Comprendre les succès d’Ottawa

Les Senators d'Ottawa mènent désormais 2-1 dans leur série contre les champions en titre Pittsburgh et continuent de causer la surprise dans ces playoffs 2017. Essayons de comprendre les clés du succès de cette équipe que personne ne voyait aussi haut.

Par Thibaud Châtel @batonsrompus

 

Car oui, sur le papier, bien peu d’observateurs (certainement pas nous...) n’imaginaient voir les Sens aller si loin ce printemps. Imaginons qu’ils éliminent Pittsburgh et accèdent à la finale de la coupe Stanley, ils seraient seulement la deuxième équipe en 10 ans à le faire malgré un taux de possession négatif durant la saison régulière. L'autre équipe était les Penguins de Michel Therrien en 2008... Que Nashville ou Anaheim s'ajoute au lot, les 18 autres participants à la finale présentaient tous en effet une possession au-delà des 50%. Ottawa serait donc bien une anomalie de l'histoire ou presque... Alors parcours chanceux ? Oui mais pas seulement.

 

Une amélioration au fil de la saison

Car le premier élément à prendre en compte afin de donner un sens au parcours des Sens est de constater l'évolution de leurs performances au cours de la saison.

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Si les statistiques finales furent largement négatives (taux de possession à 48,4%, 22e de la ligue, et taux de buts espérés à 49%, 21e de la ligue) force est de constater que la situation s'est progressivement améliorée au fil du temps. On observe ainsi une nette tendance à la hausse des deux indicateurs à partir du trentième match de la saison. Il faut dire que l’équipe partait alors de bien bas, et que si la barre des 50% ne fut que très rarement franchie, la dynamique positive est incontestable.

Entre la trade deadline du 1er mars et la fin de saison, la possession d'Ottawa est passée de 47,9% à 49,8%, à un cheveu des 50% donc. Plus intéressant encore, les buts espérés passèrent, eux, de 48,3% à 51,2%, à un plus respectable 13e rang de la ligue sur cette période.

Le discours de Guy Boucher depuis son embauche a été de prôner la patience, de dire que d'implémenter son système coupant le jeu de l’adversaire en zone neutre prendrait du temps. Langue de bois ou réalité, les résultats lui donnent pour l'instant raison et Ottawa est bien plus efficace aujourd’hui qu’en début de saison.

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Et le constat se maintient en playoffs, où les Sens furent au-dessus des 50% de possession contre Boston, les Rangers et pour l’instant les Penguins après trois rencontres. C’est également le cas pour les buts espérés sauf contre les Rangers, où les Senators ont dû s’en remettre par deux fois au brio de Craig Anderson pour s’échapper avec la victoire malgré la domination adverse. Au niveau du jeu donc, il serait faux d’affirmer qu’Ottawa n’a pas mérité de se retrouver à deux victoires de la finale.

 

Les changements dans l'effectif

Qu’a donc provoqué cette amélioration dans le jeu ? Si la thèse du système qui se met enfin en place est facile à avancer mais difficile à vérifier sans être dans le vestiaire des Sens, l’équipe a, par contre, modifié son alignement afin de maximiser son jeu rapide et opportuniste. Ottawa a profité de la trade deadline pour acquérir deux vétérans, Alex Burrows et Viktor Stalberg, capables d'apporter un peu d'offensive dans un rôle limité. Si leur apport est de fait minime (5 points en 15 matchs de playoffs pour Burrows, 2 en 13 pour Stalberg), leur présence a eu l'effet domino bénéfique de pousser des joueurs comme Chris Neil sur la touche, alors qu'ils ne sont d'aucun apport à l'équipe en termes de jeu. Et si Neil a endossé l'uniforme contre les Rangers pour répondre à une prétendue intimidation physique de Tanner Glass, Guy Boucher ne lui a donné que 2 minutes de jeu à chaque fois...

Autre victime, Chris Kelly, qui a joué les 82 matchs de saison régulière (et posté les pires stats de possession de l’équipe), n’a enfilé les patins qu’une seule fois durant les playoffs. Enfin, le seul rescapé de ces joueurs « à la traîne », Tom Pyatt, a vu, lui, son temps de jeu réduire de 15'30" en moyenne à moins de 12' en playoffs. Sans oublier qu’en défense, Mark Borowiecki est blessé depuis la série contre Boston, mais son absence est sans doute objectivement bénéfique...

À la place, Boucher a entrepris de donner plus de place à un Jean-Gabriel Pageau en feu et a pu également compter sur le retour au jeu de Clarke MacArthur après deux années passées à combattre des symptômes de commotion cérébrale. Celui-ci affiche pour l’instant le meilleur taux de possession de l’équipe dans ces playoffs, à plus de 58%, juste devant Erik Karlsson.

 

Mais sans Karlsson, le néant

Si l'effectif aligné par l’entraineur est ainsi beaucoup plus complet, rapide et technique que celui d'une grande partie de la saison, il convient tout de même de se poser la question de ce que serait Ottawa sans son capitaine.

Karlsson

Les statistiques sont absolument prodigieuses en faveur du Suédois, qui passe plus de 28 minutes par match sur la glace. Cela signifie donc que durant la moitié des rencontres, Ottawa bénéficie d’un joueur qui permet à son équipe d’avoir une possession à près de 57%, plus de 55% des buts espérés et pour l’instant 69% des buts inscrits à 5 contre 5. Durant l’autre moitié des rencontres, la situation est tout simplement affreuse, alors que les Sens ne peuvent espérer que 43,5% des buts et en réalité n’en ont marqué que 30%... C’est le jour et la nuit. Et tout cela malgré une double ligne de fracture au pied... Karlsson porte réellement son équipe à bout de bras depuis le début des séries, étant présent sur la glace lors des 10 buts vainqueurs de son équipe !

 

Et un brin de réussite quand même

Le succès en sport doit toujours à une part de réussite, qu'elle soit de votre côté ou contre votre adversaire, et il semble qu’Ottawa bénéficie jusqu’à présent d’un scénario assez parfait en la matière. Le parcours des Sens n'a jusqu'ici pas été vraiment "difficile". Au premier tour, Boston a joué sans trois de ses quatre premiers défenseurs mais la série s'est tout de même jouée par un but d'écart à chaque match. Au second tour, les Sens firent face à l'autre seule équipe (sur 16 donc) qualifiée en playoffs malgré un taux de possession négatif, les Rangers de New-York. Là encore, Ottawa a su être l'équipe opportuniste et Craig Anderson, plutôt en retrait jusqu’ici, a volé les matchs 1 et 6. Surtout, les Sens sont pour l’instant intraitables en prolongation, signant 6 de leurs 10 victoires (sic) en surtemps, pour une seule défaite. Six victoires pour une défaite constitue d’ailleurs un sacré ratio dans un exercice habituellement comparé à la roulette russe, où les équipes se partagent souvent les succès à part égale.

La série contre Pittsburgh est loin d’être finie et l’affrontement de ce soir permettra d’y voir peut-être plus clair. Ottawa pourra en tous cas compter une nouvelle fois sur son capitaine, son système de jeu réputé ennuyeux mais efficace et un gardien de retour au sommet de son art depuis quelques matchs. Crosby & co sont prévenus.