NHL : Bilan de décembre à l'Est

Décryptons chaque mois le classement de la NHL, ses logiques et ses incohérences annonciatrices de changement. Les statistiques utilisées dans cet article sont expliquées en fin de texte.

Par Thibaud Châtel @batonsrompus

La NHL entre dans sa deuxième moitié de saison. Les positions au classement sont déjà bien définies et les tendances fortes de l’année apparaissent clairement. Les 40 prochains matchs ressembleront davantage pour beaucoup à une longue procession vers les playoff ou les vacances. Voici le point dans la conférence Est au 3 janvier.

 

Division Atlantique

atlantique décembre

Faut-il prendre les Canadiens de Montréal au sérieux ? Il est évident que les succès de ces dernières années reposaient avant tout sur les épaules de Carey Price, capable à lui seul de corriger un système de jeu défaillant qui faisait des Canadiens une équipe dominée soir après soir et ne devant son salut qu’à la muraille lui servant de gardien. Ce début d’année ressemblait fort à ce même schéma, malgré une profondeur offensive alléchante. Les blessures coup sur coup d’Alex Galchenyuk et David Desharnais ont, de plus, privé début décembre les Canadiens de leurs deux principaux centres offensifs, et un calendrier chargé de nombreux matchs à l’extérieur préfigurait une fin d’année difficile. Cependant, si l’équipe n’a récolté que 16 points sur 28 possibles en décembre, le jeu collectif présenté laisse à penser que l’essentiel est ailleurs et que, possiblement, Montréal commence à figurer parmi les prétendants à la coupe. Les Canadiens ont ainsi hissé leur taux de possession de 50,8% à 53,6%, le 3e de la ligue à l’heure actuelle. Rappelons que tous les derniers champions figuraient parmi le top-3 pour le taux de possession en saison régulière. Encore mieux, les chances de marquer ont bondi à 56,5%, le 2e taux de la ligue !

L’amélioration est générale. L’attaque est désormais 3e pour les chances de marquer obtenues et la défense est passée de 24e à 9e pour celles concédées. Visuellement, cela donne des sorties et des entrées de zone en possession de la rondelle (au lieu des pucks balancés contre la bande auparavant) et un effort constant pour sortir le plus rapidement le palet des bandes en zone offensive afin de le faire circuler et trouver des positions de tirs. Il faut ajouter à cela un pressing offensif très haut à 3 joueurs qui prend l’adversaire à la gorge et rappelle la recette victorieuse des Kings. Montréal a ainsi dominé ses adversaires en décembre, même lors des défaites et seuls le manque de finition en l’absence de Galchenyuk et un power play défaillant ont causé ces points laissés en route. Sans compter que Price est toujours dans les buts quoiqu’il arrive, comme on témoigne le taux d’arrêt de 93,9% et un PDO de 102,2, le 3e de la ligue, mais presque normal compte-tenu du talent du gardien du tricolore. Si Montréal persiste dans ses bonnes œuvres, le retour des blessés (Markov, Shaw et maintenant Gallagher et Byron manquent aussi à l’appel) pourrait promettre de belles choses au printemps.


Derrière Montréal, la course est on ne peut plus ouverte entre Boston, Ottawa, Tampa Bay, Toronto et la Floride. Qui l’aurait cru cet été, mais les contre-performances de Tampa et des Panthers, conjuguées aux surprises Toronto et Boston, laissent à penser que tout est possible dans la division Atlantique. Boston maintient ainsi sa route et son admirable efficacité collective. Meilleurs taux de possession de la ligue, les Bruins sont pénalisés par le 28e taux de réussite aux tirs ! Ainsi Brad Marchand qui présente depuis le début de sa carrière un taux de réussite de 14% ne rentre que 8,9% de ses tirs cette années. Bergeron tire lui à 5,4% au lieu de 10%. Krejci ou Backes sont également en dessous de leurs moyennes habituelles, bref il s’agirait d’enlever le frein à main si Boston souhaite sécuriser sa place en playoff.


Le mois de décembre fut à l’image du début de saison pour Ottawa avec 15 points récoltés sur 26 possibles. Pas de quoi faire des plans sur la comète, mais suffisant pour rester dans la course dans une division Atlantique, il faut le dire, un peu nivelée vers le bas. Les Sens sont toujours dominés au taux de possession et les chances de marquer sont presque à la moyenne mais les gardiens font le travail, ce qui permet d’aller grappiller des points ici et là. Nous ne sommes pas plus avancés qu’il y a un mois sur le sort de la troupe de Guy Boucher, qui semble néanmoins au maximum de ses capacités et donc à la merci d’un redémarrage de Tampa ou du retour de la chance pour les attaquants de Boston.


Un autre mois décevant pour Tampa Bay qui peine à retrouver son niveau des dernières saisons. La possession et les chances de marquer sont stables dans le négatif, et l’attaque peine toujours à se créer des occasions. Tampa est ainsi 27e de la ligue pour les chances de marquer obtenues ! Nous sommes loin de la terreur inspirée par Stamkos, Kucherov, Johnson and co. La perte du capitaine fait toujours aussi mal et les gardiens sont peu inspirés, même si Vasilevskiy obtient davantage de matchs qu’en début de saison. Heureusement pour le Lightning, les performances de ses concurrents les gardent dans la course mais y a-t-il un problème sérieux à Tampa ? Ou bien l’équipe cherche-t-elle encore son rythme cette année ? Arrivé au creux de l’hiver, il s’agirait de trouver rapidement la solution.


Toronto confirme que la bande de jeunes n’est pas un feu de paille et qu’il faut bien compter sur eux pour les playoff dès cette année. L’équipe présente toujours la meilleure attaque mais la 24e défense pour les chances de marquer obtenues/accordées, un cocktail explosif pour les yeux et qui présente surtout une balance sacrément positive puisqu’avec 54,8% des chances de marquer, Toronto se classe 3e de la ligue à ce chapitre. Pensez donc aussi que les Leafs possèdent actuellement les 2e, 3e, 4e, 10e, 12e et 17e meilleurs marqueurs parmi les recrues de la ligue ! Ce qui rappelle si nécessaire que, premièrement, Toronto compte beaucoup de jeunes dans son effectif, et, deuxièmement, ceux-ci sont très bons... Comme les mois précédents, l’équipe souffre par contre toujours de ses largesses défensives. La 3e paire de défense par exemple, composée de Hunwick et Polak, est un fardeau. L’état-major sera-t-il tenté de sauter quelques étapes et d’aller chercher du renfort si une place en playoff est à l’horizon ?


Les résultats de la Floride continuent d’être scrutés à la loupe, un mois après le limogeage surprise de l’entraîneur Gérard Gallant. Avec 16 points sur 30 possible en décembre, les débuts du DG/entraîneur Tim Rowe sont plutôt mitigés au classement. Cependant, il convient de noter que les Panthers ont trouvé le moyen de perdre 6 matchs en prolongation durant le mois ! Le taux de possession qui chutait avant le départ de Gallant s’est stabilisé. Par contre, les chances de marquer fuient toujours l’équipe et surtout, les joueurs ne rentrent que 5,9% de leurs tirs, le pire taux de réussite de la ligue ! Tous ces éléments poussent à croire que les résultats actuels de la Floride sont en dessous de ce qu’ils pourraient être et une poussée au classement est possiblement à l’horizon si la chance revient.


Détroit est la première équipe possiblement décrochée au classement. Certes, seuls 3 points les séparent de la Floride mais compte-tenu du nombre d’équipes encore en course et des meilleures performances des équipes de la division Métropolitaine pour accéder aux Wild-cards dans la conférence Est, les chances de Détroit de jouer les playoff s’amenuisent à vue d’œil. Possession et chances de marquer sont médiocres. Howard fait du bon travail mais c’est Mrazek joue la plupart des matchs et son bilan est effroyable. Bref c’est sûrement le déclin annoncé pour les Wings.


Buffalo est, elle, par contre réellement décrochée. Si l’équipe est toujours assez solide au niveau des chances de marquer, se classant 2e défense de la ligue pour les chances accordées, le reste est faible. Le taux de réussite au tir est toujours famélique, ce qui n’arrange rien. Eichel a mis 13 points en 16 matchs depuis son retour mais l’équipe perd peu à peu du terrain sur ses concurrents. Il risque d’être bientôt temps de regarder du côté des espoirs disponibles à la draft 2017...

 

Division Métropolitaine

métro décembre

Le mois de décembre fut incontestablement celui des Blue Jackets de Columbus qui ont tout simplement remporté leurs 14 matchs… Rien que ça. Le bond au classement est bien-sûr conséquent et si une telle série ne pourra continuer éternellement, force est de reconnaître que la manière est au rendez-vous. Les Jackets ont amélioré leur taux de possession à 51,7% et leur taux de chances de marquer à 54%, le 5e de la ligue. Le cocktail risqué de la 4e attaque pour les chances obtenues et la 18e défense pour celles accordées fonctionne à plein régime compte-tenu des performances du gardien Bobrovsky. Avec son remplaçant Curtis McElhinney, le duo de gardiens pointe ainsi au 2e rang de la ligue pour le taux d’arrêts. Est-ce durable ? Qui sait. Avec 93,4% d’arrêts, Bobrovsky joue au niveau qui lui a donné le trophée Vezina en 2013 (93,2% cette saison-là). Mais les dernières années, il se situait plutôt à 92%, voire 91% en 2015-16. Est-il revenu à son sommet ou bien va-t-il mollir un peu ? L’autre incertitude concerne le taux de réussite des tireurs, actuellement le 2e de la ligue à 9,4%. Le PDO total de 103,7 est ainsi le plus élevé de la NHL et, faut-il le rappeler, une seule équipe a connu une saison au-delà de 103 (Washington en 2010 à 103,5) sur les 10 dernières saisons ! La supériorité numérique est toujours en feu avec 28,8% de réussite quand l’équipe suivante pointe à 23,8%... Là-aussi, les performances vont peut-être connaître un creux. Bref, Columbus a bonne allure mais ils ne sont objectivement pas aussi bons que ce que le mois de décembre a montré.

 

Malgré le rythme effréné des Jackets, Pittsburgh pointe juste derrière au classement. Les statistiques sont positivement stables pour des Penguins qui maintiennent leur rythme de croisière. Le style de jeu ouvert qui les a menés à la coupe au printemps dernier fait toujours merveille. Pittsburgh se classe 4e attaque et 24e défense pour le taux de possession et 2e attaque - 25e défense pour les chances de marquer. Mais comme d’autres équipes en haut du classement, l’important au final est que la balance soit positive. Tireurs et gardiens sont dans la norme, Sidney Crosby et Evgeni Malkin sont début janvier les deux meilleurs marqueurs de la ligue… Tout va bien.

 

Les amoureux des normes et autres moyennes peuvent se réjouir, la folle aventure des tireurs des New York Rangers perd enfin de sa superbe ! Le taux de réussite mirobolant est ainsi descendu de 11,6% à 9,8% en un mois. Certes, l’équipe est toujours première de la ligue à ce chapitre mais dans des proportions disons plus raisonnables. S’ils en restaient là, avec 9,8%, les Rangers produiraient tout de même la 3e meilleure performance de ces dix dernières années alors que seuls Toronto en 2013 et Washington en 2010 ont dépassé les 10%. Le pourcentage risque donc encore de descendre durant la deuxième moitié de saison et les points amassés jusque-là ne seront pas de trop car le taux de possession reste très bas à 47,8%, signe d’une équipe souvent dominée. Avec Washington juste derrière, les Rangers risquent plus vraisemblablement de finir avec l’une des deux Wild-cards de la conférence.

 

Les statistiques de Washington sont remarquablement stables depuis le début de la saison, signe d’une équipe en plein contrôle et ne fonctionnant pas aux coups de pouce intermittents comme les Rangers, Flyers ou même Columbus. Les Caps possèdent le 4e taux de possession de la ligue, le meilleur indicateur de performance en playoff. Avec la 6e attaque et la 4e défense à ce chapitre, le cocktail est plus que solide et correspond aux grandes ambitions de la bande à Ovechkin. Les gardiens continuent d’offrir en parallèle des performances très au-delà de la moyenne (4e taux d’arrêt de la ligue) mais correspondant au talent naturel de Braden Holtby. Rien de bien passionnant donc pour les Caps, mais c’est peut-être là la force des grandes équipes.

 

Philadelphie apparaît légèrement décrochée après avoir pourtant commencé décembre par une série de 8 victoires ! Mais constatant le niveau de jeu proposé par les coéquipiers de Pierre-Édouard Bellemare depuis le début de l’année, il paraissait clair que cette séquence relevait plus du feu de paille qu’autre chose. Les Flyers ont ainsi gagné un seul des 8 matchs suivants… Le retour de bâton en somme. Le taux de possession n’est pas mauvais mais ne dépasse guère la moyenne à 50,6%. L’équipe est de plus 27e de la ligue pour les chances de marquer, et si les gardiens se sont un peu améliorés en décembre, le taux d’arrêts reste en deçà de la moyenne de la ligue. Tout cela ne préfigure rien de bon alors que Columbus, Pittsburgh, Washington et les Rangers semblent déjà avoir un pied en playoff. Cela laisse une Wild-card à partager avec les équipes de l’Atlantique. Peut-on secrètement espérer voir Bellemare aux championnats du monde à Paris plutôt qu’en playoff avec les Flyers ?

 

Avec la Caroline, le trou est fait. Dix points derrière Washington, les Hurricanes continuent leur expérimentation lancée depuis 2 saisons de l’équipe au superbe système mais sans grand talent… L’équipe est ainsi 6e de la ligue pour le taux de possession comme pour les chances de marquer, en compagnie des Montréal, San José, Washington, Pittsburgh… Mais comme depuis deux ans, le taux de réussite aux tirs est faible, le 22e de la ligue et les gardiens sont 29e pour le taux d’arrêts… De quoi plomber la meilleure des stratégies. Rien ne presse pour la Caroline qui aimerait surement ajouter quelques espoirs supplémentaires et un vrai gardien à son effectif pour les années à venir.

 

Rien ne va plus pour New Jersey qui n’a pris que 10 points sur 30 possibles en décembre. L’équipe qui se battait becs et ongles et finissait en début de saison la moitié de ses matchs en prolongation a fini par craquer. Un calendrier chargé de Nashville, St Louis, Pittsburgh, des Rangers et Washington n’a pas aidé mais cela a permis de révéler le vrai visage de l’équipe. Les Devils présentent le 27e taux de possession de la ligue, ne devançant que les pauvres Islanders, Coyotes et l’Avalanche… Avec la 29e attaque et la 22e défense à ce chapitre, il n’y a rien de bien convainquant à signaler. Les chances de marquer ne sont guère mieux au 23e rang. Les tirs ne rentrent pas et Cory Schneider connait de loin sa pire saison en carrière avec 90,8% d’arrêts, lui qui flirte habituellement avec les 92,5%. Comme trop souvent dans la ligue, l’entraîneur se tourne alors vers ses vétérans pour tenter de relancer la machine. Le jeune espoir Pavel Zacha est trop souvent mis dans les tribunes au profit de plombiers, et Yohann Auvitu a commencé à faire des allers-retours dans la ligue Américaine où ses performances prouvent d’ailleurs qu’il n’a rien à y faire. Les playoff s’éloignent, laissant vraisemblablement la possibilité à Auvitu de défendre le maillot tricolore au Mondial…

 

Les Islanders de New York continuent de couler irrémédiablement. Ils sont 28e pour le taux de possession et 21e pour les chances de marquer. Rien de positif ne ressort pour les Isles qui ont même tenté sans succès de se débarrasser du gardien Jaroslav Halak en le proposant au ballotage. Personne n’en a voulu… Couler pour de bon afin de repêcher le plus haut possible à la draft serait peut-être une bonne idée. Les dirigeants ont par ailleurs offert un contrat de cinq ans au plombier Cal Clatterbuck, qui a certainement pour meilleur atout d’être très proche de John Tavares, à qui il ne reste qu’une seule année de contrat. Une manière de lui faire les yeux doux. Sans lui, il ne resterait plus rien à Long Island.

 

Toutes les statistiques ne concernent que le jeu à égalité numérique (5v5, 4v4 ou 3v3). Constituant la grande majorité des matchs, seul le jeu à égalité numérique est révélateur des tendances de fond. À l’inverse, le jeu durant les supériorités et infériorités numériques est trop dicté par l'inégalité du moment et impose des tactiques temporaires non révélatrices des forces et faiblesses d'une équipe. Ces phases doivent plutôt être considérées en parallèle.

Taux de possession : Plus communément appelé « Corsi », cette statistique recense tous les tirs effectués par une équipe, qu'ils soient contrés, non-cadrés, arrêtés par le gardien ou deviennent des buts. Cette métrique est utilisée pour décrire quelle équipe a été la plus offensive durant un match, chaque tir étant une conséquence de la possession de la rondelle. Signe de l’importance retrouvée de la vitesse et du jeu offensif, les 5 derniers champions de la coupe Stanley figuraient parmi le top 3 de la ligue en termes de possession.

Chances de marquer : Le pourcentage de chances de marquer fonctionne comme le taux de possession mais ne prend en compte que les tirs pris dans un trapèze allant du but au haut des cercles de mise en jeu en passant par les points de mise en jeu. C’est de cette zone que sont marqués 70% des buts en NHL. 

% tirs : Le pourcentage de réussite aux tirs est tout simplement le nombre de tirs cadrés qui finissent au fond des filets. Si au niveau individuel cette statistique peut varier, à l'échelle des équipes le niveau de la ligue est extrêmement homogène et stable aux alentours de 8%. Une différence importante indique par conséquent une période de réussite ou de déveine constituant une anomalie temporaire qui finit toujours par revenir à la normale.

% arrêts : Le pourcentage de tirs cadrés arrêtés par les gardiens d'une équipe. Si quelques gardiens se démarquent du lot, en bien ou en mal, le niveau des portiers de la ligue est extrêmement homogène et stable aux alentours de 92%. Une différence importante indique par conséquent une anomalie temporaire qui finit toujours par revenir à la normale.

PDO : Il est simplement l’addition du % tirs et du % arrêts, donnant un score tournant logiquement autour de 100, et permettant de voir d’un coup d’œil si une équipe respecte les moyennes de la ligue ou non. Chaque année, environ 25 équipes sur 30 obtiennent ainsi un score entre 99 et 101. Les minimums et maximums peuvent aller de 97 à 103.