Slovénie - Biélorussie (Mondiaux 2017, groupe B)

Le voilà, le match à ne pas perdre. Le match de la peur. De la mort (et de la survie). De la lose, aussi, entre les deux derniers de la poule, la Slovénie et la Biélorussie, pires défenses (27 buts encaissés pour les Slovènes, 22 pour les Biélorusses) et plus mauvaises attaques (6 buts marqués par les Biélorusses, 10 par les Slovènes) du tournoi parisien, à égalité après cinq rencontres en bas de classement avec un tout petit point. Malheur au vaincu, qui pourra dire au revoir à l'élite mondiale. Le vainqueur, lui, validera son maintien et pourra déjà réserver son hôtel au Danemark pour le printemps 2018.

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Sur la glace, face-à-face, deux équipes très différentes aux styles opposés. Jusqu'ici, les Biélorusses n'ont pas montré grand-chose, mis à part de belles étincelles vendredi soir contre la France (défaite 4-3 aux tirs au but). Mais l'équipe de Dave Lewis a la réputation de choisir ses rencontres. Et elle a l'expérience des matchs couperets. En 2016 à Saint-Pétersbourg, la Biélorussie avait déjà arraché son maintien sur le fil.

Et si ses attaquants foncent vers la cage sans trop se poser de questions, quitte parfois à tirer dans tous les sens et n'importe comment, les Slovènes, eux, excellent dans la construction. Problème : les joueurs de Nik Zupancic, promus en élite, ont tendance à se passer et se repasser tellement le palet qu'ils en oublient de shooter.

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L'élan slovène est brisé par deux pénalités. La première est sifflée contre Blaz Gregorc (obstruction, 4'56"), la seconde contre Ales Kranjc (dureté, 6'52"). Le jeu de puissance biélorusse peine à s'installer. Et Kroselj n'a pas vraiment besoin de s'employer pour repousser le danger. Seule véritable alerte : une percée d'Artyom Demkov qui contourne la cage et shoote en pivot.

Une fois ses joueurs sortis de prison, la Slovénie repart à l'attaque. Juste avant la mi-tiers, Robert Sabolic accélère sur le flanc gauche et trouve Sabahudin Kovacevic. Le tir, ras de glace, du défenseur slovène, exilé en Biélorussie au Yunost Minsk, ne trompe pas Kevin Lalande. 59 secondes plus tard, la Biélorussie repasse à l'offensive. Charles Linglet remonte le palet sur son aile droite. Le Québécois d'origine essaye de centrer, mais sa passe est déviée. Ilya Shinkevich réussit quand même à envoyer le palet jusqu'à Aleksandr Pavlovich. Le tir du centre du Dinamo Minsk achève sa course en pleine lucarne (0-1, 13'12'').

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Dominée au tableau d'affichage, la Slovénie ne lâche rien sur la glace. Ses joueurs pilonnent la cage de Kevin Lalande. Les shoots sont contrés, mais Anze Kuralt et ses coéquipiers se battent et grattent chaque palet. Ce travail finit par payer en supériorité numérique. Tandis que Kristian Khenkel regarde le match depuis le banc des pénalités (accrocher), les Slovènes ont besoin d'une bonne minute pour installer leur jeu de puissance. Mais leur première occasion est la bonne. Miha Verlic tente sa chance depuis le côté droit. Kevin Lalande détourne le tir de la botte. Ziga Jeglic est au rebond et égalise (1-1, 16'52'').

DSC 8762Peut-être un peu sonnée, la Biélorussie ne voit presque plus le jour. Les Slovènes, eux, enchaînent les temps forts. David Rodman accélère en zone neutre, s'approche de la cage puis temporise, le temps de laisser à Bostjan Golicic le soin d'attirer vers lui la défense biélorusse. Le Grenoblois finit par lancer alors que Lalande est masqué. Nouvelle lucarne (2-1, 19'15").

Comme face à la France la veille, les Biélorusses reviennent métamorphosés des vestiaires. Et ils n'ont besoin que de 29 secondes pour revenir au score. Andrei Kostitsyn prend de vitesse la défense slovène sur son aile, contourne la cage puis envoie le palet dans l'enclave. Yevgeni Kovyrshin le glisse derrière la ligne de but (2-2, 20'29").

La Slovénie essaye de reprendre l'avantage, mais l'équipe de Nik Zupancic retombe dans ses vieux travers. Elle garde la main sur le jeu, campe dans la zone biélorusse, mais personne n'ose prendre un tir. Bref : ça manque d'audace. La Biélorussie, elle, fait le dos rond, comme souvent depuis le début du mondial. Elle attend son heure, sagement. Et quand un arrière slovène perd bêtement le palet le long de la bande, Ilya Shinkevich file en contre, avant de trouver en retrait Aleksandr Pavlovich. Qui, lui, trouve le chemin des filets pour la seconde fois du match (2-3, 29'48").

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Derrière, les Biélorusses décident de mettre fin aux espoirs slovènes. Avec toujours la même tactique : laisser la Slovénie jouer à la passe à dix sans prendre de shoot, attendre, et jouer le moindre contre à fond. Pavlovich et Linglet, à la baguette d'une deuxième ligne en pleine forme, repartent ainsi à l'abordage. Et trouvent, en déviation, Ilya Shinkevich pour faire le break (2-4, 38'05"). Douze secondes plus tard, la Slovénie perd Mitja Robar, pénalisé pour une mauvaise charge (38'17"). Sur le premier shoot, signé Sergei Kostitsyn, du power-play biélorusse, Gasper Kroselj est sauvé par son poteau. Mais derrière, le gardien slovène n'arrive pas à geler le palet et laisse trois rebonds juste devant sa ligne. Le capitaine biélorusse Andrei Stas en profite pour tuer le suspense (2-5, 39'43").

Dans le dernier tiers, la Slovénie n'y est plus. Elle essaye, tant bien que mal, de sauver sa peau. Mais même en supérioté numérique, les Slovènes tricotent en zone offensive sans jamais réussir à créer le danger devant la cage de Kevin Lalande. Les Biélorusses, eux, gèrent leur avance. Puis fêtent leur maintien.

Commentaires d'après-match :

DSC 8933Ken Ograjansek (attaquant de la Slovénie, photo) : « C'est difficile. Nous ne nous attendions pas à cela après notre bon départ dans le match. Nous avons essayé de revenir, et c'est difficile d'expliquer ce qu'il s'est passé. Nous avons fait beaucoup trop d'erreurs en deuxième période. »

Bostjan Golicic (attaquant de la Slovénie) : « On a tout donné, tout essayé. Mais on encaisse de très mauvais buts en deuxième période. On manque de réalisme, on n'arrive pas à marquer en supériorité. On prend trop de pénalités. Nous n'avons aucune excuse. Je suis extrêmement déçu. C'était un match capital, et on encaisse une défaite lourde, sévère. »

Nik Zupancic (entraîneur de la Slovénie) : « Nous avons débuté le match avec deux infériorités, mais notre penalty-kill a bien joué. Après le but biélorusse, nous avons pressé et ça a bien fonctionné avec deux buts. Le deuxième tiers a été décisif. Quatre buts encaissés c'est beaucoup trop. Le troisième, nous avons pressé, si nous avions pu marquer tôt nous aurions eu une petite chance. Mais la Biélorussie a bien défendu, ils méritent leur victoire et nous, non. »

DSC 8942Kevin Lalande (gardien de la Biélorussie, photo) : « Nous avons bien joué aussi hier et manqué une belle occasion en surtemps avec l'avantage numérique. Mais cela nous a donné confiance pour la suite et du momentum. Ce n'était pas facile avec le match à 20 heures hier et à 16h15 aujourd'hui, c'est peu de repos. Mes coéquipiers ont marqué plus de buts en un tiers que dans tout le tournoi, ça facilite mon travail quand on a de l'avance. C'est du bon boulot, maintenant il va falloir du repos et se préparer pour la Norvège. »

Dave Lewis (entraîneur de la Biélorussie) : « La Slovénie a commencé fort, ils nous ont bien pressés et leur jeu en infériorité nous a un peu jetés hors de notre chemin. Ils ont trouvé le moyen de marquer deux fois. Je ne suis pas sûr de ce qui est arrivé en deuxième période... Nous avons bien débuté, bénéficié de rebonds chanceux, déviations, cages ouvertes. Les deux équipes avaient joué la veille et la fatigue a sûrement joué. Nous avons été chanceux, et tant mieux car le tournoi a été difficile. »

Charles Linglet (attaquant de la Biélorussie) : « On a encore pris un mauvais départ. On avait les jambes dans le sable, ou une pierre sur le dos, je ne sais pas. Heureusement, on s'est réveillé en deuxième période. On a trouvé notre second souffle. Et on a marqué des gros buts. On en a mis cinq aujourd'hui, et cela fait un bien fou. Ma ligne a bien tourné aussi. Aleksandr Pavlovich joue du très bon hockey, Yegor Sharangovich m'impressionne. Il a 18 ans, il est déjà très mature et très professionnel. On a trouvé une belle petite chimie entre nous trois. On a fini tard hier face à la France. Certains, avec l'adrénaline, n'ont pas réussi à s'endormir avant 2 heures, voire 4 heures. Mais le staff nous a laissés dormir jusqu'à 10 heures. On a pu faire un gros brunch après. Cela nous a laissé assez de temps pour récupérer. »


Slovénie – Biélorussie 2-5 (2-1, 0-4, 0-0)
Samedi 13 mai 2017, 16h15. AccorHotels Arena de Paris. 7 158 spectateurs.
Arbitrage d'Olivier Gouin (CAN) et Daniel Stricker (SUI), assistés de Roman Kaderli (SUI) et Nathan Vanoosten (CAN).
Pénalités : Slovénie 20' (4', 10' + 2', 4'), Biélorussie 10' (2', 4', 4').
Tirs : Slovénie 30 (13, 6, 11), Biélorussie 29 (10, 13, 6).

Récapitulatif du score :

0-1 à 13'12" : Pavlovich assisté de Shinkevich et Linglet
1-1 à 16'52" : Jeglic assisté de Verlic et Sabolic (sup. num.)
2-1 à 19'15" : Rodman assisté de Kovacevic et Pretnar
2-2 à 20'29" : Kovyrshin assisté de A. Kostitsyn et S. Kostitsyn
2-3 à 29'48" : Pavlovich assisté de Shinkevich
2-4 à 38'05" : Shinkevich assisté de Pavlovich et Linglet
2-5 à 39'43" : Stas assisté de Stefanovich (sup. num.)

Slovénie

Attaquants
Robert Sabolic (-3) – Rok Ticar (-3) – Ziga Jeglic (-3)
Jan Urbas (A, -1, 2') – Jan Mursak (C, -1, 2') – Miha Verlic (-1)
David Rodman (+1) – Bostjan Golicic (+1) – Ken Ograjensek (+1)
Nik Pem – Ales Music – Anze Kuralt

Défenseurs
Klemen Pretnar (-1) – Sabahudin Kovacevic (A, -1)
Mitja Robar (2'+10') – Blaz Gregorc (2')
Ales Kranjc (-1, 2') – Luka Vidmar (-1)
Jurij Repe (-1) – Matic Podlipnik (-1)

Gardien
Gasper Kroselj [sorti à 57'09'']

Remplaçant : Matija Pintaric (G). Non alignés : Andrej Tavzelj, Ziga Pance, Luka Gracnar (G).

Biélorussie

Attaquants
Sergei Kostitsyn (4') – Yevgeni Kovyrshin – Andrei Kostitsyn
Aleksandr Pavlovich (A, +3) – Yegor Sharangovich (+3) – Charles Linglet (+3)
Aleksandr Kulakov – Andrei Stas (C) – Artyom Demkov
Sergei Drozd (2') – Mikhail Stefanovich – Artyom Volkov
Aleksandr Kogalev

Défenseurs
Yevgeni Lisovets (+2, 2') – Dmitri Korobov (A, +1)
Kristian Khenkel (2') – Ilya Shinkevich (+3)
Pavel Vorobei – Oleg Yevenko

Gardien
Kevin Lalande

Remplaçant : Mikhail Karnaukhov (G). Non alignés : Vladimir Denisov (blessé), Danita Karaban (blessé), Vitali Trus (G), Roman Graborenko.