NHL : Bilan de décembre à l'Ouest

Décryptons chaque mois le classement de la NHL, ses logiques et ses incohérences annonciatrices de changement. Les statistiques utilisées dans cet article sont expliquées en fin de texte.

Par Thibaud Châtel @batonsrompus

La NHL entre dans sa deuxième moitié de saison. Les positions au classement sont déjà bien définies et les tendances fortes de l’année apparaissent clairement. Les 40 prochains matchs ressembleront davantage pour beaucoup à une longue procession vers les playoff ou les vacances. Voici le point dans la conférence Ouest au 3 janvier.

 

Division Centrale

centrale décembre

Chicago ralentit, doucement mais sûrement avec 17 points pris sur 32 possibles en décembre. Le taux de possession est passé en dessous de 50% et les chances de marquer figurent parmi les pires de la ligue au 28e rang. Après un début d’année sur un nuage, les tireurs sont désormais stables dans la moyenne et c’est le duo de gardiens Crawford et Darling qui maintient l’équipe sur un rythme positif. Les deux présentent ainsi le meilleur taux d’arrêts de la ligue, à égalité avec Colombus, à 94,3%. Celui-ci a par contre également commencé à descendre alors qu’il pointait à 95,4% le mois dernier. Corey Crawford est l’un des gardiens les plus sous-estimés de la ligue et son niveau actuel correspond à ses performances habituelles mais il n’est jamais bon qu’une équipe repose avant tout sur son portier pour la tirer d’affaire. Le petit regain de novembre s’est vite dissipé et les Hawks profitent surtout des saisons difficiles de Dallas et Nashville et d’une division moins relevée que prévue pour rester aux avant-postes. Les points emmagasinés ne disparaitront pas mais ce n’est pas le visage d’un futur champion que Chicago offre actuellement.

Le mois de décembre du Minnesota s’est trouvé éclipsé par la folle série de Columbus mais le Wild aurait tout autant mérité de faire la une des journaux. Les joueurs de Bruce Boudreau ont ainsi enchainé 12 victoires consécutives avant de tomber le 31 décembre sur… Columbus. Le taux de possession est stable autour des 50% et les chances de marquer continuent de grimper, passant de 55,1% à 58,6%, ce qui place évident le Wild au premier rang de la ligue. L’attaque est remontée au 16e rang pour les chances obtenues et la défense est toujours ce qui se fait de mieux en NHL pour les chances concédées. Du hockey fermé qui profite de la bonne réussite des tireurs (9%, le 4e taux de la ligue) et surtout des performances exceptionnelles de Devan Dubnyk qui donne à l’équipe le 3e taux d’arrêts de la ligue. Le PDO obtenu de 103.2 est seulement dépassé par Columbus et il faut une nouvelle fois rappeler qu’une seule équipe a connu une saison au-delà de 103 (Washington en 2010 à 103.5) sur les 10 dernières saisons ! Il est donc difficile de croire que le rythme est tenable. Dubnyk affiche personnellement un taux d’arrêt global de 93,9%, sa meilleure performance en carrière mais dont il s’est déjà approché en 2014-15 (93,6%). Il va ainsi peut-être un peu régresser d’ici la fin de l’année mais pas tant que ça. Reste plutôt à savoir si les tireurs pourront maintenir le rythme, ce qui est plus incertain. Et surtout, compter autant sur la chance et son gardien n’a jamais mené à une coupe. La direction peut cependant être satisfaite des résultats car l’équipe est encore jeune, mais elle joue en ce moment un cran au-dessus de ses moyens. Ses bons résultats lui permettent néanmoins de profiter des lenteurs de ses concurrents et les playoff seront surement au rendez-vous en avril.

Les Blues de St Louis ont connu un coup de moins bien en décembre après deux premiers mois très solides. Seuls 16 points ont été engrangés et le taux de possession a chuté de 53,2% à 51,5%. Les Blues sont toujours très en place défensivement (3e de la ligue pour les tirs accordés) mais l’attaque a perdu de sa vitesse (seulement 18e pour les tirs obtenus). La bonne nouvelle est que l’efficacité des tireurs est revenue. La mauvaise, c’est que les gardiens sont toujours aussi fébriles. Jake Allen présente un taux d’arrêt global de 90,4%, en deçà de ses performances habituelles mais avec tout juste 130 matchs joués en NHL dans sa carrière, il est difficile de savoir où il se place véritablement. S’il parvient à retrouver son niveau de l’an passé, les Blues auraient un tout autre visage mais, pour l’heure, l’équipe vit une période un peu creuse. À voir si janvier ressemblera plus à octobre-novembre ou à décembre.

Avec 6 points de retard sur la 3e place qualificative pour les playoff, les Stars de Dallas bataillent pour maintenir leur espoir d’attraper l’une des deux Wild-cards de la conférence. Le jeu proposé par la franchise texane est cependant un peu mieux ce mois-ci et le taux de possession remonte de 47,7% à 49,4%. Le jeu ouvert (9e attaque et 26e défense pour les tirs obtenus/concédés) typique des deux dernières années commence à davantage porter ses fruits mais les tireurs ne parviennent toujours pas à retrouver leur efficacité naturelle. Avec 6,6% de réussite aux tirs, l’équipe est 26e de la ligue, ce qui continue de constituer un frein majeur à toute ambition sérieuse. Seguin, Benn et Spezza ont retrouvé un rythme habituel, Eaves et Roussel étonnent mais le reste a du mal à suivre. Le prochain mois s’annonce crucial.

Sur le papier, Nashville apparait sans doute comme l’équipe la plus constante de la division. Pas de point négatif à signaler, la possession et les chances de marquer sont très positives. Le 5e rang de la ligue pour le taux de possession place les Predators en bonne compagnie avec les grosses pointures Montréal, Washington, San José et Los Angeles. Ils constituent ainsi la 5e attaque de la ligue pour les tirs obtenus et la 17e défense pour les tirs concédés, un cocktail correspondant parfaitement à la philosophie joueuse du club ayant motivé par exemple l’acquisition de PK Subban et de sa vitesse. Alors pourquoi l’équipe stagne-t-elle au classement ? Élu joueur de la ligue en novembre, le gardien Pekka Rinne est redescendu de son nuage et prouve qu’il n’est malheureusement plus le grand gardien qu’il a été. L’autre bémol est que l’équipe a perdu en décembre 5 matchs contre des concurrents directs (Dallas, Minnesota, St Louis et Chicago), ce qui équivaut au classement à une double peine. S’il fallait en rajouter, Subban est sur la touche avec une hernie discale et une opération est à craindre, ce qui priverait pour longtemps les Preds d’un rouage essentiel. Roman Josi peine, lui, à produire au même rythme que les saisons précédentes. Les observateurs locaux s’arrachent les cheveux car si tous les voyants sont au vert, les résultats ne suivent pas à cause de petits grains de sable. Patience il reste 40 matchs pour faire la différence.

Parmi ce concert de déceptions, Winnipeg s’accroche tant bien que mal au peloton. Cependant, le taux de possession est bien négatif et si les chances de marquer sont remontées à 50%, le jeu reste trop faible pour combler le retard enregistré. Les Jets n’ont pas la capacité d’accélération de Nashville ou même Dallas et il serait très surprenant de les voir tenir encore longtemps le rythme. Patrick Laine est par contre toujours en course pour une saison record et mène une lutte acharnée à Auston Matthews pour le titre de recrue de l’année. L’essentiel est là.

Dire que tous les voyants sont au rouge pour Colorado est un euphémisme. Depuis novembre, la situation s’est encore détériorée et l’équipe est désormais 30e pour le taux de possession, comme pour les chances de marquer… Le taux de réussite aux tirs est 27e et les gardiens présentent le 30e taux d’arrêts de la ligue… Les discussions d’échanges ont déjà commencé à se faire entendre. Le Directeur Général Joe Sakic aimerait mettre la main sur un jeune défenseur et pourrait sacrifier Landeskog ou Duchene pour l’obtenir. À surveiller à l’approche des séries.

 

Division Pacifique

pacifique décembre

Tout va bien sous le soleil pour San José qui continue d’afficher des performances dignes d’un véritable prétendant au titre qui leur a échappé en 2016. 7e taux de possession de la ligue et 8e pour les chances de marquer, les Sharks sont stables dans le positif grâce à un jeu posé, efficace devant et solide derrière qui les distingue d’autres équipes faisant leur beurre d’un jeu beaucoup plus ouvert. Cette opposition de styles avait pourtant tourné à l’avantage de Pittsburgh en finale l’an passé mais les Sharks n’ont pas de raison de changer d’approche alors que la saison ressemble avant tout à une longue préparation pour les playoff. Les tireurs ont par ailleurs amélioré leur réussite de 6.5% à 7.3%, ce qui laisse encore une petite marge de progression. Jones est solide dans les cages et la deuxième partie de saison risque ainsi de ressembler fort à la première. Sauf sortie de route inattendue, les Sharks donnent rendez-vous en avril.

La lutte est serré derrière et Anaheim est parvenu à tirer le meilleur d’un mois pourtant difficile pour ses gardiens. Les Ducks qui capitalisaient en début de saison sur les performances de John Gibson pour compenser un système médiocre et des tireurs en déveine ont curieusement inversé la recette en décembre. Le taux d’arrêts, bien aidé par un piètre Jonathan Bernier dans son rôle de remplaçant, a chuté de 93,4% à 91,8%. À l’inverse, les tireurs sont passé de 6,9% à 7,8%. Le facteur chance, qu’il vienne du gardien ou des tireurs continuent ainsi de porter des Ducks affichant des taux de possession et de chances de marquer moyens. Aidés par le 3e power play de la ligue, ils grappillent cependant des points partout où ils peuvent et c’est suffisant pour l’instant à demeurer en playoff.

Edmonton est toujours dans la course ! On s’en étonne tous les mois tant les dernières années furent un calvaire pour cette équipe malgré les coups de pouce de la loterie du repêchage. Le taux de possession a légèrement baissé mais demeure positif, le 10e de la ligue. Pas de quoi voir la coupe mais c’est très bon signe pour une équipe somme toute encore jeune. L’attaque est 13e pour les tirs obtenus et la défense 7e pour ceux concédés, pas mal considérant que l’effectif comporte surement encore quelques trous à combler en termes de profondeur. McDavid est toujours en course pour finir meilleur marqueur de la ligue et il entraine dans son sillage Leon Draisaitl, 21 ans et 34 points en 40 matchs. Les chances de marquer sont, elles, légèrement en baisse et flirtent avec les 50%. C’est peut-être signe que la longueur de la saison polit les ardeurs des jeunes Oilers. Janvier et février risquent de tester encore plus leur volonté.

On pourrait recopier le compte-rendu du mois dernier pour les Flames de Calgary. La formation de l’Alberta continue de survivre malgré des indicateurs dans le rouge. Avec le 19e taux de possession de la ligue et le 25e pour les chances de marquer, il est difficile d’imaginer Calgary en playoff. Ajoutons à cela un manque de réussite aux tirs, 19e de la ligue, et le 22e duo de gardiens pour le taux d’arrêts, il devient ardu de trouver les raisons du succès relatif des Flames qui occupe aujourd’hui l’une des deux Wild-cards dans l’ouest. Un crash est largement plus envisageable qu’une poussée au classement.

Los Angeles suit le même cheminement que l’an passé, excellant dans tous les compartiments du jeu mais plombés par une réussite aux tirs en dessous de tout. Le taux de possession de 54% est le 2e de la ligue, une performance régulière depuis des années, et les chances de marquer sont remontées à 53%. Peter Budaj fait même oublier Jonathan Quick en montrant à mi saison des statistiques supérieures aux moyennes de celui-ci (qui ne sont pas si élevées que ça faut-il le rappeler). Par contre, les tirs sont une nouvelle fois en dessous de la moyenne, au 23e rang de la NHL. Dans une ligue aussi serrée, même s’ils tirent plus que leurs adversaires, les buts qui échappent ainsi aux Kings leur ont déjà coûté les playoff l’an passé et les obligent à lutter encore cette année pour leur survie. Des analyses ont montré que les Kings était l’équipe qui tirait le plus loin du but de la ligue, s’approcher davantage des cages adverses serait sûrement une bonne idée…

Les mauvaises langues pourraient dire que Vancouver agonise lentement et donne de temps en temps des sursauts d’orgueil… Les points du début de saison et une belle série en fin d’année permettent aux Canucks de rester au contact mais toujours un cran en retrait. Vancouver est 25e pour le taux de possession, 24e aux chances de marquer et 24e pour le taux d’arrêts. Il semble vraiment vain d’espérer quoique ce soit.

La lutte pour la dernière place de la ligue entre Arizona et le Colorado est passionnante… Ou pas. Le bon côté des choses est que, autant Colorado patauge dans le médiocre, Arizona suit son plan de reconstruction et ne prétendait en rien se retrouver plus haut que ça au classement. L’équipe a le 29e taux de possession de la ligue, pareil pour les chances de marquer… Les Coyotes se font discrets en attendant sûrement d’échanger quelques vétérans contre des choix de repêchage à la date limite des transactions en mars.

 

Toutes les statistiques ne concernent que le jeu à égalité numérique (5v5, 4v4 ou 3v3). Constituant la grande majorité des matchs, seul le jeu à égalité numérique est révélateur des tendances de fond. À l’inverse, le jeu durant les supériorités et infériorités numériques est trop dicté par l'inégalité du moment et impose des tactiques temporaires non révélatrices des forces et faiblesses d'une équipe. Ces phases doivent plutôt être considérées en parallèle. 

Taux de possession : Plus communément appelé « Corsi », cette statistique recense tous les tirs effectués par une équipe, qu'ils soient contrés, non-cadrés, arrêtés par le gardien ou deviennent des buts. Cette métrique est utilisée pour décrire quelle équipe a été la plus offensive durant un match, chaque tir étant une conséquence de la possession de la rondelle. Signe de l’importance retrouvée de la vitesse et du jeu offensif, les 5 derniers champions de la coupe Stanley figuraient parmi le top 3 de la ligue en termes de possession.  

Chances de marquer : Le pourcentage de chances de marquer fonctionne comme le taux de possession mais ne prend en compte que les tirs pris dans un trapèze allant du but au haut des cercles de mise en jeu en passant par les points de mise en jeu. C’est de cette zone que sont marqués 70% des buts en NHL.

% tirs : Le pourcentage de réussite aux tirs est tout simplement le nombre de tirs cadrés qui finissent au fond des filets. Si au niveau individuel cette statistique peut varier, à l'échelle des équipes le niveau de la ligue est extrêmement homogène et stable aux alentours de 8%. Une différence importante indique par conséquent une période de réussite ou de déveine constituant une anomalie temporaire qui finit toujours par revenir à la normale. 

% arrêts : Le pourcentage de tirs cadrés arrêtés par les gardiens d'une équipe. Si quelques gardiens se démarquent du lot, en bien ou en mal, le niveau des portiers de la ligue est extrêmement homogène et stable aux alentours de 92%. Une différence importante indique par conséquent une anomalie temporaire qui finit toujours par revenir à la normale. 

PDO : Il est simplement l’addition du % tirs et du % arrêts, donnant un score tournant logiquement autour de 100, et permettant de voir d’un coup d’œil si une équipe respecte les moyennes de la ligue ou non. Chaque année, environ 25 équipes sur 30 obtiennent ainsi un score entre 99 et 101. Les minimums et maximums peuvent aller de 97 à 103.