Championnats du monde 1930

 

La LIHG (Ligue Internationale de Hockey sur Glace) décide à son congrès de Budapest en 1929 d'organiser des championnats du monde chaque année pour ne pas attendre les Jeux Olympiques pour affronter les nations nord-américaines. Cela permet également au Japon de participer pour la première fois à une compétition internationale. Les deux tiers des dix-huit membres de la LIHG envoient une équipe, seuls la Suède, la Finlande, les États-Unis, la Roumanie, l'Espagne et le Luxembourg manquent à l'appel. Le championnat d'Europe n'est pas supprimé, mais son vainqueur sera désormais l'équipe européenne la mieux classée de ces championnats du monde.

Autre nouveauté, la LIHG remettra désormais des médailles aux vainqueurs, et non plus des diplômes comme par le passé. La durée des rencontres est maintenant de 3 x 15 minutes (au lieu de 2 x 30) et la passe vers l'avant est autorisée, mais en zone défensive uniquement.

Le Canada, représenté par les Toronto CCM, est directement qualifié pour la finale, et les autres équipes doivent se battre pour avoir l'honneur de l'affronter.

 

Le jeudi 30 janvier, après de longs débats, les participants fatigués d'attendre une météo favorable décident de déplacer l'organisation à Davos. Mais durant la nuit, il gèle enfin à Chamonix, et certains ne veulent plus partir. Par 6 voix à 5, le délégué suisse obtient un vote en faveur du voyage vers les Grisons à l'aube, mais à midi, les autocars prévus ne sont toujours pas arrivés. Comme le déplacement n'aura jamais lieu à temps, on décide finalement de commencer les matches à Chamonix, solution qui a le soutien du Canada, 12e nation participante.

 

Premier tour (31 janvier 1930 à Chamonix, France)

Hongrie - Italie 2-0 (0-0,2-0,0-0)
France - Belgique 4-1 (0-1,2-0,2-0)
Allemagne - Grande-Bretagne 4-2 (0-2,1-0,3-0)

Cette première journée se déroule devant 1000 spectateurs. Les perdants sont éliminés de la suite. Les matches doivent maintenant s'enchaîner, quelles que soient les conditions. France-Belgique se joue sur une glace pleine de trous, que l'on essaie de boucher avec la neige.

La Hongrie remporte sa première victoire en compétition internationale en battant l'Italie sur des buts du dynamique Sandór Minder et de l'attaquant défensif Zoltán Jeney.

 

Quarts de finale des challengers (1er février 1930 à Chamonix, France)

Pologne - Japon 5-0 (2-0,2-0,1-0)
Suisse - Tchécoslovaquie 3-1 (2-1,1-0,0-0)
Allemagne - Hongrie 4-1 (1-0,0-0,3-1)
France - Autriche 1-2 (1-1,0-0,0-1)

Sur cette glace dangereuse, l'Autrichien Ertl s'est tordu la cheville (l'ailier droit Tatzer doit donc dépanner au centre contre la France) et son collègue Sell en fait autant pendant le match. Les filets aussi ont des trous, ce qui fait que l'arbitre Paul Loicq refuse un but à Demmer, rentré par l'extérieur de la cage. La France égalise ensuite par un tir lointain de Charlet et prend confiance. Trauttenberg, l'étudiant à Cambridge, quitte sa position de défenseur pour marquer le but vainqueur de l'Autriche devant 1200 spectateurs.

 

Demi-finales des challengers (2 février 1930 à Chamonix, France)

Allemagne - Pologne 3-1 (1-1,2-0,0-0)
Suisse - Autriche 2-1 (0-0,1-1,1-0)

L'Allemagne, menée au score par les Polonais, renverse la situation en sa faveur au deuxième tiers-temps avec un doublé de Jaenecke.

Les conditions de jeu ne favorisent guère les techniciens et les patineurs, et la Suisse domine l'Autriche grâce à ses gabarits supérieurs. Walter Sell a pourtant eu deux grosses occasions pour l'Autriche en début de match. Son premier tir serait rentré puis ressorti de la cage selon des témoins, et le second n'est pas cadré alors qu'il aurait pu passer à Dietrichstein démarqué. Alors qu'Ertl est revenu au jeu aujourd'hui, Tatzer se prend à son tour le pied dans un trou en fin de deuxième période, et les deux équipes songent à arrêter. Comme elles ne savent pas quand finir le match, elles reprennnent le jeu. Un tir en lucarne d'Albert Geromini donne la victoire à la Suisse.

 

La glace de Chamonix est clairement devenue impraticable. On décide d'effectuer la fin de ces championnats à Berlin, sur la glace artificielle du Sportpalast. La LIHG se promet alors de ne plus organiser de compétitions internationales sur glace naturelle, une volonté qui ne sera pas toujours appliquée...

 

Match pour la quatrième place (5 février 1930 à Vienne, Autriche)

Autriche - Pologne 2-0 (0-0,0-0,2-0)

Pendant que les vainqueurs des demi-finales prennent la direction de Berlin, les perdants se retrouvent à Vienne (où les Canadiens feront aussi escale à l'invitation du WEV) pour se disputer la médaille de bronze européenne. Ces championnats du monde auront donc été organisés dans trois pays différents !

 

Finale des challengers (9 février 1930 à Berlin, Allemagne)

Allemagne - Suisse 2-1 (0-1,1-0,1-0)

Si la glace naturelle a le défaut de fondre, sa version artificielle présente d'autres problèmes, du moins si l'on en croit les Suisses, qui se disent gênés par la lumière artificielle ainsi que par l'air confiné du Sportpalast de Berlin. De plus, ils ne sont arrivés que la veille dans la capitale allemande et n'ont pu s'entraîner. Richard Torriani, alias "Bibi", ouvre le score en leur faveur, mais Gustav Jaenecke égalise en fin de deuxième tiers-temps et Erich Römer offre la victoire aux Allemands.

 

Finale (10 février 1930 à Berlin, Allemagne)

Allemagne - Canada 1-6 (1-2,0-2,0-2)
  Rudi Ball / Alexander Park 2, Gordon Grant 1, Howard Armstrong 1, Joseph Griffin 1

Berlin se passionne pour ces championnats du monde qu'elle a récupéré sur le tard et rêve à un exploit de l'équipe allemande. Entre le début et la fin de la compétition, les Canadiens ont en effet effectué une escale à Vienne où ils ont été pour la première fois battus en amical par une équipe européenne. Ils sont donc prenables, et c'est l'idole locale (il joue au Berliner SC) Gustav Jaenecke, surnommé Justav, qui s'en persuade en ouvrant le score. Les huit mille spectateurs explosent, et le bois du Sportpalast en tremble.

Mais les Canadiens retrouvent alors leur jeu et leur technique, ils devancent les Allemands sur le palet, ils transpercent leurs lignes, avec une habileté jamais vue ici. Le gardien Walter Leinweber est de plus en plus sollicité et ne peut pas tout faire. Lorsque Jaenecke doit quitter la glace avec une clavicule cassée, les Allemands comprennent qu'ils n'ont rien à faire. Après la large victoire de son équipe, le capitaine canadien Howard Armstrong ira d'ailleurs chercher "Justav" pour que le public lui accorde à lui aussi une ovation inoubliable à l'issue de cette soirée exceptionnelle.

 

Trophée du fair-play : Autriche.

 

 

L'année précédente : les championnats d'Europe 1929

Les championnats du monde suivants (1931)

 

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