Présentation de la finale NHL

Pour une rare fois ces dernières années, les champions en titre, Pittsburgh, peuvent espérer un doublé inédit depuis 1997-98. Ils feront face aux Predators de Nashville, une franchise qui atteint, elle, la grande finale pour la première fois de son histoire. À qui l’avantage ?

Par Thibaud Chatel @batonsrompus

 

Les playoffs NHL sont une bête curieuse et bien peu prévisible au cas par cas. Cette année n’a particulièrement pas dérogé à la règle avec le parcours Cendrillon d’Ottawa, la percée des jeunes Oilers ou la sortie des grands favoris Washington.

Cependant, au bout du compte, nous retrouvons quand même toujours lors du dernier face-à-face deux équipes « dignes » de se battre pour la coupe. Non pas que les histoires improbables du sport ne soient pas nécessaires (bien au contraire), mais le format long des séries NHL est justement fait pour en faire ressortir la crème de la crème. Et si Predators et Penguins présentent des visages juste en deçà des standards statistiques communs aux précédents champions, ils pouvaient tous deux apparaître comme des outsiders légitimes au début des playoffs comme nous l’évoquions ici.

Et si les deux équipes ont connu un destin particulier cette saison, elles se rejoignent par l’impact que les blessures ont pu avoir sur leurs performances, et sur la façon dont elles dicteront peut-être cette finale. Un duel entre Pittsburgh à l’attaque royale mais à la défense dépeuplée et Nashville, sans égal à l’arrière mais clairsemée devant.

 PIT NSH

 

Nashville : La défense comme rampe de lancement

Minés en début de saison par les blessures et les performances en dents de scie de ses gardiens, les Predators n’ont trouvé leur rythme de croisière que passées les fêtes de fin d’année. Ils ont finalement pu aborder les playoffs en force et avec un effectif au complet, même si celui-ci s’est depuis trouvé amputé de plusieurs éléments. La perte la plus marquante est bien entendu celle du premier centre Ryan Johansen, meilleur marqueur de l’équipe avec Filip Forsberg et surtout seul véritable meneur de jeu à l’attaque.

Le jeune Kevin Fiala manque également à l’appel et les vétérans Craig Smith et Mike Fisher ont raté les derniers matchs. Smith est un membre important du top9 offensif et surtout Fisher occupe le centre du second trio où il a récolté 42 points cette saison. Smith et Fisher semblent toutefois être en mesure de jouer la finale (mais dans quel état ?) et ces renforts pourraient potentiellement peser lourd dans la balance en redonnant aux Predators des munitions supplémentaires, comblant ainsi leur principale faiblesse. La profondeur offensive se trouverait alors bien complétée derrière les Filip Forsberg, James Neal et Victor Arvidsson. Enfin, l’entraînement de dimanche laissait entrevoir que le colosse Cody McLeod, écarté contre Chicago mais présent contre les rugueux Blues et Ducks, laisserait sa place sur le 4e trio pour insuffler davantage de vitesse et de talent pour un face-à-face qui devrait reposer sur ces deux critères.

Et c’est ici qu’intervient l’atout maître des Predators : leur jeu de relance reposant sur le meilleur top4 défensif de la ligue. Josi-Ellis et Subban-Ekholm devraient, une nouvelle fois, couvrir la glace 50 minutes par match, un atout colossal alors que se profile une opposition avec Sidney Crosby et Evgeni Malkin. Il est encore trop tôt pour deviner quelles seront les oppositions recherchées par les entraîneurs mais il ne serait pas surprenant que Mike Sullivan, à domicile, cherche à envoyer les imposants Malkin et Kessel face à Josi-Ellis dont les qualités défensives sont loin d’égaler leurs capacités offensives. Les deux avaient d’ailleurs été à la peine face au défi physique représenté par les Ducks. Sortis de leur zone, ils pourraient cependant former le fer de lance des Preds, exploitant la perméabilité des défenseurs adverses. Subban-Ekholm ont jusqu’à présent été parfaits, ou presque. S’acquittant du gros du travail défensif face aux trios de Jonathan Toews, Vladimir Tarasenko et Ryan Getzlaf, ils ne leur ont concédé que 3 buts en 16 rencontres ! Leur tâche la plus ardue se présente à l’horizon, mais il ne serait pas surprenant de les voir à la hauteur de la mission.

En dernier recours, les Preds ont pu compter sur un Pekka Rinne en très grande forme depuis le début des playoffs, lui qui a pourtant enchaîné dernièrement des saisons moyennes. Il retombe tout de même doucement sur terre et a accordé plusieurs mauvais buts face à Anaheim, avant de se ressaisir au bon moment en fin de série. Nashville devra espérer qu’il joue au moins à son niveau habituel un tour de plus.

 

Pittsburgh : Tout pour l’attaque

Nul besoin de présenter l’attaque des Penguins. Sidney Crosby et Evgeni Malkin dominent la ligue depuis des années. L’apport de Phil Kessel a été décisif, le jeune Jake Guentzel est le meilleur buteur des playoffs et il ne faut oublier ni Chris Kunitz, sauveur contre Ottawa, ni Patrick Hornqvist qui devrait revenir pour la finale. La somme des talents individuels des Penguins leur permet de construire des actions promptes à s’ouvrir des angles de tir très favorables, maximisant le résultat d’un nombre total de tirs plus réduit qu’on ne le croit. Depuis le début des séries, l’attaque de Pittsburgh est en effet 15e (sur 16) pour le nombre de tentatives de tirs obtenues par heure de jeu. Elle remonte par contre au 8e rang pour le nombre de chances dangereuses obtenues, c’est dire la forte proportion de celles-ci. Pittsburgh table donc sur la qualité plutôt que la quantité, surtout car celle-ci souffre des faibles capacités de la brigade défensives.

Car si dans le hockey moderne l’attaque part toujours de la défense, comme l’illustre parfaitement Nashville, les Penguins sans Kris Letang ne peuvent fournir à leurs attaquants les munitions adéquates. Pittsburgh a perdu la bataille de la possession contre Columbus et encore plus largement contre Washington, où Marc-André Fleury a dû faire des miracles. Si Mike Sullivan distribue le temps de glace de manière égale entre Brian Dumoulin, Ron Hainsey, Olli Määttä, Justin Schultz et Trevor Daley, tous entre 20 et 21 minutes par match, c’est qu’il ne peut se reposer sur un ou deux hommes à tout faire. Sa brigade défensive peine effectivement à relancer efficacement l’attaque et subissent trop souvent le jeu. Et si Pittsburgh venait à soulever la coupe, ils seraient bien les premiers à le faire sans un défenseur numéro un depuis les Hurricanes en 2006, une équipe dirigée par l’actuel DG des Pens Jim Rutherford…

Une pièce essentielle du puzzle pourrait être Matt Murray. Remplaçant un Marc-André Fleury pourtant sauveur de son équipe durant deux rondes, le jeune gardien pourrait donner un sérieux coup de main à ses arrières en jouant comme il le fit contre Ottawa. Il semble surtout plus enclin à tenir toute une série sans coups de mou que Pekka Rinne.

 

Les clés de la série

Top6 des Pens contre top4 des Preds : Les Penguins devront maximiser leurs confrontations face à Josi-Ellis car Subban-Ekholm semblent très solides. Peut-être que Mike Sullivan voudra même dispatcher Crosby-Malkin-Kessel sur trois lignes comme l’an passé, afin que l’un des trois puisse de temps à autre affronter la troisième paire défensive des Preds, cela dit performante sur les trois premières rondes. Du point de vue de Nashville, si Josi-Ellis parviennent à provoquer autant de buts qu’ils en encaisseront, le reste de l’effectif devrait faire le travail. Et les deux défenseurs seront peut-être plus à leur aise dans un cadre de jeu ouvert et rapide, comme ils l’avaient été face aux Blackhawks, que dans la guerre de tranchées qu’ont proposé les Ducks.

Les supériorités numériques : Pittsburgh marque une fois sur quatre en supériorité numérique depuis le début des playoffs, le troisième taux sur les 16 équipes qualifiées. Cependant, ils feront face à la quatrième meilleure infériorité numérique et des Predators qui ne passent que peu de temps en prison jusqu’ici. Les occasions de faire parler la poudre risquent d’être rares pour les Pens, qui y affronteront de toute façon le même quatuor défensif adverse…

La défense des Penguins tiendra-t-elle le choc ? Le retour de Hornqvist à Pittsburgh n’est pas aussi significatif que ceux de Smith et Fisher pour les Preds. Les deux vétérans viennent combler des trous béants que des seconds couteaux improbables comme Colton Sissons ou Pontus Aberg ont tant bien que mal occupés. Grâce à eux, et faute de pouvoir aligner son arme favorite Forsberg-Johansen-Arvidsson, Peter Laviolette pourra équilibrer trois, voire quatre trios et profiter au maximum des largesses de la défense adverse.

La fatigue : Pittsburgh a joué trois matchs de plus ce printemps-ci, et aura eu plusieurs jours en moins pour se reposer. Les Pens sortent également de deux séries très acharnées qui se sont conclues en sept rencontres. Enfin, entre le sacre de l’an dernier, la coupe du monde en septembre pour plusieurs cadres et ces playoffs-ci, les jambes pourraient commencer à être lourdes chez les champions sortants.

L’expérience des Pens : La fameuse expérience, celle de la gestion des efforts sur quatre rondes, des matchs sept, du cirque médiatique et de la pression d’une finale. Viendra-t-elle justement compenser la fatigue ? Dominés toute la série contre Washington, les Pens ont parfaitement géré le fameux match sept après avoir vu fondre leur avance de 3-1, preuve d’un sang-froid à toute épreuve. Les Preds leur opposeront leur confiance, celle qui les habitent depuis la veille du premier tour et qui n’a fait que se renforcer depuis.

 prédiction finale

Notre modèle prédictif, qui aurait vu juste 8 fois sur 9 durant la dernière décennie*, donne un net avantage aux Predators. Et la formule colle parfaitement bien à la situation présente car elle ne prend en compte que les 20 derniers matchs de la saison régulière, en plus des trois premières rondes de playoffs. Le même calcul avec l’ensemble de la saison régulière aurait donné un léger avantage aux Penguins (54%) mais ne capterait pas la dynamique collective et la santé des joueurs dans la dernière ligne droite. En effet, depuis la perte de Kris Letang, Pittsburgh n'affiche plus du tout le même visage et est passé d'une équipe de possession à une équipe opportuniste, misant davantage sur la qualité que la quantité comme nous l'avons dit plus tôt. De ce fait, inclure le Pittsburgh des 60 premiers matchs de la saison pourrait être trompeur.

PIT NSH 20g

À l’inverse, le Nashville de fin de saison et de ces playoffs est une équipe enfin en santé et qui semble avoir trouvé la juste répartition de travail entre ses stars en défense. L’impression visuelle nous aurait également fait pencher pour Nashville tant l’équipe dégage une certaine facilité depuis le début des séries. Ainsi, au niveau des chiffres, Nashville devance Pittsburgh sur tous les critères fortement corrélés aux victoires du passé, et seul l’avantage de la glace penche en faveur des Pens.

Verdict dans deux semaines.

 

* Depuis que les chiffres sont disponibles :

2008 : Détroit à 64% = Champions

2009 : Pittsburgh à 51% = Champions

2010 : Chicago à 71% = Champions

2011 : Vancouver à 56% = perdu

2012 : Los Angeles à 62% = Champions

2013 : Chicago à 71% = Champions

2014 : Los Angeles à 64% = Champions

2015 : Chicago à 53% = Champions

2016 : Pittsburgh à 71% = Champions

 

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