Championnats du monde 1954

 

Attention ! Les voilà ! Les Soviétiques participent pour la première fois à une compétition officielle lors de ce championnat du monde de Stockholm, et ils sont déjà très attendus. On les dit extrêmement redoutables, tous ceux qui ont eu la chance de les voir ont été impressionnés, mais on ne sait pas grand-chose d'eux. La moindre information à leur sujet, comme le fait que leur médecin prépare lui-même leurs repas selon les consignes de cette nouvelle science qu'est la diététique, fait immédiatement le tour des agences de presse. Anatoli Tarasov, celui qui a créé cette équipe soviétique, n'a pourtant pas l'honneur de l'entraîner pour ses débuts internationaux. Accusé d'avoir démoralisé ses joueurs par ses méthodes trop dures, il a dû démissionner après une tournée ratée en Tchécoslovaquie. C'est donc Arkadi Chernyshev, l'entraîneur du Dynamo, qui dirige la formation soviétique pour ses premiers championnats du monde.

 

L'équipe du Canada, quant à elle, a débarqué du paquebot Queen Mary le 28 janvier à Cherbourg. Mais deux jours plus tard, elle se fait écraser 2-11 à Paris par les Canadiens d'Europe, une sélection composé de joueurs de la ligue professionnelle britannique. Panique dans les rangs de la fédération canadienne, qui a eu du mal à persuader des équipes ou des joueurs de partir deux mois en Europe quand il y a plus d'argent à se faire au pays. Elle annonce l'envoi urgent de renforts, et ils sont quatre à débarquer pour le championnat : le gardien Lockhart, le défenseur Jamieson, et les attaquants Shill et Unger.

 

26 février
Tchécoslovaquie - Suisse 7-1 (3-1,1-0,3-0)
URSS - Finlande 7-1 (2-0,3-1,2-0)
Suède - Norvège 10-1

27 février
Canada - Suisse 8-1 (3-0,2-0,3-1)
URSS - Norvège 7-0 (2-0,4-0,1-0)
Tchécoslovaquie - Allemagne de l'ouest 9-4 (2-0,4-0,3-4)

28 février
Canada - Norvège 8-0 (4-0,2-0,2-0)
Allemagne de l'ouest - Suisse 3-3 (3-2,0-1,0-0)
Suède - Finlande 5-3 (0-0,2-2,3-1)

1er mars
Tchécoslovaquie - Finlande 12-1 (3-0,4-1,5-0)
URSS - Allemagne de l'ouest 6-2 (1-0,1-1,4-1)
Suède - Canada 0-8 (0-3,0-3,0-2)

2 mars
Finlande - Norvège 2-0 (0-0,1-0,1-0)
URSS - Tchécoslovaquie 5-2 (1-1,2-1,2-0)
Suède - Suisse 6-3 (3-1,3-2,0-0)

3 mars
Tchécoslovaquie - Norvège 7-1 (4-0,0-0,3-1)
Canada - Allemagne de l'ouest 8-1 (2-0,2-0,4-1)
URSS - Suisse 4-2 (0-0,2-1,2-1)

4 mars
Norvège - Suisse 3-2 (1-0,0-1,2-1)
Canada - Finlande 20-1 (7-0,8-1,5-0)
Suède - Allemagne de l'ouest 4-0 (1-0,3-0,0-0)

5 mars
Allemagne de l'ouest - Finlande 5-1 (2-0,1-0,2-1)
Canada - Tchécoslovaquie 5-2 (3-1,0-1,2-0)
Suède - URSS 1-1 (0-0,0-0,1-1)

6 mars
Suisse - Finlande 3-3 (1-1,2-0,0-2)
Suède - Tchécoslovaquie 4-2 (1-2,2-0,1-0)

7 mars
Allemagne de l'ouest - Norvège 7-1 (3-0,2-0,2-1)
URSS - Canada 7-2 (4-0,3-1,0-1)

Classement (7 matches)

                   Pts   V  N  D   BP-BC  Diff
1 URSS              13   6  1  0   37-10  +27
2 Canada            12   6  0  1   59-12  +47
3 Suède             11   5  1  1   30-18  +12
4 Tchécoslovaquie    8   4  0  3   41-21  +20
5 RFA                5   2  1  4   22-32  -10
6 Finlande           3   1  1  5   12-52  -40
7 Suisse             2   0  2  5   15-34  -19
8 Norvège            2   1  0  6    6-43  -37

Avec leurs maillots trop longs, leurs crosses artisanales et leurs casques de cycliste, les joueurs soviétiques n'attirent pas le regard de prime abord. Mais une fois sur la glace, ils pratiquent un hockey nouveau, "à la russe", joué à un rythme extrêmement rapide que personne ne peut tenir. La Tchécoslovaquie y parvient un temps, et prend l'avantage 2-1 par des buts de Vidlák et Bubník. Le gardien Grigori Mkrtychan s'estime coupable et choisit de lui-même de regagner son banc pour se faire remplacer. Sa doublure, le très spectaculaire Nikolaï Puchkov, capable d'arrêter des palets dans son dos à l'entraînement, réussit d'entrée un fantastique arrêt face à Zábrodský. Il s'imposera vite comme le premier grand gardien russe. L'URSS renverse la situation et s'impose 5-2 grâce à un triplé de son athlète de légende, le bulldozer Vsevolod Bobrov.

Devant son roi Gustav Adolf, qui assiste à la rencontre de même que dix-huit mille spectateurs, la Suède réalise tout de même à tenir ces Soviétiques en échec. Le Canada, qui a de son côté écrasé les Scandinaves 8-0 et qui a soigné son goal-average contre la Finlande (avec 7 buts de Maurice Galand), aborde donc en toute confiance le match décisif face à l'URSS. Les organisateurs abondent d'ailleurs en ce sens. Croyant fermement en une victoire canadienne, ils ont déjà mis en vente les billets pour le match du lendemain, censé départager Suédois et Soviétiques, ex-æquo aux points, pour la conquête du titre de champion d'Europe. Mais celui-ci n'aura jamais lieu...

En effet, même si certains membres de la délégation russe avaient songé à se ménager face au Canada pour mieux se concentrer sur le couronnement européen, Chernyshev fait savoir que l'objectif ultime de l'URSS, depuis huit ans qu'elle a adopté le hockey "canadien", est bel et bien de battre la nation-mère. Même si cela leur ôte toute chance de devenir champions d'Europe, les seize mille spectateurs suédois se rangent de leur côté. La presse a fait ses choux gras du jeu dur du Canada, mais aussi de son arrogance. Elle explique que même les "communistes" sont plus ouverts et coopératifs que ces prétentieux Canadiens...

Car les représentants canadiens, les East York Lyndhursts, sous-estiment grandement leurs adversaires. Ils pensent ne faire qu'une bouchée de leur jeu de passes dépourvu de contact physique. Mais, dépassés dans le jeu collectif et la créativité, ils ne parviennent jamais à gêner les Soviétiques par leurs charges contre la bande, et reçoivent une démonstration de hockey qui fait sensation. Pour un coup d'essai, c'est un coup de maître. L'URSS est championne du monde à sa première tentative.

L'attaquant Eric Unger résume le sentiment des joueurs canadiens, qui vivent la pire soirée de leur vie : "Leur joueur le plus lent patinait plus vite que notre joueur le plus rapide. Je ne sais pas si je dois le dire ou non, mais ils nous ont dominés par bien plus que cinq buts d'écart." Cette défaite fait l'effet d'un choc au Canada, habitué à battre facilement les équipes européennes. Le directeur des Toronto Maple Leafs, Conn Smythe, veut laver l'affront en envoyant une équipe de NHL en URSS à l'issue des play-offs de la ligue professionnelle nord-américaine qui s'achèvent fin avril. Mais ce qu'il ne sait pas, c'est que les Soviétiques, qui n'ont pas la moindre patinoire artificielle, n'ont aucune glace pour accueillir ces éventuels visiteurs au milieu du printemps...

 

Meilleurs marqueurs

                           B  A Pts
1 Maurice Galand     CAN  16  4  20
2 Eric Unger         CAN   8  9  17
3 Vlastimil Bubník   TCH  11  4  15
4 Bronislav Danda    TCH   8  5  13
5 Markus Egen        ALL  10  0  10

Meilleur gardien : Don Lockhart (Canada).

Meilleur défenseur : Lars Björn (Suède).

Meilleur attaquant : Vsevolod Bobrov (URSS).

Équipe-type : Don Lockhart (CAN) ; Lars Björn (SUE), Vaclav Bubník (TCH), Thomas Campbell (CAN), Doug Chapman (CAN), Tom Jamieson (CAN) ; Vsevolod Bobrov (URSS), Vlastimil Bubník (TCH), Bronislav Danda (TCH), Maurice Galand (CAN), Sven Johansson (SUE), Bill Shill (CAN), Viktor Shuvalov (URSS), Eric Unger (CAN), Vladimír Zábrodský (TCH).

 

 

Les précédents championnats du monde (1953)

Les championnats du monde suivants (1955)

 

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