Présentation et pronostics pour les séries NHL

Voici donc le moment tant attendu des fans de hockey, les playoffs NHL commencent ce soir et conduiront l’une des seize équipes restantes jusqu’à la consécration ultime : la coupe Stanley. Regardons donc les huit duels de ce premier tour d’après la performance des équipes cette saison et de leurs confrontations directes. Avec en prime, les pronostics de la rédaction de Hockey Archives !

Par Thibaud Chatel @batonsrompus

 

CONFÉRENCE EST

MONTRÉAL - NEW YORK RANGERS

Mtl NYR

Trois ans après leur défaite en finale de conférence (et l’incident de Chris Kreider sur Carey Price), les Canadiens de Montréal ont donc l’occasion de prendre leur revanche sur les Rangers de New York. Si un seul point sépare les deux équipes au classement, l’écart sur la glace pourrait être bien plus important si l’on en croit plusieurs indicateurs.

Les Rangers ont certes connu un début de saison en boulet de canon, emmagasinant de nombreux points sur lesquels ils ont tranquillement écoulé le reste du calendrier, mais ces victoires devaient beaucoup à une réussite exceptionnelle des tireurs. En effet, pendant les deux premiers mois de la saison, les joueurs des Blueshirts ont flirté avec 13% de réussite aux tirs, là où le reste de la ligue navigue entre 7 et 9%. Une telle performance s’est naturellement atténuée par la suite et a laissé transparaître un système de jeu volontairement opportuniste mais sans fondation solide. Les Rangers possèdent ainsi le pire taux de possession des 16 équipes qualifiées en playoffs, le 24e de la ligue au total. La défense est 22e pour les tentatives de tirs concédées et l’attaque 23e pour les tentatives obtenues.

Les Rangers ont en réalité bâti une équipe se nourrissant d’opportunisme, repoussant les attaques adverses le mieux possible afin que leurs attaquants rapides et techniques exploitent les contre-attaques. Le problème est que ce type de système n’a jamais connu de succès dans la NHL moderne et qu’il doit également reposer sur un gardien capable d’endurer une domination adverse. Or, Henrik Lundqvist connaît la pire année de sa carrière, présentant des statistiques en dessous de la moyenne de la ligue. Est-ce l’année du déclin pour le « King » ? Les Rangers espèrent certainement que non s’ils veulent connaître du succès.

Car, en face, Montréal présente un visage solide, particulièrement depuis l’arrivée de Claude Julien derrière le banc. L’équipe se classe dans le top5 de la ligue pour la possession, les chances de marquer et les buts espérés. Les Canadiens sont ainsi l’une des 4 équipes correspondant au portrait-robot type des champions de la dernière décennie. Si Montréal manque peut-être de stars mondialement reconnues en attaque, Max Pacioretty vient de signer une nouvelle saison de 35 buts et trois trios peuvent contribuer à tour de rôle, un facteur indispensable comme le montrait encore Pittsburgh l’an passé. L’équilibre est également prôné en défense, où Weber, Markov et Petry ont tous de solides profils de défenseurs top2 à défaut d’avoir un vrai numéro un. Et surtout, Montréal peut compter sur le meilleur gardien du monde ces dernières années en Carey Price.      

Montréal affiche ainsi une force collective qui lui vaut le 3e rang de la ligue pour les tentatives de tirs obtenues et le 6e pour les tentatives concédées, un équilibre donc des deux côtés de la patinoire auquel presque aucun autre favori ne peut prétendre. Les Canadiens ont remporté leurs trois duels cette année contre les Rangers, dont deux sous Claude Julien, dominant le jeu avec 56% de possession. Il serait pour cela étonnant de voir New York prendre quatre fois le meilleur sur cette équipe, tant l’écart sur le papier est bien réel.

Prédiction : Montréal devrait assez facilement prendre la mesure de New York et l’emporter en 5 manches.

La Prédiction de Nicolas Leborgne : Montréal semble assez nettement favori. L’équipe a dominé la série cette saison et on voit mal les Rangers prendre l’ascendant. L’incertitude autour d’Antti Raanta (genou) force New York à faire confiance à un Lundqvist décevant cette saison. Le vétéran suédois sera sous pression, et la stratégie de contre-attaques des Rangers parait limitée. Le CH doit cependant y veiller : un Shea Weber avait été assez exposé à la vitesse des Sharks l’an dernier par exemple. Prudence donc, mais avantage Montréal en 5 matchs.

 

OTTAWA - BOSTON

Ott Bos

Beaucoup d’observateurs désiraient une bataille de l’Ontario entre Ottawa et Toronto mais ce sont finalement les Bruins qui se dressent sur la route des Senators. Malgré sa seconde place dans la division, Ottawa fait un peu figure d’équipe surprise à ce niveau, étant avec les Rangers la seule équipe à s’être qualifiée malgré un taux de possession négatif. Le visuel comparatif le montre bien, les Sens se situent cette année sous la barre des 50% dans toutes les catégories, et sont même la seule équipe en playoffs à présenter un différentiel de buts négatif ! S’il faut reconnaitre l’abnégation des Sens et le coaching très juste de Guy Boucher, qui a su tirer le maximum de ses troupes, Ottawa a certainement profité d’une division Atlantique affaiblie par l’écroulement de la Floride et le démarrage trop tardif de Tampa Bay.

Auteur d’une nouvelle saison magnifique, le capitaine Erik Karlsson arrive cependant amoché dans cette série, revenu en catastrophe la semaine dernière d’une blessure qui ne peut avoir guéri à 100%. Il ne sera pourtant pas surprenant de le voir s’employer 30 minutes par matchs dans les semaines à venir. Si la défense à ses côtés est maigrichonne et affaiblie par des blessures, devant lui les Sens comptent tout de même sur un top6 d’attaque solide avec Hoffman, Stone, Brassard et Turris. Derrière lui, le gardien Craig Anderson constitue surtout le facteur X d’Ottawa dans cette série par sa capacité de voler des matchs, comme face aux Canadiens au premier tour en 2013. La bataille des gardiens pourrait en effet constituer la clé du succès pour les Sens alors que, de l’autre côté, Tuukka Rask a connu une saison de misère.

Celui-ci est en partie responsable des résultats en demi-teinte des Bruins cette saison, et du départ de Claude Julien par la même occasion. Meilleure équipe de la ligue pour la possession de rondelle, meilleure attaque pour les tentatives de tirs obtenues, meilleure défense pour les tentatives concédées, le système de jeu quasi parfait de Boston a littéralement été plombé par des gardiens trop friables et des attaquants manquant de réalisme. Il n’en demeure pas moins que le système mis en place par Claude Julien et perpétué par Bruce Cassidy devrait donner un avantage plus que conséquent à Boston, emmenée par le formidable duo Bergeron-Marchand. Il faut tout de même préciser que les Bruins qui naviguaient à 56% de possession sous Julien sont descendus à 53% sous son successeur, signe, peut-être, que l’élève n’a pas encore les capacités du maître. Les Bruins devront de plus pallier les absences possibles de deux membres de leur top4 défensif, Torey Krug et Brandon Carlo, blessés la semaine dernière et dont l’indisponibilité sera revue au jour-le-jour. Les Bruins ont dans l’urgence fait signer un contrat à leur choix de première ronde 2016, Charlie McAvoy, leur meilleur espoir à ce poste. et il devrait débuter la série aux côtés du capitaine Zdeno Chara. Sacré baptême du feu.

Prédiction : Même si Ottawa a eu le numéro des Bruins cette saison, remportant leurs quatre confrontations, le système de Boston semble trop fort pour Ottawa même si Craig Anderson va peser dans la balance. Boston passera en 6.

La Prédiction de Nicolas Leborgne : C’est sans doute la série la plus incertaine de toutes. Aucune des deux équipes ne respire la confiance, car elles ont fini péniblement et ont dû arracher leur qualification sur le fil. La perte de Carlo et Krug, au moins pour le premier match, va coûter très cher. McAvoy a beaucoup de talent, mais c’est beaucoup demander à ce rookie d’assurer un début NHL réussi dans une situation à enjeux. Ottawa arrive plutôt frais, sans blessé majeur – seul Methot est incertain – et dispose sans doute d’une meilleure profondeur offensive. Malgré tout, c’est typiquement la série qui se jouera à pile ou face, en sept manches. Avantage Boston, à l’expérience.

 

WASHINGTON - TORONTO

Wsh Tor

Tout le monde s’accorde pour dire que leur présence en playoffs est déjà un accomplissement inattendu pour la jeune bande des Leafs. Bien en avance sur leur plan de reconstruction, la troupe de Mike Babcock goûtera donc aux séries printanières dès la première année dans la ligue d’Auston Matthews, Mitch Marner et William Nylander. Avec leur jeu ouvert, ils sont la 2e attaque pour les tentatives de tirs obtenues mais seulement la 24e défense pour les tentatives concédées, les jeunes Leafs risquent peut-être de payer un manque de réalisme face au style de jeu pratiqué en playoffs. L’expérience emmagasinée ne sera néanmoins que du bonus en vue d’autres nombreuses présences dans les années à venir.

Car il est difficile d’imaginer que Toronto puisse freiner les Capitals dans leur quête de la coupe Stanley. Grandissime favoris pour le titre, la bande à Ovechkin aborde ce premier tour comme une formalité, un sentiment renforcé par les confrontations de la saison régulière que Washington a largement dominées dans le jeu. Car non content d’avoir remporté le Trophée du Président, les Caps sont bel et bien l’une des meilleures équipes de la ligue statistiquement parlant. 3e taux de possession de la saison régulière, les Caps sont certes efficaces offensivement mais aussi la 3e meilleure défense pour les tentatives de tir concédées. Ajoutez à cela Braden Holtby dans les cages et vous obtenez un cocktail explosif pour enfin ramener un premier titre dans la capitale américaine. À ce titre, une équipe de Toronto qui aura, au final, perdu plus de matchs qu’elle n’en a gagné cette saison, le point du perdant en prolongation a été salutaire pour les Leafs, ne devrait pas constituer d’obstacle majeur.

La seule petite réserve à émettre serait d’ordre psychologique pour les Caps. La dernière fois qu’ils se sont présentés aussi forts en playoffs était sans doute en 2010, où ils avaient buté dès le premier tout contre une faible mais pugnace équipe de Montréal. Alors que l’autoproclamée « ville reine du hockey » fête comme il se doit le retour des playoffs, si jamais les Leafs parvenaient à revenir de Washington avec une victoire, les matchs 3 et 4 dans l’ambiance dantesque du Air Canada Center pourrait porter Toronto vers un avantage dans la série. À Washington de tuer le suspense d’entrée de jeu.  

Prédiction : Washington se fera peur mais passera, en 6.

La Prédiction de Nicolas Leborgne : N’en déplaise à la jeunesse triomphante des Leafs, mais on voit mal Washington craquer. Toronto a perdu très gros en gaspillant une avance au score au dernier match de la saison, ce qui lui a coûté une place dans le top-3 de sa division. La wild card n’est donc pas un cadeau… Toronto a fini la saison avec difficulté et compte presque une dizaine de joueurs touchés par de petits bobos, notamment le gardien Frederik Andersen. Ce dernier n’affiche pas la même constance que son homologue Holtby, toujours irréprochable en playoffs. Fort de leur déconvenue l’an dernier, les Caps ne prendront cette fois aucun risque. Ils passeront, sans doute en 4 manches sèches.

 

PITTSBURGH - COLUMBUS

Pit CBJ

Les Pens ont-ils les moyens de refaire le coup de l’an dernier ? C’est bien la question qui se pose à l’aube d’affronter une équipe des Blue Jackets de Columbus qui a enfin démontré son plein potentiel après des années gâchées par les blessures. L’accumulation des matchs depuis le printemps dernier ne finira-t-il pas par peser sur Crosby and co ? C’est peut-être la crainte alors que Pittsburgh suit une tendance négative en termes de jeu depuis début mars. Les blessures en défenses ont fait beaucoup de mal et le nombre de tentatives de tirs concédées a largement augmenté durant cette période, faisant des Pens une équipe dans le négatif pour la possession sur cette fin de saison, loin des standards d’un champion. L’absence de Kris Letang va également peser lourdement alors qu'Olli Määttä n’est revenu au jeu que dimanche et n’est sans doute pas à 100%. Pour le reste, les Pens s’appuieront sur la même recette que l’an dernier : un jeu très ouvert symbolisé par la 5e attaque de la ligue pour les tentatives de tirs obtenues et la 23e défense pour les tentatives concédées. Si ce modèle a pu passer Washington, Tampa et les Sharks en 2016, reste à voir si les ressources de la bande à Crosby seront suffisantes.

En face, les Blue Jackets ont également connu leur lot d’adversité en cette fin de saison. Après leur mois de décembre parfait, ils ont, eux aussi, régressé lentement, affichant comme Pittsburgh une possession négative durant les vingt derniers matchs. Les Jackets dépassent néanmoins les Pens sur l’ensemble de la saison en termes de possession et de buts marqués. Or, cette combinaison a, par le passé, pronostiqué une victoire dans 74% des cas, comme l’a analysé le journaliste de TSN Travis Yost. Columbus a également dominé les débats durant les confrontations de la saison régulière, incluant un cinglant 7-1 infligé en décembre. La profondeur aussi bien offensive que défensive des Jackets porte aussi à croire qu’ils peuvent venir continuellement tester la défense peu hermétique des Pens, surtout privée de Letang. Enfin, Columbus pourra compter sur le meilleur gardien de la saison en Sergei Bobrovsky. Si Matt Murray a confirmé qu’il avait bien l’étoffe d’un numéro un, le cerbère russe a évolué cette année sur une autre planète.

L’expérience, elle, plaide évidemment pour les Penguins, emmenés encore une fois par le capitaine Sidney Crosby et ses acolytes Evgeni Malkin et Phil Kessel. La clé de la série consistera à savoir si une équipe de Columbus plus homogène et plus complète pourra contenir les meilleurs talents adverses. Et c’est ici que Bobrovsky apporte peut-être l’avantage décisif aux Jackets.

Prédiction : Columbus éliminera le champion sortant au bout d’une terrible lutte, en 7 matchs.

La Prédiction de Nicolas Leborgne : Autre série à pile ou face, cruelle pour deux des meilleures équipes de la ligue. L’expérience du champion ? L’enthousiasme de la jeunesse ? Pittsburgh n’est-il pas fatigué après avoir joué la finale en juin dernier, et avoir eu plusieurs joueurs à la Coupe du monde ? Les Blue Jackets n’ont jamais gagné une série. La blessure de Letang paraît porter un coup très rude aux Penguins. La série ira en 7 matchs, et je mise sur Columbus cette fois-ci…

 

CONFÉRENCE OUEST

CHICAGO - NASHVILLE

CHicago Nashville

Un sentiment général transpirait des interviews données par les joueurs de Nashville samedi soir dernier, alors qu’ils étaient désormais certains d’affronter les Blackhawks au premier tour : les Preds sont plus que sereins à l’idée de se frotter à l’équipe trois fois championne. Suffisance ? Peut-être pas tant que ça au regard de certains indicateurs. Certes, la bande à Patrick Kane a remporté 4 des 5 confrontations cette saison mais Nashville avait dans l’ensemble légèrement dominé les débats, surtout handicapée par des gardiens sans inspiration. Et si Nashville a bien terminé au 8e rang de la conférence, elle le doit aussi en partie à ses performances désastreuses en prolongation, où les Preds n’ont gagné que 6 fois pour 12 défaites, laissant filer une poignée de points qui les auraient mis plus haut dans le classement. Or, le 3 contre 3 n’existe pas en séries.

Sur l’ensemble de la saison, ce sont bien les Predators qui semblent posséder le meilleur système de jeu, affichant le troisième meilleur taux de possession de la conférence ouest ces 20 derniers matchs. Ils devancent donc Chicago pour la possession, les tirs cadrés, les chances de marquer, les buts espérés mais ont chèrement payé le manque de réussite de leurs buteurs en début de saison et des gardiens en dents de scie. À l’inverse, les Hawks ont pu bénéficier d’un des meilleurs tandems de la ligue dans les cages en Corey Crawford et Scott Darling. Les portiers de Chicago ont ainsi largement aidé une équipe pourtant dans le négatif pour les chances de marquer et les buts espérés. Chicago vient d’ailleurs au 3e rang de la ligue pour la plus grande différence positive entre les buts espérés (49,5%) et les buts marqués (54,7%). Si leur renommée les place peut-être sur un piédestal, l’efficacité statistique des Hawks n’a ainsi jamais été aussi faible depuis le début de la dynastie. C’est par exemple la première fois que leur taux de possession passe en dessous des 51%. Tireurs et gardiens ont vraiment été très productifs malgré un système un brin bancal

Et c’est sans doute ce qui motive les Predators car dans le cadre d’une confrontation directe en 7 matchs, gardiens et tireurs repartent pour ainsi dire de zéro, suivant leur forme du moment et surtout un adversaire qui peut s’ajuster d’une rencontre à l’autre. Le système de jeu pourrait, lui, favoriser les Predators, surtout compte-tenu de la différence de profondeur des alignements, spécialement en défense. Nashville compte en effet sur le meilleur top4 de la ligue avec Josi-Ellis et Subban-Ehkolm. Les équipes coupant régulièrement leur banc en playoffs pour ne faire jouer que leurs meilleurs joueurs, Chicago risque fort d’affronter ces quatre-là 50 minutes par match, voire plus.

Chicago a bien sûr pour elle ses canons offensifs, l’expérience des cadres du groupe et Crawford est moins susceptible que Rinne de s’écrouler, mais la défense compte de nombreux vétérans dont les jambes pourraient rapidement devenir lourdes face aux jeunes Preds. Chicago aura besoin de ses stars au sommet de leur talent si elle veut remporter la bataille.

Prédiction : Si Pekka Rinne tient le choc, Nashville créera la surprise au bout d’une série très serrée. Nashville en 7.

La Prédiction de Nicolas Leborgne : Joel Quenneville a beaucoup tâtonné dans son bottom-6 cette année, avant de trouver enfin des rookies productifs en Schmaltz, Kero et Hartman notamment. Cette profondeur de banc meilleure qu’attendu rend soudain Chicago beaucoup plus dangereux, et le retour d’Oduya renforce une défense mieux équilibrée que lors du dernier titre. Les deux gardiens des Hawks sont aussi un avantage. Bref, en dépit de la fougue des Predators, Chicago me paraît posséder de meilleurs arguments. Ils savent ce que sont les playoffs, les matchs au couteau, en prolongation, et disposent d’individualités de meilleure facture. Chicago en 5.

 

MINNESOTA - St LOUIS

Min st Louis

Minnesota a longtemps représenté un cas atypique cette saison, enchaînant les victoires dans un style de jeu très défensif pourtant peu synonyme de succès ces dernières années en NHL. Durant les trois quarts de la saison, le Wild avait ainsi opté pour laisser le palet à l’adversaire, affichant un taux de possession négatif aux alentours de 48%, mais bloquant en contrepartie les chances de marquer adverses, se laissant bombarder oui, mais de loin. Avec un grand Devan Dubnyk dans les cages et des attaquants exploitant à merveille les contre-attaques, le système fonctionnait et promettait une confrontation philosophique des plus intéressantes avec les écuries offensives de la division que sont Chicago et Nashville.

Seulement Bruce Boudreau a changé son fusil d’épaule pour le dernier quart de la saison, et d’une équipe à la possession négative, le Wild est devenu la meilleure de la ligue à ce chapitre, comme pour les chances de marquer et les buts espérés ! Et voici tout d’un coup Minnesota qui arbore un visage très semblable à celui des équipes sacrées ces dernières années. Bruce Boudreau, habitué à gérer des machines bien rôdées en saison régulière mais faisant pschitt en playoffs, a peut-être voulu s’assurer là que le Wild pourrait rivaliser avec n’importe qui, prenant le jeu à son compte plutôt que d’attendre les erreurs de l’adversaire. Si l’exécution a un temps péché du fait d’un trou d’air de Dubnyk sur la fin de saison, Boudreau a sagement gardé le cap et Minnesota semble avoir trouvé son rythme de croisière, finissant sur une bonne dynamique avec 5 victoires consécutives. 

Les Blues de St Louis arrivent eux aussi lancés et dominent tout simplement la NHL au classement ce dernier mois avec 13 victoires pour 4 défaites. Après le congédiement de Ken Hitchcock, bien mal servi par les piètres performances du gardien Jake Allen en début de saison, l’équipe s’est réorientée vers un visage plus réaliste sous l’égide de Mike Yeo. Celui-ci a en effet resserré les boulons d’une défense déjà bien en place et si les Blues n’affichent un taux de possession que faiblement positif cette fin de saison, ils contrôlent efficacement les chances dangereuses au point de se classer 3e de la ligue pour les buts espérés sur les vingt derniers matchs. Jake Allen, qui s’était même absenté quelques jours pour faire le point sur sa saison, a retrouvé son hockey et livre depuis des performances de haut niveau.

Cette série risque donc bien d’être un duel de défenses et de gardiens. Les deux équipes présentent ainsi les deux meilleures défenses de la ligue sur l’ensemble de la saison pour les chances de marquer concédées, le présage de matchs longs et acharnés où la prolongation risque d’être coutumière. À défenses égales, Minnesota pourrait tout de même prendre l’avantage grâce à ses capacités offensives retrouvées, prenant peut-être le jeu à son compte et piégeant les Blues dans un schéma tactique d’attentisme que Bruce Boudreau a justement voulu éviter.  

Prédiction : Minnesota finira par se détacher pour l’emporter en 6 matchs mais cette série laissera beaucoup de traces physiques pour la suite.

La Prédiction de Nicolas Leborgne : St. Louis a connu une saison en dents de scie et a fini fort. Cet élan sera-t-il suffisant ? Pas sûr. Autant les Blues auraient été survoltés contre leur rival de Chicago, autant le Wild présente un style de jeu qui leur convient bien moins. Pire, l’énergie d’un Fabbri leur manquera beaucoup, la saison du jeune ailier étant terminée (genou). La fragilité mentale récurrente des Blues me paraît handicapante contre une formation du Wild qui mélange savamment jeunesse et expérience. Eric Staal, en particulier, sait ce qu’il faut pour gagner la coupe. Avantage Minnesota en 5 matchs.

 

ANAHEIM - CALGARY

Ana Cal

Les Ducks d’Anaheim ont retrouvé un style très rugueux sous l’égide du revenant Randy Carlyle, symbolisant le hockey physique californien tel qu’on l’a connu depuis le dernier lock-out. Si Ducks et Flames n’ont pas des systèmes de jeu dominants, celui d’Anaheim est beaucoup plus réaliste comme le montre leur deuxième rang dans la ligue pour les chances de marquer cette saison. L’effectif est complet et homogène, au groupe de leaders historiques, Getzlaf et Perry se sont greffés le jeune Rickard Rakell (33 buts) et la recrue Patrick Eaves, auteur de 11 buts en 20 matchs depuis son acquisition. Mais les Ducks peuvent surtout compter d’une part sur l’un des meilleurs trios défensifs de la ligue avec la ligne Kesler-Cogliano-Silfverberg, et d’autre part sur un groupe de jeunes défenseurs de talent avec Cam Fowler (blessé cependant), Sami Vatanen, Hampus Lindholm et Josh Manson. Une vraie profondeur qui risque fort de surclasser les Flames et les confrontations de la saison ont largement tourné en faveur des Ducks, mis à part une victoire 8-3 de Calgary en décembre. Sans compter que, dans les cages, John Gibson a confirmé les espoirs placés en lui et a signé une belle saison, supérieure en tous points à son adversaire des prochaines semaines.

Les Flames semblent ainsi bien mal armés pour rivaliser sur ce premier tour. Calgary qui fait partie des trois équipes sur les seize qualifiées à ne pas avoir marqué 50% des buts à 5 contre 5 cette saison. Si la possession est légèrement positive, l’équipe a terminé au 25e rang pour les chances de marquer, de loin la pire performance parmi les seize équipes restantes. Si l’équipe a redressé la tête cette fin de saison en attaque, la défense reste très poreuse. Outre la première paire Mark Giordano - Doug Hamilton qui font très belle figure, le reste de la ligne bleue prend copieusement l’eau et c’est la même chose devant où, à part la « checking line » Tkachuk-Frolik-Backlund, les autres trios se font aisément dominer par les équipes adverses. La seconde moitié d’alignement des Flames semble ainsi bien trop faible pour pouvoir résister aux assauts physiques des Ducks qui bénéficieront en plus de l’avantage de la glace, pouvant ainsi choisir les confrontations de lignes. Et s’il fallait en rajouter, Brian Elliott n’a pas des statistiques reluisantes en carrière en playoffs et ne semble pas à première vue en mesure de voler des matchs.

Prédiction : S’il n’est jamais aisé de prédire un balayage, voilà peut-être la série qui pourrait en offrir un cette année. Anaheim en 4.

La Prédiction de Nicolas Leborgne : Sur le papier, la série la plus déséquilibrée qui soit. Calgary reste sur 11 défaites de rang au Honda Center et c’est sans aucun doute le pire tirage pour les Flames. Anaheim peut répondre au défi physique, et la polyvalence de son style risque de gêner une formation de Calgary enthousiaste mais au banc moins fourni. Tous les indicateurs favorisent Anaheim, qui devrait passer en 5 manches, même privé de Fowler, touché au genou.

 

EDMONTON - SAN JOSE

Edm SJ

Enfin les playoffs sont de retour à Edmonton, onze années après leur finale perdue au 7e match et après une interminable traversée du désert, de mauvaises décisions managériales en choix de repêchage douteux. Il convient même de se demander où seraient les Oilers cette année encore sans le prodige Connor McDavid. Meilleur marqueur de la ligue à 20 ans, probable MVP de la saison, il change tout ce qu’il touche en or ou presque. Le problème est que McDavid ne peut jouer 60 minutes par match et que, lorsqu’il quitte la glace, le refrain n’est pas le même. Avec McDavid sur la glace, les Oilers affichent 53% de possession, 60% des chances de marquer, 56% des buts espérés et 62% des buts marqués, des indicateurs d’un niveau élite quasi inégalé dans la ligue. Mais dès que McDavid est sur le banc, la possession tombe à 49%, les chances de marquer à 46%, les buts espérés à 47% et les buts marqués à 49%... Tous les indicateurs dégringolent ainsi dans le rouge et démontrent à quel point la jeune star porte son équipe à bout de bras. Car, au bout du compte, les Oilers sont encore une équipe en devenir manquant cruellement de profondeur. L’autre satisfaction de la saison est néanmoins le gardien Cam Talbot, qui a confirmé les espoirs de ses dirigeants. Dans le top 10 des gardiens pour le taux d’arrêts, le portier a néanmoins beaucoup joué cette saison, 73 matchs, une surutilisation souvent préjudiciable arrivé en playoffs, sauf si l’on s’appelle Martin Brodeur… De telles perspectives sont peu rassurantes alors que les finalistes de l’an dernier cognent à la porte.

Car les Sharks sont revanchards après avoir entrevu le rêve en juin 2016. En mode de croisière depuis le début de la saison, il a semblé toute l’année que San José ne faisait que se préparer pour le mois d’avril. Cinquième taux de possession de la ligue cette saison et largement positif sur tous les autres indicateurs, les Sharks passent en fait à deux doigts d’être la cinquième équipe à remplir les critères du portrait-robot des champions de la dernière décennie, à savoir 52% de possession, la leur est de 51,97%, et 52% de buts espérés. C’est bien là la preuve que San José a tous les atouts pour faire de nouveau un long parcours ce printemps-ci, emmené par un Brent Burns stratosphérique cette saison cette saison comme nous l’évoquions ici.

Des grains de sable sont cependant venus s’immiscer dernièrement dans la machine bien huilée des Sharks. Sur le dernier mois de compétition, ils comptent 5 petites victoires pour 9 défaites. Il faut cependant y voir une petite méforme des gardiens et un manque de réussite des tireurs car le système de jeu tenait autant la route qu’auparavant. Cette mauvaise série a néanmoins coûté la première place de la division aux Sharks, cédant même l’avantage de la glace à Edmonton pour ce premier tour. Et c’est peut-être là le principal élément d’inquiétude si on le conjugue à une possible absence des leaders Joe Thornton et Logan Couture (qui seront réévalués quotidiennement). Il faudra en effet voir si les Oilers poussés par un public en transe ne pourraient pas profiter d’une équipe de San José amoindrie et en manque de confiance. Gare à ne pas revenir en Californie avec deux matchs de retard, un scénario tout de même un brin capillotracté.

Prédiction : L’enthousiasme pour cette série risque tout de même d’être vite douché et, sauf erreur de démarrage, San José ne devrait faire qu’une bouchée des Oilers. Sharks en 5.

La Prédiction de Nicolas Leborgne : La fin de saison poussive des Sharks illustre surtout l’importance cruciale de Logan Couture dans le système de jeu. Avec Thornton incertain, ce sont les deux centres n°1 qui risquent de manquer au moment crucial. Leur santé sera l’information majeure du début de la série. Il faudra faire le dos rond en attendant leur retour. Les Sharks doivent espérer que leur bottom-6, décevant toute l’année, sorte enfin de sa boîte. Malgré tout, l’expérience favorise les Californiens, plus complets. On peut compter sur un duo Vlasic-Braun pour éteindre autant que possible McDavid, et les autres lignes des Oilers paraissent en dessous. L’énergie du retour en playoffs ne suffira sans doute pas. San José en 6.