matt Niskanen (-1)
Ryan Suter (A) - John Carlson (-1)
Dustin Byfuglien (2') - Jack Johnson (-1)

Gardien :
Ben Bishop puis Cory Schneider de 40'00" à 58'26"

Réservistes : Jonathan Quick (G), Erik Johnson (D), David Backes (A).

République Tchèque

Attaquants :
Ondřej Palát (+1) - Tomáš Plekanec (C) - Jakub Voráček (-1)
Milan Michálek (+2) - Martin Hanzal (2', +2) - David Pastrňák
Roman Červenka - Vladimir Sobotka (+1) - Aleš Hemský (+2)
Michal Birner (-1) - Dmitrij Jaškin (-1) - Michael Frolík

Défenseurs :
Andrej Šustr (+1) - Jakub Nakládal (+2)
Tomáš Kundrátek (-1) - Roman Polák
Michal Jordán (+2) - Zbynek Michálek (+1)

Gardien :
Petr Mrázek (4')

Remplaçant : Michal Neuvirth (G). En réserve : Ondrej Pavelec (G), Michal Kempný (D). Blessé : Radek Faksa.