Suisse - Finlande (Mondiaux 2017, groupe B)

La Finlande toujours en vie

Vingt-quatre heures après sa victoire (surprise) en prolongation face au Canada (3-2), la Suisse retrouve l'AccorHotels Arena pour affronter l'autre gros morceau de la poule parisienne du Mondial. Enfin, l'autre gros morceau... Sur le papier, seulement. Parce que sur la glace, la Finlande n'impressionne pas grand-monde. Battue par la France et la République Tchèque, elle a laissé un point en route, samedi, face à la Norvège (3-2 ap). Et sa qualification pour les quarts de finale est encore loin d'être acquise. Les Finlandais, qui n'ont plus fini au-delà de la huitième place d'un championnat du monde depuis 1955, n'ont pas le choix. Ils doivent battre les Suisses.

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L'entame du match est finlandaise. 33 secondes après le coup d'envoi, Julius Honka teste la vigilance de Leonardo Genoni depuis la ligne bleue. Mais le tir du jeune (21 ans) défenseur de Dallas n'est pas assez appuyé pour inquiéter le gardien suisse. Dans la foulée, Tanner Richard est envoyé en prison après une mauvaise charge. On se dit que les joueurs de Lauri Marjamäki vont en profiter pour ouvrir le score et s'enlever un peu de pression. Mais non. Un bon shoot de Veli-Matti Savinainen depuis l'entrée de l'enclave, puis de Ville Lajunen de plus loin, n'inquiètent ni Genoni, ni sa défense.

En tribunes, les Hop Schwizz prennent peu à peu le pas sur les Suomi, Suomi. L'histoire est la même sur la glace. Dès la fin de son infériorité numérique, la Suisse part en contre. Richard récupère le palet dès son retour au jeu et le transmet à Fabrice Herzog. L'ailier zürichois s'avance le lève et le glisse au-dessus de l'épaule gauche de Joonas Korpisalo, le pauvre gardien finlandais battu dès la première vraie action suisse (1-0, 4'40"). Herzog (photo), au passage, inscrit là sa troisième lucarne en vingt-quatre heures, après les deux déjà marquées la veille face au Canada.

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La Finlande essaye de repartir de l'avant. Mais elle est fragile et brouillonne. Et peine à trouver de vraies solutions offensives, à l'image de ce centre de Valterri Filppula qui passe devant la cage sans trouver la moindre palette amie pour dévier sa course dans la cage. Bref : quand ils possèdent le palet, les vice-champions du monde ne savent pas quoi en faire.

Les Hélvètes, eux, sont en confiance. Et ça se voit : la Suisse tente beaucoup. Chaque mouvement vers l'avant débouche sur une tentative de but (13 tirs à la fin du premier tiers, contre seulement 4 pour le camp finlandais). Servi par Romain Loeffel, Joël Genazzi envoie un slap sec et puissant depuis la ligne bleue. Korpisalo, sans visibilité, est encore battu (2-0, 10'30"). Et renvoyé, du coup, sur son banc, Lauri Marjamaki préférant le remplacer par Harri Säteri.

Säteri, justement, est vite mis dans le bain. Fabrice Herzog et Simon Bodenmann testent sa solidité. Le gardien du Vityaz Podolsk (KHL) répond présent. Beaucoup mieux, d'ailleurs, qua sa défense. Qui, à force de perdre ses nerfs, est pénalisée. Les Suisses héritent de 40 secondes de double supériorité numérique. Mais ils n'en profitent pas, notamment à cause de deux mauvais contrôles d'Andres Ambühl sur son aile gauche. Les dribbles et le tir à ras de glace de Vincent Praplan, qui frôle le poteau droit de Säteri, ne permettent pas aux Helvètes de prendre trois longueurs d'avance. Pendant ce temps-là, les Finlandais s'emmêlent les crosses et les patins, même en power play. C'est dire si leur réduction du score survient complètement contre le cours du jeu. Juuso Hietanen lance depuis l'entrée du cercle. Mais son tir est contré, et le palet flotte sans que Genoni et la défense suisse ne réussissent à s'en emparer (2-1, 19'01"). Ce coup du sort a le don de requinquer les Finlandais.

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Sur leur lancée, ils remettent la pression sur le camp suisse dès le début du deuxième tiers. Miro Aaltonen, à bout portant, rate l'égalisation (21'40"). Topi Jaakola puis Ville Lajunen s'y essayent aussi. Sans plus de réussite. La Finlande, désormais, est bien présente. Elle domine le jeu, garde le palet. Mais elle ne peut que lancer de loin, tant la défense suisse empêche ses lignes offensives de s'approcher du but. Et quand Sebastian Aho et ses coéquipiers réussissent une percée, ils se heurtent à un Leonardo Genoni terriblement solide.

L'orage gronde pour des Hélvètes qui plient sans rompre. Les joueurs de Patrick Fischer attendent leur heure. Ils la croient venue quand le corps arbitral envoie Antti Pihlström (accrocher, 29'40") en prison. Las, Thomas Rüfenacht est à deux doigts de trouver la faille depuis l'enclave. Puis Pius Suter manque deux fois de suite le cadre : un coup trop à droite, un coup trop à gauche. Et sur le retour à cinq contre cinq, Antti Pihlström file en contre. L'ailier du Jokerit rentre en zone offensive côté gauche puis redresse sa course vers Genoni. Son shoot termine dans la mitaine gauche du gardien suisse.

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La Finlande ne relâche pas ses efforts. Oskar Osala lance à bout portant. Genoni bloque. Juuso Hietanen rêve de doublé. Genoni le ramène sur terre. C'est souvent (très) confus devant la cage suisse. Mais à la fin, c'est Genoni qui a le dernier mot. Le tiers s'achève sur un bon shoot de Julius Honka, encore stoppé par Genoni. Aucun Finlandais n'est là pour prendre le rebond. Résultat : le palet finit dans la crosse de Denis Hollenstein, tout content de partir en break. Mais Harri Säteri joue bien le coup. Le gardien finlandais s'avance vers l'attaquant suisse et le fait douter, puis louper.

DSC 9765Vingt minutes de domination sans marquer... Les Finlandais auraient-ils laissé passer leur chance ?

Au retour des vestiaires, la Finlande veut encore y croire. Mais les premiers lancers de la période sont suisses.Vincent Praplan a deux belles occasions à se mettre sous la dent. D'abord avec un slap, côté droit. Puis juste devant la cage, à la récupération d'une passe de Gaëtan Haas. Les deux fois, Säteri fait l'arrêt. Peu à peu, les Suisses patinent moins vite et frappent moins fort. La fatigue et le contrecoup de leur victoire contre le Canada, sans doute. Ils récupèrent toutefois deux minutes de power play, après un accrocher inutile de Jani Lajunen (43'58"). Et les Finlandais ont des sueurs froides. Sur deux gros shoots de Romain Loeffel. Sur un slap de Vincent Praplan, sorti de justesse par Säteri avec sa botte droite. Mais ils s'en sortent finalement sans trop de mal.

De retour à cinq contre cinq, la Finlande repart de l'avant. Et pousse la Suisse à la faute. Raphaël Diaz écope de deux minutes de pénalité (cinglage, 46'53"). À cinq contre quatre, l'équipe de Lauri Marjamaki installe son jeu de puissance. Sebastian Aho temporise le long de la bande droite, puis trouve Mikko Rantanen à la bleue. Son lancer trompe Genoni, gêné par le trafic (2-2, 47'40"). Tanner Richard à son tour sur la touche (51'38", accrocher), les Finlandais ont l'occasion de tuer la rencontre dans la foulée. Mais cette fois-ci, ils tergiversent trop, et trop longtemps. En fin de partie, Aho et les siens doivent repasser en défense, alors que la Suisse profite d'une ultime supériorité numérique (surnombre finlandais, 56'37"). Les Finlandais s'accrochent, mais tiennent bon. Direction la prolongation.

Une prolongation pendant laquelle les Helvètes ne touchent quasiment pas le palet. Mika Pyörälä a l'occasion de mettre un point final à toute cette histoire. L'ancien joueur d'Oulu, qui vient de signer en... Suisse à Berne, file côté gauche et force Genoni au grand écart.

DSC 9934La seconde occasion finlandaise est la bonne. Valtteri Filppula sort du banc, attaque la cage après avoir été servi par Savinainen et glisse le palet entre les jambières de Genoni (2-3, 62'24"). Son but soulage la Finlande. Mais condamne la France, désormais définitivement écartée de la course aux quarts de finale.

Désignés joueurs du match : Raphaël Diaz (Suisse) et Harri Säteri (Finlande).

Commentaires d'après-match :

Mika Pyörälä (attaquant de la Finlande) : « On ne s'est pas désuni. On a gardé notre plan de jeu en tête. On savait qu'en jouant comme on sait le faire, on avait les moyens de revenir. Il suffisait d'être patient. Notre power-play a été efficace. Notre jeu en infériorité aussi. On a bloqué beaucoup de tirs. Je crois qu'en début de match, on était juste pas prêt. On leur a donné des occasions trop faciles. En mettant un peu plus d'intensité dans notre jeu, on a réussi à revenir et à gagner. »

Jani Lajunen (attaquant de la Finlande) : « Les Suisses sont entrés dans le match comme des morts de faim. Ils ont vite pris deux buts d'avance. On n'a pas paniqué. On a changé de gardien, et je crois que ça a réveillé un peu tout le monde. On a montré beaucoup de caractère. On aurait pu lâcher mentalement, mais on a gardé notre objectif en tête. On a perdu quelques matchs de ce genre récemment. Là, cette victoire nous fait beaucoup de bien. Au classement, et aussi pour notre confiance. »

DSC 9961Cory Almond (attaquant de la Suisse, photo) : « Le calendrier n'est pas facile, avec beaucoup de matchs en peu de jours. Mais nous avons bien joué et pris un bon point. La discipline doit être meilleure, cela nous a posé des problèmes et ça doit être amélioré. Le début de match était important, nous avons pris l'avantage. Notre jeu, c'est la vitesse, l'agressivité et nous l'avons bien utilisée au premier tiers. Nous avons su limiter leurs chances et c'est notre style. Une bonne défense donne une bonne attaque. »

Gäetan Haas (attaquant de la Suisse) : « La victoire des Finlandais ressemble un peu à notre succès face aux Canadiens, même si c'est toujours compliqué de comparer les matchs. On était bien dedans, mais ils ont mis beaucoup de pression physique dans le deuxième tiers. On a quand même pris un petit coup hier. Dans le troisième tiers, on rate des chances de mettre le 3-1. Eux, ils égalisent sur un power-play. Depuis le début du tournoi, on a quand même pas mal de matchs qui se finissent en prolongation ou aux tirs au but. Si on additionne, ça doit bien faire un ou deux tiers de plus joués que d'autres équipes. On fatigue, mais c'est à nous de gérer ça au mieux. Si physiquement on était un peu atteints, on a réussi à tenir la Finlande. C'est positif pour la suite. »

DSC 9982Harri Säteri (gardien de la Finlande, photo) : « Ce n'est pas facile de rentrer dans un match. C'est très rapide et on n'a pas le temps de trop réfléchir. Après le premier tiers, nous étions en colère après notre jeu. Nous nous sommes calmés, nous avons cru en notre système et cru en nous, que nous étions une bonne équipe. Nous avons beaucoup discuté des pénalités que nous prenons. C'est un gros problème. Le Canada, ce sera un match dur, un match de NHL, avec beaucoup de vitesse et de rudesse. »

Patrick Fischer (entraîneur de la Suisse) : « La Finlande devait gagner, mais nous avons pris un très bon départ, avec deux buts dans le premier tiers. Puis ils ont capitalisé sur le jeu de puissance et ont pris, petit à petit, le contrôle du jeu. Ils ont dominé dans le deuxième tiers. Nous avons eu nos chances dans le troisième, avec un jeu de puissance. Mais nous n'avons pas converti ces occasions. C'est quand même un point important pris en prolongation. Il nous permet de rester devant la Finlande. »

Lauri Marjamäki (entraîneur de la Finlande) : « Je suis fier de mon équipe ce soir. Nous avons joué avec beaucoup de vitesse. Nous étions un peu hésitants au début, mais les joueurs ont fait preuve de caractère. C'est une victoire importante, qui montre que nous sommes sur le bon chemin. Demain, nous allons récupérer avant le match contre le Canada. »

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Suisse – Finlande 2-3 après prolongation (2-1, 0-0, 0-1, 0-1)
Dimanche 14 mai à 20 h 15. AccorHotels Arena de Paris. 10 860 spectateurs.
Arbitrage de Roman Gofman (RUS) et Linus Ohlund (SUE), assistés d'Ivan Dedioulia (BLR) et Libor Suchanek (TCH).
Pénalités : Suisse 20' (4'+10', 2', 4', 0'), Finlande 12' (4', 4', 4', 0')
Tirs : Suisse 27 (13, 8, 6, 0), Finlande 27 (4, 13, 9, 1)

Récapitulatif du score :
1-0 à 04'40" : Herzog assisté de Richard et Untersander.
2-0 à 10'30" : Genazzi assisté de Loeffel
2-1 à 19'01" : Hietanen assisté de Savinainen et Aho (sup. num.)
2-2 à 47'40" : Rantanen assisté de V. Lajunen et Aho (sup. num.)
2-3 à 62'24" : Filppula assisté de Savinainen et Hietanen.


Suisse

Attaquants
Denis Hollenstein – Vincent Praplan – Gaëtan Haas
Cody Almond – Reto Schäppi – Thomas Rüfenacht
Pius Suter – Andres Ambühl (A) – Denis Malgin
Reto Suri – Tanner Richard – Fabrice Herzog

Défenseurs
Raphaël Diaz (C) – Philippe Furrer (A)
Dean Kukan – Ramon Untersander
Romain Leoffel – Joël Genazzi
Christian Marti – Simon Bodenmann

Gardien
Leonardo Genoni

Remplaçant : Niklas Schlegel (G). Non alignés : Jonas Hiller (G), Dominik Schlumpf, Damien Brunner.

Finlande

Attaquants
Sebastian Aho – Valtteri Filppula (A) – Mikko Rantanen
Mika Pyörälä – Joonas Kemppainen – Miro Aaltonen
Antti Pihlström – Tomi Sallinen – Veli-Matti Savinainen
Markus Hännikäinen – Jani Lajunen – Oskar Osala

Défenseurs
Atte Ohtamaa – Julius Honka
Ville Lajunen – Topi Jaakola (A)
Mikko Lehtonen – Juuso Hietanen
Lasse Kukkonen (C) – Joonas Jarvinen

Gardien
Joonas Korpisalo puis Harri Säteri à 10'30"

Remplaçant : Harri Säteri (G). Non alignés : Joni Ortio (G), Jesse Puljujärvi, Juhamatti Aaltonen.