Présentation de KHL 2016/17 (II) : le rêve chinois

Damien Fleury et la KHL ont fait un pari commun : que la Chine s'éveille au hockey sur glace... Pékin et Shanghaï sont de nouvelles destinations touristiques parmi d'autres, dans ce pays de tous les excès. Comment la station de ski avec la meilleure neige se trouve-t-elle au milieu des mines de charbon ? Pourquoi vire-t-on des entraîneurs dix jours après le début de saison (ou dix jours avant !) ? Les histoires folles ne manquent pas dans ce deuxième volet de la présentation KHL qui met le cap vers la Sibérie et l'Extrême-Orient : la division Chernyshev.

 

GUSTAFSSON ErikSi l'on s'en tient strictement à la lecture de l'effectif, celui de l'Avangard Omsk est probablement le meilleur de la Conférence Est. Il y a pourtant une très grosse astérisque sur un des noms, et pas n'importe lequel, le meneur de jeu Vladimir Sobotka. Le club sibérien feint de croire qu'il va revenir, puisqu'il est toujours sous contrat. Son agent Petr Svoboda a promis de son côté aux Blues de Saint-Louis qu'il retournerait chez eux. De chaque côté de l'océan, on prévoit donc le joueur comme membre de l'équipe et on dément les déclarations d'en face. Ce jeu de dupes dure car Sobotka s'est préparé individuellement chez lui, en République tchèque, avant de rejoindre son équipe nationale pour la Coupe du monde. Soyons francs : à partir du moment où le joueur a pris sa décision dans sa tête, on sait qu'il ne reviendra pas, et il faut juste négocier proprement la rupture de contrat... La vraie question est plus de savoir quel cinquième étranger l'Avangard recrutera à sa place.

Le remplacement compliqué de Sobotka ne sera pas le premier. L'Avangard avait déjà perdu ses trois défenseurs au plus gros temps de jeu (Kempny, Aleksandrov et Lekomtsev) à l'intersaison. Il a compensé avec l'arrivée du vétéran Evgeni Medvedev (qui s'est frotté un an à la NHL) et le retour d'Erik Gustafsson après une année en Suisse. La cerise sur le gâteau est l'embauche tardive du gros gabarit Nikita Nikitin, champion du monde 2012 à son sommet (32 points en 54 parties de NHL avec Columbus cette saison-là) qui ne cesse de décliner depuis et est tombé en AHL. Difficile de croire que Nikitin soit déjà fini à seulement 30 ans.

La main tendue à Nikitin - formé au club - est aussi une tentative de se réconcilier avec le public, fâché du départ de la figure locale Aleksandr Popov après 18 années passées exclusivement au club. Ce joueur introverti, techniquement l'un des meilleurs de KHL, a besoin d'être en confiance pour être performant et a été "cassé" moralement par les Jeux olympiques de Sotchi, enchaînant deux saisons faibles. L'Avangard "lâche" donc ses vétérans du cru, sans ouvrir la porte aux jeunes pousses locales qui se révèlent... ailleurs. D'où les grognements de ses supporters.

Mais si l'Avangard inspire des doutes, c'est aussi parce qu'il ne cesse d'avaler les entraîneurs. Il a encore fait très fort en licenciant le dernier en date Evgeni Kornoukhov... une semaine et demie avant le début du championnat ! En fait, le sponsor principal et quasi-exclusif Gazpromneft a fait savoir qu'il ne rajouterait des moyens que si le club engageait un entraîneur expérimenté compatible avec ses ambitions. Le choix était limité par une autre condition imposée d'en haut, que le coach parle russe. D'où Fyodor Kanareikin : l'annonce de son cancer et de son opération imminente avait choqué la Russie en décembre dernier, et son retour aux affaires est donc accueilli avec soulagement. Kanareïkin arrive avec son staff habituel, et un seul adjoint, Dmitri Ryabykin, est resté pour s'appuyer sur sa connaissance interne.

 

KORNEYEV KonstantinLe Salavat Yulaev Ufa est dans la situation un peu inverse d'Omsk. Igor Zakharkin a convaincu de ses capacités à gérer seul (sans Bykov) une équipe de haut niveau, et pourra appliquer sa philosophie de jeu dès le début de saison. Néanmoins, son effectif compte un peu trop de points d'interrogation pour un cador de la ligue.

Le club a en fait été victime d'une surenchère du SKA Saint-Pétersbourg sur son agent libre Nikolaï Prokhorkin. Lorsque l'on a dépassé le million d'euros, le manager Leonid Vaisfeld a tout simplement jugé que le joueur n'en valait pas autant. D'un point de vue moral, c'est peut-être fondé. Mais la loi du marché est celle de l'offre et de la demande, et les centres russes sont une denrée très rare... Le manque de profondeur à ce poste avait déjà posé problème l'an passé quand Andreas Engvist s'était blessé. L'attaquant de devoir Sergei Soin avait alors servi de suppléant, même s'il n'est pas destiné à une ligne à vocation offensive. Mais Soin s'est maintenant cassé la clavicule et ne reviendra qu'en décembre... Le polyvalent capitaine Igor Grigorenko joue certes au centre pour dépanner, mais le Salavat paraît toujours à la merci du moindre pépin en attaque.

La défense a en revanche été conçue pour rassembler de l'expérience, et pour digérer l'absence de Sami Lepistö pendant la Coupe du monde. Les troies recrues sont des trentenaires qui sont considérées comme des "créatures" de Bykov et Zakharkin. Ils avaient fait de Dmitri Vorobyov et surtout de Konstantin Korneev des champions du monde, et avaient appris à employer le slap de Denis Kulyash au CSKA.

La principale intrigue est toutefois celle du gardien Niklas Svedberg. Toute la Russie est convaincue que cet ancien meilleur gardien d'AHL, puis numéro 2 des Boston Bruins, n'a pas le niveau pour un club ambitieux. Même ses coéquipiers auraient exprimé des doutes. Pourtant, le staff, rassuré par ses play-offs au printemps, lui maintient une confiance absolue en dépit de ses erreurs trop fréquentes. Jusqu'à quand ?

 

ARTYUKHIN YevgeniLe Sibir Novosibirsk réussit depuis des années à se mêler aux meilleurs de la Conférence Est sans pour autant rouler sur l'or. Il sait qu'il ne peut pas rivaliser financièrement. La volonté de faire revenir le natif de la ville, Egor Milozvorov, vendu en son temps, existe ainsi depuis plusieurs années, mais s'est toujours heurtée à plus offrant. Il a fallu que Milovzorov connaisse la pire saison de sa carrière (il a même été envoyé en équipe-ferme par le Neftekhimik) pour qu'il soit prêt à faire assez de concessions salariales pour rentrer à la maison.

Le Sibir dispose ainsi d'une attaque de qualité, car il a pu garder ses joueurs pleins d'envie (Sergei Shalunov, Maksim Shumakov et le mondialiste-surprise Stepan Sannikov), même s'il ont été exposés à la vue de tous par leur apparition en équipe nationale. C'est en défense, par contre, que les Sibériens ont été affaiblis par des départs (Konstantin Alekseev au CSKA, Sergei Gimaev au Vityaz Podolsk et Andrej Meszaros au Slovan Bratislava).

L'entraîneur biélorusse Andrei Skabelka est de toute façon quelqu'un qui sait adapter son système de jeu en permanence à la valeur de ses joueurs et de ses adversaires.

La suspension pour les 4 premiers matches du bouillant gardien tchèque Alexander Salak n'a finalement même pas handicapé l'équipe. Elle a au contraire permis à un gardien débutant de 20 ans, Aleksei Krasikov, de se révéler. Et pour éviter que les rivaux cherchent encore à exploiter la nervosité de Salak par des provocations, le Sibir s'est doté d'une force de dissuasion : le colosse Evgeni Artyukhin, sans équipe depuis décembre dernier, a retrouvé un emploi et ajoute du caractère dans le vestiaire.

 

BARTULIS OskarsNon seulement l'Admiral Vladivostok a payé tous ses arriérés de salaire, mais en plus il dit viser une 4e ou une 5e place de Conférence Est et une qualification au deuxième tour des play-offs. Comme souvent en Russie, les objectifs annoncés oscillent entre l'ambition et le délire, par rapport à la réalité des forces en présence.

L'Admiral a tout de même les moyens de retourner en play-offs, ce qui n'est pas une mince affaire en soi. Il a gardé ses deux principaux atouts que sont les défenseurs Oskars Bartulis et Jonathon Blum. Il a même musclé ses lignes avec un invité inattendu, Anton Volchenkov, défenseur très physique qui a passé une saison blanche en attendant vainement un nouveau contrat en NHL.

Néanmoins, il a perdu ses deux meilleurs marqueurs (Konstantin Makarov et Artyom Podshendyalov) et a donc absolument besoin de retrouver des renforts étrangers percutants en attaque. James Wright a mis 41 points la saison dernière en AHL : ce gros gabarit amène certes du physique et du travail, mais son pointage, déjà modeste il y a deux ans dans l'environnement très "nord-américain" du Medvescak Zagreb, est douteux dans un jeu russe. L'international slovène Robert Sabolic y est plus adapté parce que ça ressemble à ce qu'il a appris à Jesenice avec ses partenaires de ligne Ticar et Jeglic : reste à voir la complicité qu'il peut développer avec d'autres.

D'autres, cela peut être la pépite Vladimir Tkachyov. Ce joueur avait quitté Omsk à 18 ans parce que Kornoukhov (alors entraîneur des juniors) ne le laissait pas libre d'improvisation en zone offensive. Il a démontré ses mains d'or et son explosivité en mettant plus d'un point par match en junior majeur, mais n'est apparu que deux fois en KHL avec le SKA. Il fallait une équipe de milieu de tableau en mal d'offensive pour qu'il explose : le port russe de la Mer du Japon était vraiment le lieu idéal pour qu'il jette l'ancre.

 

FLEURY DamienCela faisait des années que la KHL parlait d'une expansion vers l'Asie, et pourtant la création du Red Star Kunlun a semblé se faire dans une certaine improvisation. Les déclarations du printemps dernier, évoquant une équipe constituée essentiellement, ou même pour moitié, de joueurs chinois, paraissaient témoigner d'une totale méconnaissance du contexte. Et même lorsque la commission d'inspection de la KHL a visité la patinoire de Pékin début août, certains de ses membres étaient persuadés que jamais cette salle ne pourrait accueillir un match de hockey sur glace un mois plus tard...

Le Centre Wukesong, construit pour accueillir le basketball aux Jeux olympiques d'été 2008, n'était pas équipé pour la vidéo-arbitrage, les statistiques de match étaient inconnues, etc. Pourtant, toutes les réserves ont été levées en temps et en heure. Il ne faut pas s'étonner de cette célérité. Ce bâtiment doit accueillir le hockey sur glace aux Jeux olympiques d'hiver 2022, et les Chinois ne sont pas du genre à se laisser prendre en défaut sur l'organisation. De plus, la salle multifonctions est gérée par le groupe Anschutz, qui pouvait apporter son appui technique.

Restait l'engouement du public, qu'il est plus difficile de créer de toutes pièces. Avec assez de publicité, la grande première à Pékin s'est bien passée, puisque les 14000 places (vendues à une fourchette très large entre 7 et 260 euros) étaient remplies à plus de moitié. Il faudra confirmer dans la durée. le problème est que l'équipe doit partager son temps entre Pékin et Shanghaï, et que les affluences dans cette dernière ville ont été catastrophiques : 1734 spectateurs au premier match, 550 au deuxième... La KHL n'était jamais tombée aussi bas ! On dirait que la leçon du "Dragon", le club chinois de Ligue Asiatique, n'a pas été retenue : les tribunes ont toujours été vides à Shanghaï, et pleines dans les "petites villes" de Mandchourie (Harbin et Qiqihar, respectivement 10 millions et 1,5 million d'habitants), qui sont le cœur historique du hockey chinois.

Mais c'est surtout la leçon sportive de la Ligue Asiatique que la KHL n'a même pas pris la peine de connaître. Les joueurs chinois jouaient déjà un rôle mineur dans une équipe qui a cumulé 182 défaites de suite face à des équipes japonaises et coréennes : qui pouvait sérieusement croire qu'ils avaient le niveau pour évoluer en KHL ? Certes, l'équipe de Chine, reléguée de division IIA (quatrième échelon mondial), prépare l'avenir avec une moyenne d'âge inférieure à 22 ans. Mais dans l'optique des JO 2022, la marche paraît trop haute. Cela fait trente ans que le hockey attend le jour où la Chine s'éveillera, et ce pays ne fait que régresser...

Cela ne changera pas en six ans. Engagé comme assistant-coach, le Russe Oleg Gorbenko est un des meilleurs connaisseurs du hockey chinois. Il a entraîné pendant six ans le club de Chengdu et s'est occupé des équipes nationales U20, U18 et universitaires. Il connaît les conditions d'entraînement médiocres, les championnats chinois avec 8 matches officiels à peine... Un autre monde. L'effectif compte facialement cinq joueurs "chinois", dont deux n'ont pas de double nationalité (Tianxiang Xia et le troisième gardien Shengrong Xia), mais ils ne font que des présences rares et symboliques. La KHL ne les aidera pas plus à progresser qu'elle ne forme des joueurs croates au Medvescak... et le niveau de la Croatie est largement supérieur à celui de la Chine.

Les contrats sont rédigés en chinois, les joueurs sont payés en yuan, mais en pratique, le Kunlun Red Star est une équipe de culture sportive finlandaise. Trois défenseurs internationaux en sont la clé de voûte (Tuukka Mäntylä, Anssi Salmela et Janne Jalasvaara), et c'est en Finlande que l'entraîneur Vladimir Yurzinov jr a appris son métier et s'est entouré. Le patchwork de neuf nationalités n'a plus rien d'étonnant dans le hockey moderne, et la création de cette franchise permet à des joueurs qui en rêvaient d'intégrer la KHL, en particulier le Français Damien Fleury qui avait rencontré son actuelle compagne à Minsk. Cette équipe peut donc être compétitive. La Chine en 2022, non.

 

KRASNOSLOBODTSEV VadimLes mélanges, c'est mauvais par la santé. Sur l'incitation de l'ancien goon de NHL Andrei Nazarov, le Barys Astana a eu le tort de confondre le hockey sur glace et le combat de rues. Sous le prétexte que son attaquant de première ligne Dustin Boyd s'était cassé la cheville (dans une action de jeu sans volonté de nuire) lors d'un match amical contre la nouvelle équipe chinoise du Red Star Kunlun, la brute épaisse Damir Ryspayev (stats en KHL : 23 parties, 0 point, 194 minutes de pénalité) a été lâchée pour se battre avec tous les joueurs adverses qu'il pouvait trouver, terrorisant les hockeyeurs asiatiques qui se demandaient dans quelle monde de fous ils étaient tombés. Ryspayev a été suspendu à vie par la KHL, sans que Nazarov ne soit sanctionné. Mais le retour de bâton n'allait pas tarder...

Mélanger le travail en club et en équipe nationale, cela pose toujours des problèmes. Au tournoi de qualification olympique, Nazarov a envoyé une équipe de club, composée à 100% des joueurs du Barys Astana. Pour la gestion du groupe, c'est beaucoup plus simple : deux mois de préparation commune sans distinguer le stage des internationaux.

Mais quand une relation est détériorée avec un joueur, elle l'est doublement. Le rapide attaquant Evgeni Rymarev - vrai moteur de l'équipe du Kazakhstan avec son compère et capitaine Starchenko - avait déjà failli être évincé. C'est finalement Vadim Krasnoslobodtsev à qui l'on a signifié son départ une semaine avant la reprise de l'entraînement. Recasé à Vladivostok, celui dont beaucoup de supporters du Barys portaient le maillot - le flocage est au même prix malgré le nombre de lettres ! - ne figurait plus dans une sélection nationale dont il a souvent été par le passé le meilleur pointeur.

De cette gestion brutale, il ne reste qu'une morne plaine. La défaite contre l'équipe de France a éliminé le Kazakhstan de son rêve olympique et provoqué le double licenciement de Nazarov de ces deux postes. En attendant de connaître l'avenir de la sélection nationale, la destinée du Barys a été confiée à Eduard Zankovets. L'ancien sélectionneur du Bélarus n'a jamais occupé ce poste d'entraîneur-chef en club. Il doit reprendre en mains une équipe moralement affectée, dans laquelle, heureusement, Brandon Bochenski et Nigel Dawes continuent de se comporter en vrais pros et en leaders offensifs.

 

ATYUSHOV VitaliLes voyages forment la jeunesse, mais ils fatiguent vite. C'est déjà une gageure pour l'Amur Khabarovsk d'avoir conservé ses trois meilleurs marqueurs (Tomas Zohorna et les jumeaux Ushenin), son principal défenseur (l'international tchèque Jan Kolar) et son premier gardien, le Finlandais Juha Metsola, qui sera encore une fois la clé de voûte de l'équipe. Jusqu'ici, les joueurs se lassaient rapidement des interminables déplacements en avion et repartaient vers des destinations plus reposantes.

Le principal changement a lieu derrière le banc, domaine où l'Amur est co-recordman avec l'Avangard : 11 entraîneurs consommés depuis la transformation de la Superliga en KHL, dont c'est la 9e saison ! C'est au tour de Miskhat Fakhrutdinov d'avoir sa chance après avoir démontré sa valeur au niveau inférieur en VHL. À 58 ans, il n'a rien d'un perdreau de l'année. Lui aussi va se heurter au calendrier inextricable, mais le fait d'avoir une équipe plus stable va peut-être l'aider à rester plus longtemps que ses précédesseurs. Fakhrutdinov a nommé le vétéran Vitali Atyushov (37 ans), qui a carrément prolongé de deux saisons, comme capitaine.

L'expérience est décidément une qualité recherchée par l'Amur, qui a appelé d'anciens internationaux de 33 ans à la carrière déclinante. Si Maksim Kondratiev a su trouver sa place en défense, la venue du centre Andrei Taratukhin n'a pas dépassé le stade de l'essai : ça sent déjà la fin pour le triple champion de Russie.

Le problème récurrent à Khabarovsk, c'est de marquer des buts : moins de 2 par match en moyenne depuis trois saisons. L'Amur a donc carrément recruté à la fois le meilleur marqueur de la saison régulière de la Liiga finlandaise (Kristian Kuusela) et celui des play-offs (Teemu Ramstedt). On ne sait pas si cela sera suffisant pour aller en play-offs, mais cela devrait au moins permettre de se mêler vraiment - cette fois - à la bagarre pour la qualification.

 

ZINOVIEV Sergei 110512 395Le Metallurg Novokuznetsk reste un cas un peu désespéré. La saison dernière, il a eu une ligne très performante, mais il n'en reste plus rien. Il n'est pas seulement dépouillé par ses confrères de KHL. Le défenseur américain Cade Fairchild est même parti en Suède. Les arguments financiers pour retenir les joueurs sont très limités.

Les plus jeunes découvrent néanmoins les inconvénients à être partis si vite : le défenseur Roman Manukhov (Lokomotiv) et l'attaquant Maksim Kazakov (Admiral) se retrouvent en quatrième ligne dans leur nouvelle équipe. Ah, les jeunes, ils sont si impatients... Novokuznetsk reste un vivier, d'où sont originaires trois titulaires actuels de l'équipe de Russie (Orlov, Telegin et le gardien Bobrovsky), mais il ne reste plus que ceux qui n'ont pas trop le niveau.

C'est dans ce contexte déprimant que Sergei Zinoviev a été nommé directeur général fin juillet. Oui, Zinoviev, le centre de la "ZZM" de Kazan, la ligne dominante de Russie il y a cinq à dix ans. Ce joueur à fort caractère, qui a rendu fous certains de ses dirigeants par ses exigences, se retrouve aujourd'hui de l'autre côté de la barrière. Écarté en 2014 du Salavat Yulaev Ufa qui en avait fait le plus haut salaire de KHL, il n'avait jamais officiellement annoncé sa retraite, mais avait réinvesti sa fortune dans l'immobilier et dans la station de ski de Sheregesh, considéré comme la meilleure neige de Russie, une poudreuse qui tombe dès novembre.

Sheregesh - nommée d'après les frères Sheregeshevy qui y avaient établi une mine de fer au début du XXe siècle - est un peu "LE" lieu de divertissement de ce bassin minier du Kouzbass, connu pour abriter le plus grand gisement de charbon de Russie. Si Zinoviev a investi ici, c'est qu'il vient de la région, en l'occurrence de Prokopievsk, à 30 km de Novokuznetsk. Même si on a du mal à l'imaginer s'impliquer dans ce club sans avoir eu des garanties sur un budget compétitif, on n'en voit pas la couleur. Zinoviev a déjà battu un record, le licenciement de coach le plus rapide de KHL, Nikolaï Soloviev ayant été jeté dehors après... 3 matches (dont une victoire) ! Le directeur sportif Valeri Zelepukin a alors été prié d'entraîner lui-même une équipe qui ne ressemble que de loin à une formation de KHL. Bon courage.