Tatar sort de sa boîte

Personne n'attendait l'équipe européenne "patchwork" à ce niveau-là, mais Ralph Krueger a réussi son pari. L'homogénéité et la rigueur de l'équipe, bien aidée par une solide prestation de Jaroslav Halak dans les cages, ont permis aux joueurs de huit pays de se hisser en demi-finales.

La Suède, première de son groupe, reste la favorite de ce match d'échecs attendu. Elle est privée de Mikael Backlund, rentré à Calgary après le diagnostic d'une commotion.

Un premier tiers verrouillé

SEKERA Andrej 130503 078Le match débute tambour battant : après vingt-cinq secondes, chaque équipe compte déjà une occasion ! La Suède prend petit à petit l'ascendant, grâce à sa qualité de relance. Une longue passe envoie Gabriel Landeskog, sorti du banc, au duel en un-contre-un. Le capitaine de Colorado s'infiltre et Halak bloque le tir.

Les Européens, qui tentaient de mieux contrôler le jeu, concèdent finalement une pénalité à la cinquième minute, lorsque Seidenberg brise la crosse de Forsberg à la bleue offensive, pour couper une tentative d'échappée. Avec un seul but en dix tentatives dans le tournoi, le jeu de puissance suédois manque de se faire piéger en contre, mais Bellemare est trop court au centre. Le plus suédois des Français joue encore un grand rôle pour gagner du temps.

Une séquence qui met l'Europe en confiance. Gaborik gagne un duel au fond et sort du coin pour attaquer le premier poteau, que Lundqvist verrouille. La meilleure chance de ce début de match revient toutefois aux Suédois à mi-période, avec un tour de cage et un rebond qui traînent devant Halak, un peu chanceux sur l'affaire.

La Tre-Kronor s'empare du palet et tourne bien dans la zone offensive. Les tirs de la bleue restent dangereux, et la vitesse sur les ailes provoque aussi des rebonds. Loui Eriksson obtient ainsi deux occasions à bout portant sur un travail des jumeaux Sedin.

La partie s'équilibre alors, l'Europe effectuant un excellent travail dans la neutre pour couper la vitesse adverse. Le jeu de passe découpe bien la défense suédoise et un tir de Josi permet à Kopitar de s'offrir un rebond dangereux dans la dernière minute.

L'Europe s'enhardit

La rencontre est comme prévue assez fermée. Elle s'ouvre finalement sur une mise au jeu offensive remportée par la Suède. Le tir excentré à travers la foule retombe sur Nicklas Bäckström, qui prend le rebond cage ouverte (0-1). La domination scandinave aux engagements est criante depuis le début de la partie, avec uniquement Frans Nielsen quasi-parfait pour les Européens... Le but résiste à la révision vidéo pour obstruction sur le gardien, et Ralph Krueger perd donc son temps mort.

Le but est d'importance. Onze des treize rencontres du tournoi ont basculé en faveur de l'équipe qui marquait la première. L'Europe réagit tout de suite et force Hjalmarsson à une faute devant la cage : deux minutes. Josi fait parler sa vitesse en parvenant à reprendre un contre, juste après avoir filé au banc pour bris de crosse... C'est le seul moment fort d'un jeu d'impuissance complète des blancs.

La séquence a eu le mérite de remettre les joueurs de Krueger dans le bon sens. La Suède attend, défend bien, mais concède deux minutes très bêtes à l'échec-avant. Zuccarello s'illustre sur la pénalité différée avant le coup de sifflet pour l'obstruction de Forsberg. Le zéro sur douze dans le tournoi pousse Krueger à aligner Chara... devant le gardien. Le Slovaque manque de tromper Lundqvist en déviant un tir d'Ehrhoff. Ce sera le seul temps fort, l'équipe se montrant bien trop maladroite au jeu de passes par la suite.

Pire, un surnombre est appelé juste à la fin de l'avantage numérique. La Suède se retrouve donc à un de plus... et ne fait pas mieux, manquant d'encaisser un but en fin d'avantage sur une percée d'Hossa, puis une de Rieder ! Lundqvist tient son équipe dans le match sur les deux tirs, et bloque aussi deux lancers de Chara de loin. Ekholm et Hossa se chauffent ensuite devant la cage et sortent tous les deux, ouvrant un quatre-contre-quatre.

Ce temps fort européen finit par payer. Ehrhoff déborde jusqu'à la ligne de fond, servi par Kopitar, et remise sur Gaborik planté dans l'enclave. Entre deux défenseurs, le Slovaque a la crosse au sol et parvient à pousser le palet ras glace. Le disque glisse doucement entre les jambes de Lundqvist (1-1).

L'Europe est en feu : Vanek vole un palet dans la crosse de Hjalmarsson et attaque la cage, forçant Lundqvist à s'étendre. Bonne fin de tiers pour le petit poucet, qui domine au chapitre des tirs à la pause. La Suède a beaucoup trop reculé après avoir ouvert le score, se contentant de défendre ce maigre avantage.

Le bras de fer continue

TATAR Tomas 140509 497Sur l'engagement du troisième tiers, l'Europe confirme. La mise au jeu est gagnée par la Suède et revient sur Hedman, qui cherche Forsberg à gauche. Sekera le gêne, récupère et lance Tatar en un-contre-un dans l'axe. L'attaquant de Detroit lance en hauteur. Lundqvist ne parvient pas à tenir le disque dans la mitaine et le Slovaque saute sur le rebond, du revers (2-1).

Vexés, les Suédois réagissent par Söderberg, et Halak gagne son duel. Mais les joueurs de Krueger restent confiants, sereins dans leur style de jeu. Il y a du soutien, un bon placement, et très peu d'erreurs. Très peu, mais il y en a tout de même. Zuccarello sort pour un accrochage et replace la Suède en supériorité. Les Scandinaves tournent bien, sans parvenir à se créer un tir cadré, jusqu'à un essai d'Ekman-Larsson à la dernière seconde.

L'Europe frôle le but du break à la mi-tiers. Bellemare bloque un tir, Hansen récupère et envoie une passe longue vers Vanek dans le dos de la défense. L'Autrichien file en échappée, tire, le palet franhchit le gardien ralentit vers la ligne... Strålman dégage le palet de justesse !

La Suède ne fait plus grand chose, mais profite d'une erreur de Zuccarello pour placer Bäckström en bonne position. Le centre de Washington manque complètement le cadre. L'Europe gère, gère... mais la Suède dispose d'un arsenal derrière. La Tre Kronor conserve bien le palet et le redonne à Erik Karlsson à la bleue. Le défenseur d'Ottawa, discret tout au long du match, envoie un tir flottant, dévié devant la cage par Josi (2-2).

La partie devient nerveuse au fur et à mesure que les minutes défilent et la Suède appuie. Seidenberg commet une grosse erreur devant son but et Henrik Sedin tente la passe de trop. Ekholm suit tout de même et Halak repousse : la sirène retentit, prolongations, à cinq contre cinq et sans tirs au but. Henrik Sedin avait un bon angle de tir du revers, mais a trop cherché le jeu parfait...

La surprise continue

Halak réalise le premier arrêt, sur un tir excentré d'Ekholm, malgré Eriksson planté devant lui. Puis, Bäckström déborde à droite et Halak repousse encore. La Suède parait en mission...

... mais le palet file de l'autre côté. Tatar résiste le long de la bande, Kopitar envoie au fond. Lundqvist sort jouer derrière le but, mais manque le palet, qui roule à l'opposée. Zuccarello envoie un tir instantané depuis la bande. Tatar, qui traîne au poteau opposé, reprend en deux temps devant un Lundqvist au sol. Les joueurs se ruent vers le Slovaque pour fêter le but... finalement validé après révision vidéo (3-2).

La Suède s'arrête là, dans un match sans grand génie ni audace. L'improbable sélection à huit pays se qualifie donc pour la finale. Jugée trop lente, trop vieille, sans l'âme patriotique et placée dernière dans tous les pronostics - à 33 contre 1 ! - la troupe de Ralph Krueger a montré toutes ses qualités. Sérieux, constance, application. Douée pour faire déjouer l'adversaire, elle a proposé du jeu en attaquant aux moments opportuns sans se découvrir. L'Europe défiera le Canada au meilleur des trois matchs.

 

Europe - Suède 3-2 après prolongation (0-0, 1-1, 1-1, 1-0)
Dimanche 25 septembre 2016, 13h. Air Canada Center de Toronto, Canada. 12595 spectateurs.
Arbitrage de Dan O'Halloran et Dan O'Rourke (CAN) assistés de Derek Amell et Jonny Murray (CAN).
Tirs : Europe 31 (5, 16, 8, 2), Suède 39 (10, 9, 17, 3)
Pénalités : Europe 8' (2', 4', 2', 0'), Suède 6' (0', 6', 0', 0')

Récapitulatif du score
0-1 à 22'31" : Backtröm assisté de Strålman et Hornqvist
1-1 à 36'27" : Gaborik assisté de Ehrhoff et Kopitar
2-1 à 40'12" : Tatar assisté de Sekera
2-2 à 55'28" : Karlsson assisté de H. Sedin et D. Sedin
3-2 à 63'43" : Tatar assisté de Zuccarello et Kopitar
 

Europe

Attaquants
Tomas Tatar (+1) - Anze Kopitar (C, +2) - Marian Hossa (2')
Marian Gaborik - Frans Nielsen (-1) - Mats Zuccarello (2')
Nino Niederreiter - Leon Draisaitl (+2) - Tobias Rieder
Thomas Vanek - Pierre-Édouard Bellemare - Jannik Hansen

Défenseurs
Roman Josi - Dennis Seidenberg (2')
Christian Ehrhoff (+1) - Mark Streit (A, +1)
Zdeno Chara (A) - Andrej Sekera

Gardien :
Jaroslav Halak

Remplaçant : Philipp Grubauer (G). En tribunes : Thomas Greiss (G), Luca Sbisa (D), Mikkel Bødker (A)

Suède

Attaquants 
Daniel Sedin (A, +1) - Henrik Sedin (C) - Loui Eriksson (-1)
Filip Forsberg (2', -1) - Nicklas Bäckström (+2) - Patric Hörnqvist
Gabriel Landeskog (-1) - Carl Söderberg - Patrik Berglund
Carl Hagelin - Marcus Krüger - Jakob Silfverberg

Défenseurs 
Victor Hedman (-2) - Anton Strålman (-2)
Mattias Ekholm (2', +1) - Erik Karlsson (A, +1)
Oliver Ekman-Larsson - Niklas Hjalmarsson (2')

Gardien :
Henrik Lundqvist

Remplaçant : Jacob Markström (G). En tribunes : Jhonas Enroth (G), Hampus Lindholm (D), Mikael Backlund (A, commotion).