Bilan/analyse KHL 2017 (I) : les clubs en voie de disparition

La KHL, où les différences de niveau et de moyens ont atteint des proportions énormes, a décidé de traverser une phase de réduction afin de pouvoir de nouveau s'étendre à l'international. Certains des clubs ont donc déjà été sacrifiés, et d'autres paraissent simplement en sursis.

Cette première partie du bilan KHL, qui traite des équipes les moins bien classées, ressemble à la description d'un champ de bataille où l'on compte les morts et les blessés. Qui y survivra ? Le club le plus populaire du pays (le Spartak) figure dans ce bilan, en ayant fait parler de lui de manière assez unique, et même lui ferait bien de se méfier.

 

Medvescak Zagreb (24e) : la saison qui a tout gâché

MedvescakLe passage du Medvescak Zagreb en KHL s'achève au bout de trois années sans avoir profité à personne. Hormis des intérêts économiques liés aux exportations de gaz russe, le club croate (petit marché sans culture hockey) n'a jamais paru appuyer la stratégie de développement de la KHL. Pour le hockey en Croatie, les perspectives étaient également inexistantes puisque le niveau de la ligue est bien trop élevé pour que les joueurs croates s'y développent.

L'expérience a pourtant eu un côté sympathique au début, sous l'effet de la curiosité initiale, vite dissipée. L'équipe à ossature nord-américaine apportait une opposition intéressante par effet de contraste.

Mais cette dernière saison a été celle de trop et ternira ce souvenir. Pour combler ses dettes, le Medvescak a vendu ses joueurs à tour de bras comme le font parfois les clubs russes de bas de tableau, mais sans réservoir pour les remplacer et en atteignant des excès jamais vus. Après le départ de 18 joueurs plus l'entraîneur (!), le Medvescak a fini la saison à deux lignes et demie, sapant la crédibilité de la KHL (qui ne le regrettera donc pas) et la sienne.

Le Medvescak retournera donc dans la ligue autrichienne, adaptée sportivement et géographiquement, et qu'il n'aurait sans doute jamais dû quitter. Espérons que le public croate adhèrera à ce "retour en arrière" avec le même enthousiasme qu'à l'époque, et que le Medvescak ne se soit pas brûlé les yeux sur les murs de poussière de la KHL...

 

Yugra Khanty-Mansiysk (25e) : un simple sursis

YugraNeuf matches. C'est le temps qu'il aura fallu au Yugra Khanty-Mansiysk pour virer son entraîneur Pavel Ezovskikh. C'était alors déjà le troisième coach à perdre sa place dans la KHL ! On ne peut mieux illustrer la dichotomie entre les objectifs irréalistes de certains dirigeants et la réalité des moyens. Que pouvait sérieusement espérer ce club sans joueur étranger et avec quelques recrues déclinantes hors d'âge ?

Le manager Evgeni Khatsei a mis deux mois supplémentaires pour fixer son choix définitif d'entraîneur : son ancien coéquipier - et même compagnon de chambre en déplacement - Andrei Razin. Impatient d'avoir une seconde chance après son éviction d'Ekaterinbourg, il a accepté la mission impossible de viser les play-offs. Razin a débuté... contre son ancienne équipe, très motivée, et a perdu 0-1. Il n'a guère pu tenir comme promesse que celle de tirer le maximum de ses joueurs jusqu'à ce qu'ils soient "pressés comme des citrons". Le seul à avoir beaucoup de pulpe, c'était finalement Evgeni Lapenkov avec 36 points.

La rumeur annonçait en avril que le Yugra Khanty-Mansiysk se ferait exclure de la KHL : finalement, il a échappé au couperet, tombé sur la seule tête du Metallurg Novokuznetsk. Mais il ne s'agit sans doute que d'un sursis. Suivant les recommandations d'un audit externe, la KHL veut se réduire d'ici deux ans à 24 équipes, en enlevant uniquement des clubs russes, pour accueillir plus de candidats étrangers. L'évaluation doit prendre en compte la performance sportive et l'attractivité : on voit mal comment le Yugra pourrait être favorablement classé dans l'un ou l'autre critère.

 

Spartak Moscou (26e) : des joueurs insultés dans leur vestiaire par les fans

KALININ Dmitri 110512 617Le Spartak fait partie des clubs entrés rapidement en crise. Le meilleur marqueur de l'an dernier Konstantin Glazachev, qui avait refusé une offre de l'Admiral pour rester dans la capitale, a vite été envoyé en tribune par son entraîneur German Titov. Puis c'est ce dernier qui s'est fait virer le 10 octobre. Il s'est alors plaint d'un manque de patience car les play-offs étaient encore à portée. Mais le calendrier de début de saison était abordable et son manager Aleksei Zhamnov a répondu qu'il ne décelait aucun progrès dans le jeu. Aleksandr Yarushin, qui entraînait l'équipe-ferme de VHL (le Khimik Voskresensk), a pris la suite, mais il manquait de charisme pour occuper un poste aussi regardé dans un club aussi prestigieux.

Le Spartak n'a pas de joueurs russes démontrant des performances de premier plan, malgré l'arrivée du triple champion du monde Dmitri Kalinin, capable d'amener de la stabilité défensive même s'il est en fin de carrière. Il faut donc que le club moscovite vise dans le mille à chaque recrutement de joueur étranger. Ryan Stoa et Lukas Radil ont été les seuls attaquants efficaces, rien à redire sur eux. C'est la pêche suédoise qui a eu des trous dans le filet. Markus Svensson est un bon gardien mais a semblé accuser la fatigue à cause du calendrier et des voyages de la KHL. Mais surtout, le défenseur Marcus Högström (qui n'avait que deux saisons et demie en élite suédoise au compteur...) fut une erreur de casting.

Les contre-performances ont déclencé la colère des supporters, d'une manière aussi abrupte qu'inédite. Après le derby perdu contre le CSKA le 23 janvier, ils ont fait irruption dans le vestiaire, parce que le staff les a laissés entrer. Ils ont exprimé leurs sentiments dans les termes les plus crus. La situation a paru pour le moins inhabituelle aux étrangers, qui ne comprenaient pas tout de ce déversoir d'insultes.

La vidéo a ensuite circulé sur les réseaux sociaux. Les dirigeants du Spartak, ne voulant pas se fâcher encore plus avec les fans, ont déclaré ne pas y voir de mal. Ce n'est pas du tout l'avis de la KHL. Elle a publié un communiqué pour expliquer qu'elle considérait "inacceptable ce comportement des fans qui discrédite l'image de la ligue et du hockey comme sport familial", et exprimer son "extrême surprise [...] que cette action se soit déroulée en présence des membres du staff du club"...

 

Lada Togliatti (27e) : bon pour la casse ?

LadaDepuis son retour en KHL en 2014/15, les affluences du Lada Togliatti ne cessent de décliner. L'euphorie de retrouver le haut niveau est passée, et il ne reste que la tristesse de suivre une équipe peu compétitive multiplier les défaites. Au moins, lors des 0-0 et 1-0 de la "belle époque" (celle du bétonneur à succès Piotr Vorobiev), le Lada marquait des points... La nouvelle patinoire ne crée pas par magie des spectateurs dans ce qui reste une petite ville.

Et si Togliatti avait été exclue de la KHL à l'origine en raison de la faible capacité de son ancienne patinoire, elle risque fort de l'être à nouveau dans les prochaines années, pour performances insuffisantes tant sur le plan sportif que financier.

Les joueurs ont bien du mérite quand on sait qu'ils sont restés des mois sans être payés. Dans ce contexte déprimant comme une Lada en panne sur une route déserte par un froid polaire, on ne peut que saluer la saison digne de Nikita Filatov : 40 points et même une fiche positive de +1. L'ex-espoir n'aura plus une grande carrière désormais, mais cela rappelle qu'il avait de vraies possibilités.

 

Dinamo Riga (28e) : Ozolins aura les clés

INDRASIS Miks 130208 380Les derniers bilans annuels financiers publiés par le Dinamo Riga ne sont pas meilleurs que son bilan sportif. Ses recettes, apportées à plus de 90% par le sponsoring, sont en baisse de 15% à 10 millions d'euros. La billetterie, qui joue un rôle marginal, a diminué pour sa part de 35%...

Pour autant, et malgré sa position actuelle en bas de tableau, le Dinamo Riga ne fait pas partie des clubs menacés. La Lettonie, avec laquelle les tensions sont fortes, constitue un axe stratégique important pour la géopolitique russe, et les dirigeants du club, liés à une filiale de Gazprom, ont maintenant étendu leurs pouvoirs jusqu'à la fédération nationale.

Le hockey letton patine donc dans une seule direction, et le Dinamo reste le club de base de la sélection nationale. Avoir renoncé à Andris Dzerins parti en République Tchèque s'est révélé être une erreur coûteuse : le meilleur marqueur de l'équipe nationale est un des rares joueurs baltes avec un sens du but très développé. En son absence, l'attaque a marqué moins de 2 buts par match en moyenne. Tout a tourné autour de Miks Indrasis et Lauris Darzins, bien trop seuls. L'apport des étrangers a été nettement insuffisant, et l'ex-joueur de NHL Tom Sestito est passé de 19 à 7 buts dans la saison.

Pourtant, Riga était plutôt correct défensivement. Le gardien Janis Kalnins a notamment été performant pour son retour au pays après trois ans d'exil en Hongrie. Cette solidité défensive est un élément à mettre à l'actif de Sandis Ozolins, engagé fin octobre comme entraîneur-adjoint chargé de la défense. Après avoir assumé le coaching pendant un an, pour un résultat dont il ne peut guère se vanter (car le départ de Dzerins était de son fait), le directeur sportif Normunds Sejejs va donc se remettre en retrait et laisser l'ancienne star devenir entraîneur en chef.

 

Metallurg Novokuznetsk (29e) : première victime sacrificielle

POLISHUK Fyodor 140511 328Voilà donc le premier club sacrifié sur l'autel de la nécessaire réduction de la KHL. C'est assez logique car le Metallurg n'a jamais pu décoller du bas du tableau. Il y est parvenu l'an passé avec de bons étrangers, mais cette saison, il n'en avait plus aucun, hormis deux internationaux du Kazakhstan (le défenseur Aleksei Vassilchenko et le capitaine Fyodor Polishchuk). On ne comprend donc pas à quoi a servi l'augmentation de budget annoncée... sauf peut-être si l'on se dit que le budget ne suffisait pas en pratique à payer les joueurs.

Pour le coup, la saison à Novokuznetsk a été assez digne. Le club n'a pas vendu tous ses joueurs en plein championnat et a été "calme", hormis deux départs fin novembre : le défenseur Andrei Pervyshin sur son propre souhait et l'ancien petit génie aix 14 buts en play-offs 2012, Mikhaïl Anisin, qui a définitivement perdu sa place en KHL avec 0 but, 2 assists et -1 en vingt rencontres. C'est d'ailleurs en se séparant d'eux que le Metallurg a enchaîné 4 victoires de suite... Autant, malheureusement, que dans les deux mois qui suivent !

La saison s'est tristement finie, et le nouveau directeur général Sergei Zinoviev a compris qu'il n'y avait plus rien à changer ni à sauver. L'activisme du début de saison a montré ses limites : un record de KHL a été battu puisque Nikolai Soloviev a été viré alors que la saison régulière avait commencé depuis 6 jours à peine ! Le directeur sportif Valeri Zelepukin l'a remplacé pendant un mois, puis a laissé l'ancien adjoint Sergei Berdnikov finir la saison comme coach. Quel fou aurait été volontaire pour débarquer avec la volonté de sauver Novokuznetsk ?

De sauvetage, il n'y a pas eu non plus à l'issue de la saison. Inquiets des rumeurs, les supporters ont adressé le courrier d'usage à Moscou, à la présidence de la République. Ils ont fait valoir les mérites formateurs indéniables de leur club, qui a formé quatre internationaux actuels (Orlov, Telegin et les gardiens Bobrovsky et Sorokin). Ils ont même rempli la patinoire (pour la première fois depuis trois ans) lors... des play-offs de MHL, la ligue junior ! Ils ont ainsi fait la preuve de leur capacité à se mobiliser quand le jeu en vaut la chandelle. Malheureusement, en KHL, les tribunes sont vides car l'enjeu est nul aux tréfonds du classement. Ou plutôt, il était nul...

Dernier dans toutes les catégories d'analyse (y compris la principale, les résultats sportifs), le club sibérien sera désormais relégué en VHL. Tout l'enjeu sera de savoir s'il pourra aussi bien y former des jeunes. Pas évident dans un système russe qui a concentré tous ses efforts sur la KHL et a délaissé les autres clubs. Si la KHL se réduit, ce qui est sans doute nécessaire, encore faut-il améliorer la pyramide. Un point totalement oublié dans les discussions. Le Metallurg veut en tout cas croire en l'avenir : il a annoncé que le budget serait inchangé et que le directeur général Sergei Zinoviev (engagé pour être l'ambassadeur célèbre du club) resterait en poste.