Tours - Croix (29 avril 1978)

 

Finale de la Coupe de France 1978.

Ce dixième match dans le mois pour Tours, conséquence d'un calendrier chargé par le parcours en coupe, est l'occasion d'une apothéose dans une épreuve qui lui a toujours réussi. Mais les Nordistes de Croix rêvent de revanche, eux qui ont déjà été éliminés deux fois de la coupe par Tours, en 1976 en quart de finale et surtout lors de la finale de 1975. Mais ce bouquet final de la saison se déroule dans un grand anonymat. La patinoire de Colombes n'a pas la renommée du stade de la même ville à l'époque où il accueillait la finale de la Coupe de France de football, et la comparaison s'arrête là. Ce sont une cinquantaine de supporters tourangeaux ayant fait le déplacement en car en région parisienne qui se chargent de mettre l'ambiance. Les Nordistes un petit peu moins nombreux sont plus discrets et ne chantent pas. Cette finale entre deux équipes de plaine n'attire pas l'attention des Alpes et en particulier du Dauphiné Libéré, alors le principal quotidien traitant du hockey français.

Tours est le légitime favori mais il a le désavantage de ne pouvoir aligner son joueur canadien Jean Lussier (frère de l'entraîneur Michel), au contraire de Croix avec Brisson. En effet, Lussier, lors d'un match de "critérium" - sans grand enjeu - à Grenoble, a déclenché une bagarre au banc des pénalités puis craché sur l'arbitre Armand Demma. Lundi dernier, la Commission de Discipline l'a suspendu pour 15 matches ferme (dont 3 qui étaient en sursis après une précédente infraction). De plus, l'attaquant tourangeau Blanchet n'est pas encore complètement remis d'une déchirure musculaire.

Christophe Courcot, le jeune gardien de Croix, est mis à contribution d'entrée et démontre ses qualités. Le jeu est rapide en début de match, avec des batailles acharnées dans les coins, mais il s'éteint peu à peu. Le joueur le plus motivé est clairement l'international Guy Galiay, d'une part parce qu'il se remet juste d'une blessure au genou et qu'il a faim de glace, et d'autre part parce que c'est la première fois de sa carrière qu'il peut décrocher un trophée d'importance. Il est bien surveillé en début de rencontre par des adversaires décidés à l'empêcher de tenter ses slaps ravageurs, mais après un quart d'heure de jeu, il finit par ouvrir le score.

Au deuxième tiers-temps, Tours accélère progressivement, emmené par Galiay mais aussi par un Patrick Sawyerr précis et rapide. Celui-ci semble cependant payer ses efforts en dernière période où il est moins en jambes. Menant 3-0, les Tourangeaux se reposent sur leurs lauriers et baissent un peu le pied. On pensait que le club dirigé par Marc Devaux avait abdiqué, il aborde au contraire le troisième tiers de façon percutante et déterminée. Ce n'est pas une bonne nouvelle pour Charles Thillien. Le jeune gardien a la lourde tâche d'être titularisé ce soir à la place du très expérimenté Sozzi dans ce match à la portée des Tourangeaux. Il a paru nerveux et mal à l'aise au début, mais a pris confiance au fil des minutes en réussissant de bons arrêts, signe qu'il est capable d'assumer le passage de témoin. Malheureusement, il encaisse soudain trois buts en quatre minutes et le match est complètement relancé.

Le match s'anime alors, aussi bien sur le plan du rythme que des débats physiques. L'inévitable Guy Galiay a redonné l'avantage à Tours, mais Patrick Francheterre, l'ex-capitaine de l'équipe de France qui n'a pas participé au dernier Mondial C pour raisons personnelles, égalise à cinq minutes de la fin.

La victoire se jouera donc dans deux prolongations de cinq minutes. Tours creuse l'écart dès la première grâce à Pascal del Monaco, le Grenoblois qui a quitté son club l'été dernier en raison d'un désaccord personnel avec le président, et Patrick Sawyerr. La seconde sert alors à préserver l'écart, et même si Croix, après avoir recouru à des solutions individuelles, tentent de trouver son salut dans un jeu plus collectif, rien n'y fait. C'est la consécration pour Tours dont le capitaine Jean-Paul Sandillon peut soulever pour la seconde fois la Coupe de France.

 

Commentaire d'après-match (dans Hockey Journal)

Pascal del Monaco (défenseur de Tours) : "Quand je suis arrivé à Tours avec Guy [Galiay], les autres joueurs ont tenu leurs distances pendant quelques semaines, sans doute parce qu'ils devaient nous considérer comme des vedettes. Jean-Claude Sozzi, que je connais depuis très longtemps, était déjà à Tours avant moi, et nous avons sympathisé avec les autres joueurs quand même, au bout de quelque temps. Les premiers matches ont été très durs pour moi, surtout parce que je sentais reposer sur mes épaules une énorme responsabilité. Mais, au fil des matches, ça s'est arrangé. L'atmosphère entre joueurs et entre dirigeants est très amicale et détendue. Il faut dire que tout va bien dans ce club, troisième du championnat et vainqueur de la Coupe de France. Le public est exceptionnel avec plus de 2000 spectateurs à domicile, et financièrement ça a l'air d'aller aussi. Les défauts, c'est tout d'abord que, à part trois ou quatre joueurs de haut niveau, le reste est bien jeune et tendre pour le haut niveau français. Ensuite, cette équipe n'a pas de relève immédiate, c'est-à-dire que, sans l'apport de joueurs de l'extérieur, l'équipe est finie."

 

Tours - Croix 6-4 a.p. (1-0, 2-0, 1-3, 2-0, 0-0)

Samedi 29 avril 1978 à la patinoire de Colombes.

Arbitrage de M. Guadaloppa assisté de MM. Weberrus et Piacentini.

Pénalités : Tours 18', Croix 8'.

Évolution du score :

1-0 à 15'30" : Galiay assisté de Del Monaco et P. Decock

2-0 à 24'48" : Galiay assisté de Blanchet et Bourgault

3-0 à 25'30" : Sawyerr assisté de Pasquier

3-1 à 4?'??" : Belliriz

3-2 à 4?'??" : Fauchart

3-3 à 43'34" : Francheterre assisté de S. Devaux

4-3 à 47'??" : Galiay assisté de Sandillon

4-4 à 54'53" : Francheterre

5-4 à 6?'??" : Del Monaco assisté de Galiay

6-4 à 6?'??" : Sawyerr assisté de Pasquier et Del Monaco

 

Tours

Gardien : Charles Thillien.

Défenseurs : Pascal Del Monaco, Jean-Yves Decock (4'), Jean-Paul Sandillon (C, 4'), Philippe Quinsac.

Attaquants : Patrick Sawyerr, Guy Galiay, Philippe Decock (2'), Alain Blanchet, Christophe Pasquier, Gilles de Saint-Germain, Yvon Bourgault (8'), Daniel Richard, Levacher.

Remplaçant : Jean-Claude Sozzi (G).

Croix

Gardien : Christophe Courcot.

Défenseurs : Nicolas Mulliez (2'), Éric Debaere, Dominique Baudry (2'), Alain Ryckeghem.

Attaquants : Patrick Francheterre (C, 4'), Yves Fauchart, Marc Belliriz, Sylvain Devaux, Rémy Brisson, Éric Simon, Jean-Yves Delannoy.

 

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