Pittsburgh champion : la meilleure équipe a-t-elle gagné ?

Les coéquipiers de Sidney Crosby ont réalisé dimanche soir l’exploit de remporter une deuxième coupe consécutive, un doublé inédit depuis les Red Wings en 1997-98 et une première à l’époque du plafond salarial. Pourtant, un refrain constant fut entendu tout au long de cette finale : Nashville aurait dominé son sujet et Pittsburgh serait passé par la petite porte. Alors qu’en est-il vraiment ? La meilleure équipe a-t-elle gagné ? Éléments de réponse.

Par Thibaud Chatel @batonsrompus

 

Nul besoin de refaire le match ici, les brillants résumés du collègue Nicolas Leborgne s’en chargent très bien. Cherchons plutôt à comprendre quelle fut l’histoire de cette série et comment les deux équipes ont chacune fait valoir leurs atouts dans ce rapport de force. Les six matchs peuvent en réalité être découpés en deux volets bien distincts, une séparation qui apporte à elle-seule un éclairage des plus limpides.

 

Les forces en présence

Les deux équipes qui s’affrontaient présentaient un style différent, ou plutôt des armes différentes. Figurant parmi les figures de proue du jeu de possession depuis l’arrivée en poste de Mike Sullivan (3e l’an passé, 6e à la mi-mars cette année), les Penguins ont dû réinventer leur système après la perte définitive de Kris Letang, leur défenseur numéro un et surtout leur meilleur relanceur. Sans lui, les Penguins ont abandonné la possession du palet à l’adversaire. Faute de pouvoir relancer efficacement le jeu, Pittsburgh savait pertinemment que le palet reviendrait plus souvent dans leur zone défensive qu’auparavant. Par contre, les Penguins ont donc plus que jamais misé sur la somme de leurs talents offensifs afin de transformer chacune de leurs tentatives de tir ou presque en une vraie chance de marquer. Grâce à leur vitesse en contre, ils ont su contourner les défenses, mettre les gardiens hors de position et le savoir-faire des Crosby, Malkin, Kessel, Guentzel et autres ont fait le reste. Bien que savante, puisqu’elle tire le maximum du talent de ses joueurs, cette tactique impose tout de même un effort conséquent sur un gardien affrontant donc de son côté un nombre accru de tirs.

Comme on le voit ci-dessous, Marc-André Fleury a parfaitement rempli sa mission contre Columbus, qui domina la possession mais céda face aux chances dangereuses des Penguins, avant de voler le show face à des Capitals incapables de capitaliser (sic). Et Ottawa n’aurait dû être qu’une formalité sans le brio de Craig Anderson en face. C’est donc une équipe prête à subir mais implacable d’opportunisme qui s'emmenait pour défendre sa couronne. 

 séries précédents

En face, la fiche des Predators est un quasi sans-faute. Propulsée par une fin de saison où la machine s’est enfin mise en marche, après une année marquée par les blessures et des gardiens chancelants, Nashville a dominé les Blackhawks, les Ducks et parvint à sortir vainqueur d’un duel au couteau avec les Blues. Avec leur jeu basé sur une transition rapide et une proportion à tirer à tout va qui déséquilibre les défenses, les Preds s’annonçaient comme un adversaire de taille pour la défensive de Pittsburgh. Celle-ci pouvait, par contre, compter sur Matt Murray revenu à son poste en relève d’un Marc-André Fleury à court de miracle. Dans l’autre sens de la patinoire, le véritable duel de la série opposerait l’atout majeur des Penguins, son attaque, à une défense de Nashville ayant parfaitement contenu jusqu’ici des adversaires pourtant bien équipés. Et si la paire Roman Josi - Ryan Ellis devait faire jeu égal avec le trio de Sidney Crosby, l’autre tandem P.K. Subban - Mathias Ekholm entendait bien faire subir à Evgeni Malkin le même sort qu’aux trios de Toews, Tarasenko et Getzlaf : une domination sans partage. Enfin, même si ses performances allaient en déclinant au fil des matchs, Pekka Rinne jouait, dans les cages, son meilleur hockey depuis des lustres.

 

Match 1, 2 et 3 : Nashville laisse passer sa chance

matchs 1 à 3

C’est surtout l’entame de la finale qui a particulièrement frappé les esprits et laissera peut-être un sentiment étrange dans l’imaginaire collectif. Dans ce duel de tactiques, ce sont les Predators qui imposèrent leur volonté à des Penguins assez, voire largement, dépassés durant les deux premiers duels. Aussi bien au niveau de la quantité des tentatives de tirs, du nombre de chances très dangereuses et des buts espérés (indice réunissant quantité et qualité des chances), les Predators dominèrent leur sujet. Ce constat met d’autant plus en lumière les cadeaux faits par Pekka Rinne aux attaquants de Pittsburgh et qui coûtèrent ces deux premières manches aux joueurs du Tennessee. Le match 1 reste symbolique de cette domination, alors que les Penguins ne purent décocher un seul tir cadré durant 37 minutes de jeu (!), soit entre le but contre son camp de Ekholm et le but vainqueur de Guentzel… Surtout qu’à l’opposé, Matt Murray se montra, lui, solide, surtout à l’occasion du second match.

Si la troisième manche récompensa enfin les efforts des Predators, les chiffres montrent déjà que les Penguins commencèrent à s’ajuster, trouvant notamment la faille dans le pressing offensif de Nashville qui avait inlassablement brisé leurs efforts de construction auparavant. Mais après trois matchs dominés, Nashville tirait pourtant de l’arrière 1-2 et ne pouvait au fond que blâmer son gardien et un brin de malchance, avec un but refusé pour quelques millimètres d’entrée de jeu dans la série et deux buts contre son camp.

 

Match 4, 5 et 6 : Pittsburgh prend la main

matchs 4 à 6

Le tournant amorcé dans le match 3 fut bel et bien annonciateur de la deuxième moitié de la série. Brisant l’échec avant des Preds et impliquant bien davantage leurs propres défenseurs dans les poussées offensives, les Penguins purent enfin jouer leur jeu et se créer les chances de marquer auxquelles ils nous avaient habitués. Les matchs 4, 5 et 6 ressemblèrent, de fait, au visage présenté par Pittsburgh depuis la mi-mars, celui d’une équipe de contres, à qui il ne faut laisser aucun espace. Et si Pekka Rinne se montra très solide dans un match 4 réellement serré, il ne put tenir le choc face à l’explosion offensive du duel suivant.

Durant ce match 5, les Penguins rendirent une copie type de leur parcours ce printemps. Agressifs et efficaces à l’image de la première percée de Sidney Crosby, qui apporte une supériorité numérique aussitôt concrétisée, ils furent tout autant implacables d’opportunismes et impressionnants de talent alors que Evgeni Malkin, Bryan Rust ou Phil Kessel expédiaient des tirs parfaits dans les lucarnes des Predators. Le pauvre Pekka Rinne n’avait pas grand-chose à se reprocher cette fois-ci, si ce n’est de n’avoir pu faire d’arrêt miracle tôt dans le match. Assommés d’entrée de jeu, les Predators prirent ce soir-là une leçon.

Et si le sixième match fut serré jusqu’au bout, les Pens se sont bien créé les meilleures occasions dimanche soir, bien secondés par un Matt Murray intransigeant derrière, appliquant une dernière fois un schéma de jeu synonyme pour eux de coupe Stanley.

 

Verdict : la meilleure équipe a bel et bien gagné

Il est toujours tentant de refaire l’histoire, de mettre des « si » à chaque tournant, de reparler du tout premier but refusé à Subban qui lançait le match 1, comme de celui de Colton Sissons dans le match 6, alors que l’arbitre pensait le palet au chaud sous Matt Murray. Bien-sûr ces évènements ont joué un rôle, mais qui sait ce qui serait arrivé par la suite ?

À froid et au regard des chiffres, Nashville a laissé passer sa chance en début de série, et Pekka Rinne fera certainement bien des cauchemars cet été en repensant à ces matchs 1 et 2. Mais sur l’ensemble de la série, l’équipe qui a vraiment su appliquer son style de jeu fut Pittsburgh, qui plus est dans les rencontre décisives 5 et 6, quand cela comptait le plus. Ajoutez à cela les différences de performances entre Murray et Rinne, et le résultat final n’étonne plus tant que ça. Nashville aurait sans doute mérité un match 7 mais il n’est pas certain que cela aurait changé le résultat final. 

Une chose est sûre, Pittsburgh doit une fière chandelle à ses deux gardiens, mais ceux-ci font partie intégrante du pari d’une attaque débridée et d’une défense faisant de son mieux. Dans un contexte où deux équipes s'échangent un grand nombre d'occasions, celle comptant sur le meilleur gardien possède ainsi un avantage certain. Et en misant sur leurs vedettes offensives et sur une bande de jeunes fraîchement sortis d'AHL ou presque, Pittsburgh a démontré que prendre des risques valait la peine, que placer des joueurs offensifs sur les 3e et 4e trios en lieu et place des plombiers habituels pouvait rapporter gros. Un nouveau pied de nez à tous ceux qui pensent que les défenses gagnent les championnats. ;

 

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