Championnats d'Europe 1932

 

Seulement deux nations européennes ont participé aux Jeux olympiques, mais il y a eu une participation plus importante à ces Championnats d'Europe de Berlin, les derniers de l'histoire à être organisés tels quels, avant d'être complètement intégrés aux championnats du monde.

Après plusieurs compétitions en plein air, on revient en intérieur. Le Sportpalast a une glace de bonne taille (55 mètres sur 26), mais les joueurs habitués au grand air doivent supporter la fumée de tabac gênante venue des spectateurs.

L'an passé à Krynica, seuls les Autrichiens et les Américains avaient deux lignes d'attaque qui se relayaient. Maintenant, toutes les équipes européennes s'y sont mises.

La Grande-Bretagne se présente avec dans ses rangs Morris, champion du monde 1931 avec... le Canada ! Les Britanniques veulent qualifier ce joueur qui vit à Zurich au motif que ses parents sont anglais, mais le Congrès de la fédération lui refuse la participation. Cette décision ouvre une nouvelle question autour de Murphy et Michaelis, deux joueurs de l'équipe de France qui ont la nationalité américaine. Après un long débat, il est décidé qu'un joueur originaire d'un autre pays sera autorisé à jouer pour son pays d'adoption uniquement s'il y joue au hockey depuis plus de dix ans. Par conséquent, si Murphy est qualifié, Charles Michaelis est interdit de participation : bien qu'il ait grandi en France, ce rude défenseur de 22 ans n'a commencé le hockey que depuis six ou sept ans.

Trois têtes de série sont désignées : Autriche, Tchécoslovaquie, Suède, les équipes européennes les mieux classées aux Mondiaux 1931 en l'absence de la Pologne. La composition des groupes se fait ensuite par tirage au sort. Les deux premiers de chaque poule sont censés être qualifiés...

 

 

Premier tour (du 14 au 16 mars 1932)

Groupe A

Allemagne - Suisse 1-1 (1-0,0-1,0-0)
  Rudi Ball / Richard Torriani
Suisse - Autriche 2-2 (0-1,1-1,1-0)
 Albert Geromini, Ferdinand Cattini / Hans Tatzer, Josef Göbel
Allemagne - Autriche 1-1 (0-0,1-0,0-1)
  Georg Strobl / Fritz Demmer

L'Allemagne perd dès le début du tournoi son défenseur Heinrich, évacué avec une fracture du tibia. Rudi Ball marque l'unique but contre la Suisse sur une passe de son compère Jaenecke, mais Torriani égalise joliment en feintant le centre pour mieux tromper le gardien. À la fin du deuxième tiers, Ball tire sur le poteau, récupère le palet et sert en retrait Jaenecke. Le gardien est loin de sa cage mais Cattini vient se placer devant la ligne et arrêter le tir. La Suisse tient un point, et elle en prend un autre contre l'Autriche en remontant deux buts de retard. Le gardien Eberle préserve ce score nul jusqu'au bout face aux attaques adverses. Les Autrichiens auraient alors pu être éliminés le lendemain, mais une combinaison entre Ertl, Tatzer et Demmer finit par avoir raison du gardien Gerhard Ball, qui remplace Leinweber blessé, et égalise.

Les trois équipes, à égalité de points et de goal-average, sont... toutes qualifiées pour le tour final ! Au nombre de buts marqués, on aurait pu éliminer l'Allemagne, mais les recettes tomberaient sans le pays organisateur... Et on n'a pas le temps de jouer une poule de sept. On choisit donc de qualifier ces trois pays, considérant que le groupe A était le plus fort, mais de ne prendre que le premier des autres groupes. Cette décision est acceptée avec fair-play par les représentants de la Grande-Bretagne (Bethune Patton) et de la France (Maurice del Valle), dont les équipes sont reversées en poule de consolation malgré une deuxième place qui aurait dû les qualifier selon le règlement initial.

 

Groupe B

Tchécoslovaquie - France 1-1 (0-0,0-0,1-1)
  Alois Cetkovsky / Charles Munz
Tchécoslovaquie - Lettonie 7-0 (3-0,2-0,2-0)
  Alois Cetkovsky 2, Wolfgang Dorasil 2, Tomas Svihovec, Jan Michalek, Jiri Tozicka
France - Lettonie 1-0 (1-0,0-0,0-0)
  Albert Hassler

Classement : 1 Tchécoslovaquie 3 (+7), 2 France 3 (+1), 3 Lettonie 0.

Philippe Lefébure tient longtemps ses cages inviolées mais est battu à la huitième minute du troisième tiers par un but controversé de Cetkovsky : le Tchèque a marqué alors qu'il était au sol, ce qui est normalement interdit, mais l'arbitre belge - et président de la fédération internationale - Paul Loicq interprète les règles dans l'esprit plutôt que dans la lettre et accorde le but parce que la chute de Cetkovsky avait été provoquée par une faute française. Charles Munz égalise trois minutes plus tard sur une faute du gardien Peka. Pas en forme sur ce match, Dorasil se rattrape avec un doublé contre les débutants lettons, ce qui donne la première place du groupe. Les Français sont plus laborieux face aux Baltes, même s'ils gagnent avec un bon match de leur autre gardien Jacques Morisson.

 

Groupe C

Grande-Bretagne - Roumanie 1-0 (0-0,1-0,0-0)
 Keith Thomson
Suède - Grande-Bretagne 4-1 (0-0,3-1,1-0)
  Gustaf Johansson 2, Sigge Öberg, Karl-Erik Fürst / Gerry Davey
Suède - Roumanie 4-0 (2-0,1-0,1-0)
  Gustaf Johansson, John Nilsson, Karl-Erik Fürst, Sigge Öberg

Classement : 1 Suède 4, 2 Grande-Bretagne 2, 3 Roumanie 0.

Le patinage des Suédois manque de souplesse, mais ils ont plus de cohésion et de science de jeu que l'Angleterre. Ils se qualifient donc aisément et se permettent même de ménager leur première ligne d'attaque contre les Roumains.

 

 

Poules finales (du 17 au 20 mars 1932)

Poule pour le titre

Rappel : Allemagne - Suisse 1-1
         Suisse - Autriche 2-2
         Allemagne - Autriche 1-1
Autriche - Tchécoslovaquie 3-0 (2-0,1-0,0-0)
  Kirchberger, Gobel, Trauttenberg
Suède - Suisse 1-1 (1-1,0-0,0-0)
  Karl-Erik Fürst / Anton Morosani
Suède - Autriche 0-0 (0-0,0-0,0-0)
Allemagne - Tchécoslovaquie 1-0 (0-0,0-0,1-0)
  Dr Strobl
Suède - Tchécoslovaquie 2-0 (1-0,1-0,0-0)
  Sigge Öberg, Gustaf Johansson
Allemagne - Suède 0-1 (0-0,0-0,0-1)
  Gustaf Johansson
Suisse - Tchécoslovaquie 3-2 (1-0,2-1,0-1)
  Conrad Torriani, Heinrich Meng, Albert Geromini / Tomas Svihovec, Jiri Tozicka

Classement : 1 Suède 6, 2 Autriche 5 (+3), 3 Suisse 5 (+1), 4 Allemagne 4, 5 Tchécoslovaquie 0.

Une nouvelle polémique éclate sur l'ordre des matches. Celui-ci est laissé à discrétion de l'organisateur (donc des Allemands) et il arrange tout le monde... sauf l'Autriche. Cette équipe expérimentée, homogène dans son patinage et dans ses tirs, fait figure de favorite. Elle témoigne parfois d'un esprit défensif mais se trouve finalement prise au piège par un hockey encore plus fermé.

Les Suédois annihilent en effet le jeu à vocation plus offensive des Suisses, avec leur ligne des "Ni" si légers et adroits, puis des Allemands. Avec ses cinq réalisations, Gustaf Johansson est le meilleur buteur des champions d'Europe. À la fois tactique, puissant et athlétique, cet attaquant défensif symbolise le jeu suédois.

La Tchécoslovaquie est en dessous de son niveau habituel à cause de l'absence de son meilleur joueur Josef Malecek, qui s'est cassé la jambe en faisant du ski. En plus, Wolfgang Dorasil se fait une déchirure musculaire au bras, et Jaroslav Pušbauer se casse le tibia au dernier match.

 

Poule pour la sixième place

Rappel : France - Lettonie 1-0
         Grande-Bretagne - Roumanie 1-0
France - Grande-Bretagne 3-3 (0-1,2-1,1-1)
  Léon Quaglia, Jacques Lacarrière, Charles Munz / Gerry Davey 2, Peter Fair
Lettonie - Roumanie 3-0 (0-0,2-0,1-0)
  Arvids Petersons 2, Arvids Jurgens
France - Roumanie 5-0 (0-0,3-0,2-0)
  Jacques Lacarrière, Jean-Pierre Hagnauer, Miguel Delesalle, Gérard Simond, Albert Hassler
Grande-Bretagne - Lettonie 5-2 (1-0,3-1,1-1)
  Gerry Davey 4, Peter Fair 1 / Indrikis Reinbahs, Johans Skadins

Classement : 1 France 5 (+6), 2 Grande-Bretagne 5 (+4), 3 Lettonie 2, 4 Roumanie 0.

Les Lettons manquent de technique de crosse, mais ils évitent la dernière place en étant plus tacticiens et plus résistants que les Roumains qui manquent de jeu collectif. Ceux-ci ont progressé en patinage, mais leur sympathique capitaine, le Prince Cantacuzene, est le seul à essayer des combinaisons.

 

 

Les championnats d'Europe précédents (1929)

 

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