Canada - Russie (Coupe du monde 2016, demi-finale)

Le Canada, dominateur dans sa poule, vit maintenant son moment de vérité. Contrairement à la finale au meilleure des trois manches, cette demi-finale se joue en un match sec, et il convient de se méfier de l'ours russe qui dort.

Dès le coup d'envoi, une surprise : Ovechkin et Malkin ensemble sur la glace ?! Le duo qui n'a jamais fonctionné ? Critiqué pour ses lignes parfois étranges et son refus de les expliquer (contrairement aux entraîneurs nord-américains bien plus communicatifs), Oleg Znarok a-t-il décidé de pousser la provocation jusqu'au bout ? En fait, il joue à onze attaquants, et les trois centres tournent donc avec quatre paires d'ailiers. On se dit alors que c'est un choix contraint : Shipachyov se plaignait de la jambe avant le dernier match et a peut-être rejoint Datsyuk à l'infirmerie. Quand les blessures perturbent ses lignes, c'est en général mauvais signe pour la Russie. Le fait que Znarok ait beaucoup bouleversé ses trios est peut-être un mal pour un bien : les joueurs se sont habitués à des partenaires différents...

MARCHAND Brad 160506 410Pendant cinq minutes, le jeu est physiquement très engagé mais pauvre en occasions car les deux équipes défendent bien. La première pénalité est ensuite canadienne. Bouwmeester perd un palet en zone neutre et retient Ivan Telegin à l'approche de la cage. L'unique tir pendant deux minutes sera signé Brad Marchand, la Russie ne réusssit rien en supériorité numérique sinon un dégagement interdit... Au retour à cinq, Dmitri Kulikov perd deux fois le palet sur la même présence, la seconde fois dans sa zone face à Sidney Crosby : le capitaine canadien déballe le cadeau en dribblant Bobrovsky en face-à-face (1-0)

Brent Burns fait trébucher Kuznetsov dans son enclave. Le jeu de puissance russe commence mieux avec un bon tir de Markov détourné de la botte par Price... mais Malkin perd le palet en zone neutre devant Jonathan Toews qui part en 2 contre 1 avec Logan Couture. C'est ensuite au tour de la Russie de devoir subir les foudres arbitrales... trois fois de suite ! Tarasenko donne un mauvais coup, Zaitsev fait trébucher O'Reilly dans le slot, et enfin Kuznetsov contrôle mal sa crosse, haute, alors qu'il est en contre-attaque. Le premier avantage numérique du Canada est décevant, les deux suivants sont nettement plus dangereux. Steven Stamkos est mis à deux reprises en position idéale, mais n'a toujours pas de déclic dans ce tournoi : il manque d'abord le cadre, puis bute sur un déplacement parfait de Bobrovsky.

Sergei Bobrovsky est encore mis à contribution en deuxième période, pour orienter le rebond de la jambière face à Corey Perry ou pour s'étendre et priver Stamkos de solutions. Le Canada domine désormais clairement à cinq contre cinq. Comme lors du match de préparation (qu'elle n'a perdu 2-1 qu'en prolongation), la Russie est maintenue dans le match par son gardien et reste à portée.

BOBROVSKI Sergei 150516 535Sur une mise au jeu canadienne en zone offensive, Jay Bouwmeester n'arrive pas à contrôler un palet capricieux à la ligne bleue. Nikita Kucherov part en 2 contre 1 avec Namestnikov, et alors que tout le monde s'attend à une passe, il place un tir parfait entre Price et son poteau (1-1). Le match s'anime et le jeu va maintenant d'une cage à l'autre. Toujours maudit, Stamkos lance... sur la barre transversale !

Ivan Telegin commence le travail en fond de zone d'Ivan Telegin, Evgeni Dadonov se défait à son tour de O'Reilly et remet en retrait pour Telegin en percussion qui amène le palet du patin avec lui... Price pare mais Evgeni Kuznetsov frappe la rondelle volante avec sa crosse (1-2). Bobrovsky est encore chaud bouillant avec un double arrêt devant Tavares, et pour en venir à bout, il faut encore compter sur la première ligne. Sidney Crosby vient encore chiper un palet au nez et à la barbe d'un défenseur russe (Markov cette fois) et décale Brad Marchand pour l'égalisation (2-2). La deuxième période se termine à haute intensité avec une poussée russe. Un tir d'Orlov est dévié par Weber... sur le poteau du but de Price.

Le premier trio du Canada est toujours déchaîné au début du troisième tiers-temps. Martin Bergeron centre pour la déviation dans l'axe à bout portant de Brad Marchand... mais Sergei Bobrovsky réalise un exceptionnel arrêt de la mitaine ! Malheureusement, Bobrovsky laisse ensuite passer un tir plus anodin de ce même Marchand, à mi-hauteur côté mitaine (3-2). Difficile de reprocher cette erreur à celui qui aura été le héros russe de la soirée.

PERRY Corey 160506 355Le Canada tue une pénalité et enfonce les derniers clous. Corey Perry vient se placer devant la cage pour gêner d'abord la vue de Bobrovsky, puis pour prendre lui-même le rebond (4-2). John Tavares profite de l'écran de Ryan Getzlaf - qu'Emelin n'arrive pas à bouger - pour ajouter le cinquième but (5-2). La Russie reste valeureuse et sort son gardien à deux minutes de la fin. Elle en est récompensée par un but pour l'honneur d'Artemi Panarin après deux poteaux (5-3).

La faiblesse de la Russie dans ce tournoi est évidente : 0 but et à peine 8 tirs en 11 supériorités numériques ! Sa force aussi fait l'unanimité : Bobrovsky a recueilli tous les suffrages et confirme qu'il est bien le gardien numéro 1 que son pays attendait tant. Sa défense reste sujette à caution : Zaitsev, Orlov et Marchenko ont certes réussi leur tournoi, mais les 4 buts encaissés par la paire montréalaise Markov-Emelin ce soir et l'erreur initiale de Kulikov ont coûté cher. Quant au septième défenseur Nesterov, il a passé moins de sept minutes sur la glace. On comprend d'autant moins la justification de Znarok qui explique le jeu à 11 attaquants comme un choix volontaire. Encore une fois, aucune ligne offensive n'a vraiment su tirer la Russie.

Le trio majeur, parfaitement complémentaire, invariable depuis le début de la préparation, c'est de nouveau Marchand-Crosby-Bergeron. La Russie n'avait aucun équivalent pour la mener. Le fait d'avoir égaliser une minute seulement après avoir été menés a chassé tous les doutes pour des Canadiens légitimement en pleine confiance.

Désignés joueurs du match : *** Brad Marchand (CAN), ** Sidney Crosby (CAN), * John Tavares (CAN).

Commentaires d'après-match

Oleg Znarok (entraîneur de la Russie) : "Je remercie les gars qui se sont battus jusqu'à la fin. Je leur ai dit avant le match qu'ils sont la meilleure équipe que j'ai jamais coachée. C'est un bon tournoi, nous en tirerons les conclusions pour la suite. Sur petite glace, nous aurions dû plus tirer à la cage pour être plus menaçants. Nous avons un peu modifié les lignes en supériorité numérique, mais cela reste un point problématique. [...] Non, le Canada n'est pas invincible. Qu'est-ce que ça veut dire, invincible ? Un jour, le moment viendra. Le nôtre. Nous avons une équipe plus jeune d'un an que le Canada. [...] Nous savions que les Canadiens nous mettraient beaucoup de pression. Nous nous sommes dit que si un défenseur était longuement pénalisé, nous resterions à cinq. Nous avons donc décidé de jouer à trois centres, pour qu'ils aient un temps de jeu normal."

Brad Marchand (attaquant du Canada) : "Je pense que c'est une chose qui fait [de Crosby] un si grand joueur, sa détermination. Il est toujours grand dans les grands matchs. Ce genre d'actions, c'est là d'où vient le leadership. Quand on est capable d'être un leader à ce niveau, dans un groupe de leaders, alors on prend le contrôle. Cela montre qu'il est un joueur spécial. Il a créé ce but qui retourne le match."

 

Canada - Russie 5-3 (1-0, 1-2, 3-1)
Samedi 24 septembre 2016 à 19h00 au Air Canada Centre de Toronto, Canada. 19021 spectateurs.
Arbitrage de Kelly Sutherland et Wes McCauley (CAN) assistés de Brian Murphy et Pierre Racicot (CAN).
Pénalités : Canada 6' (4', 0', 2'), Russie 6' (6', 0', 0').
Tirs : Canada 47 (17, 16, 14), Russie 34 (7, 8, 19)

Évolution du score
1-0 à 07'40" : Crosby
1-1 à 28'47" : Kucherov assisté de Zaitsev et Malkin
1-2 à 36'24" : Kuznetsov assisté de Telegin et Dadonov
2-2 à 37'36" : Marchand assisté de Crosby et Bergeron
3-2 à 41'16" : Marchand assisté de Crosby et Bergeron
4-2 à 45'48" : Perry assisté de Couture et Vlasic
5-2 à 49'22" : Tavares assisté de Getzlaf et Vlasic
5-3 à 59'51" : Panarin assisté de Kulemin et Kucherov
 

Canada

Attaquants :
Logan Couture - Jonathan Toews (A, +1) - Corey Perry
Brad Marchand - Sidney Crosby (C, +2) - Patrice Bergeron (A)
John Tavares (+2) - Ryan Getzlaf (+1, 2') - Steven Stamkos (+2)
Matt Duchene - Ryan O'Reilly (-2) - Joe Thornton

Défenseurs :
Marc-Edouard Vlasic (+3) - Shea Weber (+3)
Jay Bouwmeester (-1, 2') - Drew Doughty
Alex Pietrangelo - Brent Burns (-1, 2')

Gardien :
Carey Price

Remplaçant : Corey Crawford (G). Réservistes : Braden Holtby (G), Jake Muzzin (D), Claude Giroux (A).

Russie

Ailiers :
Aleksandr Ovechkin (C, -1) - Vladimir Tarasenko (-2, 2')
Artemi Panarin - Nikolaï Kulyomin
Ivan Telegin - Evgeni Dadonov (+1)
Vladislav Namestnikov - Nikita Kucherov (+1)
Centres : Evgeni Malkin (+2), Evgeni Kuznetsov (-1, 2'), Artyom Anisimov (-2)

Défenseurs :
Evgeni Orlov (+1) - Nikita Zaitsev (+1, 2')
Andrei Markov (-3) - Aleksei Emelin (-3)
Dmitry Kulikov (-1) - Aleksei Marchenko (-1)
Nikita Nesterov

Gardien :
Sergei Bobrovsky

Remplaçant : Semyon Varlamov (G). En réserve : Andrei Vasilievsky (G), Vadim Shipachyov (A), Pavel Datsyuk (A, blessé).