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Présentation de KHL 2016/17 (fin) : division Tarasov

Des systèmes de jeu très particuliers et des espoirs à suivre sont à l'honneur de ce dernier volet de la présentation de KHL, consacrée à la division Tarasov.

 

POPOV Alexander 130504 327Après avoir dominé la saison régulière deux ans de suite sans jamais connaître le plaisir de soulever la Coupe Gagarine, le CSKA Moscou pourra-t-il cette fois aller au bout ? Rien n'est moins sûr après le départ simultané en NHL de trois joueurs, Aleksandr Radulov (Montréal), Nikita Zaitsev (Toronto) et Roman Lyubimov (Philadelphie). Si l'international-surprise Lyubimov n'était pas un joueur majeur de l'équipe, comment se remettre de la perte du capitaine Radulov, l'âme du club par sa hargne ? Et de celle de Zaitsev, qui a démontré aux championnats du monde puis à la Coupe du monde qu'il est déjà le meilleur défenseur russe ?

Ces deux joueurs n'ont pas d'équivalent, et il faudra que les autres joueurs se surpassent pour combler les absences. Le CSKA n'a d'ailleurs même pas cherché à remplacer Zaitsev, en repartant avec les mêmes arrières, sans lui. Cet exode a en effet placé le club dans une position de fragilité, exploitée aussitôt par son rival le SKA, qui s'est comporté en fin stratège (il est facile d'être stratège avec un budget illimité, me direz-vous...) en le poussant à la surenchère sur Ivan Telegin. Les Moscovites ont certes gardé leur joueur, mais même si Telegin a vaincu les sceptiques par son jeu rapide et énergique en équipe nationale, son contrat paraît mirobolant pour un attaquant qui a marqué 21 points en 93 matchs de KHL.

Pendant que le CSKA s'agrippait à son ultime international, il ne s'occupait guère de chasser. Et les premiers à s'en plaindre ont été les supporters, mécontents d'une augmentation de tarifs décidée alors que l'idole Radulov était partie et que le recrutement était pauvre. Inconfort des sièges, queue pour les toilettes, boutiques fermées ou mal garnies : malgré la fanfare en uniforme militaire à l'entrée pour l'animation musicale de l'ancien club de l'armée rouge, les conditions d'accueil du public n'ont, elles, pas progressé. On ne s'étonnera donc pas des tribunes à moitié vides.

DA COSTA Stphane 150502 466La recrue-phare est arrivée avec retard : Valeri Nichushkin a signé pour deux ans, soit la durée résiduelle du contrat de Lindy Ruff, l'entraîneur des Dallas Stars avec lequel il est en conflit larvé. L'ailier puissant aurait préféré rentrer dans son club formateur (le Traktor) pour retrouver confiance et temps de jeu, mais le CSKA a acquis ses droits (qui étaient passés au Dynamo juste avant son départ en NHL) et ne lui a pas laissé le choix. La crainte est que Dmitri Kvartalnov ne soit pas spécialement un entraîneur plus conciliant que Ruff.

Cette même question du coach s'était déjà posée sur toutes les recrues : les "manieurs de palet" Vyacheslav Osnovin ou Aleksandr Popov n'étaient-ils pas inadaptés au système agressif du CSKA ? Un vétéran comme Popov, présumé trop lent pour le jeu direct des Moscovites, a cependant à coeur de défier les pronostics pour le premier changement d'environnement de sa carrière (entièrement passée à Omsk).

Par définition, les Canadiens semblent plus formatés au style Kvartalnov : le centre Greg Scott et l'ailier droit Bud Holloway sont d'anciens partenaires de junior majeur, censés former un duo complet. Le recrutement de Jonas Enlund, remis d'un an de convalescence pour sa cheville, porte le total à 6 étrangers pour 5 places. Un dépassement de quota compréhensible : le gardien suédois Viktor Fasth est de plus en plus supplanté par le jeune Ilya Sorokin... et malheureusement Stéphane Da Costa, victime de blessures récurrentes, attend toujours de connaître une saison complète avec le club moscovite.

 


KONTIOLA Petri 140510 296Le Lokomotiv Yaroslavl est lui aussi identifié à un système de jeu très caractéristique, en l'occurrence un système particulièrement passif. Les défenseurs sont priés par leur entraîneur Aleksei Kudashov de rester dans leur camp, et en cela le très offensif Patrik Hersley était une erreur de casting : le Suédois sera recasé au SKA.

Le reste du recrutement étranger était plus pertinent. En plus de ses cadres russes (le duo Averin-Apalkov avait mené les compteurs de l'équipe la saison passée), le Lokomotiv s'est doté pour la première fois de meneurs offensifs canadiens. Autour du centre finlandais Petri Kontiola, il a placé deux ailiers très différents, le rugueux Maxime Talbot - l'homme qui a donné la Coupe Stanley 2009 à Pittsburgh avec deux buts au match 7 - et le petit Brandon Kozun, récupéré dans une tractation soigneusement préparée (échange des droits de Plotnikov au SKA, qui venait d'acquérir les droits de Kozun chez les Jokerit deux jours plus tôt).

L'attaque a donc été renforcée, mais également rajeunie au passage : le vétéran Sergei Konkov a été remercié "sur un coup de téléphone" (comprenez qu'il n'a pas apprécié), notamment parce que la ligne Aleksandr Polunin - Pavel Kraskovsky - Egor Korshkov s'est révélée la saison dernière, où elle a été sélectionnée en intégralité pour les Mondiaux juniors. Formé au Kazakhstan où son père devenu international mais bel et bien russe, Korshkov est un espoir en vue (2e tour de draft de Toronto) par sa vision de la glace et son jeu physique.

Yaroslavl a donc les moyens de répartir les temps de jeu de manière équilibrée, et forme ainsi l'équipe la plus homogène avec quatre lignes qui appliquent les mêmes schémas de jeu. Un hockey rébarbatif pour les spectateurs... mais aussi pour les adversaires.

 

NORMAN John 160519 1089La division Tarasov se distingue décidément par des systèmes de jeu très affirmés dans leurs particularités : le Torpedo Nijni Novgorod privilégie pour sa part l'aspect physique. L'entraîneur letton Peteris Skudra a soigné un peu plus encore sa réputation féroce lors d'une bagarre avec son collègue Popikhin (Neftekhimik) lors de la pré-saison.

On craignait le pire pour le Torpedo qui a beaucoup tardé à verser ses salaires en fin de saison dernière. Dans les faits, la baisse de budget ne se ressent pas tellement en attaque. Elle a gardé ses trois meilleurs marqueurs : le capitaine letton Kaspars Daugavins et les deux centres, le vétéran Dmitri Syomin et le jeune joueur formé au club Vladimir Galuzin. Elle a même changé ses deux renforts offensifs suédois sans perdre en qualité, en engageant le meilleur buteur de LNA suisse depuis deux ans, Fredrik Pettersson, et l'attaquant défensif John Norman, excellent en 4e ligne et en infériorité numérique au dernier Mondial.

La seule différence d'origine financière est liée à l'expérience. Les vétérans cherchant à relancer leur carrière ne sont plus d'actualité. Les noms ronflants ont disparu d'une défense où les sept titulaires ont à peine 24 ans de moyenne d'âge ! Ils mettent pour autant le même acharnement à faire le ménage devant Ilya Proskuryakov, gardien bien protégé mais aussi très efficace. Ce Torpedo n'a donc rien perdu de sa vigueur, surtout dans le sacrifice.

 

FANTENBERG Oscar 160519 1361En apparence, tout va bien pour le HK Sotchi. Les six meilleurs marqueurs sont toujours là, emmenés par le Suédois André Pettersson et le Biélorusse Andrei Kostitsyn. Le gardien Konstantin Barulin est fidèle au poste, et le pilier défensif Renat Mamashev aussi. le seul départ majeur était impossible à éviter : révélé en quelques mois au bord de la Mer Noire, le défenseur offensif Ziyat Paygin a été rappelé par Kazan... où il ne joue pas plus qu'avant ! Mais cette perte ne semble pas insurmontable. La défense de Sotchi a profité du rajeunissement du Lokomotiv pour accueillir Ilya Gorokhov (39 ans) et elle a été rejointe par l'international suédois Oscar Fantenberg, excellent à Frölunda pour réussir le doublé Ligue des Champions - SHL.

Pourtant, le club de la ville olympique a bien un problème, lié à sa jeune existence (il commence la troisième saison de son histoire). Et on ne parle pas là des tribunes de plus en plus dépeuplées après l'illusion des débuts lors de l'année des JO... Tout simplement, le HK Sotchi n'a pas de structure de formation de longue date, et donc pas de réservoir de jeunes dans lequel piocher. C'est pour cela qu'il a longtemps recouru à des agents libres sans restriction (ceux âgés de plus de 29 ans). Il manque donc de jeunes de qualité. Et ce n'est pas la risible draft KHL qui va le sauver : le numéro 1 de l'édition 2015, le défenseur Artyom Maltsev, est finalement retourné en junior majeur au Québec, sans avoir vraiment convaincu qu'il aurait sa place.

Sotchi a par conséquent la formation la moins dense parmi les prétendants aux play-offs. Pour gérer une large saison, trois lignes compétitives et deux lignes de jeunes "moyens" avec des contrats bilatéraux, c'est peu. Comme l'infirmerie s'est vite remplie, c'est même très peu...

 

DynamoL'ancien club des services secrets, le Dynamo Moscou, cultive encore le goût du secret et de la discipline de corps. Les employés n'ont pas reçu leur salaire pendant des mois, et personne n'a moufté. Il faut dire que c'est le seul club à ne compter presque aucun membre du syndicat des joueurs. Simple coïncidence bien sûr : l'adhésion est volontaire et pas obligatoire !

Le risque était que la bombe financière explose à l'intersaison. Au début de l'été, lorsque le club a tardé à fournir ses garanties financières, certains craignaient même que sa participation à la KHL pût être remise en cause. Il n'en est finalement rien. Les problèmes en coulisses ont été soldés et le Dynamo a son visage habituel.

Les bleu et blanc ont conservé tout leur secteur défensif. Ils ont en fait connu un seul départ notable, l'attaquant Maksim Pestushko vers Omsk. Le bilan des transferts doit quand même être normalement positif avec le 2e marqueur de l'Admiral (Artyom Podshendyalov) et le duo du Traktor Rybakov-Kukoyov. Le héros du titre 2013 Aleksei Sopin, qui avait perdu peu à peu sa place dans l'équipe, est même revenu au sein de son club formateur après une bonne année à Nijni Novgorod. Bonus interne : le principal talent russe de sa génération Klim Kostin débute déjà à 17 ans.

Avec 10 victoires en 10 rencontres de présaison, le Dynamo a vite fait savoir qu'il faudrait encore compter sur lui. Ce n'est malheureusement pas suffisant pour drainer du public : la grande aréna du "Parc des légendes" sonne toujours creux.

 

VityazLe Vityaz Podolsk est tendu vers un seul objectif : les play-offs. Il n'y a goûté qu'une fois, en 2007, sans avoir tiré grande gloire de sa qualification (il était 15e sur 19 équipes). Sans être impossible, le challenge s'annonce quand même très ardu.

Le défi a été confié à Valeri Belov, qui a été pendant onze ans le disciple de Zinetula Bilyaletdinov à Kazan. Il a essentiellement été son adjoint, mais quand son mentor est devenu sélectionneur national à plein temps (jusqu'à la débâcle olympique de Sotchi), il l'a suppléé pendant deux ans comme entraîneur-chef. Aujourd'hui, Belov vole de ses propres ailes, et on en aurait presque oublié qu'il avait une vue avant Kazan et qu'il n'est pas né de la cuisse de Zinetula : d'ailleurs, Belov dit se sentir chez lui à Podolsk, car c'est au Vityaz qu'il avait terminé sa carrière de joueur et commencé celle d'entraîneur.

Il y a donc une culture-hockey au Vityaz, qui préexistait avant l'époque de la goonerie nazarovienne. Il y a en particulier une école de hockey intéressante, avec des entraîneurs de bon niveau, qui en Russie gardent la même génération jusqu'à sa maturité. Vitali Prokhorov, champion olympique d'Albertville, a ainsi cocooné le prometteur Vityaz-98 - champion de Russie chez les moins de 16 ans en 2014 - avant de se voir confier ces mêmes joueurs nés en 1998, mais à l'échelle de tout le pays ! Il a en effet nommé comme chef du projet d'intégrer l'équipe nationale U18 à la MHL (la ligue junior de la KHL). On sait comment ça a fini : le staff médical ayant généralisé l'usage du meldonium (devenu une substance interdite), ces joueurs ont été privés du Mondial.

Le plus frustré était alors German Rubtsov, élément-clé du cru Vityaz-98 qui menaçait de partir en Amérique du Nord. Il craignait sans doute que la mauvaise image de la Russie n'entache ses perspectives de carrière (il a été choisi au premier tour de draft par Philadelphie). Le Vityaz aurait été désabusé que son meilleur talent s'en aille sans avoir même joué un seul match avec l'équipe première ! Rubtsov est finalement présent, normalement pour deux ans, et sera un des espoirs les plus suivis du championnat, avec son tir précis et son intelligence de jeu.

 

STASENKO Nikolai 110429 320Ayant fini bon dernier de la Conférence Ouest, le Severstal Cherepovets a décidé de tout changer : l'organigramme complet de direction, bien sûr, mais aussi, plus symboliquement, jusqu'à la couleur des vestiaires, repeints pendant l'été.

Le coach est lui aussi nouveau : Aleksandr Golyavtsev a fait ses classes comme entraîneur en division inférieure (VHL), dont cinq ans au Molot Perm, avec une élection comme meilleur coach de la ligue en 2014. Il avait déjà passé l'essentiel de sa carrière de joueur à Perm, sa ville natale, mais quand elle avait quitté l'élite, il avait connu un parcours plus itinérant et avait déjà passé deux ans à Cherepovets. Il avait donc eu pour coéquipier Yuri Trubachyov, le vétéran qui malgré son manque de vitesse reste toujours un rouage essentiel de l'équipe.

L'attaque du Severstal est en effet limitée et repose toujours énormément sur quelques cadres formés au club, Trubachyov et surtout le capitaine Dmitri Kagarlitsky. Heureusement que le robinet de formation ne se tarit jamais. Pavel Buchnevich parti aux New York Rangers à seulement 21 ans, c'est au tour de la génération suivante (Daniil Vovchenko) d'avoir un rôle majeur. Pour avoir plus de profondeur, l'équipe de Cherepovets a fait le pari de réunir le trio SMS (Sitnikov-Magogin-Skorokhodov) qui avait bien fonctionné à Khanty-Mansiysk, mais n'a rien fait de particulier séparément.

Malgré le renouvellement du staff, la politique de construction d'équipe reste étonnamment semblable : des renforts extérieurs privilégiés sur les aspects défensifs, y compris un international tchèque un peu en déshérence dans les cages (maintenant Jakub Kovar après Stepanek). Des arrières d'expérience ont été acquis avec Adam Masuhr, un Suédois double champion de Finlande et renommé pour son lancer puissant, et deux joueurs qui connaissent bien la KHL, l'Américain Clay Wilson et le rugueux international biélorusse Nikolai Stasenko. Suffisamment solide pour s'éloigner nettement du fond de classement.