Jeux Olympiques de Sapporo 1972

 

Pour la première fois, un grand évènement de hockey sur glace est organisé au Japon. Il faut signaler que Sapporo s'était portée candidate pour organiser les JO d'hiver de 1940, avant de se retirer. Ensuite attribués à Saint-Moritz puis à Garmisch, ces Jeux n'eurent évidemment jamais lieu à cause de la guerre. Pour la première fois également, les Jeux Olympiques sont séparés des championnats du monde, qui se tiennent quelques mois plus tard. La formule reste pourtant inchangée avec un groupe A qui détermine les médaillés et un groupe B sans grand enjeu.

S'il n'y a que onze équipes et non quatorze, c'est parce que l'Allemagne de l'est, la Roumanie et la France, qui avaient obtenu leur qualification sur la glace, ont renoncé à ce voyage long et cher pour des raisons financières. Côté français, les pressions sont venues d'en haut, en l'occurrence du gouvernement, pour acheter la décision de la FFSG contre une compensation financière, et la fédération a en retour voulu acheter la compréhension des joueurs contre... une montre Rolex à chacun ! Chaque club de hockey français reçoit en outre une "prime" de 3000 francs. Pas cher payée, la non-participation aux JO... On se demande ce qu'en aurait pensé Coubertin.

L'instigateur de ce forfait, le Colonel Marceau Crespin, directeur des sports de De Gaulle puis de Pompidou, estimait que l'équipe de France n'aurait pas le niveau pour faire bonne figure. Le problème est qu'il avait déjà utilisé cet argument quatre ans plus tôt pour justifier la non-sélection de certains joueurs expérimentés pour les JO de Grenoble... soi-disant afin de préparer ceux de 1972 ! Deux fois de suite dindon de la farce, un joueur comme Alain Bozon n'a donc jamais disputé les Jeux Olympiques. Tout ça parce que les autorités politiques n'ont pas laissé le hockey français évoluer à sa place, même s'il n'y avait aucune gloire à y gagner à court terme. Son développement en sera freiné pour de longues années, alors que ses progrès commençaient à se faire sentir.

 

Matches de qualification

3 février
Tchécoslovaquie - Japon 8-2 (1-0,4-1,3-1)
Suède - Yougoslavie 8-1 (0-0,4-0,4-1)
4 février
États-Unis - Suisse 5-3 (2-1,1-1,2-1)
Allemagne de l'ouest - Pologne 0-4 (0-0,0-3,0-1)
Finlande - Norvège 13-1 (3-1,5-0,5-0)

La surprise de ce tour préliminaire vient de l'élimination de la RFA, cinquième nation mondiale, qui se retrouve donc à jouer un groupe B pour une peu séduisante septième place.

 

 

Groupe A

5 février
Suède - États-Unis 5-1 (2-1,1-0,2-0)
Tchécoslovaquie - Pologne 14-1 (5-0,3-1,6-0)
URSS - Finlande 9-3 (3-2,3-1,3-0)

7 février
URSS - Suède 3-3 (1-0,1-0,1-3)
États-Unis - Tchécoslovaquie 5-1 (1-1,3-0,1-0)
Finlande - Pologne 5-1 (0-0,4-0,1-1)

8 février
Tchécoslovaquie - Finlande 7-1 (1-0,3-0,3-1)
9 février
Suède - Pologne 5-3 (1-0,4-2,0-1)
URSS - États-Unis 7-2 (2-0,3-0,2-2)

10 février
URSS - Pologne 9-3 (4-0,4-2,1-1)
Tchécoslovaquie - Suède 2-1 (0-0,0-0,2-1)
États-Unis - Finlande 4-1 (2-1,1-0,1-0)

12 février
États-Unis - Pologne 6-1 (2-0,2-0,2-1)
13 février
Finlande - Suède 4-3 (1-2,1-1,2-0)
URSS - Tchécoslovaquie 5-2 (2-0,2-1,1-1)

Classement (5 matches)

                    Pts  V  N  D   BP-BC  Diff
1 URSS               9   4  1  0   33-13  +20
2 États-Unis         6   3  0  2   18-15  +3
3 Tchécoslovaquie    6   3  0  2   26-13  +13
4 Suède              5   2  1  2   17-13  +4
5 Finlande           4   2  0  3   14-24  -10
6 Pologne            0   0  0  5    9-39  -30

L'entraîneur soviétique Anatoli Tarasov a pris un risque cette saison en séparant la ligne Kharlamov-Petrov-Mikhaïlov, la meilleure du pays. Il a voulu réimplanter son système de jeu révolutionnaire, déjà testé en 1968 à Grenoble, qui consiste à créer un bloc avec un défenseur (Aleksandr Ragulin), deux demi-centres (Guennadi Tsygankov et Vladimir Vikulov) et deux attaquants (Valeri Kharlamov et Anatoli Firsov). Les tâches sont ainsi mieux réparties à l'arrière entre le joueur chargé de défendre en permanence son enclave, et les demi-centres qui vont à la lutte pour le palet dans les coins. En attaque, le jeu est divisé en deux zones d'influence horizontalement, et non plus trois, ce qui fait que chaque joueur a plus de place pour s'exprimer, avec le soutien permanent des demi-centres en deuxième rideau pour créer le danger. Cet espace supplémentaire de créativité est parfaitement exploité par un Valeri Kharlamov au sommet de son art.

L'URSS poursuit ainsi sa domination sur le hockey mondial. Bien sûr, le Canada n'est pas là pour donner la répartie, puisqu'il boycotte les compétitions internationales pour protester contre l'interdiction faite aux professionnels d'y participer. Mais il aura l'occasion de se rendre compte de la valeur des Soviétiques à l'automne, lors de la fameuse série du siècle. Premier indice, le jeune Vladislav Tretiak est le premier Russe à être élu meilleur gardien dans une compétition internationale depuis treize ans. Le point faible de l'URSS n'existe plus.

La Tchécoslovaquie pratique peut-être le plus beau hockey dans ce tournoi, mais elle se fait surprendre pour la médaille d'argent par une surprenante équipe américaine. Deux mois après cet exploit olympique, les États-Unis - cette fois sans le défenseur Mark Howe (le fils de Gordie) qui n'est resté que le temps des JO - ne parviendront pourtant pas à remporter le groupe B mondial !.

 

Meilleurs marqueurs (5 matches)

                             B  A Pts
 1 Valeri Kharlamov    URS   9  6  15
 2 Václav Nedomanský   TCH   6  3   9
 3 Vladimir Vikulov    URS   5  4   9
 4 Craig Sarner        USA   4  5   9
 5 Kevin Ahearn        USA   4  3   7
   Aleksandr Maltsev   URS   4  3   7
 7 Anatoli Firsov      URS   2  5   7
 8 Yuri Blinov         URS   3  3   6
   Jirí Kochta         TCH   3  3   6
10 Richard Farda       TCH   1  5   6

 

 

Groupe B

6 février
Norvège - Yougoslavie 5-2 (0-1,3-0,2-1)
Allemagne de l'ouest - Suisse 5-0 (2-0,0-0,3-0)
7 février
Japon - Suisse 3-3 (1-1,2-0,0-2)
Allemagne de l'ouest - Yougoslavie 6-2 (2-1,3-1,1-0)
9 février
Japon - Yougoslavie 3-2 (2-2,0-0,1-0)
Allemagne de l'ouest - Norvège 5-1 (3-0,0-0,2-1)
10 février
Japon - Norvège 4-5 (2-2,1-2,1-1)
11 février
Suisse - Yougoslavie 3-3 (1-3,1-0,1-0)
12 février
Japon - Allemagne de l'ouest 7-6 (3-1,1-2,3-3)
Norvège - Suisse 5-3 (0-0,1-2,4-1)

Classement (4 matches)

                    Pts  V  N  D   BP-BC  Diff
1 RFA                6   3  0  1   22-10  +12
2 Norvège            6   3  0  1   16-14  +2
3 Japon              5   2  1  1   17-16  +1
4 Suisse             2   1  0  3    9-16  -7
5 Yougoslavie        1   0  1  3    9-17  -8

Meilleur marqueur : Rudolf Thanner (RFA), 6 points (5 buts et 1 assist).

 

 

Les JO précédents (Grenoble 1968)

Les JO suivants (Innsbruck 1976)

 

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