Quel avenir pour les Bleus ?

L'équipe de France termine son championnat du monde à domicile face à la Slovénie avec la déception de ne pas avoir atteint les quarts de finale. Pourtant, il serait réducteur de parler d'échec. La France termine à sa place, entre la 10e et 14e place mondiale, et a tutoyé les meilleurs les yeux dans les yeux. Une victoire contre la Slovénie la ferait terminer à 10 points, le deuxième meilleur bilan de toute l'histoire des Bleus.


Qu'on est loin de Qiqihar ! Dix ans après ce mondial de D1A en Chine, à 200 km de la frontière mongole, sans spectateurs ni médias ou presque, les Bleus ont pu évoluer contre le Canada devant 14 500 spectateurs acquis à leur cause. Après des années à faire le dos rond face au meilleures nations du monde afin de garder des forces pour un match ou deux décisifs pour le maintien, les Tricolores ont cette année battu pour la première fois de leur histoire la Finlande, avant de battre la Suisse et la Biélorussie, deux nations dont le bilan reste largement positif historiquement contre la France.

Le match contre le Canada symbolise à lui tout seul les progrès du hockey français. Les joueurs de Dave Henderson ont fait trembler le double champion du monde, ne s'inclinant que sur un but malchanceux. Loin du 7-2 encaissé en 2012...

Alors certes, tout n'est pas rose. Le jeu de puissance a fait défaut au pire moment, contre les Tchèques. La défense s'est parfois montrée fragile. La France dépend encore terriblement de ses joueurs de NHL et KHL. Mais n'est-ce pas aussi le cas de tous ses adversaires ?

La clé du succès des Bleus, demain, sera bien la profondeur de banc. Jamais la France n'a eu autant de concurrence au camp d'entrainement, ce qui a conduit au crève-coeur de retrancher le grognard Yorick Treille au dernier moment, lui qui fut de toutes les campagnes des Bleus depuis quinze ans. Cette année, une bonne quarantaine de joueurs ont participé aux différents rassemblements et postuleront, demain, au Mondial de Copenhague.

Le Staff 170507 884Le staff

Dave Henderson et Pierre Pousse sont encore sous contrat jusqu'en 2018. Après dix ans dans l'élite mondiale, le duo a ancré la "patte" française, ces valeurs collectives de sacrifice et de hargne, saluées par tous les entraîneurs qui les ont affronté. La France est devenue une nation difficile à jouer, que l'on redoute peu à peu, ou du moins dont on se méfie. Tout le crédit en revient aux deux entraîneurs.

Toutefois, le système tactique n'atteint-il pas ses limites ? Si la stratégie française continue à poser des problèmes aux "grosses" nations, elle semble inadaptée face aux pays classés dans les mêmes eaux que la France. Les difficultés contre la Norvège ou la Biélorussie notamment sont criantes : deux équipes qui ont choisi un jeu défensif et patient, attendant la France, qui s'est alors montée incapable de franchir le rideau avec le palet et de construire.

La qualité accrue des attaquants français, qui s'exportent de plus en plus, doit-elle aboutir à une modification tactique, vers plus d'audace offensive ? La France en a-t-elle vraiment les moyens ? La Suisse, qui avait tenté le pari d'un jeu offensif plus débridé, a manqué plusieurs Mondiaux de suite, frôlant parfois la relégation, faute d'une assise défensive suffisante. Les Bleus ne disposent d'aucune marge de manoeuvre au Mondial pour trop ouvrir le jeu.


france gardiensLes gardiens, une éclaircie

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En 2013, à la retraite de Fabrice Lhenry, et alors que Cristobal Huet prenait de l'âge, les inquiétudes sur la relève étaient légitimes. Les prestations de Florian Hardy cette année rassurent les supporters : les cages resteront bien gardées.

Bien sûr, remplacer le meilleur gardien de l'histoire des Bleus - meilleur joueur tout court - relève de l'impossible. Toutefois, la capacité de Hardy à relever des défis - succès historiques contre la Russie en 2013, la Finlande en 2017 - permettent d'envisager une transition en douceur.

Cependant, Hardy a déjà 32 ans et il faut déjà envisager la relève. Ronan Quemener a montré par le passé quelques bonnes choses, notamment face au Canada en 2015 et 2016. Il reste cependant sur une saison plus délicate et quelques amicaux en dents de scie avec l'équipe de France.

Cette année, Clément Fouquerel et Sébastian Ylonen ont participé à de nombreux regroupements. À 27 et 26 ans respectivement, ils semblent prêts, avec Léo Bertein, à batailler pour la troisième place, voire une place de titulaire dans les cinq ans. Encore devront-ils franchir un cap, sans doute au prix d'un départ à l'étranger.

À plus long terme, la France doit clairement viser sur un développement positif des anciens U20 ou U18, Antoine Bonvalot, Victor Goy, Raphaël Garnier, Quentin Papillon et du champion du monde U18 Gaétan Richard. Ces héritiers de Huet ont montré de belles choses dans leurs catégories respectives mais devront encore travailler fort et progresser vite pour envisager, dans les dix ans, une carrière en Bleu.

france defenseLa défense, chantier majeur

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L'énorme point faible des Bleus reste la défense. Vieillissante, elle manque de mobilité, de qualité de relance et est à peu près dénuée de vrai défenseur offensif. Le souci de formation des défenseurs, évoqué l'été dernier par Yohann Auvitu dans une interview à Hockey Archives, semblent criants.

Auvitu reste en effet le seul défenseur de niveau international "élite". Doté d'un patinage au dessus du lot, d'un bon sens du placement et de qualités de relance intéressante, il compile des temps de jeu spectaculaires et semble aussi un meneur de vestiaire. Mais son choix d'une carrière nord-américaine pourrait le rendre indisponible certaines années...

Qui après lui ? Kévin Hecquefeuille, attaquant reconverti, dispose d'atouts offensifs et de relance, mais commet encore quelques erreurs coupables dans son jeu défensif. À 33 ans, il n'apparait pas non plus comme une solution à long terme, tout comme les bons soldats, Nicolas Besch et Damien Raux - encore un attaquant reconverti - qui conservent ces valeurs de travail et de sacrifice, tout en étant assez limités à la relance.

Même constat pour les guerriers Jonathan Janil et Antonin Manavian, 30 ans, utiles dans un rôle de complément, dans un rôle défensif pur. Leurs qualités de patinage sont un peu juste au niveau mondial, ce qui les contraint à limiter la prise de risque offensif et limite donc le support à l'attaque. Mais que de tirs bloqués par ces deux joueurs.

L'insertion d'Olivier Dame-Malka, 27 ans, fait figure de bouffée d'air frais. Son gabarit et son tir pourraient être précieux à terme, même si le Franco-Québécois commet encore quelques erreurs. Il bouche en tout cas un creux de génération flagrant.

Qui après ? Florian Chakiachvili n'a pas encore complètement saisi sa chance en équipe de France, et, à l'issue d'une saison difficile, a peu joué au Mondial 2017, sanctionné pour des erreurs défensives dès le premier match. L'arrière rouennais propose une combinaison d'impact physique, de qualités offensives et de patinage qui en font incontestablement le meilleur espoir à ce poste, à 25 ans. Mais gagner en constance est impératif. Car au Mondial, la moindre erreur se paie cash.

On imagine mal un retour de Benjamin Dieudé-Fauvel, retranché après un Mondial catastrophique à St. Petersbourg. À 31 ans, il ne fait pas partie de l'avenir, tout comme Johan Morant, qui boude les Bleus depuis trois ans, sans doute peu en phase avec le système Henderson.

Teddy Trabichet, 30 ans, a sans doute perdu son poste car le profil de Dame-Malka, équivalent mais plus jeune et plus complet, est en concurrence. Il a encore ses chances, toutefois.

Que dire des petits gabarits de Maxime Moisand et Aziz Baazzi ? Les deux joueurs ont des qualités offensives, plus marquées chez Moisand, mais leur taille complique la donne au niveau international. Confronté à Patrick Maroon (USA) dans l'enclave au Mondial 2016, Moisand a terriblement souffert. Le niveau mondial propose constamment ce type de gabarits et, cette année, Martinsen (Norvège) s'est régalé dans l'enclave bleue.

Et plus l'on descend dans les âges, moins on trouve de profils... Kévin Dusseau et Léo Guillemain n'ont jamais convaincu. Vincent Llorca joue gros avec son retour en France. Raphaël Faure, à l'état d'esprit volontaire, apparait encore bien juste, mais progresse. Pierre Crinon a lui aussi franchi un palier avec Gap cette saison et son gabarit attire.

Les Bleus n'ont-ils pas intérêt à travailler au plus fort sur les plus grands espoirs du poste, Hugo Gallet, Thomas Thiry, Alexandre Pascal et Enzo Guebey ? L'avenir des Bleus est là, mais les cinq prochaines années seront très difficiles pour l'équipe de France avant qu'ils ne soient prêts.

france attaqueL'attaque, une embellie

DSC 6043Laurent Meunier peut-être fier : son état d'esprit de "chiffonnier", de guerrier inlassablement au duel, est bien conservé par ses héritiers. À l'image d'un Pierre-Edouard Bellemare ou d'un Antoine Roussel constament au combat, l'attaque française perpétue la tradition.

Avec la retraite de Meunier et les mises à l'écart de Julien Desrosiers et Yorick Treille, Bellemare devient, à 32 ans, le vétéran des Bleus, porteur des valeurs et dernier lien avec le mondial de Qiqihar.

Derrière lui, Damien Fleury reste l'un des rares purs finisseurs de l'équipe de France. Le meilleur tir peut-être, mais qui doit impérativement disposer d'un centre créatif et passeur, qui lui manque encore une fois cette année. Teddy Da Costa n'a pas réussi à se montrer suffisamment et, à 31 ans, fait-il partie de l'avenir des Bleus ?

Car c'est bien le poste de centre qui pose question. Hormis Bellemare, impérial au cercle, tous les attaquants affichent un bilan négatif aux mises au jeu. Une constante sous l'ère Henderson, qui force la France à courir après le palet et coûte un temps précieux en supériorité, et des occasions en infériorité.

L'attaque reste cependant le secteur le mieux renouvelé de l'équipe de France. L'insertion de Claireaux, qui a clairement franchi un palier en Liiga, fait figure de gros point positif. L'ailier de Lukko s'inscrit dans le profil d'un Bellemare, travailleur, toujours actif en zone offensif, gros patineur, et qui est capable de garder le palet face à plusieurs adversaires pour permettre à ses coéquipiers de changer de ligne. Sa progression pourrait-elle à terme le mener à un rôle plus offensif ?

Autre satisfaction, la progression d'Anthony Rech. Le meilleur joueur du championnat de France a montré qu'il pouvait jouer dans le top-6, inscrivant son premier but au mondial et plusieurs assistances en début de tournoi. Il doit gagner en endurance, car il s'est montré moins tranchant en fin de tournoi. Un départ dans un championnat plus relevé devrait l'y aider.

Même constat pour Nicolas Ritz, moins efficace au centre qu'à l'aile, ou Jordann Perret, toujours énergique et rapide, mais qui lui aussi doit gagner en constance et ne pas se limiter au jeu défensif. Maurin Bouvet et Floran Douay ont montré quelques aspects prometteurs, mais inconstants. À 22 ans, ils ont encore une marge de progression et constituent assurément la relève.

Le plus intéressant reste cependant la profondeur de banc remarquable de l'attaque française. Là où le staff ne disposait que d'une quinzaine de joueurs à peine il y a dix ans, dont plusieurs naturalisés, elle peut aujourd'hui compter le double de prétendants, au moins sur une quatrième ligne. La rotation effectuée lors des différents stages tout au long de l'année montre que les générations 1991-1995 disposent de multiples candidats. La place d'un Charles Bertrand, reconnu en Liiga, interroge : rapide et explosif, son tempérament d'artiste se mêle mal au collectif travailleur et besogneux des Bleus. Un retour en équipe de France semble difficile à envisager sans changement radical de style de jeu.

Malgré tout, hormis Alexandre Texier, prodige exceptionnel, lequel de ces joueurs intégré tout au long de l'année est réellement capable d'évoluer dans le top-6 ?

La dépendance des Bleus à ses NHLers, notamment du magicien Stéphane Da Costa, pèse terriblement. Un bottom-6 plus dangereux, un vrai centre pour alimenter Fleury, deviennent urgents.

Que fera l'équipe de France si, à Copenhague l'an prochain, les meilleurs joueurs sont en playoffs NHL ?

Un nouveau cycle

DSC 6200Après dix ans en élite mondiale, le seul échec reste celui de la non-qualifiation aux Jeux olympiques. Battus à Riga en 2013 - la victoire en prolongations contre la Lettonie ne suffisait pas -, battus par la Norvège en 2016 à trois minutes du terme, les joueurs de Dave Henderson manquent encore les Jeux, seul point noir du parcours du duo d'entraîneurs.

Le prochain objectif, Beijing 2022, est sans aucun doute le but de tout le travail qui doit être mené dans les trois ans qui viennent.

Travailler fort aux Mondiaux pour monter dans le ranking IIHF et décrocher l'un des tournois qualificatifs à domicile.

Travailler avec une nouvelle génération qui sera là, dans quatre ans, pour prétendre à la qualification. Malheureusement, certains guerriers de l'équipe actuelle ne seront sans doute pas de l'aventure, et ne connaîtront jamais ce bonheur olympique.

À la nouvelle vague de jouer : tous ces candidats à l'équipe de France, qui ont assisté aux matchs à l'AccorHotels arena, ont pu mesurer le gouffre entre la Ligue Magnus et le niveau international.

À eux d'en tirer les leçons et de travailler fort pour que la France s'installe durablement parmi les candidats aux quarts de finale.

En attendant, des centaines d'enfants vêtus du logo de l'équipe de France et au sourire radieux à Paris constituent la plus belle victoire de ce Mondial 2017.