Bilan de la saison régulière en NHL

La saison régulière est désormais terminée en NHL après cinq mois d’une lutte acharnée. Avant de plonger dans la folie des playoffs, tentons dans les grandes lignes de trouver une explication aux résultats de chaque équipe.

Par Thibaud Chatel @batonsrompus 

 

L’heure des vrais bilans n’est pas encore arrivée. Ceux-ci se feront à tête reposée après la saison. Mais tentons déjà d’obtenir une vue d’ensemble, consistant à regarder l’efficacité des systèmes de jeu mis en place, quelle fut la qualité de l’exécution de celui-ci pour enfin parvenir au résultat final. Une sorte d’équation a+b=c, ou bien une tragédie en trois actes. Suivez votre équipe préférée pas à pas.

 

Acte 1 : Le plan (l’efficacité des systèmes de jeu)

La possession de la rondelle est mesurée en hockey par le pourcentage des tentatives de tirs, qu’elles soient non-cadrées, contrées, arrêtées par le gardien ou deviennent des buts. Conséquence des systèmes de jeu mis en place par les entraineurs, comme par exemple les entrées et sorties de zone en contrôle plutôt que par des dégagements par la bande, la possession indique donc la proportion d’une équipe à se créer plus de chances que ses adversaires, mesurant ainsi sa force collective. Rappelons que (nous l'avons vu dans un article précédent) durant la dernière décennie, 76% des équipes s’étant qualifiées pour les playoffs avaient un indicateur de possession positif à l’issue des 82 matchs de la saison régulière. Cette année, 14 sur 16 sont dans le positif. Dominer ses adversaires dans ce domaine est donc un premier pas vers le succès.

Corsi

Nous l’avons suffisamment répété durant toute la saison à travers nos bilans mensuels, Boston et Los Angeles ont représenté une fois de plus ce qui se fait de mieux dans la ligue en termes de possession de rondelle. Même s’ils ont connu une légère baisse depuis le départ de Claude Julien, les Bruins ont vécu sur le papier une saison magnifique grâce au système de jeu mis en place par le tacticien québécois, dont son successeur Bruce Cassidy a gardé les grandes lignes. Los Angeles trône, elle, au sommet de la ligue à ce chapitre année après année depuis l’arrivée de Daryl Sutter, même si son système comporte aujourd’hui des failles inquiétantes, péchant sérieusement dans la finition.

Washington arrive troisième, confirmant la solidité de son jeu et illustrant bien ses ambitions royales. Montréal, San José et Nashville ne sont pas loin derrière, Pittsburgh a reculé en fin de saison, et la Caroline prouve depuis l’arrivée de Bill Peters derrière son banc qu’un système de jeu n’a pas besoin des meilleurs talents pour être efficace.

Des équipes qualifiées pour les playoffs, seuls les Rangers et Ottawa présentent un indice de possession négatif, chacune pour des raisons diverses. Elles ont dû aller chercher ailleurs les raisons de leur succès. À noter que Minnesota fut dans le négatif jusqu’à très récemment mais Bruce Boudreau semble avoir trouvé les ajustements nécessaires depuis un gros mois.  

 

Production offensive et efficacité défensive

Sur quelle composante les équipes ont-elles bâti leur possession, positive ou négative ? Comparons pour cela le nombre de tentatives de tirs obtenues en attaque et celles concédées en défense.

CF CA

Nous retrouvons justement Boston et Los Angeles tout en haut de ce visuel. Les deux équipes sont non seulement les plus étanches défensivement, juste devant St Louis et Washington, mais elles figurent également dans le top5 pour la production offensive.

Washington est également très solide dans les deux compartiments du jeu. Montréal, San José et Nashville sont aussi des cas très intéressants alors que Pittsburgh ou Toronto capitalisent sur des attaques très productives qui compensent des défenses plus poreuses que la moyenne de la ligue. Les deux équipes figurent d’ailleurs dans le top3 de la ligue pour le nombre total moyen de tentatives de tirs par match. À près de 120 tentatives d’un côté comme de l’autre, les partisans se sont rarement ennuyés cette année devant les Pens ou les Leafs.

Rangers et Senators offrent des portraits peu reluisants alors qu’attaque et défense se situent en dessous de la moyenne.

Enfin, il n’est pas surprenant de retrouver les moins bonnes équipes de la ligue dans le cadrant des défenses poreuses et attaques anémiques. Arizona, Colorado, Détroit, Vancouver y trouvent là de solides bases pour des saisons décevantes alors que New Jersey pèche surtout pour son manque de capacité offensive.

 

Acte 2 : L’exécution (l’influence des gardiens et de la réussite des tireurs)

Une équipe peut bien dominer ses adversaires pour les tentatives de tirs, si ses joueurs sont incapables de mettre le palet au fond, elle n’arrivera à rien (suivez mon regard Los Angeles). De même, une équipe peut être grandement aidée ou handicapée par la performance de ses gardiens.

Car l’un des points les plus sous-estimés de la NHL est l’extrême homogénéité du talent des tireurs et de celui des gardiens. Depuis des années, le pourcentage de réussite aux tirs d’une équipe entière tourne invariablement autour de 7,5% et les gardiens arrêtent donc 92,5% des mêmes tirs (pour un total logique de 100%). De ce fait, voir qu’une équipe marque plus que la moyenne indique une réussite parfois trop belle pour être vraie et celle-ci finit invariablement par retomber dans la norme. Dans la dernière décennie, seules 3 équipes ont ainsi dépassé 10% de réussite aux tirs, et seules 3 ont fini une saison en deçà de 6%. De même, mis à part la poignée de gardiens que le talent place au-dessus de la moyenne année après année, un cerbère s’éloignant de la norme finira très certainement par y retomber. Si aucune loi physique n’explique ce phénomène, imaginez plutôt qu’il illustre que des joueurs alternent parfois des séquences de folies et des creux inquiétants, le total finissant aux alentours d’une implacable moyenne.

Si le concept peut être difficile à accepter à première vue, il n’en demeure pas moins que l’histoire en prouve le caractère prédictif. L’indicateur PDO additionne ainsi la réussite aux tirs et le taux d’arrêts de chaque équipe et plus de 20 d’entre elles finissent chaque année entre des PDO de 98,5 et 101,5. Une seule équipe sur les dix dernières années (sur 300 équipes donc) a ainsi dépassé 103 de PDO sur une saison complète.

 PDO

Washington arrive ici largement en tête. Propulsés toute la saison par le talent de Holtby et de ses vedettes offensives, les Caps ont finalement décliné sur la fin pour échouer aux pieds de la barre mythique du PDO de 103.

Avec des PDO respectifs de 101,7 et 101,1, Minnesota et les Rangers ont donc bénéficié d’un surplus de réussite, qui a contribué à compensé leur possession négative ou faiblement positive. À l’inverse, des équipes comme Tampa Bay, la Floride et surtout Los Angeles et Boston ont dû batailler cette saison avec un PDO négatif. Ce handicap par rapport aux autres équipes a plombé, voire anéanti leurs chances de playoffs car la somme de ces rebonds qui ne rentrent pas et des buts faciles accordés par leurs gardiens coûte au final de précieux points au classement.

Voyons justement, des tireurs et des gardiens, quels éléments ont contribué à ces phénomènes.

PDO details

Minnesota et les Rangers se situent ainsi dans le quatuor de tête pour la réussite aux tirs. Les Blueshirts avaient caracolé les deux premiers mois de la saison à près de 13%, engrangeant des points précieux sur lesquels ils ont tranquillement pu se laisser vivre jusqu’aux playoffs, alors que la réussite régressait tranquillement vers la moyenne. Les deux équipes, plutôt dominées dans la possession, bénéficient justement de nombreux jeux en contre-attaque, plus à même d’offrir des chances dangereuses à leurs attaquants, qui ne se font pas prier.

Côté gardiens, Devan Dubnyk a craqué ces derniers mois alors que Holtby (bien secondé par Grubauer), Price, Bobrovsky, Gibson et Crawford/Darling à Chicago tiennent le haut du pavé, à la hauteur de leur talent. Le retour de Craig Anderson a fait beaucoup de bien à Ottawa qui trouve là une part d’explication à la résistance des Sens jusqu’à leur qualification.

À l’autre bout du spectre, Colorado a vécu une saison d’enfer dans la cage alors que Winnipeg, Caroline, Philadelphie et surtout Boston ont été coulé ou dangereusement ralenti par les piètres performances de leurs cerbères. Montréal peut certainement remercier Tuukka Rask pour avoir mis Claude Julien à la porte des Bruins. Difficile de gagner avec un gardien passoire, même avec le meilleur des systèmes.

Surtout que les Bruins sont également parmi les pires élèves pour la réussite aux tirs, alors que celle-ci n’a commencé à retrouver des normes acceptables peu avant le limogeage de Julien, trop peu trop tard. Dans le négatif pour la réussite aux tirs, nous retrouvons surtout les Kings, encore cette année au dernier rang de la ligue, une croix qu’ils portent mais dont la cause vient sans doute en partie du système de jeu qui table trop sur les rebonds générés par la quantité phénoménale de tirs. Le problème est que l’effectif vieillissant des Kings n’arrive plus à aller gratter les buts d’autrefois.

Enfin, si le talent offensif est pauvre au New Jersey, Buffalo, la Floride, Tampa Bay et Carolina n’ont pas non plus été aidés dans ce compartiment, également du fait des nombreuses blessures pour les deux franchises floridiennes.

 

Acte 3 : Le résultat (la réalité par rapport aux projections)

Les systèmes de jeu donnent un avantage de base qui peut donc, parfois, être fortement influencé par le talent et/ou la réussite momentanée de l’effectif. L’indicateur des buts espérés, Expected Goals en anglais, mélange le côté quantitatif de la possession et la qualité des chances de marquer. Il pondère en effet chaque tentative de tir suivant le tireur, le type de tir et la distance au but d’après la réussite historique du joueur en question dans des mêmes conditions. Le résultat permet ainsi de visualiser les résultats attendus d’une équipe dans le jeu à 5 contre 5.

Confrontons maintenant ces projections à ce qu’elles ont engendré en réalité, affectées donc par la réussite des tireurs et des gardiens.

xGF GF

Le haut du graphique, les équipes ayant donc réellement produit plus de 50% des buts à 5 contre 5, donne une image quasi parfaite des qualifiées pour les playoffs, alors que seules Boston, Calgary et Ottawa manquent à l’appel. Pour celles-ci, système + exécution = réussite. Les Islanders ne sont pas passés loin, mais principalement grâce à la 3e meilleure réussite aux tirs de la ligue.

Toutes les équipes situées en haut à droite du graphique pouvaient donc espérer produire plus de 50% des buts et ont effectivement obtenu une telle majorité. On y retrouve logiquement les principaux favoris pour la coupe. Minnesota représente un cas assez unique car si leur indice de possession n’est que faiblement positif, la qualité des tentatives de tirs est de loin à l’avantage du Wild. La troupe de Bruce Boudreau est ainsi la meilleure pour limiter les chances dangereuses de l’adversaire, tout en se créant un nombre avantageux de chances en contre-attaque. Au final, le Wild fait match nul sur la quantité mais gagne la bataille de la qualité, bien aidé de surcroit comme nous l’avons vu par la réussite de ses tireurs. À l’inverse, Chicago est dans le négatif en termes de qualité des chances, ce qui place les Blackhawks en deçà des 50% de buts espérés au final malgré une possession de base positive. Chicago a tout de même réellement récolté plus la majorité des buts grâce au talent de ses tireurs et la bonne saison de son tandem de gardiens.

Los Angeles, Tampa Bay et la Caroline pouvaient donc espérer marquer plus de 50% des buts mais ont été limitées dans la réalité par les travers de leurs tireurs et/ou de leurs gardiens et pourront nourrir des regrets cet été.

Colorado et l’Arizona, quant à eux, ne peuvent rêver qu’à des jours meilleurs.

 

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