MISE À JOUR : Peut-on prédire le futur champion NHL ?

Article mis à jour avec les données de la saison régulière 2016-17 au complet. (28 mai)

Les playoffs approchent à grands pas en NHL et la douce mélodie des prédictions commence déjà à se faire entendre. Mais prenons un moment pour regarder en arrière afin de savoir si les champions du passé peuvent nous aider à deviner celui du futur. Plus exactement, les champions de la dernière décennie correspondaient-ils à un même portrait-robot ? La réponse est oui…

Par Thibaud Châtel @batonsrompus

 

Quels sont les attributs d’un champion de la coupe Stanley ?

Il est communément admis par tous les observateurs que plusieurs éléments sont nécessaires pour emmener une équipe jusqu’au graal de la NHL. Les trois qui reviennent le plus souvent sont un gardien (pas forcément d’élite mais en feu au bon moment), un défenseur numéro un capable de jouer entre 25 et 30 minutes chaque match de playoffs et des 3e-4e trios apportant un complément d’attaque faisant souvent la différence.

Si tous sont valides, ce dernier point est notamment intéressant car il pose la question de ce qui différencie au bon moment des joueurs pas forcément doués de talent offensif de leurs homologues d’en face ? Les partisans de la vieille école parlent de caractère et de se sortir les tripes mais gageons que tous les joueurs professionnels donnent jusqu’à la dernière goutte de sueur lorsque la coupe Stanley est en jeu.

 

Mesurer l’importance du système de jeu

Prenons plutôt le parti de penser que les systèmes de jeu ont beaucoup plus d’importance que l’on ne veut bien leur accorder, principalement car ceux-ci restent, dans le feu de l’action, relativement invisibles à l’œil nu. Au-delà des points au classement qui peuvent comporter une part ou un manque de réussite, les statistiques avancées permettent justement de donner un visage aux philosophies stratégiques des équipes et d’apporter un contexte plus que révélateur sur bien des performances passées et présentes. Celles-ci sont mesurées depuis la saison 2007-2008, et nous avons donc regardé dans ces neuf saisons passées si les équipes championnes partageaient ou non des caractéristiques similaires. Nous avons pour cela analysé leurs performances en saison régulière sous plusieurs angles afin de trouver un ou plusieurs dénominateurs communs.

Précisons tout de même que l’examen des points au classement, de la performance des unités spéciales, de la réussite des tireurs et de celle des gardiens ne révèlent aucune ligne directrice. Certains champions ont excellé là où d’autres en arrachaient, et aucun de ces éléments ne rentre donc dans notre portrait-robot. De même, la performance lors de la dernière ligne droite de la saison, les 20 derniers matchs, n’influent en rien sur les pronostics. Aucune équipe ne s’est découvert un potentiel de champion sur le tard.

 

La possession comme seul dénominateur commun

La possession de la rondelle est déterminée en hockey selon le nombre de tentatives de tirs effectuées par une équipe. Il est en effet préférable dans ce sport si rapide de savoir ce qu’une équipe a réussi à faire de la rondelle pendant les courtes secondes qu’elle l’avait plutôt que de simplement comptabiliser lesdites secondes. L’indicateur « Corsi » mesure donc toutes les fois qu’une équipe parvient à se mettre en position de lancer au filet, que le tir soit non-cadré, contré, arrêté par le gardien ou devienne un but. À l’issue de la saison régulière, environ la moitié de la NHL affiche logiquement un Corsi positif (au-dessus de 50%) et l’autre moitié est dans le négatif en-deçà de 50%.

Cette mesure de la possession indique globalement qu’une équipe sait ainsi, largement grâce au système de jeu mis en place par les entraineurs, lancer plus souvent au filet que ses adversaires soirs après soirs. Or, dans une ligue ou tireurs et gardiens sont d’un niveau très homogène, celui qui lance le plus souvent finit généralement par marquer davantage et ainsi remporter plus de matchs. La preuve en est que, depuis neuf ans, 77% des équipes qui se sont qualifiées pour les playoffs affichaient un Corsi positif. À l’inverse, seules 25% des équipes en dessous de 50% de possession sont parvenues à se qualifier, une rareté donc, ou presque.

tableau classement

100% des équipes championnes possédaient en saison régulière un Corsi non seulement positif mais supérieur à 51%. Boston mis à part, les huit autres équipes titrées montaient même jusqu’à 53% et plus, ce qui en NHL représente l’élite de la ligue.

7 sur 9 C’est la proportion de champions qui figuraient ainsi dans le top 3 de la NHL pour la possession du palet durant la saison régulière. S’il est évident que le jeu change durant les playoffs, que les défenses resserrent les espaces, il semble bien qu’une équipe habituée à lancer davantage au filet continuera à le faire en séries, se donnant ainsi le maximum de chances que la puck finisse au fond d’une manière ou d’une autre.

 

La qualité importe peut-être moins que la quantité

La problématique est souvent posée, avec raison, de mettre en perspective le Corsi qui recense donc indistinctement toutes les tentatives de tirs pour uniquement se concentrer sur les tirs vraiment dangereux. C’est ce que fait la statistique des Buts espérés, Expected Goals en anglais, qui pondère chaque tentative de tir suivant le tireur, le type de tir et la distance au but d’après la réussite historique du joueur en question dans des mêmes conditions. En gros, un tir du poignet de Patrick Kane vaudra plus que celui d’un plombier de 4e trio.

Si les équipes championnes se classent logiquement parmi les meilleures de la ligue selon cette mesure, leur domination paraît moins évidente que sur le Corsi. Tout d’abord, Boston en 2010 n’atteignait pas les 50% d’Expected Goals en raison d’une défense un peu trop perméable aux tirs dangereux justement. Mais si Chicago en 2015 plafonnait à 50,8%, les sept autres champions ont enregistré un Expected Goals proche de 53% ou plus, là-aussi parmi l’élite de la ligue.

Mais en termes de classement, cela est tout de même un cran en retrait par rapport à la possession globale et c’est peut-être logique. Un match de playoff se décide souvent sur une déviation, un rebond ou sur une action individuelle, erreur ou exploit. Dans ce contexte, la quantité des tentatives peut se montrer plus importante que la qualité car chaque match est une course contre la montre où il faut capitaliser sur toutes les opportunités possibles. Une équipe plus habituée à jouer la quantité aurait ainsi davantage de chance de succès.

 

Des puissances offensives plutôt que des forteresses défensives

L’analyse en profondeur des composantes offensives et défensives de la possession révèle en effet que les équipes championnes capitalisaient davantage sur leurs capacités à l’attaque que sur leur défense comme le montre le graphique ci-dessous.

CF CA rank

À part Chicago en 2013 qui possédait « seulement » la 9e attaque de la ligue pour les tentatives de tirs obtenues, tous les autres champions se classaient dans le top 5 et sept dans le top 3 ! À l’inverse, certaines équipes comme Pittsburgh en 2009 et 2016 et Chicago en 2015 se classaient aux alentours du 10e rang en défense, pour les tentatives accordées, sans compter Boston et sa défense « passoire » au 21e rang.

Ces chiffres viennent une fois de plus renforcer l’idée que l’attaque était la source première de succès pour ces équipes. Cela rejoint également la pensée que la quantité vaut plus que la qualité sur une échantillon aussi court qu’une série de playoffs. Là-aussi, la même analyse menée sur les Expected Goals offensifs et défensifs se révèle bien moins révélatrice, seule Pittsburgh en 2016 se classant dans le top 3 offensif et Détroit, Chicago 2010 dans le top 3 défensif.

 

Que peut-on donc prédire pour 2017 ?

À l’issue de ces recherches, la formule la plus commune à tous les champions (7 sur 9), est que ceux-ci dépassaient 52% de Corsi et 52% d’Expected Goals, la juste balance de quantité et de qualité. C’est surtout à ces niveaux que les équipes championnes se démarquent vraiment du reste de la ligue, atteignant des paliers d’excellence hors d’atteinte pour le commun des mortels.

pourcentage d équipes

Seul un tiers des autres équipes présentes en playoffs présentaient un tel niveau de jeu, sans parler des équipes non-qualifiées… Et nous aurions pu être plus sélectifs encore car, nous l’avons dit, les sept champions en question atteignaient tous au moins 52,9% de Corsi et Expected Goals. Il faut cependant prendre en compte que depuis deux ans environ, la présence et l'utilisation des statistiques avancées par les équipes NHL font que toutes tendent vers une plus grande homogénéité en termes de possession par esprit de mimétisme stratégique. L'écart entre les meilleures et les pires équipes de la ligue s'est ainsi réduit et de moins en moins de formations parviennent à dépasser les 52%.

Quelles sont donc les équipes qui, cette saison, peuvent s’enorgueillir de posséder une telle carte de visite et donc viser la coupe ? Elles sont deux, voire trois.

Washington (le favori) : Les statistiques confirment ici l’analyse visuelle de bien des observateurs. Washington dépasse les 52% de Corsi et d’Expected Goals, se classe dans le top 3 de la ligue au Corsi mais n’est que 8e pour les tentatives de tirs obtenues. Ils sont toutefois la 4e meilleure défense pour les tentatives concédées, ressemblant au final sur le papier aux Blackhawks de 2013.

Montréal (l’outsider) : Les Canadiens remplissent les conditions statistiques et pointent au quatrième rang pour le Corsi, figurant également dans le top 5 pour les tentatives de tirs obtenues. Avec Claude Julien à la barre et Carey Price dans les buts, il ne faudrait peut-être pas oublier les Canadiens de sitôt.

Boston (avec un bémol) : La machine bien huilée de Claude Julien justement s’était installée d’octobre à février dans des normes dignes d’un champion, et ce malgré un effectif très inégal. Toutefois, les performances désastreuses de Tuukka Rask, qui a en partie coûté son poste à Julien, mettent un sérieux bémol à leurs ambitions. De plus, si le nouveau coach Bruce Cassidy a gardé les grandes lignes du système Julien, les tentatives de tirs obtenues sont en baisse. Premier de la ligue à ce chapitre jusqu’au changement d’entraîneur, les Bruins sont tombés à la 10e place depuis. Or nous avons vu plus haut le lien entre attaque et succès.

San José (la revanche) : Les Sharks étaient placés parmi les outsiders lors de la première version de cet article le 25 mars. Les dernières semaines de compétition leur ont permis de franchir la barre des 52% de Corsi et Expected goals. Et ils pointent autour du top5 pour le Corsi et les tentatives obtenues. Les blessures tardives des leaders Joe Thornton et Logan Couture péseront-elles cependant trop fort dans la balance face à Connor McDavid ?


Ils ne sont pas loin – Nashville et Pittsburgh :
Nashville est l'équipe des presques. Ils frappent aux portes des 52% de corsi et d'expected goals, du top 5 pour le corsi et des tentatives obtenues. Avec leur top4 défensif d'élite qui couvrira 50 minutes de glace en playoffs, les Predators font bien figure d'outsider. Pittsburgh, eux, ont chuté depuis la première version de cet article, en grande partie en raison de la perte de Kris Letang et d'une défense beaucoup plus poreuse. Leur Corsi a fini en bas des 51%, ce qu'aucun champion n'a connu. Toutefois, la puissance de leur attaque demeure certaine et la qualité des chances est là, comme en témoigne des expected goals au-delà des 52% et une 5e place au classement des tentatives obtenues. Les Penguins présentent donc un visage contrasté et il faudra surement un coup de pouce du destin pour franchir Blues Jackets et Capitals.

Los Angeles (trop tard) : La seule équipe cette année qui rentrerait dans les normes très élevées des années antérieures… Meneur de la ligue année après année en termes de possession, le système des Kings comporte cependant des travers de plus en plus évidents qui vont leur coûter une nouvelle fois les playoffs.

 

La coupe resterait-elle donc dans la conférence Est cette année ? Une finale de conférence Washington – Montréal donnerait-elle la coupe avant l’heure ? L’analyse de ces dernières années peut le laisser penser mais le hockey est un sport en constante évolution, et les principes du passé ne sont heureusement pas scellés dans la pierre. Et c’est tant mieux, sinon être un fan serait bien triste.

 

Bonus, que manque-t-il à votre équipe préférée ?

Recap mis à jour